{"id":6349,"date":"2014-04-30T10:19:01","date_gmt":"2014-04-30T09:19:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6349"},"modified":"2015-02-07T18:47:38","modified_gmt":"2015-02-07T17:47:38","slug":"lectures-dhiver","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/lectures-dhiver\/","title":{"rendered":"lectures d&rsquo;hiver"},"content":{"rendered":"<p><strong>Lectures d\u2019hiver, regard r\u00e9trospectif et cursif \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e du printemps.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est toujours pareil, on lit dans le mouvement de la pens\u00e9e, avec interruptions, sursauts, embard\u00e9es, retours. Des choses m\u00e8nent \u00e0 d\u2019autres, on d\u00e9rive. Il y a la forme du livre mais il y a aussi la forme moins lin\u00e9aire de la biblioth\u00e8que dont il n\u2019est qu\u2019un extrait. La mise en r\u00e9seau par le livre.<!--more--><\/p>\n<p>Certains livres sur les \u00e9tag\u00e8res ont maintenu la position horizontale des livres \u00e0 lire d\u2019autres ont migr\u00e9 pour combler les trous de l\u2019archive apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 lu. Certains sont venus d\u00e9poser \u00e0 leur place. Il y a aussi des livres que j\u2019ai voulu reprendre et que je n\u2019ai plus trouv\u00e9 (Foucault). Et toujours, plus de pages que de temps.<\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Mouvement par la fin<\/strong><\/em> de Philippe Rahmy (Cheyne \u00e9diteur, 15\u20ac) que je n\u2019avais jusqu\u2019ici que feuillet\u00e9, repouss\u00e9 \u00e0 plus tard en attente du bon moment. Retrouv\u00e9 le lieu qui \u00e9tait le sien dans <em>les SMS de la cloison<\/em>, ce que l\u2019on ne pourrait mieux d\u00e9crire que par le sous-titre qu\u2019inscrit Rahmy lui-m\u00eame : un portrait de la douleur. L\u2019auteur y dresse cette ombre dominante qui accompagne la maladie et conditionne son rapport au monde. Ainsi, par le langage lui est-il possible d\u2019en d\u00e9gager une volont\u00e9 propre, une forme de libert\u00e9. C\u2019est ce geste qu\u2019il offre par le po\u00e8me.<\/p>\n<p>-Lu <em><strong>A notre humanit\u00e9<\/strong><\/em> de Marie Cosnay (Quidam \u00e9diteur, 12\u20ac), emport\u00e9 par le flux dense qui m\u00eales paroles int\u00e9rieures, folie intemporelle et moments historiques. Attentive aux drames humains, \u00e0 leur caract\u00e8re quotidien, \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale qui l\u2019emporte souvent dans le mouvement confus Marie Cosnay demande s\u2019il est possible d\u2019\u00e9crire sur ces violences faites \u00e0 notre humanit\u00e9, et comment. Les clandestins qu\u2019on laisse mourir \u00e0 la fronti\u00e8re, ceux qui hantent le creux sale des rues, ceux qui br\u00fblent dans un h\u00f4tel sordide au loyer exorbitant appellent des dates, des faits en cascade jusqu\u2019\u00e0 la Commune, th\u00e9\u00e2tre historique mais contemporain dans le d\u00e9tail de toute actualit\u00e9.<\/p>\n<p>-Lu <strong><em>Proust est une fiction<\/em><\/strong> de Fran\u00e7ois Bon (Seuil, 20,5\u20ac). On est loin de la biographie comme il faut, Proust racont\u00e9 pour f\u00eater le centenaire de la publication de Swan. Comme il l&rsquo;a fait avec la musique, les Stones, Led Zep, Dylan, la ville, les objets de l&rsquo;enfance et le livre parmi eux, Fran\u00e7ois Bon travaille l&rsquo;autobiographie, comment tout \u00e7a le fonde, quel rapport il entretient avec. On se retrouve au coeur du travail de la fiction, quand les temps et les lieux se m\u00ealent pour restituer le dialogue mental de celui qui \u00e9crit, lit. J&rsquo;ai \u00e9crit une note plus d\u00e9velopp\u00e9e <a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/proust-fictioncie\/\">ici<\/a>.