{"id":6538,"date":"2015-01-12T15:04:51","date_gmt":"2015-01-12T14:04:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6538"},"modified":"2015-01-13T09:41:30","modified_gmt":"2015-01-13T08:41:30","slug":"faut-dire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/faut-dire\/","title":{"rendered":"faut dire"},"content":{"rendered":"<p><em>Faut dire, le ciel \u00e9tait encore plus gris que les \u00e9chelles, y avait qu\u2019\u00e0 appuyer sur le bouton.<\/em> (F.Bon)<\/p>\n<p>Un sch\u00e9ma que je me fais pour moi-m\u00eame, les hommes comme \u00e7a pris dans la vie, \u00e0 toute chose naturellement. Et puis sans doute si l\u2019on veut du fait aussi de la chasse, du changement d\u2019alimentation, des n\u00e9cessit\u00e9s strat\u00e9giques que \u00e7a induit (les premi\u00e8res chasses \u00e0 l\u2019\u00e9puisement etc.)<!--more--> et de l\u2019accroissement c\u00e9r\u00e9bral que \u00e7a produit, ils lisaient probablement aux traces, empreintes du gibier, mais dans un rapport utilitaire. Alors j\u2019imagine que c\u2019est sur leurs propres traces qu\u2019un jour le regard a gliss\u00e9. Les sentes que \u00e7a dessine de cheminer, ou comment d\u2019avoir mouch\u00e9 une torche a dessin\u00e9 au noir sur la pierre une trace encore ils constataient la trace fabriqu\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la trace induite. Et peut-\u00eatre c\u2019\u00e9tait qu\u2019\u00e0 force de lire les empreintes pour la chasse, les tournures du ciel pour la pluie \u00e0 venir, la mont\u00e9e du jour ou le retour de la nuit, de lire dans le visage, la posture de l\u2019autre ses humeurs, son attitude \u00e0 pr\u00e9voir ils ont continu\u00e9 de lire \u00e0 tout, formes animales dans les montagnes, les nuages peut-\u00eatre, visage dans une pierre. Quand l\u2019\u00e9vocation n\u2019\u00e9tait qu\u2019\u00e0 peine, il avait fallu, pour faire voir aux autres, pour accentuer l\u2019effet sur soi, gratter un peu plus, appuyer. Ready made aid\u00e9 on dirait avec Marcel Duchamp invitant \u00e0 r\u00e9sumer l\u2019art au geste de choisir, d\u2019\u00e9lire. L\u00e0, entre l\u2019horizontalit\u00e9 du sol o\u00f9 on se couchait pour la chasse, pour la fatigue ou pour mourir et l\u2019immensit\u00e9 couvrant dans laquelle passaient les points lumineux, le soleil en son cycle s\u2019y dressant au matin, s\u2019y enfon\u00e7ant au soir, il y avait un espace o\u00f9 les deux pouvaient se rejoindre. Rythme lent des astres dans lequel leurs propres pulsations cardiaques s\u2019ench\u00e2ssent. Mais l\u2019apparence l\u00e0 dans un caillou, le profil d\u2019une g\u00e9ographie qui renvoie \u00e0 autre chose que ce en quoi il s\u2019incarne, c\u2019est comme par la voix et le geste signifier. La chose et son effet. Seulement, l\u00e0, signification qui perdure \u00e0 part soi, pos\u00e9e au-devant dans un premier signifiant, qui s\u2019objective.  Les choses sont l\u00e0 \u00e0 \u00eatre dans leurs mouvements de choses et soi on est l\u00e0 parmi elles, d\u00e9doubl\u00e9s d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois l\u2019objet et celui qui l\u2019\u00e9nonce. Entre les deux, la pulsation des mots comme on essaie d\u2019accorder le regard entre le pr\u00e8s et le loin. Il y a cette d\u00e9finition du silence : non pas l\u2019absence de parole, mais ce qu\u2019il advient quand ce qui doit \u00eatre dit est exactement dit. Le silence, comme la main qui s\u2019accorde \u00e0 l\u2019empreinte, scelle quelque chose, en finit avec le trouble. Mais comme l\u2019on ne fait que convoquer la m\u00e9moire de ou l\u2019apparence de, chaque fois le r\u00e9el \u00e9chappe. La parole y va, s\u2019y enroule, y frotte, revient, joue de ce jeu comme on dit d\u2019une m\u00e9canique, cet espace dans lequel la pens\u00e9e s\u2019\u00e9chauffe. Et on continue de n\u2019avoir rien scell\u00e9, d\u2019ajuster, de redire. Perp\u00e9tuelle formule de Beckett : rater, rater encore, rater mieux. On s\u2019est pris cependant \u00e0 jouer aux mots, au symbolique et dans cet exil dans le langage on a cr\u00e9\u00e9 une nouvelle r\u00e9alit\u00e9, un nouveau paradigme. Cette histoire bien plus tardive du dieu cr\u00e9ant et nommant toute chose, c\u2019\u00e9tait un peu la notre, fabriquant notre premi\u00e8re version de cette r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e que l\u2019on poursuit, \u00e0 laquelle on ajoute des couches aujourd\u2019hui encore. On continue d\u2019occuper cette \u00e9tendue d\u2019action, ce vide m\u00e9dian, cet espace entre les mots et les choses. Cet espace est la possibilit\u00e9 du mouvement, il met en branle la pens\u00e9e. Not\u00e9 dans le carnet : <em>des balises fixes qui punaisent un espace qui parce qu\u2019on ne peut s\u2019\u00e9tendre sur sa totalit\u00e9, s\u2019y confondre, appelle le mouvement, qu\u2019on le parcoure f\u00e9brilement, qu\u2019on le d\u00e9sire.<\/em> On y fait l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019\u00e9cart, de l\u2019\u00e9nonciation dans l\u2019\u00e9cart, de la fabrication dans l\u2019\u00e9nonciation, de l\u2019exil du monde sit\u00f4t qu\u2019on le nomme. De cette fabrique de l\u2019horizon. On aura souvent cette impression d\u2019\u00e9lider le monde dans le langage. Observer et noter, travailler l\u2019observation est le projet central du po\u00e8te Nicolas Pesqu\u00e8s qui note en introduction au second volume qu\u2019il consacre \u00e0 la face nord de Juliau, colline ard\u00e9choise qui devient son pr\u00e9texte \u00e0 \u00e9prouver cette relation : \u00ab Je sais, la colline n\u2019est pas ind\u00e9pendante de son observateur, ni m\u00eame de son observation. Ce qui reste \u00e0 lire est une aventure de corps r\u00e9ciproques, tangentiels et disjoints, rompus et retrouv\u00e9s \u00bb. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Faut dire, le ciel \u00e9tait encore plus gris que les \u00e9chelles, y avait qu\u2019\u00e0 appuyer sur le bouton. (F.Bon) Un sch\u00e9ma que je me fais pour moi-m\u00eame, les hommes comme \u00e7a pris dans la vie, \u00e0 toute chose naturellement. 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