{"id":6482,"date":"2014-10-06T20:43:31","date_gmt":"2014-10-06T19:43:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6482"},"modified":"2014-10-07T21:28:10","modified_gmt":"2014-10-07T20:28:10","slug":"quelques-lectures-de-septembre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/quelques-lectures-de-septembre\/","title":{"rendered":"quelques lectures de septembre"},"content":{"rendered":"<p>la liste se poursuit, d&rsquo;une lecture l&rsquo;autre. Comme toujours, pas mal de choses entam\u00e9es qui s&#8217;empilent dans tous les coins, rebords de bureau, accoudoirs de canap\u00e9, chiottes, dans la liseuse.<!--more--> <\/p>\n<p>Lu <strong>Comment \u00e9crire des vers<\/strong><em> de Ma\u00efakovki. (Editions La Nerthe, pr\u00e9face de Philippe Blanchon, 10\u20ac). On en restera pour beaucoup au coup de g\u00e9nie, aux fulgurances c\u00e9lestes, \u00e0 la folie presque de celui qui les re\u00e7oit. Des associations qui vous tombent dessus \u00e0 la faveur de r\u00eaveries brumeuses et qui s\u2019induisent, port\u00e9es par une musique : ainsi se ferait la po\u00e9sie en ondulations charmantes, opaques parfois, mais \u00e0 l\u2019\u00e9cart du monde.  Le malentendu vient sans doute de l\u00e0. Et si la po\u00e9sie est souvent une forme elliptique, crisp\u00e9e ou contract\u00e9e, \u00ab un chemin court \u00bb, comme me le disait un jour l\u2019ami Armand Dupuy, elle n\u2019est pas forc\u00e9ment close, ni m\u00eame un moyen d\u2019\u00e9chapper au monde en le recr\u00e9ant, diff\u00e9rent et pour soi. Pour Ma\u00efakovki \u00e9videmment le po\u00e8te \u00e0 un r\u00f4le social et politique et le po\u00e8me manifeste son engagement, sa pens\u00e9e, son \u00e9thique et son esth\u00e9tique inextricablement li\u00e9es. R\u00e9inventer la langue, son usage est un enjeu semblable et parall\u00e8le \u00e0 la r\u00e9invention perp\u00e9tuelle du monde, la fabrication de son avenir. Ainsi se dessinent les exigences du travail po\u00e9tique. Le texte de Ma\u00efakovki se pr\u00e9sente \u00e0 la fois comme un manifeste et comme un cours ou un atelier d\u2019\u00e9criture o\u00f9 le po\u00e8te analyse r\u00e9trospectivement l\u2019instinct \u00e0 l\u2019\u0153uvre et ce qui dans les divers choix signifiants qu\u2019il op\u00e8re, fait le travail d\u2019\u00e9criture. Ne pas c\u00e9der \u00e0 l\u2019apparence, chasser l\u2019effet de surface, les \u00ab chaussures tress\u00e9es et broderies \u00bb, ne pas jouer \u00e0, mais \u00eatre, entrer dans la musique int\u00e9rieure, le rythme que r\u00e9clame chaque chose, couper, chasser, choisir, ajuster, placer. Il faudrait toujours lire avec en t\u00eate ces exigences, ce travail, cette implication dans l\u2019\u00e9tat du monde. Je regarde sur mes \u00e9tag\u00e8res, Le nuage en pantalon, furieuse envie de le relire. <\/p>\n<p>_<\/p>\n<p>Lu <strong>Apr\u00e8s<\/strong><\/em> d\u2019Armand Dupuy. (Editions contre-all\u00e9es, 5\u20ac). Un peu de cette sensation que nous avait laiss\u00e9 la lecture de L\u2019\u00e9tranger de Camus. Ce vertige ou cette h\u00e9b\u00e9tude face \u00e0 l\u2019ordinaire du monde v\u00e9cu du dedans, c\u2019est-\u00e0-dire sans que ne se donne \u00e0 voir la situation dans sa r\u00e9alit\u00e9 panoramique (nous ne pouvons \u00e9treindre largement qu\u2019\u00e0 abstraire, et donc dans l\u2019\u00e9loignement). Un peu comme Cy Twombly, z\u00e9brures, accroches br\u00e8ves en bordure de l&rsquo;illisible. Une langue de syncopes, de fragments attrap\u00e9s dans l\u2019exp\u00e9rience par le d\u00e9doublement de la conscience pour dire la sensation, l\u2019\u00e9tat des choses depuis le creux que l\u2019on forme soi dans l\u2019\u00e9tendue sensible de notre appr\u00e9hension. \u00ab Et toujours se voir\/n\u2019\u00eatre pas l\u00e0, bure ou creux\/dans le temps \u00bb. Les mots que l\u2019on jette aux choses et \u00e0 soi-m\u00eame font des murs d\u2019autorit\u00e9, \u00ab le seul mur c\u2019est\/de vouloir \u00bb, il faut se dessaisir pour saisir apr\u00e8s la vitre, par-del\u00e0 l\u2019image, par-del\u00e0 l\u2019instant, accepter ce fourmillement int\u00e9rieur, \u00e9cho du dehors, sa neige, son silence profond comme sa r\u00e9alit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nale. Un livre bref comme un instant d\u00e9ploy\u00e9.