<\/p>\n<p>-Lu <em><strong>L\u2019image manquante<\/strong><\/em> de Rithy Panh (Grasset, 8\u20ac). Achet\u00e9 pour le titre, mais j\u2019en attendais trop, sans doute, pour \u00eatre combl\u00e9. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Allons-nous liquider la science<\/strong><\/em> ? d\u2019Etienne Klein (Flammarion, 6\u20ac). La mise en question du savoir et de l\u2019autorit\u00e9 scientifique, les dangers sans doute d\u2019une d\u00e9rive des recherches fondamentales r\u00e9pondant \u00e0 un besoin philosophique de comprendre \u00e0 la domination des n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9conomique demandant \u00e0 la science des applications rentables \u00e0 court terme. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>G\u00e9ricault, Le radeau de la m\u00e9duse<\/strong><\/em> de J\u00e9r\u00f4me Th\u00e9lot (\u00e9ditions Manucius, 10,20\u20ac). Rencontr\u00e9 par l\u2019interm\u00e9diaire de Fran\u00e7ois-Marie Deyrolle \u00e0 l\u2019occasion de la pr\u00e9sentation de sa revue dans laquelle Th\u00e9lot avait \u00e9crit un texte sur Alexandre Hollan nous avions discut\u00e9 d\u2019art et de modernit\u00e9 nous disputant gentiment sur Picasso. Ce bref essai qu\u2019il consacre au plus embl\u00e9matique des tableaux de G\u00e9ricault t\u00e9moigne d\u2019une grande finesse et restitue les enjeux de l\u2019\u0153uvre entre la question de l\u2019instant pr\u00e9gnant, du sublime, de l\u2019exp\u00e9rience qui concerne toute la peinture dans ce qu\u2019elle porte de sombre vertige. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Walkscapes<\/strong><\/em> de Francesco Careri (\u00e9ditions Jacqueline Chambon, 21, 80\u20ac). Riche travers\u00e9e de la marche comme pratique esth\u00e9tique qui m\u00e8ne des traces les plus anciennes de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 jusqu\u2019au Land art en passant par le surr\u00e9alisme et les premi\u00e8res d\u00e9rives situationnistes. Livre de r\u00e9f\u00e9rence. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Les derni\u00e8res nuits de Paris<\/strong><\/em> de Philippe Soupault (Gallimard). Livre de dissension avec Andr\u00e9 Breton mais pas avec le surr\u00e9alisme dont il est un des fondateurs et dont il dit ne pouvoir \u00eatre d\u00e9tach\u00e9. Travers\u00e9e de Paris la nuit et de son \u00ab fantastique social \u00bb pour reprendre la formule de Mac Orlan o\u00f9 chaque \u00e9nigme est poursuivie puis mise \u00e0 plat.<\/p>\n<p>-Lu <em><strong>En cherchant Majorana<\/strong><\/em> d\u2019Etienne Klein (Flammarion, 17\u20ac). Un livre de physique qui se lit presque comme un polar o\u00f9 la silhouette furtive du physicien mythique nous guide \u00e0 travers le si\u00e8cle et les grandes questions scientifiques.<\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Charles Ardent<\/strong><\/em> de Marie-Laure Dagoit (\u00e9ditions Derri\u00e8re la salle de bain). Livre \u00e9rotique dont la crudit\u00e9 est un des arguments esth\u00e9tiques, accumulations et jubilations menant presque au chant.