{"id":6549,"date":"2015-01-28T11:26:10","date_gmt":"2015-01-28T10:26:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6549"},"modified":"2015-02-22T15:28:52","modified_gmt":"2015-02-22T14:28:52","slug":"chaque-oeuvre-est-engagee-dans-sa-forme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/chaque-oeuvre-est-engagee-dans-sa-forme\/","title":{"rendered":"Chaque oeuvre est engag\u00e9e dans sa forme"},"content":{"rendered":"<p>Chaque oeuvre est engag\u00e9e dans sa forme. (Gilles Deleuze)<\/p>\n<p>Y d\u00e9crivez avec clart\u00e9 la situation dans laquelle se trouve un peintre aujourd\u2019hui, introduisant votre r\u00e9flexion par cette question que vous dites commune \u00e0 tous les peintres et qui pour le coup me travaille effectivement fortement : \u00ab pourquoi ajouter encore une image dans ce monde qui en produit tellement ? \u00bb.<!--more--> Question qui pour moi am\u00e8ne \u00e0 peser la n\u00e9cessit\u00e9 de chaque projet pictural ou plus g\u00e9n\u00e9ralement de chaque \u0153uvre que l\u2019on produit. Si intuitivement je me suis toujours r\u00e9f\u00e9r\u00e9 int\u00e9rieurement \u00e0 l\u2019alternative Vermeer\/Picasso, symbolisant de mani\u00e8re un peu caricaturale la parcimonie contre la profusion, c\u2019est la figure d\u2019Opalka qui veille perp\u00e9tuellement l\u2019atelier, son parti-pris de l\u2019\u0153uvre unique et ultime. Le \u00ab pourquoi \u00bb introductif ne se pose pas tant en terme de vanit\u00e9, d\u2019\u00e0 quoi bon qu\u2019en terme d\u2019\u00e9thique, de responsabilit\u00e9. Il devient un \u00ab a-t-on le droit d\u2019ajouter encore \u00e0 la profusion, \u00e0 la surench\u00e8re productiviste et consum\u00e9riste ? \u00bb. Il appuie sur une responsabilit\u00e9 semblable \u00e0 celle qui se d\u00e9finit par l\u2019emprunte carbone, la pollution en g\u00e9n\u00e9ral. Ne doit-on pas cesser de s\u2019aveugler dans la jubilation fr\u00e9n\u00e9tique de l\u2019emballement productif, \u00e0 la tentation de vouloir occuper l\u2019espace pour \u00eatre? S\u2019induit la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019emp\u00eacher de beaucoup de choses que l\u2019on pourrait faire pour voir ou parce que l\u2019id\u00e9e semble bonne, que \u00e7a aurait de la gueule. Une certaine retenue. J\u2019en passe malheureusement par beaucoup d\u2019essais, beaucoup de tentatives, variant pour essayer d\u2019atteindre mieux. Je change et j\u2019ajuste, produisant un peu coupable plus d\u2019\u0153uvres qu\u2019il serait raisonnable ou n\u00e9cessaire strictement.  Faute de mieux, ce sont ces traces qui font l\u2019\u0153uvre mais celle-ci se situe toujours du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9chec. On mesure quotidiennement l\u2019inconstance, l\u2019insuffisance, l\u2019\u00e9troitesse, se raccroche un moment \u00e0 une r\u00e9ussite \u00e0 l\u2019esquisse de quelque chose.<br \/>\nLe paradoxe est que j\u2019appr\u00e9cie par ailleurs la profusion, la vari\u00e9t\u00e9 dont t\u00e9moigne la cr\u00e9ation, sa nourriture riche. C\u2019est sans doute le pi\u00e8ge de notre soci\u00e9t\u00e9 hyper consum\u00e9riste : elle exerce ses capacit\u00e9s cr\u00e9atrices, ce qui n\u2019est pas sans charmes. J\u2019ai m\u00eame voulu longtemps inscrire ce mouvement dans une vaste d\u00e9rive, une suite. Comme chez Opalka, chaque tableau ne serait alors qu\u2019un d\u00e9tail d\u2019un ensemble poursuivant un impossible atlas. Retournement semblable \u00e0 celui que narre la recherche du temps perdu. Tous les deux ans en moyenne je pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une exposition personnelle jamais plus de dix travaux. Un arrangement, une proposition tous les deux ans. Sinon pour se rassurer, se sentir exister, c&rsquo;est peu-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 trop.