{"id":6344,"date":"2014-04-03T20:47:30","date_gmt":"2014-04-03T19:47:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6344"},"modified":"2014-05-04T20:45:00","modified_gmt":"2014-05-04T19:45:00","slug":"flaques-emaz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/flaques-emaz\/","title":{"rendered":"Flaques, Emaz."},"content":{"rendered":"<p>J\u2019ai d\u00e9couvert Emaz avec <em>Cambouis<\/em>, livre de notes que Fran\u00e7ois venait de publier au Seuil. C\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019envers si l\u2019on consid\u00e8re qu\u2019Emaz est po\u00e8te et qu\u2019ainsi la po\u00e9sie constitue le c\u0153ur de son oeuvre. Je ne sais plus comment j\u2019en suis venu \u00e0 lire <em>Caisse Claire<\/em>, anthologie de po\u00e8mes \u00e9tablie par Fran\u00e7ois-Marie Deyrolle<!--more--> &#8211; que je ne connaissais pas encore \u2013 sinon sans doute pour aller voir de quoi ces notes quotidiennes sur le travail po\u00e9tique, l\u2019ordinaire, la vie \u00e9taient l\u2019envers et comme les \u00e9claboussures sur la table de travail. Et c\u2019est \u00e0 Armand que je dois de poss\u00e9der dans ma biblioth\u00e8que <em>De l\u2019air<\/em> et <em>Lichen, Lichen<\/em>, notes r\u00e9flexives sur la po\u00e9sie l\u00e0 encore. Je crois me souvenir que c\u2019est en train que j\u2019ai lu <em>Cuisine<\/em>, \u00e0 cheval sur plusieurs lieux et plusieurs moments que j\u2019ai lu <em>Flaques<\/em>. Si je fais les comptes : deux livres de po\u00e9sie pour quatre sur le travail po\u00e9tique. Non pas que ces proportions soient celles de l\u2019\u0153uvre d\u2019Emaz elle-m\u00eame (qui compte encore au moins une bonne dizaine de recueils), ceci dit n\u00e9anmoins la coexistence revendiqu\u00e9 de ces deux pans du travail. Les notes n\u2019ont rien d\u2019anecdotique, quoi qu\u2019il puisse en para\u00eetre. Si elles accompagnent \u2013 de n\u00e9cessit\u00e9 \u2013 le travail, elles accompagnent \u00e9galement l\u2019\u0153uvre dans une continuit\u00e9 naturelle faite de moments de diff\u00e9rente nature, de diff\u00e9rente densit\u00e9. Dans une forme plus libre, plus ouverte elles accompagnent les sections compactes, \u00e9pur\u00e9es des po\u00e8mes. Par certains aspects, on peut penser qu\u2019elles sont une mani\u00e8re pour le po\u00e8te de compl\u00e9ter ce qui s\u2019\u00e9nonce lapidaire, elliptique dans les po\u00e8mes, une fa\u00e7on d\u2019estomper les \u00e9ventuels malentendus en livrant le d\u00e9pli\u00e9 de la r\u00e9flexion, son contexte, les paysages dans lesquels ils sont fich\u00e9s. Par d\u2019autres, c\u2019est aussi un travail de la forme litt\u00e9raire au sens large par une alternative plus souple comme le sont le Journal ou l\u2019Aphorisme. Les notes, dans le mouvement continu de pens\u00e9e qu\u2019elles d\u00e9gagent, dans la d\u00e9contraction relative dont elles t\u00e9moignent, dans leur caract\u00e8re buissonnant aussi b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un certain naturel qui les inscrit dans le courant de vivre. C\u2019est une \u00ab autre saisie, compl\u00e9mentaire en quelque sorte \u00bb permettant d\u2019aborder \u00ab toutes les strates de la r\u00e9alit\u00e9 de vivre \u00bb, sans hi\u00e9rarchie. \u00ab Une pens\u00e9e de Pascal vaut une odeur de Javel \u00bb. Sans doute que ces notes, amass\u00e9es comme \u00ab