{"id":6299,"date":"2014-02-10T10:48:00","date_gmt":"2014-02-10T09:48:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6299"},"modified":"2014-05-04T20:49:14","modified_gmt":"2014-05-04T19:49:14","slug":"philippe-blanchon-chevaux-des-vagues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/philippe-blanchon-chevaux-des-vagues\/","title":{"rendered":"Philippe Blanchon, Chevaux des vagues"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019\u0153uvre po\u00e9tique\u00a0 de Philippe Blanchon se poursuit dans l\u2019emboitement de ses cycles, multipliant les voix, multipliant les lieux pour laisser \u00e0 deviner une ample fresque \u00e9nigmatique et belle comme on en trouve parfois aux d\u00e9tours de vieux palais italiens animant une foule de figures en pied dont certaines nous apparaissent par deux ou trois fois en diverses actions dans des paysages qui font penser \u00e0 une r\u00e9duction du monde.<!--more--><\/p>\n<p>Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un \u00e9difice complexe dont chaque livre donne \u00e0 percevoir quelques tournures et dont ne se laissera sans doute conna\u00eetre la physionomie g\u00e9n\u00e9rale, comme dans un moment d\u2019hallucination, qu\u2019\u00e0 la cl\u00f4ture de l\u2019ensemble \u2013 et encore, rien ne semble devoir se r\u00e9soudre que dans un mouvement circulaire de recommencement, le vertige. Pour l\u2019instant, l\u2019impression est celle de passer aux abords de fa\u00e7ades ouvrant sur des sc\u00e8nes se r\u00e9pondants, s\u2019alternant, laissant para\u00eetre des morceaux de vie saisis dans leur intime. Boite mentale aux distributions complexes en laquelle jouent \u00e0 \u00e9galit\u00e9 les personnages g\u00e9n\u00e9riques de l\u2019auteur, les personnages invit\u00e9s de livres de chevet, les po\u00e8tes dans leur compagnie. Boite mentale o\u00f9 jouent aussi \u00e0 \u00e9galit\u00e9 les paysages et les territoires, les saisons, les \u00e9poques. Tous r\u00e9unis entant qu\u2019acteurs de l\u2019invention po\u00e9tique.<\/p>\n<p>Et c\u2019est sous un mode crypt\u00e9 que s\u2019y laisse lire la vie de Philippe Blanchon lui-m\u00eame entre amour, amiti\u00e9s, attention au monde sensible, int\u00e9riorisation, lectures et r\u00e9flexions m\u00ealant la fiction \u00e0 la th\u00e9orie. Comme le fait la m\u00e9moire, comme le fait l\u2019\u0153il qui r\u00eave, Blanchon joue d\u2019apparitions, de disparitions, d\u2019\u00e9clipses, de passages, de proximit\u00e9s et de lointains, de superpositions, animant chacun de ses personnages, chacun refl\u00e9tant sans doute une part de lui-m\u00eame. On ne peut s\u2019emp\u00eacher de l\u2019entendre en quelques vers se confier sur l\u2019ouvrage en cours comme \u00e0 travers Nathan\u00a0: <em>\u00ab\u00a0J\u2019accorde ma marche\/comme il est possible.\/Je suis pris dans les cordes\/que je fais r\u00e9sonner.\u00a0\u00bb<\/em>. Ou encore poser avec Martin la question des h\u00e9ritages, des brassages, des enjeux de la po\u00e9sie : <em>\u00ab\u00a0Ce qui se joue concernant la forme,\/Amour en pr\u00e9cisions m\u00e9rit\u00e9es;\/Archa\u00efsme et novation comme l&rsquo;on sait.\/ (&#8230;) Fictions, enjeux, r\u00e9sistances\u00a0\u00bb<\/em>. Ainsi les livres prennent-ils la forme de d\u00e9rives avec leurs \u00e9tapes, leurs d\u00e9tours, leurs digressions. Et dans toutes les nuances de ton il nous semble alors que ce sont Jacques, Nathan, Martin, Emilie, Florence, Sandra, Jean, leurs interlocuteurs et leurs avatars, les d\u00e9dicataires, B\u00e9atrice et Vincent m\u00eame, qui \u00e9crivent eux-m\u00eames leur propre histoire, puisant aux anecdotes qu\u2019offrent les vies d\u2019\u00e9crivains, les vies d\u2019artistes, les mouvements de l\u2019intelligence. L\u2019Histoire se r\u00e9v\u00e8le comme histoire et m\u00eame histoire d\u2019histoires.