<\/p>\n<p>_<\/p>\n<p>Lu <strong>Baleine<\/strong><em> de Paul Gadenne (Editions Actes Sud). Un petit livre sans date, mal situ\u00e9 dans le temps et qui plus ou moins prend l\u2019apparence de l\u2019anecdote qu\u2019il d\u00e9veloppe : 25 pages, juste de quoi faire le tour de l\u2019objet. Dans la simplicit\u00e9 factuelle de la narration s\u2019invite une m\u00e9taphysique qui sans jamais se dire donne au r\u00e9cit une valeur m\u00e9taphorique vertigineuse. La Baleine, c\u2019est le langage, notre rapport au monde, nous-m\u00eame peut-\u00eatre, l\u2019ordinaire de n\u2019importe quel objet qui, dans la pr\u00e9sence monstrueuse, monumentale qu\u2019il manifeste en fait une exp\u00e9rience exc\u00e9dente, inaxcessible. Le vertige de l\u2019ordinaire. C\u2019est aussi la possibilit\u00e9 l\u00e9gendaire de la litt\u00e9rature, un d\u00e9placement. Et combien de choses encore ! Dans une langue d\u2019une grande sobri\u00e9t\u00e9 et subtilit\u00e9, toujours \u00e0 double fond, le r\u00e9cit se d\u00e9double pour appeler tout autant le myst\u00e9rieux que le fait divers, l\u2019\u00e9trangement flottant des parages des r\u00eaves et m\u00eame l\u2019impur de Bataille. Encore la baleine est un christ sacrifi\u00e9 sur le rivage, un message, une phrase spirituelle, un message d\u2019union et de foi. On se souvient le r\u00e9cit de Jonas. On n\u2019en revient pas de l\u2019\u00e9vidence, de la monumentalit\u00e9 sans y para\u00eetre pour laquelle on ferait du mot baleine un adjectif. <\/p>\n<p>_<\/p>\n<p>Lu <strong>La face Nord de Juliau, onze, douze<\/strong><\/em> de Nicolas Pesqu\u00e8s. (Editions Flammarion po\u00e9sie, 18\u20ac). On se m\u00e9fie un peu des d\u00e9marches protocolaires qui confinent parfois au jeu herm\u00e9tique et vite ennuyeux, \u00e0 l\u2019exercice formel. Pourtant, on reconna\u00eet une part de v\u00e9rit\u00e9 dans l\u2019arbitraire, une fa\u00e7on aussi de faire place nette, de d\u00e9gager toutes les consid\u00e9rations p\u00e9riph\u00e9riques \u00e0 l\u2019objet et au regard que l\u2019on pose dessus. Je suis pour ma part sensible \u00e0 ces obstinations, combats avec le motif, assauts r\u00e9p\u00e9t\u00e9s \u00e0 la surface pour tenter de percer l\u2019enveloppe, de passer au-del\u00e0 les premi\u00e8res impressions, les premiers mots. C\u00e9zanne, Monet, Giacometti, Morandi, Mondrian, Scully et quelques autres entendant ne pas se d\u00e9tourner de ce qui r\u00e9siste, mais s\u2019y confronter encore, inlassablement, \u00e9prouver le sujet et s\u2019\u00e9prouver soi-m\u00eame. Pour Nicolas Pesqu\u00e8s, presque Sainte-Victoire, le mont Juliau et m\u00eame vu par un c\u00f4t\u00e9, immobile silhouette de jour et de nuit, la face Nord de Juliau. Et comme toujours, le principe vaut dans la dur\u00e9e, la pers\u00e9v\u00e9rance : forc\u00e9 d\u2019aller toujours au-del\u00e0 de ce que l\u2019on a d\u00e9j\u00e0 dit, ou de changer un peu l\u2019angle, s\u2019ouvrir le regard pour faire rentrer ce que l\u2019on n\u2019avait pas vu d\u2019abord, ouvrir la langue en sym\u00e9trie. La question demeurera de savoir si l\u2019on peut dire la chose, les trajets du regard ou si toujours cela \u00e9chappe derri\u00e8re les mots. \u00ab Les yeux vont vers la colline \u00bb tenter de \u00ab toucher au visage venu des grands fonds\/\u00e0 la ressemblance d\u2019avant la distinction \u00bb, mais \u00ab (ils) vont avec le langage et c\u2019est l\u2019\u00e9loignement qu\u2019ils \u00e9treignent \u00bb. On se retrouve dans l\u2019exp\u00e9rience rapport\u00e9e par Pesqu\u00e8s, touchant \u00e0 ces m\u00eames impressions. Forc\u00e9ment, tentation est grande de reprendre le cheminement : La face nord de Juliau (1988), la face nord de Juliau, deux (1997)\u2026<\/p>\n<p>_<\/p>\n<p>Lu <strong><em>La part des