{"id":6280,"date":"2014-02-01T14:03:19","date_gmt":"2014-02-01T13:03:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6280"},"modified":"2014-05-04T20:52:36","modified_gmt":"2014-05-04T19:52:36","slug":"emmanuelle-mason-ouvrir-le-corps-de-limage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/emmanuelle-mason-ouvrir-le-corps-de-limage\/","title":{"rendered":"Emmanuelle Mason, Ouvrir le corps de l\u2019image."},"content":{"rendered":"<p>Sans doute existe-t-il une connivence \u2013exploitons l\u2019intuition \u2013 une sorte de relation profonde entre le dessin et ce que l\u2019on pourrait appeler <em>le corps ouvert<\/em>. Quelque chose qui m\u00e8ne du trac\u00e9 \u00e0 la d\u00e9coupe, du trait \u00e0 l\u2019incise, de la silhouette \u00e0 son ouverture. Quelque chose peut-\u00eatre qui, dans ses lignes, lie son cern\u00e9, ses contours \u00e0 son antre. <!--more--> Une dialectique \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les anatomies et qui conjugue l\u2019observation scientifique des vertiges du dedans \u00e0 une inclinaison quelque peu malsaine ou morbide pour les l\u00e9sions les plus monstrueuses, les \u00e9panchements les plus informes et leur suave d\u00e9sordre. La pratique du dessin, jusque dans la sensualit\u00e9 des plus lascives v\u00e9nus, jusque dans les corps les plus tendus, qu\u2019on y regarde de plus pr\u00e8s encore, semble travaill\u00e9e par cet \u00ab exercice de cruaut\u00e9 \u00bb qu\u2019\u00e9voque Bataille en remarquant la fascination qu\u2019exercent les images quelle que soit l\u2019horreur qu\u2019elles montrent \u2013 si ce n\u2019est fascination depuis et <em>\u00e0 travers<\/em> cette horreur. \u00ab Une sorte de d\u00e9termination muette in\u00e9vitable et inexpliqu\u00e9e, voisine de celle des r\u00eaves, \u00e9crit-il dans <em>l\u2019art, exercice de cruaut\u00e9<\/em>, a toujours obstin\u00e9ment, dans le cort\u00e8ge des figures qui formaient l\u2019arri\u00e8re-fond de f\u00eate de ce monde, les spectres fascinants du malheur et de la douleur. \u00bb. Et c\u2019est cette ambivalence, cette dualit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le travail graphique qui emporte tout le travail d\u2019Emmanuelle Mason.<br \/>\nUne filiation ancienne court du stylet, du stylo, de la mine de plomb au poin\u00e7on \u00e0 \u00e9crire (<em>stilus<\/em>), au stiletto du nervi aiguis\u00e9 \u00e0 d\u00e9bourser, \u00e0 \u00e9gorger. Filiation qui inciterait \u00e0 penser l\u00e0 encore dans le geste graphique un mouvement en direction du corps, un mouvement vou\u00e9 au corps, \u00e0 son expression, dans tout ce qu\u2019il engage.<br \/>\nEst-ce que du fait que le dessin in\u00e9vitablement <em>d\u00e9nude<\/em> ? Et que cette d\u00e9nudation se prolonge en un app\u00e9tit o\u00f9 pulsion \u00e9rotique et thanatonique se conjuguent n\u00e9cessairement en un exercice au moins mental d\u2019autopsie, d\u2019\u00e9ventrement, de carnage? L\u2019ouverture radicale sur les paysages internes \u00e9tant alors viser le fond des choses, ce qui, dans l\u2019informe surgissement des visc\u00e8res, dans la fourmili\u00e8re des r\u00e9seaux, l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 des chairs affirmerait une ultime v\u00e9rit\u00e9 ? \u00ab Un monde dans lequel la mort seule a le pouvoir de m\u2019introduire \u00bb, \u00e9crit encore Bataille en introduction des <em>Larmes d\u2019Eros<\/em>. \u2013 Outil de connaissance, extr\u00e9mit\u00e9 aiguis\u00e9e de la pens\u00e9e en acte, les surr\u00e9alistes lui demand\u00e8rent, sous sa forme automatique, d\u00e9brid\u00e9e, de r\u00e9pondre des confusions dans les obscurit\u00e9s inconscientes comme l\u2019on demandait aux oracles de lire les auspices en tra\u00e7ant dans le ciel l\u2019aire du temple, et en fouillant les visc\u00e8res des oiseaux qui devaient y traverser. \u2013 Est-ce qu\u2019entant que manifestation aigue du d\u00e9sir, le dessin se trouve n\u00e9cessairement travers\u00e9 de toutes ses ambivalences, de toutes ses tensions internes, apte plus que tout autre moyen \u00e0 la transgression des limites ?<br \/>\nLes d\u00e9pouilles animales desquelles Emmanuelle Mason se laisse sugg\u00e9rer d\u2019amples paysages comme les pierres que l\u2019on dit \u00ab \u00e0 images \u00bb \u00e9talent quand on les tranche de fascinantes \u00e9tendues fluides sont aussi une mani\u00e8re d\u2019aborder \u00e0 l\u2019Homme. A notre propre rapport au corps, \u00e0 ce \u00ab fond des choses \u00bb en ses agitations visc\u00e9rales. Il y a une extr\u00e9mit\u00e9 qu\u2019aura d\u00e9busqu\u00e9 Lacan : il n\u2019 y a pas d\u2019image du corps sans agressivit\u00e9. Ces larges dessins \u2013 poursuivons l\u2019hypoth\u00e8se \u2013 ne seraient alors que le d\u00e9plie, la dilac\u00e9ration de notre propre imagination. <\/p>\n<p><em>Image : Le b\u00e9lier, Emmanuelle Mason, 2012.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sans doute existe-t-il une connivence \u2013exploitons l\u2019intuition \u2013 une sorte de relation profonde entre le dessin et ce que l\u2019on pourrait appeler le corps ouvert. Quelque chose qui m\u00e8ne du trac\u00e9 \u00e0 la d\u00e9coupe, du trait \u00e0 l\u2019incise, de la silhouette \u00e0 son ouverture. 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