<\/p>\n<p>Derni\u00e8rement, nous mesurions avec une amie peintre la diff\u00e9rence entre nos pratiques, les dix tableaux qu\u2019elle avait produit quand dans le m\u00eame temps j\u2019avais h\u00e9sit\u00e9 sur deux, repris le seul que je pouvais avoir fini, esquiss\u00e9 seulement un troisi\u00e8me. J\u2019ai essay\u00e9 de comprendre cet \u00e9cart, pourquoi cette lenteur chez moi quand pourtant je pourrais brosser une toile assez rapidement. Peindre chez elle semblait un mouvement naturel, une ext\u00e9riorisation bouillonnante, chez moi un probl\u00e8me constant, \u00e9pineux. Je ne m\u2019exprime pas tout brut, tirant les lapins du chapeau. L\u2019exercice doit me transformer, m\u2019ouvrir \u00e0 certaines possibilit\u00e9s, \u00e0 une perception augment\u00e9e du monde. Je ne sais rien d\u2019avance, ou seulement quelques contours vagues de l\u2019arrangement qui m\u2019a retenu et que j\u2019entends sonder. Comme le dit quelque part Pierre Soulages, id\u00e9e que beaucoup d\u2019artistes ont formul\u00e9s de mani\u00e8re semblable : Ce que je fais m\u2019apprend ce que je cherche. Je suis le premier t\u00e9moin interpel\u00e9 par ce qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Elle aussi sans doute qui produit tant d&rsquo;images et doute en produisant, mais d&rsquo;une autre mani\u00e8re. Quelque chose doit bien faire diff\u00e9rence. Face \u00e0 l&rsquo;immensit\u00e9 des possibles, sous la relativit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, chaque choix est une montagne. Chaque choix m\u2019engage comme il engage le tableau dans une direction ou une autre, un peu comme C\u00e9zanne pesait chaque touche, en v\u00e9rifiait la validit\u00e9 pour l\u2019ensemble, nuan\u00e7ait, s\u2019abstenait parfois faute de savoir ou de trouver. Mais c&rsquo;est insondable ou presque. On n&rsquo;en sortirait pas. C\u2019est sans doute de l\u00e0 que vient mon int\u00e9r\u00eat pour la peinture et l\u2019\u00e9criture : travailler dans les d\u00e9tails, de mani\u00e8re tr\u00e8s empirique. Je peux reprendre trois fois une nuance de bleu pour l\u2019accorder au reste du tableau, une inflexion, une d\u00e9coupe, attendre, regarder, travailler le regard, peser mentalement tous les possibles. C\u2019est un jeu d\u2019ajustements tr\u00e8s fins entre le fini et l\u2019\u00e9bauche, le maitris\u00e9 et l\u2019al\u00e9atoire. L\u00e0-dedans, ce jeu tr\u00e8s compliqu\u00e9 entre la d\u00e9cision, l\u2019intuitif, le hasard, ce que l\u2019on dirige et ce que l\u2019on accepte, ce qui advient. Qu\u2019un ensemble se dresse est toujours miraculeux. Mais dans ce geste d\u00e9risoire se sera modifi\u00e9 notre rapport au monde.