nuages<\/em><\/strong> de Thomas Vinau (Editions Alma, 16\u20ac). Attraper de petites choses avec d\u00e9sinvolture, sans le romanesque des grandes fresques, les plong\u00e9es et les hauteurs de la psychologie, de la philosophie, bref cueillir ce qui est \u00e0 port\u00e9e de main et que nous avons tous en partage. Famille s\u00e9par\u00e9e, elle qui a pris le virage pour se refaire une vie, lui qui sombre, les gardes altern\u00e9es, le boulot qui emmerde, tout ce de quoi on voudrait un jour se d\u00e9faire d\u2019obligations, bien s\u00fbr que la figure de Joseph avec son fils No\u00e9, sa tortue, sa cabane dans le jardin, la voisine qui joue de la flute \u00e0 la fen\u00eatre c\u2019est le double de pas mal d\u2019entre nous. On ne sait pas bien s\u2019il est l\u2019arch\u00e9type de notre g\u00e9n\u00e9ration ou si c\u2019est l\u2019inverse, que nous sommes devenus par la force des choses des arch\u00e9types de cette figure litt\u00e9raire d\u2019antih\u00e9ros ordinaire sympathique et paum\u00e9 entre ses r\u00eaves et la r\u00e9alit\u00e9. <\/p>\n<p>_<\/p>\n<p>Lu <strong><em>Plein la vue<\/strong><\/em> de Marc Molk (Editions Wildproject, 12\u20ac). Suite de brefs textes libres sur une s\u00e9rie de tableaux tant\u00f4t contemporains, tant\u00f4t anciens, souvent peu connus du grand public et quelques fois peu connus tout court. L\u2019auteur prend le parti de la subjectivit\u00e9 d\u00e9complex\u00e9e, esquissant ce que lui \u00e9voque telle ou telle image d\u2019une mani\u00e8re un peu d\u00e9sinvolte et d\u00e9brid\u00e9e, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une conversation l\u00e9g\u00e8re, m\u00ealant quelques commentaires historiques et digressions autobiographiques un peu baroques. Rarement de r\u00e9elles plong\u00e9es dans le sujet : ce qui demanderait d\u00e9veloppement, pr\u00e9cision est syst\u00e9matiquement \u00e9vacu\u00e9 sur le mode un peu badin du \u00ab j\u2019aurais pu parler de\u2026 \u00bb, ou \u00ab je ne d\u00e9velopperais pas\u2026 \u00bb, le texte file, la visite se fait au pas de course. Le ton se fait trop souvent \u00e0 mon go\u00fbt racoleur ou rh\u00e9torique, affirmant tout \u00e0 la fois la revendication d\u2019une singularit\u00e9 de go\u00fbt \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un initiateur ou d\u2019un esth\u00e8te \u00e9claireur des foules et une volont\u00e9 d\u2019\u00eatre cool, l\u00e9ger, d\u00e9cadent, un peu vulgaire, un peu sexy. Derri\u00e8re une apparence p\u00e9dagogique, c\u2019est l\u2019ego qui m\u00e8ne la barque et bient\u00f4t, au milieu de ces toiles qui forment son panth\u00e9on personnel, l\u2019auteur consacre une note \u00e0 une de ses propres peintures. Il n\u2019est d\u2019ailleurs tout du long jamais question d\u2019autre chose que d\u2019\u00e9taler en trente tableaux ses go\u00fbts personnels, son regard, ses obsessions, les divagations qu\u2019ils lui inspirent. Dr\u00f4le d\u2019objet au final, qui laisse fatalement sur sa faim et \u00e9coeure malgr\u00e9 tout par cette familiarit\u00e9 un peu surjou\u00e9e, d\u00e9mago o\u00f9 l\u2019auteur semble tout le long mimer la conversation mais s\u2019\u00e9coute parler, rouler des m\u00e9caniques (jusqu\u2019\u00e0 l\u2019inscription oblique en couverture : inclus \u00ab pr\u00e9face de L\u00e9onard de Vinci \u00bb. Quand on s\u2019attend \u00e0 d\u00e9couvrir des \u0153uvres, lires quelques anecdotes \u00e9clairantes, un regard neuf, lib\u00e9ral, on est un peu d\u00e9\u00e7u, forc\u00e9ment (pardon pour l&rsquo;auteur). On se demande o\u00f9 on en est de cette multitude de voix acc\u00e9dant au chapitre, chacun ayant son mot \u00e0 dire, ce que \u00e7a dit des rapports sociaux, du rapport \u00e0 soi, du quart d\u2019heure de gloire revendiqu\u00e9 qu\u2019apercevait Warhol. On se demande lesquels on aurait choisis dans son mus\u00e9e imaginaire, des trente tableaux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>la liste se poursuit, d&rsquo;une lecture l&rsquo;autre. 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