{"id":6503,"date":"2014-11-28T23:14:36","date_gmt":"2014-11-28T22:14:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6503"},"modified":"2014-11-28T23:14:36","modified_gmt":"2014-11-28T22:14:36","slug":"lectures-octobrenovembre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/lectures-octobrenovembre\/","title":{"rendered":"Lectures octobre\/novembre"},"content":{"rendered":"<p>C\u2019est tout en pr\u00e9cipitation, en rognant sur les heures. Pour pouvoir en r\u00e9pondre, mais aussi par app\u00e9tit, pour donner du bois \u00e0 quelques r\u00e9flexions en cours.<!--more--> Comme \u00e7a jusqu\u2019\u00e0 cinq livres en lectures crois\u00e9es avec presque toujours leur lieu, celui-l\u00e0 pos\u00e9 au calme des toilettes, dans le seul lieu d\u2019isolement de l\u2019appartement, cet autre dans le sac et qu\u2019on le voit aux bords us\u00e9s, un sur l\u2019ordinateur, sur la table basse du salon, un autre au bureau avec la pile re\u00e7u derni\u00e8rement, pos\u00e9s sur la biblioth\u00e8que, mais horizontalement, pour les distinguer des autres. Il y aurait \u00e0 dire sur la partition du cerveau et comme chez Proust le rapport de la lecture \u00e0 l\u2019espace. J\u2019aurais voulu parvenir \u00e0 en faire retour chaque mois par un bref commentaire, en dire pour chacun le plaisir, l\u2019int\u00e9r\u00eat que j\u2019y avais trouv\u00e9 ; me suis retrouv\u00e9 noy\u00e9. <\/p>\n<p>Lu <strong>Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire<\/strong> de Virginie Gautier (\u00e9ditions Publie.net, 3,99\u20ac).<br \/>\nEt rien que le titre d\u00e9j\u00e0 induit ce qu\u2019il y a de vertige, de d\u00e9placement de soi quand dans le voyage il n\u2019a rien du simple trajet ou de l\u2019utilitaire mais, m\u00eame au plus proche de chez soi, au dedans, rel\u00e8ve de l\u2019exp\u00e9rience. Ici les lieux et les moments se confondent, il est question de lignes, de fronti\u00e8res dans leur mouvance et de livres, de musiques qui traversent la t\u00eate en leurs \u00e9chos. Il ne faut rien forcer, simplement attendre et traverser les territoires au dedans comme au dehors, poser le regard sur la ville, les paysages, les routes, r\u00eaver aux dessins des r\u00e9seaux, des cartes. On ne saura dire combien nous est pr\u00e9cieux et essentiel cet imaginaire de la fuite, de la route, de l\u2019\u00e9chapp\u00e9e, des villes et des g\u00e9ographies.<\/p>\n<p>Lu <strong>face \u00e0 \/ morts d\u2019\u00eatre<\/strong> de Nicolas Gr\u00e9goire (\u00e9ditions Centrifuges, 11\u20ac).<br \/>\nOn ne sait jamais si \u00e9crire c\u2019est \u00e9crire sur ou depuis ou avec ou \u00e0 c\u00f4t\u00e9 ou en face de. La r\u00e9alit\u00e9 devant nous regarde depuis son silence ou son vacarme et on n\u2019atteint pas, ce n\u2019est pas \u00e7a. Toutes les tournures et toutes les formes que l\u2019on essaie ne sont au fond que des gesticulations pour essayer d\u2019atteindre mieux, de rejoindre mieux et de se sortir de soi. <em>\u00ab Il faudrait tenir, autant que possible, je hors de soi, le tenir dans le terriblement humain \u00bb<\/em>. Morale et capacit\u00e9 se m\u00ealent comme depuis l\u00e0 Shoah la question de savoir s\u2019il \u00e9tait possible encore apr\u00e8s \u00e7a d\u2019\u00e9crire un po\u00e8me ou si toute tentative ne pouvait qu\u2019\u00eatre en de\u00e7\u00e0, sans commune mesure, aberrante m\u00eame dans sa tentative de donner \u00e0 penser l\u2019impensable. <em>\u00ab Ecrire \u00e0 partir du g\u00e9nocide ? Ou plut\u00f4t \u00e9crire avec le g\u00e9nocide ? J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019on est toujours trop \u00e0 c\u00f4t\u00e9 \u00bb<\/em>.  