<\/p>\n<p>(Vous) expliquez encore assez bien comme pour ceux de ma g\u00e9n\u00e9ration et des suivantes certainement, les techniques multim\u00e9dia ne sont plus un horizon, une effervescente nouveaut\u00e9, un enjeu. Nous sommes natifs du num\u00e9rique, nous constatons au quotidien le jeu des obsolescences, de la surench\u00e8re. La modernit\u00e9 ou la contemporan\u00e9it\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement relativis\u00e9s, mises en perspective. Comme l\u2019illusion simplificatrice du progr\u00e8s que sugg\u00e8re l\u2019avant-garde. On mesure l\u00e0 encore quelle course, quelle consommation s\u2019induisent. On ressent parfois l\u2019envie de calme, de d\u00e9croissance, de retour au simple, au l\u00e9ger, \u00e0 une certaine ind\u00e9pendance : pourquoi pas s\u2019en remettre pour ce qui nous traverse, ce que l\u2019on a \u00e0 expliciter \u00e0 une feuille et un crayon ? Repartir de la base ou presque, le jeu des traces sur une surface et tout les vertiges que \u00e7a induit. Se d\u00e9charger, d\u00e9partir. Voir ce que l\u2019on peut faire d\u00e9j\u00e0 simplement avec \u00e7a. Il y a quelque chose d\u2019oulipien l\u00e0-dedans, une contrainte volontaire. Avant tout d\u00e9bat, toute tentative de d\u00e9cloisonnement, d\u00e9veloppement technique, puisque ceux-ci, on le sait, sont possibles. <\/p>\n<p>A vrai dire, l\u2019alternative que je formulais juste avant pouvait se formuler ainsi : apr\u00e8s des si\u00e8cles de production acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e d\u2019images, soit il nous reste \u00e0 poursuivre en tentant d\u2019en former de nouvelles dans un usage particulier, exigent, particulier aux \u0153uvres d\u2019art, soit utiliser la mati\u00e8re existante comme mat\u00e9riau du monde. Il y aurait d\u2019ailleurs beaucoup \u00e0 d\u00e9velopper sur la seconde position, ce travail d\u00e9coll\u00e9 du r\u00e9el, manipulant la fiction comme document. Encore, \u00e9tant des \u00eatres de m\u00e9moire, nous ne pratiquons naturellement, consciemment ou pas qu\u2019une synth\u00e8se entre cr\u00e9ation et recr\u00e9ation. On ne peut s\u2019abstraire de la m\u00e9moire collective, de la culture visuelle dans laquelle on baigne. Pourtant il est diff\u00e9rent de partir de l\u2019image, des images comme objets du monde et de partir de la nature au sens \u00e9largi, notre regard lui-m\u00eame \u00e9tant d\u00e9termin\u00e9 par les images int\u00e9rioris\u00e9es. On constate d\u2019ailleurs de la part de nombreux artistes une sorte de retour au concret, mati\u00e8res mat\u00e9riaux pauvres, jeux sensibles, nouvel arte povera parfois, ou influence de support\/surface du fait d\u2019une saturation dans l\u2019usage du num\u00e9rique, de l\u2019\u00e9cran, des images, du virtuel. J\u2019avais \u00e9crit un long article ou un petit livre paru en revue dans lequel j\u2019\u00e9voquais cette id\u00e9e : \u00ab On aura tant extrapol\u00e9 le monde qu\u2019on ne le regardera plus un jour que comme une grande banque d\u2019images, de fragments, nous parlant de loin de quelque chose qu\u2019on ne sait plus voir. (\u2026) le r\u00e9el pourrait dispara\u00eetre, on en percevrait encore un temps, en pure illusion, la lueur intacte, persistant dans les images que l\u2019on s\u2019en fait comme on le dit des \u00e9toiles dont l\u2019\u00e9loignement dans l\u2019espace influe sur la perception que nous en avons dans le temps nous les donnant pour rayonnantes quand elles sont depuis des ann\u00e9es \u00e9teintes. On ne verrait m\u00eame pas la fin, dans l\u2019instant, d\u00e9connect\u00e9s du fait m\u00eame \u00bb.<\/p>\n<p>De ce monde d\u2019images, de la lassitude qui s\u2019en suit, du regard et des sens qui s\u2019\u00e9moussent d\u2019\u00eatre trop sollicit\u00e9s vous dites l\u2019essentiel : l\u2019\u00e9galisation.