{"id":6263,"date":"2014-01-13T22:33:26","date_gmt":"2014-01-13T21:33:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6263"},"modified":"2014-05-04T20:54:34","modified_gmt":"2014-05-04T19:54:34","slug":"quelques-notes-sur-lespace","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/quelques-notes-sur-lespace\/","title":{"rendered":"quelques notes sur l&rsquo;espace"},"content":{"rendered":"<p>Un homme marche dans le paysage. Il y laisse une trace, l\u00e0 o\u00f9 son pas a foul\u00e9 le sol. T\u00e9nue s\u2019il n\u2019y marche qu\u2019une fois, marqu\u00e9e davantage si le trajet s\u2019est r\u00e9p\u00e9t\u00e9, s\u2019il a \u00e9t\u00e9 partag\u00e9, dessinant avec le temps un sentier ou une route. Il y laisse une autre trace aussi, dans l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019il fait de l\u2019espace, d\u00e9finissant un territoire, une activit\u00e9, une pr\u00e9sence.<!--more--> Dans le paysage comme en lui-m\u00eame se fait une inscription et par l\u00e0 m\u00eame un premier dessin, une premi\u00e8re architecture ou g\u00e9ographie dont t\u00e9moigneront les vestiges arch\u00e9ologiques, les premi\u00e8res cartographies (celle de Val Camonica en Lombardie, dat\u00e9e de 10 000 ans avant J.C.), les premiers sites, les grottes sanctuaris\u00e9es, les premi\u00e8res pierres dress\u00e9es.<br \/>\nLe soleil aussi d\u00e9rive en travers le grand espace du ciel pour se planter verticalement le soir dans l\u2019horizon. Son errance est ponctu\u00e9e par deux fois \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9 des jours qui fondent deux moments autant que deux lieux, deux rep\u00e8res. Ev\u00e9nement si marquant, si important qu\u2019il devait d\u00e9terminer l\u2019\u00e9lection de certains lieux (49% des grottes et abris orn\u00e9s mis \u00e0 jour t\u00e9moignent de correspondances avec les solstices), devenir le moment central de certains rituels, de certains cultes encore pr\u00e9sents dans l\u2019histoire r\u00e9cente, une certaine symbolique attach\u00e9e au cercle, \u00e0 la lumi\u00e8re, \u00e0 l\u2019or.<br \/>\nDans tout ce que l\u2019homme \u00e9rigera restera la marque de ce d\u00e9sir de toucher le ciel, d\u2019atteindre cet espace impalpable et immense qui se poursuit aujourd\u2019hui avec la conqu\u00eate de l\u2019espace. On a tellement regard\u00e9 au ciel, on y a log\u00e9 des r\u00eaves. Le ka, hi\u00e9roglyphe \u00e9gyptien signifiant l\u2019\u00e9ternelle errance est repr\u00e9sent\u00e9 par deux bras lev\u00e9s comme des cornes, cherchant \u00e0 embrasser le ciel. Les pyramides et les temples, les ob\u00e9lisques, les colonnes, les cath\u00e9drales, les buildings s\u2019y dressent.<br \/>\nLe territoire s\u2019\u00e9labore comme le cerveau se mod\u00e8le, se sculpte par l\u2019exp\u00e9rience, les connexions qui s\u2019instaurent, dessinant des canaux de circulation, des points nodaux, une architecture rhizomatique qui d\u00e9terminera en retour un fonctionnement, des habitudes, une pratique. Les animations du ciel, les saisons y participent autant que les d\u00e9placements n\u00e9cessaires, d\u00e9termin\u00e9s par la cueillette, la chasse ou exploratoires, et bient\u00f4t l\u2019espace se trouve \u00eatre le th\u00e9\u00e2tre de quantit\u00e9 de lignes et de points.<br \/>\nAgir sur l\u2019\u00e9tendue, par la qualit\u00e9 d\u2019un regard, la trace ordinaire d\u2019un parcours (nous reste l\u2019image \u00e9mouvante que l\u00e8vent les empreintes laiss\u00e9es dans la boue volcanique de Laetoli, en Tanzanie, par un Australopith\u00e8que adulte et son fils il y a 3 700 000 ans), le geste d\u00e9mesur\u00e9 d\u2019un alignement de milliers de pierres (Carnac, laisse voir aujourd\u2019hui sur pr\u00e8s de 4000 m\u00e8tres quelques 3000 m\u00e9galithes d\u2019un ensemble estim\u00e9 originairement de 15 000) ou l\u2019\u00e9rection de menhirs (dont certains pouvaient culminer \u00e0 plus de vingt m\u00e8tres pour une masse avoisinant les 300 tonnes), pourrait s\u2019apparenter \u00e0 une mani\u00e8re de se situer, d\u2019apprivoiser l\u2019\u00e9tendue. R\u00e9pondre \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 vertigineuse par une volont\u00e9 propre qui serait capable en retour de la d\u00e9signer. Celle-l\u00e0 qui conqui\u00e8re la bip\u00e9die il y a quelques 7 ou 8 millions d\u2019ann\u00e9es au moins. Celle-l\u00e0 encore qui conduit \u00e0 une exploration du monde depuis l\u2019Afrique du Sud o\u00f9 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts plusieurs ossements australopith\u00e8ques (Touma\u00ef, estim\u00e9 \u00e0 7 millions d\u2019ann\u00e9es ; Orrorin, 6 millions ; Lucy, entre 3 et 4 millions), jusqu\u2019aux territoires les plus hostiles a priori.<br \/>\nCar l\u2019espace peut-\u00eatre est premier, \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience duquel on t\u00e2te r\u00e9trospectivement, sym\u00e9triquement notre existence ponctuelle dans les deux sens du terme, mesurant bient\u00f4t notre vuln\u00e9rabilit\u00e9, notre faible dimension comme les bornes r\u00e9duites de notre long\u00e9vit\u00e9 particuli\u00e8re, notre caract\u00e8re anecdotique et passager. Il est la premi\u00e8re figure en laquelle l\u2019homme tout \u00e0 la fois cherche \u00e0 se forger un visage et en laquelle il mesure sa distinction, sa d\u00e9chirante s\u00e9paration d\u2019avec le monde. A cet espace, comme une m\u00e8re lointaine, il a vou\u00e9 une fascination d\u00e9mesur\u00e9e qu\u2019il a log\u00e9 en lui sous la forme d\u2019\u00e9tendues sublimes, de cet espace il a form\u00e9 une angoisse indicible, sourde, une terreur vertigineuse. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un homme marche dans le paysage. Il y laisse une trace, l\u00e0 o\u00f9 son pas a foul\u00e9 le sol. T\u00e9nue s\u2019il n\u2019y marche qu\u2019une fois, marqu\u00e9e davantage si le trajet s\u2019est r\u00e9p\u00e9t\u00e9, s\u2019il a \u00e9t\u00e9 partag\u00e9, dessinant avec le temps un sentier ou une route. Il y laisse une autre trace aussi, dans l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019il [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":6264,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6263","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6263","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6263"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6263\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6375,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6263\/revisions\/6375"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6264"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6263"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6263"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6263"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}