G\u00e9nocide m\u00eame, n\u2019est plus qu\u2019un mot.<br \/>\nMais comment vivre avec ces mots coinc\u00e9s en travers de la gorge, ces images inexpliqu\u00e9es ? Comment \u00eatre le t\u00e9moin qui ne t\u00e9moigne pas ?<br \/>\nComme le fait Claude Lanzmann avec son film Shoah, Nicolas Gr\u00e9goire choisi d\u2019accompagner son texte d\u2019images des lieux vides, ne montrant plus rien qu\u2019une forme d\u2019absence ou de silence charg\u00e9. Et la voix s\u2019essaye \u00e0 dire depuis l\u2019\u00e9chec \u00e0 dire, toute en syncopes, par bribes, \u00e0 penser l\u2019impensable. Marie-Jos\u00e9e Mondzain l\u2019\u00e9crit quelque part : \u00ab il y a des images qui incitent \u00e0 penser et d\u2019autres qui emp\u00eachent de penser \u00bb. Ce qui travaille la langue ce sont justement ces limites.<\/p>\n<p>Lu <strong>Remarques sur le regard (Picasso, Giacometti, Morandi)<\/strong> d\u2019Yves Bonnefoy (\u00e9ditions Calmann-L\u00e9vy, 30\u20ac). Dans ce long essai, Yves Bonnefoy oppose Giacometti et Picasso dans ce qui les travaille, la recherche r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de la pr\u00e9sence pour le premier et quelque chose comme le travail du symbolique, du langage de l\u2019art et de la peinture pour le second. Giacometti abandonne apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re ses recherches surr\u00e9alisantes sur la forme pour se consacrer dans un retour \u00e0 une figuration plus conventionnelle disons, qui scandalisa ses anciens amis, \u00e0 la figure et au portrait. Ne lui importe pas d\u2019\u00eatre moderne ou d\u2019\u00eatre partie prenante de la modernit\u00e9, il sonde inlassablement l\u2019effroi perceptible au fond de l\u2019\u00eatre, la masse affront\u00e9e du visage, sa dynamique dans l\u2019espace. Picasso, selon Bonnefoy, s\u2019il porte lui aussi cette inqui\u00e9tude, la d\u00e9joue ou s\u2019en d\u00e9joue, la d\u00e9tourne pour r\u00e9pondre par la cr\u00e9ativit\u00e9 la plus bouillonnante, par un jeu sur le langage pictural. Il d\u00e9tourne le regard, ne s\u2019y laisse pas prendre comme le fait Giacometti. <\/p>\n<p>Lu <strong>Des objectivistes au Black Mountain College (Zukovsky, Reznikoff, Oppen)<\/strong> de Fran\u00e7ois Coadou, Philippe Blanchon et Eric Giraud (\u00e9ditions La Nerthe, 10\u20ac). Tir\u00e9 d\u2019une conf\u00e9rence tenue \u00e0 l\u2019\u00e9cole sup\u00e9rieure d\u2019art de Toulon M\u00e9diterran\u00e9e, le livre en conserve une expression tr\u00e8s p\u00e9dagogique, attach\u00e9 \u00e0 r\u00e9inscrire les noms dans leur contexte tout en pr\u00e9cisant les singularit\u00e9s de leurs \u0153uvres. Si tous ou presque avons connaissance du mythique Black Mountain college, du mouvement Imagistes et peut-\u00eatre m\u00eame des Objectivistes, il faut convenir que tout cela nous reste souvent assez vague. En quatre textes synth\u00e9tiques, les auteurs dressent les portraits de trois po\u00e8tes majeurs de la modernit\u00e9 outre Atlantique et du mouvement qu\u2019ils initi\u00e8rent et participera du champ th\u00e9orique et esth\u00e9tique de l\u2019aventure \u00e9ducative du Black Moutain College. <\/p>\n<p>Lu <strong>Avec vous ce jour-l\u00e0<\/strong> de Sabine Huynh\/Lettre au po\u00e8te Allen Ginsberg (\u00e9ditions Recours au po\u00e8me, SP).