<br \/>\nLe fait est que nous sommes tous devenus des consommateurs passifs, imbib\u00e9s, impr\u00e9gn\u00e9s d\u2019images en surnombre dont le flux nous parvient de mani\u00e8re continue sans plus toujours pouvoir y distinguer. On parlait d\u00e9j\u00e0 dans ma prime enfance de bouillie t\u00e9l\u00e9visuelle, masse informe d\u00e9goulinant, tumulte de photons cr\u00e9pitant dans l\u2019\u0153il, excitant continuellement les r\u00e9cepteurs de notre r\u00e9tine. On s\u2019y drogue, y perd le discernement. Les informations nous parviennent pareillement, sans que l\u2019on ait le temps de les recevoir, d\u2019y r\u00e9pondre. Tout passe et on s\u2019habitue comme \u00e0 un fond sonore.<br \/>\nC. , admet ce flot comme constituant de son monde, mais pour att\u00e9nuer ou contrer la tristesse confuse du surnombre, il d\u00e9cide de r\u00e9investir quelques images qu\u2019il tire de la masse, comme les premiers hommes \u00e9lisaient dans l\u2019\u00e9tendue un lieu par un relief, une orientation, une physionomie, un caillou pour sa forme. De mani\u00e8re une peu artificielle ou d\u00e9risoire, po\u00e9tique, il lui restitue un peu de volume, de raret\u00e9, une \u00e9tranget\u00e9 intrigante. Est-ce assez? O\u00f9 en est-on de cette lassitude? Qu&rsquo;a-t-on \u00e0 lui opposer? N&rsquo;est-on pas \u00e9cras\u00e9 par quelque fatalit\u00e9? <\/p>\n<p>Faire ce constat de la situation, c\u2019est aussi poser la question \u00ab  et soi ? \u00bb. Comment on se situe par rapport \u00e0 ces probl\u00e9matiques et par rapport aux positions que prennent les autres artistes qui nous sont contemporains. S\u2019exprimer c\u2019est prendre parti. Si j\u2019ai d\u2019abord boud\u00e9 le travail de C. (tout en en reconnaissant les r\u00e9ussites), c\u2019est parce que les options qu\u2019il prend sont \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des miennes. Je le reconnais, je le comprends et l\u2019appr\u00e9cie, mais per\u00e7ois \u00e9galement que nous appartenons \u00e0 deux \u00ab familles \u00bb diff\u00e9rentes. Il faisait parti pour moi quand je l\u2019ai d\u00e9couvert de toute une tendance esth\u00e9tique qualifi\u00e9e par un romantisme photographique d\u00e9riv\u00e9 des figures tut\u00e9laires de Luc Tuymans ou Michael Borremans, Alexander Tinei que je voyais se d\u00e9velopper rapidement. Toujours la pr\u00e9dominance de la figure humaine, du clair-obscur, de l\u2019\u00e9trange et de l\u2019inqui\u00e9tant. Quand nous nous sommes rencontr\u00e9s une fois je lui avais parl\u00e9 Mac Orlan et de son fantastique social. En fait, si je pouvais appr\u00e9cier ces artistes (ce sont des points de rep\u00e8re, des r\u00e9f\u00e9rences), je sentais que le terrain \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 balis\u00e9, identifi\u00e9, tranquille en somme, que j\u2019avais besoin d\u2019autre chose, que ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e7a que je cherchais. Sinon je ne ferais jamais que suivre, fascin\u00e9 mais derri\u00e8re, sans apport.