<\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Suzanne et les croutons<\/strong><\/em> de Claude Louis-Combet (\u00e9ditions l\u2019atelier contemporain, 15\u20ac). Je dois avouer que je ne connaissais pas Claude Louis-Combet et que je me m\u00e9fiais presque de cette histoire de sensualit\u00e9 retournant l\u2019\u00e9pisode biblique de Suzanne et les vieillards. C\u2019\u00e9tait sans compter sur la langue de Louis-Combet, jubilatoire, d\u00e9lirante, port\u00e9e par un flot continu m\u00ealant d\u00e9lire, grotesque, tragique et sensualit\u00e9 dans un d\u00e9luge qui restitue \u00e0 l\u2019imaginaire biblique sa port\u00e9 d\u2019illustration du drame humain.<\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Sauf les fleurs<\/strong><\/em> de Nicolas Cl\u00e9ment (Buchet\/Chastel, 9\u20ac). Jamais livre n\u2019aura \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 sur un aussi mauvais argument : Nicolas Cl\u00e9ment c\u2019est aussi le nom de mon beau-fr\u00e8re. Une agr\u00e9able surprise de d\u00e9couvrir une langue singuli\u00e8re qui restitue la po\u00e9sie et le vertige de cette jeune fille confront\u00e9 \u00e0 des violences familiales. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>La sculpture au d\u00e9fi<\/strong><\/em> de Didier Ottinger (L\u2019\u00e9choppe, 8,70\u20ac). Pour accompagner l\u2019exposition du Centre Pompidou sur le surr\u00e9alisme et l\u2019objet. Petite travers\u00e9e historique des questions du si\u00e8cle entre engagement politique et po\u00e9tique absolue, les objets surr\u00e9alistes fondent une physique de la po\u00e9sie. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Les larmes d\u2019Eros<\/strong><\/em> de Georges Bataille (10\/18).<br \/>\nL\u2019ultime livre de Bataille esquisse \u00e0 grand traits une histoire des passions humaines o\u00f9 horreur et volupt\u00e9, d\u00e9sir et mort r\u00e9v\u00e8lent leurs liaisons. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Pierre pour un Alberto Giacometti<\/strong><\/em> de Michel Leiris (L\u2019\u00e9choppe, 8,90\u20ac). Suite de notes qui reviennent sur les divers aspects de l\u2019\u0153uvre et cette question centrale de l\u2019exp\u00e9rience ph\u00e9nom\u00e9nologique de la fa\u00e7ons qu\u2019on les choses de ses pr\u00e9senter \u00e0 nous. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Le rire de Nathan<\/strong><\/em> de Philippe Blanchon (\u00e9ditions La termiti\u00e8re, 8\u20ac). J\u2019y ai consacr\u00e9 une note de lecture, \u00e9voquant aussi Chevaux de Vagues : <a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/philippe-blanchon-chevaux-des-vagues\/\">ici<\/a>.<\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Ouvrir V\u00e9nus<\/strong><\/em> de Georges Didi-Huberman (Gallimard, 23,70\u20ac). Longtemps qu\u2019il trainait sur mes \u00e9tag\u00e8res, attrap\u00e9 d\u2019occasion et me disant que plus tard. Et puis, venant de r\u00e9diger un bref texte d\u2019introduction au travail d\u2019une amie dans lequel il \u00e9tait question de l\u2019ouvert, de l\u2019\u00e9visc\u00e9ration, des pratiques de dissections et autres travaux anatomiques o\u00f9 la beaut\u00e9 v\u00e9nusienne se double d\u2019une fascination pour l\u2019obscur et l\u2019informe, le livre s\u2019est impos\u00e9 sur la table de travail. Didi-Huberman articule la repr\u00e9sentation de V\u00e9nus par Boticcelli aux cires anatomiques, \u00e0 Bataille, \u00e0 Sade. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Le roman d\u2019un \u00eatre<\/strong><\/em> de Bernard No\u00ebl (POL, 15\u20ac). J\u2019en avais d\u00e9j\u00e0 lu de larges extraits parus dans des catalogues d\u00e9di\u00e9s \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Roman Opalka et avais appr\u00e9ci\u00e9 la forme, ad\u00e9quate \u00e0 son objet, son attention au corps, \u00e0 l\u2019espace comme \u00e0 l\u2019objet. Un peu \u00e0 la mani\u00e8re de Charles Juliet dans ses livres sur Beckett, Van Velde ou Soulages, Bernard No\u00ebl restitue ses \u00e9changes avec l\u2019artiste, donnant \u00e0 lire les r\u00e9flexions d\u2019Opalka sur son \u0153uvre, ses exigences, sa fascinante position dans l\u2019art.