<br \/>\nLes familiarit\u00e9s que l\u2019on entretient avec certaines \u0153uvres, certaines figures, les fa\u00e7ons qu\u2019on a d\u2019y revenir, de leur demander pour soi, en font pour nous comme de certains proches, de certains lieux, des points de rep\u00e8res. Et l\u2019espace ou le temps n\u2019y font rien, ce que vous lisez et qui litt\u00e9ralement vous r\u00e9pond, d\u00e9termine votre conduite est contemporain de votre propre regard, vous dialoguez avec un parent, un ami. Dans Proust est une fiction, Fran\u00e7ois Bon nous promenait ainsi dans sa t\u00eate ou sa grande biblioth\u00e8que int\u00e9rieure et on l\u2019apercevait en retrait, tapant sur son portable les morceaux de conversations intercept\u00e9s entre Proust et Baudelaire. Une autre fois, dans une grande liste mentale il recevait les p\u00e9pites lapidaires que devait lui confier Keith Richards en fulgurances hallucin\u00e9es. Et de Charles Julliet j\u2019avais lu un jour la longue lettre qu\u2019il destinait \u00e0 C\u00e9zanne pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle apr\u00e8s que celui-ci se soit \u00e9teint. La lettre de Sabine Huynh est \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie multiple, comme le sont g\u00e9n\u00e9ralement les lettres, dans la libert\u00e9 o\u00f9 elles sont de n\u2019\u00eatre pas a priori un genre litt\u00e9raire. Il s\u2019agit tout autant, d\u2019une biographie (d\u2019une autobiographie en miroir ?), d\u2019un essai mais pass\u00e9 par le filtre du r\u00e9cit personnel, de l\u2019ordre des confessions, que d\u2019un commentaire ou t\u00e9moignage, une lecture le l\u2019\u0153uvre de Ginsberg en regard de sa vie. S\u2019y multiplient les points de rencontre, que ce soit \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une lecture publique quelques ann\u00e9es avant sa mort, moment qui devait devenir d\u00e9terminant, que par l\u2019\u0153uvre, lue en profondeur, assimil\u00e9e ou les co\u00efncidences de dates, folie maternelle, m\u00e9tissage culturel et cultuel. Apr\u00e8s \u00e7a vous vient une furieuse envie de retourner voir dans votre biblioth\u00e8que Howl, dont vous apercevez la tranche, de lire enfin Kaddish. <\/p>\n<p>Lu <strong>Fragments du dedans<\/strong> de Fran\u00e7ois Bon (\u00e9ditions Grasset, 18\u20ac). Je le savais travailler \u00e0 un ab\u00e9c\u00e9daire, mais dans le moment j\u2019avais pens\u00e9 \u00e0 cette s\u00e9rie en cours sur son site dans laquelle il revenait sur les livres qui l\u2019avaient fond\u00e9 : Histoire de mes livres. Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois qu\u2019un livre se serait form\u00e9 depuis des fragments quotidiens ou presque. J\u2019avais comme \u00e7a suivi Tumulte, exp\u00e9rience d\u2019\u00e9criture en ligne et photographies avant que soit publi\u00e9 le livre. J\u2019avais comme \u00e7a lu quelques fragments sur Led Zeppelin, de ce qui deviendrait l\u2019essai Apr\u00e8s le livre, la liste des objets tenant place dans son autobiographie (Autobiographie des objets), et derni\u00e8rement ces cent billets qui constitueraient son Proust.<br \/>\nApr\u00e8s l\u2019\u00e9poque Minuit, il me semble que chacun des livres publi\u00e9s chez Fayard, Albin-Michel, au Seuil, ici chez Grasset et m\u00eame Verdier avec Paysage fer constituent un d\u00e9ploiement autobiographique. Rien n\u2019est convoqu\u00e9 jamais comme un absolu abstrait mais pour ce que \u00e7a d\u00e9termine ou signifie dans sa propre exp\u00e9rience comme travers\u00e9e. Dans la forme cursive de l\u2019ab\u00e9c\u00e9daire se dessine quelque chose \u00e0 la jonction des notes du Tumulte et de l\u2019Autobiographie des objets. L\u2019arbitraire apparent de la forme, la longueur in\u00e9gale des