<br \/>\nIl y a toute une peinture qui d\u00e9rive du photographique, qui en adopte plus ou moins strictement l\u2019apparence ou la grammaire. R\u00e9alisme, lumi\u00e8re, surface, tout est peint de la m\u00eame mani\u00e8re, indiff\u00e9remment, ou du fait d\u2019une attention maniaque \u00e9gale, sans hi\u00e9rarchie ni saillances. Une des raisons pour lesquelles l\u2019hyperr\u00e9alisme ne me touche pas. La peinture s\u2019apparence \u00e0 une image, objet r\u00e9tinien comme le disait Duchamp. Le geste est toujours semblable d\u2019un tableau \u00e0 l\u2019autre, sans \u00e9volution notable au sein d\u2019une s\u00e9rie qui malgr\u00e9 l\u2019\u00e9talement dans le temps de sa production demeure homog\u00e8ne, constante. Cela me fait l\u2019impression d\u2019une recette, d\u2019un artisanat. La question du m\u00e9dium est \u00e9vacu\u00e9e, la tension des possibles aussi. Comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait plus de lutte. Il n\u2019y a pas d\u2019invention de geste, de traduction comme chez Van Gogh, Hockney ou Matisse. Le nombre, l&rsquo;aspect \u00e9gal par le traitement, l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 stylistique renvoient \u00e0 la photo dans son \u00e9conomie m\u00e9diatique et ses s\u00e9ductions narratives et plastiques, la rejouent.<br \/>\nTout se joue au niveau du choix de l\u2019image source, son cadrage, son interpr\u00e9tation. Peindre ici se r\u00e9sume \u00e0 r\u00e9interpr\u00e9ter des images narratives ou marquantes, \u00ab agente \u00bb comme on dit en histoire de l\u2019art, et qui agissent donc par une s\u00e9rie d\u2019effets, jeu des lumi\u00e8res et obscurit\u00e9s (la lisibilit\u00e9, l\u2019ambiance) palette r\u00e9duite, harmoniques, effets de mati\u00e8res (brumes, reflets, brillances\u2026). Tout est unifi\u00e9 par une appropriation stylistique qui devient principe d\u2019autorit\u00e9.<br \/>\nCes peintres que j\u2019\u00e9voque et quelques autres dont les noms pourraient \u00eatre accol\u00e9s le font avec talent et de mani\u00e8re tout \u00e0 fait r\u00e9ussie. Mieux que je ne saurais le faire sans doute. Mais observer leur mani\u00e8re, leur processus me permet de mesurer comme ce qui me sollicite dans la pratique de la peinture est d\u2019une autre nature. Quelque chose dans cette peinture me semble pauvre, trop vite entendu, trop s\u00e9duisant, de l&rsquo;ordre de ce que l&rsquo;on appelait le pittoresque. La r\u00e9ussite de la repr\u00e9sentation m\u2019int\u00e9resse bien moins que la mise en pr\u00e9sence et si celle-ci s\u2019appuie au d\u00e9part sur l\u2019image ou la repr\u00e9sentation, l\u2019apparence, elle s\u2019en d\u00e9tache r\u00e9guli\u00e8rement, n\u2019y est pas assujettie. J&rsquo;aime mieux \u00eatre arr\u00eat\u00e9 par ces \u00ab\u00a0croutes\u00a0\u00bb na\u00efves ou excessives que l&rsquo;on croise parfois aux puces. Je me dis parfois qu&rsquo;il faudrait se tenir toujours entre l&rsquo;amateur et l&rsquo;artiste de m\u00e9tier. N&rsquo;\u00eatre ni dans la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 un peu superficielle du simple plaisir na\u00eff ni dans la ma\u00eetrise professionnelle du sp\u00e9cialiste en objets pour remplir les foires et les galeries.<br \/>\nSans doute suis-je sollicit\u00e9 par une semblable \u00e9tranget\u00e9, un semblable sentiment de pr\u00e9sence ou \u00ab faire image \u00bb, une m\u00e9moire des images. Pourtant, il y a des choses que je souhaite \u00e9viter. L\u2019une d\u2019elle, affili\u00e9e au romantisme noir comme on l\u2019a appel\u00e9 est ce jeu d\u2019obscurit\u00e9s qui me semble trop \u00e9vident, presque clich\u00e9. Pour moi, \u00ab C\u2019est dans l\u2019immobilit\u00e9 que se cachent les choses. Elle les rend transparentes \u00bb. Les choses aussi se retirent dans leur \u00e9vidence claire. Je voudrais atteindre \u00e0 une lumi\u00e8re d\u2019ombre, quelque chose qui vibre par en-dessous sans \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 ou mim\u00e9 ou fabriqu\u00e9 par un effet de clair-obscur ou de sfumato. Je voudrais \u00e9vacuer les s\u00e9ductions de la technique r\u00e9aliste, du bien peint parce que bien ressemblant pour ouvrir la ressemblance \u00e0 ce qui la traverse et qui en fait un ph\u00e9nom\u00e8ne. J&rsquo;y arrive mal, mais je m&rsquo;en veux de parfois me raccrocher \u00e0 ces s\u00e9ductions un peu plates.