<\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Bashung(s), une vie<\/strong><\/em>, de Marc Besse (J\u2019ai lu, 6,70\u20ac). Marc Besse nous restitue le parcours de vie d\u2019un chanteur atypique, le combat permanent, le travail, les heures folles. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Chevaux des vagues<\/strong><\/em> de Philippe Blanchon (La termiti\u00e8re\/ La Nerthe, 21\u20ac). Aborde le vertige instable du pr\u00e9sent par l\u2019histoire g\u00e9opo\u00e9tique. Russes, Am\u00e9ricains, avec pour centre la figure de Juan Gris.<\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Le geste et la parole <\/strong><\/em>d\u2019Andr\u00e9 Leroi-Gourhan (Albin Michel, 17, 75\u20ac). Longue analyse de l\u2019\u00e9volution animale et de la fabrique de l\u2019homme moderne par la lib\u00e9ration de la face dans l\u2019acte de pr\u00e9dation et d\u00e9chiquetage \u00e0 la faveur des membres ant\u00e9rieurs. Ainsi se dessine la face, se d\u00e9gage l\u2019espace disponible au d\u00e9veloppement c\u00e9r\u00e9bral. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Par mottes froides<\/strong><\/em> d\u2019Armand Dupuy (Le taillis Pr\u00e9, 10\u20ac). Tr\u00e8s beau recueil ancr\u00e9 au quotidien, aux choses de vie, dans ce qui \u00e9chappe d\u2019ordinaire dans le mouvement de vivre. J\u2019y ai consacr\u00e9 une note de lecture plus compl\u00e8te <a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/armand-dupuy-par-mottes-froides\/\">ici<\/a>.<\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Personne n\u2019est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de rien<\/strong>, correspondance Novarina\/Dubuffet<\/em> (l\u2019Atelier contemporain, 20\u20ac). Si je n\u2019avais jamais rien lu jusqu\u2019ici de Novarina, l\u2019\u0153uvre de Dubuffet dans ses multiples facettes ne m\u2019est pas inconnue. J\u2019ai eu plaisir \u00e0 y relire cet entretien conduit pour une revue et dans lequel Dubuffet livre l\u2019essentiel de sa philosophie entre d\u00e9placement perp\u00e9tuel, recours \u00e0 l\u2019intuition hasardeuse, effort constant pour \u00e9chapper \u00e0 ce qui dans les formes sournoises de l\u2019habitude impose ses partis-pris, ses dogmes, son asphyxiante culture. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Entretien avec Paul Keller<\/strong><\/em> de Philippe Blanchon (La Termiti\u00e8re, 5\u20ac).  Entretien dans lequel l\u2019auteur met en perspective ses livres successifs et \u00e9voque comment se construit sa po\u00e9tique entre \u00e9thique, engagement esth\u00e9tique et dialogues avec les grandes \u0153uvres modernes anglophones et russes. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Le\u00e7ons de Solf\u00e8ge et de piano<\/strong><\/em> de Pascal Quignard (Arl\u00e9a, 7\u20ac). De ce qui dans l\u2019histoire le relie lui \u00e0 Julien Gracq par l\u2019entremise des cours de musique des Demoiselles Quignard auxquels se rend, penaud, le jeune Louis Poirier. Toujours chez Quignard cette abondance de d\u00e9tails factuels croisant les moments et les vies comme pour redonner son volume \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 perdue par la polyphonie des voix, des points de vue et malgr\u00e9 tout ou par tout cela, le sentiment de la fiction juste au bord. Une vingtaine de pages, comme un rapport d\u00e9taill\u00e9 pour dire la blessure depuis laquelle toujours on \u00e9crit. R\u00e9cit qui s\u2019accompagne de la petite conf\u00e9rence \u00e9rudite qu\u2019il teint \u00e0 Lagrasse en 2010 en hommage \u00e0 G\u00e9rard Bobiller. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Sur l\u2019image qui manque \u00e0 nos jours<\/strong><\/em> de Pascal Quignard (Arl\u00e9a, 8\u20ac). Question insistante chez Quignard que celle de l\u2019image qui manque, que ce soit en amont, du c\u00f4t\u00e9 de la conception, l\u2019insondable origine ou dans l\u2019inconnu sym\u00e9trique de la mort. Dans cette r\u00e9flexion \u00e9rudite, Quignard convoque des images mythiques comme l\u2019homme tombant en \u00e9rection de la grotte de Lascaux, le \u00ab plongeur \u00bb de Paestum \u00e0 cheval sur deux mondes, puis deux fresques antiques italiennes. Images \u00e0 chaque fois suspendues, manquant \u00e0 se r\u00e9soudre. La visibilit\u00e9 est immobilis\u00e9 dans \u00ab l\u2019instant d\u2019avant \u00bb, c\u2019est l\u2019ent\u00e9l\u00e9chie. Belle distinction conclusive entre l\u2019image qui \u00ab voit ce qui manque \u00bb et le mot qui \u00ab nomme ce qui fut \u00bb. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Flaques<\/strong><\/em> d\u2019Antoine Emaz (Centrifuges). Notes de journal o\u00f9 le travail se dit dans le quotidien. J\u2019y ai consacr\u00e9 une note longue <a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/flaques-emaz\/\">ici<\/a>.<\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Lettres autour d\u2019un jardin<\/strong><\/em> de Rilke (La d\u00e9lirante). Dans la confusion des bibelots que l\u2019on peut trouver sur un marcher aux puces, le nom : Rilke, et un frontispice de Sam Szafran. 5\u20ac. Il n\u2019en fallait pas davantage pour me d\u00e9cider. Dans cet extrait de sa correspondance, Rilke s\u2019entretient avec une certaine mademoiselle Bonstetten \u00e0 propos d\u2019horticulture et de jardin mais en filigrane apparaissent quelques \u00e9l\u00e9ments de sa po\u00e9tique, son choix de la langue fran\u00e7aise, son admiration pour Val\u00e9ry\u2026 <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Juan Gris, Ecrits<\/strong><\/em> (La Nerthe, 6\u20ac). Livre bref qui restitue \u00e0 Gris sa position singuli\u00e8re, t\u00e9moignant de ses rapports avec le Cubisme, avec le classicisme. Gris, comme l\u2019\u00e9crit PhiliPPe Blanchon, est aussi pr\u00e9cis dans ses Ecrits que dans sa peinture. A plusieurs reprises il t\u00e9moigne de sa m\u00e9thode, distinguant l\u2019architecture de la construction pour d\u00e9finir enfin la peinture comme \u00ab l\u2019expression de certains rapports du peintre avec le monde ext\u00e9rieur \u00bb et le tableau comme \u00ab l\u2019association intime de ces rapports entre eux et la surface limit\u00e9e qui les contient \u00bb.<\/p>\n<p>-Lu <strong><em>La fulgurance du geste<\/em><\/strong> de Fabienne Swiatly (L&rsquo;Amourier, 10,45\u20ac ). Avec Armand Dupuy, elle fait parti des premiers auteurs du catalogue des \u00e9ditions Publie.net et c\u2019est avec ses fragments sur la ville que je l\u2019ai d\u00e9couverte. Dans la foul\u00e9e, j\u2019ai lu <em>Boire<\/em>, puis <em>Gagner sa vie<\/em> devenant incidemment un fid\u00e8le, tr\u00e8s sensible \u00e0 sa sobri\u00e9t\u00e9 et justesse d\u2019\u00e9criture et \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience dont elle t\u00e9moigne. Elle fait parti de ces auteurs dont j\u2019offre les