entr\u00e9es (parfois juste une question, une remarque, parfois presque deux pages, mais jamais plus), leur apparent survol d\u00e9sinvolte, l\u2019humour qui s\u2019y glisse parfois, dessinent une de ces autobiographies possibles. Une biographie au pas de course, vive, enlev\u00e9e laissant \u00e0 chacun le loisir de plonger dans ces portes obscures qu\u2019il laisse entrouvertes. L\u2019ab\u00e9c\u00e9daire donne l\u2019opportunit\u00e9 de grands \u00e9carts, de l\u2019h\u00e9t\u00e9roclite ou du bizarre fa\u00e7on cabinet d\u2019amateur ou magasin de brocante, jouant sur plusieurs plateaux (avec des ab\u00eemes quand on tombe entre deux), il laisse aussi \u00e0 la faveur d\u2019un abandon favorable atterrir ici des mots dont on aurait pas cru qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 tellement signifiants ou m\u00eame encore jouer de renvois et de b\u00e9gaiements (qu\u2019apr\u00e8s qu\u2019Abandon ait donn\u00e9 le mouvement, Ab\u00e9c\u00e9daire \u00e9voque le Z forc\u00e9ment d\u00e9j\u00e0 \u00e0 venir tout au bout, qu\u2019\u00e9quilibre se cherche \u00e0 trois reprises, que Fuite et Futur se suivent, Y soit le seul mot qui en une lettre se propose de tenir la rubrique des Y, que R\u00eave soit renseign\u00e9 par la lettre X : \u00ab X comme R\u00eave \u00bb \u2026). Le livre se retourne constamment sur lui-m\u00eame, comme c\u2019est habitude chez Fran\u00e7ois Bon, Littr\u00e9 pas loin comme outil et d\u00e9voilant la po\u00e9sie qu\u2019on trouve aux d\u00e9finitions, aux listes, \u00e0 ces formes comme chez Rabelais ou Lautr\u00e9amont, F\u00e9n\u00e9on, le c\u0153ur de la langue. <\/p>\n<p>Lu <strong>Duras\/Godard dialogues<\/strong> (Post &#8211; \u00e9ditions Centre Pompidou, 14\u20ac) On se demande comment deux auteurs de cette nature peuvent s\u2019entendre. Non pas qu\u2019il paraisse improbable qu\u2019ils puissent s\u2019appr\u00e9cier, mais s\u2019entendre, entendre l\u2019autre sans \u00e9couter davantage l\u2019\u00e9cho en soi de ce qu\u2019il \u00e9nonce ou ce que soi d\u00e9j\u00e0 on veut y lire. Godard \u00e0 cet \u00e9gard est invraisemblable et tout \u00e0 son id\u00e9e. Les \u00e9changent prennent souvent l\u2019apparence d\u2019un dialogue de sourd ou de deux monologues parall\u00e8les qui parfois, contre toute probabilit\u00e9 se rejoignent ou font mine de. Tout \u00e0 ses obsessions, ses contradictions, en ellipses, il n\u2019est pas toujours facile de le suivre dans le d\u00e9tail. Pourtant en 79, 80 et 87, une conversation semble se suivre et une certaine histoire du cin\u00e9ma dans ses rapports \u00e0 l\u2019\u00e9crit ou au litt\u00e9raire se dessiner.<\/p>\n<p>Lu <strong>Le nu au transept<\/strong> de Claude-Louis Combet (\u00e9ditions l\u2019Atelier contemporain, 18\u20ac). Ce qui fascine toujours chez lui c\u2019est cette impression de coul\u00e9e, une certaine volubilit\u00e9 qui vous porte tout en ondulation d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du r\u00e9cit, d\u2019une traite, presque d\u2019un souffle. Claude-Louis Combet y poursuit son exploration presque sadienne d\u2019une \u00e9rotique religieuse o\u00f9 l\u2019esprit se confronte \u00e0 la chair, au corps pour aboutir \u00e0 une extase ambigu\u00eb ou travaill\u00e9e d\u2019ambig\u00fcit\u00e9s. C\u2019est une r\u00e9habilitation du d\u00e9sir et de sa puissance spirituelle, une th\u00e9ologie du corps. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est tout en pr\u00e9cipitation, en rognant sur les heures. 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