<\/p>\n<p>Dans <em>Chevaux des vagues<\/em> (La Termiti\u00e8re\/La Nerthe, 2014), c\u2019est le cycle de Martin que l\u2019auteur prolonge en un aller-retour entre Am\u00e9rique et Russie, dessinant la grande fresque des mouvements de pens\u00e9e dans laquelle les individus les plus isol\u00e9s semblent se r\u00e9pondre, se rejoindre, se confondre parfois, pris par une m\u00eame incertitude. Avec aisance et libert\u00e9, Blanchon convoque ses figures tut\u00e9laires, les insinue, multipliant les r\u00e9f\u00e9rences discr\u00e8tes en fondus-enchain\u00e9s, \u00e9voquant des relations \u00e0 la mani\u00e8re de Warburg composant les planches de son atlas. Ainsi, po\u00e9sie Russe et Am\u00e9ricaine du d\u00e9but du si\u00e8cle r\u00e9pondant peut-\u00eatre de la situation trouble d\u2019aujourd\u2019hui, au besoin toujours renouvel\u00e9 de r\u00e9inventer la langue, ouvrir son champ. La litt\u00e9rature donc, mais la peinture aussi, le regard se confondant souvent avec l\u2019\u00e9laboration d\u2019un tableau, depuis les touches de l&rsquo;ami Rivi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;ouvrage jusqu\u2019\u00e0 cette partie centrale de l\u2019ouvrage consacr\u00e9e \u00e0 la figure de Juan Gris, <em>\u00ab\u00a0Abstrait Humain par le motif\u00a0\u00bb<\/em>, peintre singulier, sans disciple et sans ma\u00eetre que la couverture annon\u00e7ait. A la crois\u00e9e des continents, c\u2019est donc l\u2019Europe entre pass\u00e9 et avenir, dans cet ab\u00eeme de soi au pr\u00e9sent. Le vaste mouvement revient \u00e0 poser la question pour soi d&rsquo;une conjonction possible.<\/p>\n<p>A la richesse des r\u00e9f\u00e9rences,\u00a0de ce qui est diss\u00e9min\u00e9, sous-entendu, aper\u00e7u dans un mouvement on voudrait demander confirmations et pr\u00e9cisions. Philippe Blanchon y r\u00e9pond \u00e0 sa mani\u00e8re nous pr\u00e9venant de ce r\u00e9flexe que l\u2019on a de cerner, d\u2019immobiliser\u00a0: \u00ab\u00a0Qui\u00a0? Sandra et Martin. O\u00f9\u00a0? Entre Am\u00e9rique et Russie. Quand\u00a0? 1920 -30-40\u2026 avant, apr\u00e8s. (\u2026)\u00a0\u00bb On r\u00e9alise la pauvret\u00e9, le ridicule de nos question pratiques, la libert\u00e9 du jeu qui n\u2019est qu\u2019\u00e9lan, mouvements, yeux et esprit grand ouverts. Ainsi, Blanchon pose-t-il peut-\u00eatre la question de l\u2019invention\u00a0: comment s\u2019invente le pr\u00e9sent, \u00e0 la jonction de quoi, dans la mise en relation de quels termes\u00a0? Entre deux p\u00f4les. Comme dans un couple. Par un d\u00e9sir d\u2019espace et de mouvement. Par-del\u00e0 la dialectique. Outre l\u2019ordre semble-t-il r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Philippe Blanchon, <em>Chevaux des vagues<\/em>, La Termiti\u00e8re\/La Nerthe, 2014.<\/p>\n<p>Philippe Blanchon, <em>Le rire de Nathan<\/em>, La Termiti\u00e8re, 2013.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u0153uvre po\u00e9tique\u00a0 de Philippe Blanchon se poursuit dans l\u2019emboitement de ses cycles, multipliant les voix, multipliant les lieux pour laisser \u00e0 deviner une ample fresque \u00e9nigmatique et belle comme on en trouve parfois aux d\u00e9tours de vieux palais italiens animant une foule de figures en pied dont certaines nous apparaissent par deux ou trois fois [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":6303,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6299","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6299","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6299"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6299\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6367,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6299\/revisions\/6367"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6299"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6299"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6299"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}