livres. Il y a eu <em>Une femme allemande, Unit\u00e9 de vie<\/em>, le <em>troublant Ligne de partage des eaux<\/em>. A chaque fois l\u2019ordinaire des vies que l\u2019on pourrait dire Minuscules \u00e0 la fa\u00e7on de Pierre Michon, mais saisies dans leur essentiel, leur intime, l\u00e0 o\u00f9 elles rejoignent toute humanit\u00e9. En quelques phrases s\u2019esquisse de l\u2019int\u00e9rieur l\u2019ordinaire d\u2019une vie de couple, de la passion au quotidien qui \u00e9mousse et puis le d\u00e9samour ou l\u2019amour devenu unilat\u00e9ral brisant l\u2019\u00e9quilibre fragile. Ce dans quoi \u00e7a projette brutalement. Fulgurance du geste. Drame sentimental, comme on dit. Sauf qu\u2019\u00e0 dire comme \u00e7a on ne dit rien de la r\u00e9alit\u00e9 aigue qu\u2019\u00e9touffe le fait divers. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Vertiges<\/em><\/strong> de W.G. Sebald (Babel, 7, 70\u20ac). Toujours cette errance \u00e0 travers l\u2019Europe \u00e0 la recherche obs\u00e9dante, de sa propre histoire, du fondement de sa m\u00e9lancolie. Une \u00e9criture riche, attard\u00e9e aux d\u00e9tails, brassant les lieux et les \u00e9poques, les figues, les souvenirs. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Eug\u00e8ne Atget, po\u00e8te mat\u00e9rialiste<\/em><\/strong> de Baudouin de Bodinat (Fario, 13,5\u20ac). Biographie cursive d\u2019Atget, figure mythique, m\u00e9connue dont l\u2019\u0153uvre photographique fascine et fonde peut-\u00eatre notre mythologie de la ville.<\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Adieu, essai sur la mort des Dieux<\/em><\/strong> de Jean-Christophe Bailly (C\u00e9cile Defaut, 14\u20ac). Difficile de suivre Bailly dans sa profusion, ses \u00e9crits essentiels sur la ville ou le paysage n\u2019\u00e9tant qu\u2019une part de son abondante recherche. Dans cet essai, il d\u00e9ploie le constat nietzsch\u00e9en de la mort de Dieu et de la permanence de son ombre encore en dressant une br\u00e8ve histoire du catholicisme et de ses accointances id\u00e9ologiques avec le pouvoir monarchique d\u2019abord puis avec le capitalisme comme manifestation d\u2019un ordre ferm\u00e9. Si le religieux n\u2019a plus la place centrale, structurante qui \u00e9tait la sienne, le deuil n\u2019en est pas pour autant fait au lendemain des Lumi\u00e8res. <\/p>\n<p>-Lu <em><strong>Sentir le grisou<\/em><\/strong> de Georges Didi-Huberman (Minuit, 13,50\u20ac). Cet essai rassemble au fil d\u2019une m\u00eame pens\u00e9e des r\u00e9flexions d\u00e9velopp\u00e9es lors d\u2019entretiens, d\u2019articles et de conf\u00e9rences. Ainsi l\u2019on y retrouve l\u2019\u00e9vocation de ce fameux chant de Rocio Marquez dans la mine de Santa Cruz del Sil, en 2012 en soutient au geste de protestation des mineurs espagnols suivi de l\u2019analyse de la Rabbia de Pasolini dont je crois me souvenir d\u2019avoir \u00e9cout\u00e9 l\u2019enregistrement vid\u00e9o. Essai \u00e9rudit et p\u00e9dagogique qui est tout autant une d\u00e9rive de pens\u00e9e hant\u00e9e par la question de la lisibilit\u00e9 du pr\u00e9sent.  <\/p>\n<p><em>Image : Antonello de Messine, St-Jer\u00f4me.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lectures d\u2019hiver, regard r\u00e9trospectif et cursif \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e du printemps. C\u2019est toujours pareil, on lit dans le mouvement de la pens\u00e9e, avec interruptions, sursauts, embard\u00e9es, retours. Des choses m\u00e8nent \u00e0 d\u2019autres, on d\u00e9rive. 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