{"id":6273,"date":"2014-01-22T23:01:27","date_gmt":"2014-01-22T22:01:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6273"},"modified":"2014-05-04T20:53:34","modified_gmt":"2014-05-04T19:53:34","slug":"nicolas-delprat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/nicolas-delprat\/","title":{"rendered":"Nicolas Delprat"},"content":{"rendered":"<p>Que resterait-il d\u2019une image dont toute figure, tout objet serait absent ? \u2013Un champ, que par analogie avec l\u2019\u00e9tendue de notre vision nous pourrions appeler <em>champ visuel<\/em>. Ce champ perceptif, cadre ou territoire de notre attention fut consid\u00e9r\u00e9 par les peintres au milieu du XX\u00e8me si\u00e8cle comme un objet de peinture susceptible de procurer des impressions et des sensations.<!--more--> Artistes du <em>colored field<\/em> et de l\u2019expressionnisme abstrait aux Etats-Unis, de Sam Francis \u00e0 Mark Rothko, explorateurs de l\u2019espace comme le fut Yves Klein en France, ils propos\u00e8rent une exp\u00e9rience de la couleur et de la lumi\u00e8re qui pourrait s\u2019apparenter \u00e0 celle dont les personnages de David Gaspar Friedrich se faisaient les intercesseurs \u00e0 l\u2019\u00e2ge romantique, rendus au retournement int\u00e9rioris\u00e9 de l\u2019\u00e9tendue vertigineuse du monde dans ce qu\u2019elle offre de plus impalpable, de plus diffus et que Kant th\u00e9orisa sous le nom de Sublime. La peinture de Nicolas Delprat se situe dans les parages de ces pens\u00e9es incertaines quoique d\u00e9terminantes qui confinent \u00e0 l\u2019\u00e9vanouissement ou \u00e0 l\u2019aveuglement.  Qu\u2019elles donnent \u00e0 distinguer des objets, grilles, silhouettes, halos lumineux ou plis d\u2019un large rideau, ils restent nimb\u00e9s, noy\u00e9s dans la sensation. Ce qui s\u2019y profile est de l\u2019ordre de la r\u00e9manence, de l\u2019obs\u00e9dance insaisissable du souvenir, de l\u2019image subliminale ins\u00e9r\u00e9e dans le montage d\u2019une fiction, de flashs. Nul objet en somme qui ne soit dissoci\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne par lequel se manifeste son apparition. Ici alors se laisse entrevoir quelque chose comme une dialectique de l\u2019image, la conjugaison \u00e0 l\u2019\u0153uvre du mouvement d\u2019apparition qui dresse l\u2019image dans le champ et d\u2019un retrait simultan\u00e9 du r\u00e9el dans la fabrique de sa fiction. Les peintures de Nicolas Delprat ne se laissent plus voir qu\u2019\u00e0 la fa\u00e7on d\u2019\u00e9clipses, sur cette fronti\u00e8re tragique de la forme et de l\u2019informe, du lisible et du perceptible, \u00e0 la mani\u00e8re de ces paysages de bords de routes que l\u2019on longe et \u00e9tire dans la p\u00e9riph\u00e9rie de l\u2019\u0153il et dont on ne sait tout \u00e0 fait s\u2019ils viennent du dedans ou du dehors.<br \/>\nLes rideaux qui caract\u00e9risent sa production r\u00e9cente font irr\u00e9sistiblement penser au th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 la sc\u00e8ne, mais non pas tant la sc\u00e8ne que l\u2019id\u00e9e de sc\u00e8ne qui d\u2019ailleurs se d\u00e9robe ou s\u2019\u00e9ternise dans l\u2019annonce qui en est faite. Ils font alors comme une version pivot\u00e9e des paupi\u00e8res, paupi\u00e8res closes dont on ne sait de quel c\u00f4t\u00e9 on les aborde, si c\u2019est la nuit int\u00e9rieure qui les cerne ou s\u2019ils apparaissent dans le champ du regard. <\/p>\n<p><em>Image : Nicolas Delprat, Zone 5, 2009.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Que resterait-il d\u2019une image dont toute figure, tout objet serait absent ? \u2013Un champ, que par analogie avec l\u2019\u00e9tendue de notre vision nous pourrions appeler champ visuel. 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