<br \/>\nEnsuite, les influences sont multiples, mes go\u00fbts et p\u00f4les d\u2019int\u00e9r\u00eat vari\u00e9s. Rembrandt c\u00f4toie Greco et Malevitch, Matisse et Morandi, Sean Scully et Per Kirkeby, Pincemin et Cremonini pour n\u2019en citer que quelques uns des plus identifiables. J\u2019ai le m\u00eame amour pour les primitifs byzantins que pour le travail de Sylvia B\u00e4chli, Brancusi et la statuaire sum\u00e9rienne. Ma peinture est tiraill\u00e9e, travaill\u00e9e par ces mondes, forc\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre, forc\u00e9ment impure ou m\u00eal\u00e9e. Et ce fait naturel t\u00e9moigne d\u2019une \u00e9thique particuli\u00e8re. De la volont\u00e9 d\u2019embrasser plut\u00f4t que de restreindre. J&rsquo;aimerai \u00eatre davantage humaniste. Moins \u00e9troit. Je ne veux pas me rassurer comme certains mangent \u00e0 heure fixe, toujours \u00e0 la m\u00eame place en regardant les m\u00eames \u00e9missions \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Je ne veux pas m&rsquo;avancer devant le tableau, qui est d\u00e9j\u00e0 un lieu \u00e9troit, en sachant comment je dois le peindre, qu&rsquo;il me faut monter du maigre au gras ou partir de l&rsquo;ensemble pour terminer par les d\u00e9tails.<br \/>\nCe sont quelques d\u00e9tails et il y aurait \u00e0 d\u00e9velopper. Je pourrais me demander par quel mauvais go\u00fbt je me fascine actuellement pour les sculptures publiques qui ont accompagn\u00e9es les ann\u00e9es 80 \u00e0 travers quantit\u00e9 de 1%. Par quelle confusion se m\u00ealent des abstractions anonymes, des \u0153uvres historiques et quelques figures all\u00e9goriques, quelques formes constructivistes en b\u00e9ton. Pas forc\u00e9ment faire une belle oeuvre, bien lisible, inviter le chaos du monde dans le calme d&rsquo;un tableau. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque oeuvre est engag\u00e9e dans sa forme. (Gilles Deleuze) Y d\u00e9crivez avec clart\u00e9 la situation dans laquelle se trouve un peintre aujourd\u2019hui, introduisant votre r\u00e9flexion par cette question que vous dites commune \u00e0 tous les peintres et qui pour le coup me travaille effectivement fortement : \u00ab pourquoi ajouter encore une image dans ce monde [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":6550,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6549","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6549","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6549"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6549\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6552,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6549\/revisions\/6552"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6550"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6549"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6549"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6549"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}