ramasse-miettes du vivant \u00bb aident \u00e0 embrasser large, \u00e0 ne pas faire l\u2019impasse sur les moments pauvres. Et c\u2019est en ceci qu\u2019elles rejoignent le projet ou disons la volont\u00e9 revendiqu\u00e9e d\u2019Emaz d\u2019inscrire la pratique litt\u00e9raire, po\u00e9tique dans le quotidien le plus ordinaire. L\u2019\u0153uvre n\u2019est pas pour lui une forme de monument de marbre mais davantage une activit\u00e9 quotidienne occup\u00e9e \u00e0 la vie. \u00ab Ecrire un po\u00e8me ou faire cuire un chou-fleur. Quelle diff\u00e9rence dans vivre ? Certes, l\u2019un peut rester, l\u2019autre pas. Mais par rapport \u00e0 vivre, maintenant ? \u00bb Il s\u2019agit toujours de rejoindre \u2013 ou tenter de \u2013 quelque chose qui touche aux sentiments, aux sensations \u00e0 la simplicit\u00e9 d\u00e9sarmante de vivre ce que l\u2019on vit. \u00ab On sait qu\u2019une vie tient \u00e0 peu, mais on tient dans ce peu, entier. \u00bb.<br \/>\nA plonger ainsi dans ce que l\u2019on \u00e9tait tent\u00e9 de dire \u00ab les coulisses de l\u2019\u0153uvre \u00bb mais qui \u00e0 y mieux regarder en sont une part constituante vient forc\u00e9ment le sentiment parfois de ressassement, de tourner un peu en boucle. C\u2019est que ne s\u2019\u00e9crit que ce que l\u2019on peut \u00e9crire. Dans l\u2019exercice, l\u2019auteur mesure son domaine, t\u00e2te son espace, bute \u00e0 ses obsessions, humainement, humblement. \u00ab En rester l\u00e0, face au jardin maintenant noy\u00e9 de nuit avec le haut cupressus qui r\u00e9siste, plus noir que le ciel. La solitude n\u2019est pas forc\u00e9ment exil, elle peut \u00eatre r\u00e8gne. D\u2019une certaine fa\u00e7on et pour l\u2019instant, je r\u00e8gne sur ce temps, ma vie, ce lieu. Je suis l\u00e0. \u00bb Pr\u00e9sence fragile, soumise au temps, \u00e0 l\u2019inaccomplissement. \u00ab On meurt sans finir \u00bb. Et dans ce geste quotidien, cette \u00e9num\u00e9ration de faits simples semblable \u00e0 celle d\u2019Opalka devant ses toiles, l\u2019\u0153uvre prend la forme du \u00ab vieillir \u00bb, \u00e0 part toute th\u00e9orie, depuis le corps. Exp\u00e9rience susceptible de lier un mat\u00e9riel h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne \u00e0 l\u2019intention d\u2019une forme po\u00e9tique, la vieillesse ou le vieillissement devient r\u00e9currente dans toute une partie de <em>Flaques<\/em>. Privil\u00e8ge alors que sont ces coulisses de notes o\u00f9 l\u2019on peut voir venir le travail de montage o\u00f9 la po\u00e9sie s\u2019envisage sous sa forme n\u00e9gative, \u00ab non r\u00e9alis\u00e9e \u00bb dont le livre exprimerait la possibilit\u00e9. \u00ab Le po\u00e8me fait miroiter la po\u00e9sie, il ne l\u2019enclot pas \u00bb. Dans toute son \u0153uvre, le po\u00e8te s\u2019\u00e9crit. Et \u00e0 chaque ligne \u00ab quelqu\u2019un part doucement \u00bb. <\/p>\n<p>Antoine Emaz, <em>Flaques<\/em>, \u00e9ditions Centrifuges, 2013. Encres de J_M Marchetti.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai d\u00e9couvert Emaz avec Cambouis, livre de notes que Fran\u00e7ois venait de publier au Seuil. C\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019envers si l\u2019on consid\u00e8re qu\u2019Emaz est po\u00e8te et qu\u2019ainsi la po\u00e9sie constitue le c\u0153ur de son oeuvre. 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