{"id":6590,"date":"2015-03-18T21:08:27","date_gmt":"2015-03-18T20:08:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6590"},"modified":"2015-03-18T21:49:17","modified_gmt":"2015-03-18T20:49:17","slug":"lectures-dhiver-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/lectures-dhiver-2\/","title":{"rendered":"lectures d&rsquo;hiver"},"content":{"rendered":"<p>Lire pour s\u2019\u00e9tendre. Parce qu\u2019il semble que l\u2019on soit jet\u00e9 l\u00e0 \u00e0 nu et que tout ce que l\u2019on pr\u00e9tendrait \u00eatre il nous faut l\u2019acqu\u00e9rir laborieusement petit \u00e0 petit et par les livres aussi pour palier \u00e0 l\u2019\u00e9troitesse de l\u2019exp\u00e9rience directe tant au niveau de l\u2019espace que du temps. Par curiosit\u00e9, par plaisir, pour s\u2019atteindre.<!--more--><\/p>\n<p>-Lu <strong>R\u00e9cit d\u2019un voyage \u00e0 Assise<\/strong>, d\u2019Emanuel Van Der Meulen (\u00e9ditions Pratiquer, EESI, 5\u20ac). Parce que c\u2019est d\u2019abord le livre d\u2019un peintre avant d\u2019\u00eatre un livre historique ; et d\u2019un peintre dont j\u2019avais pu appr\u00e9cier r\u00e9cemment une exposition personnelle qui jouait subtilement de rapports de formes, de signes, de compositions (je connais le travail de Van Der Meulen depuis 2004 ou 2005 par Camilla Oliveira Fairclough). Un livre dont plus ou moins consciemment j\u2019attendais qu\u2019il me sugg\u00e8re des correspondances entre quelque chose que l\u2019on pourrait un peu vite d\u00e9signer comme une abstraction formelle jouant de rapports \u00e0 l\u2019espace et l\u2019univers de Giotto et des primitifs italiens.  Un r\u00e9cit donc, d\u2019abord, mais qui m\u00eale dans des ponctualit\u00e9s graphiques les gros titres des journaux du moment, comme un marqueur de pr\u00e9sent \u00e0 la lecture du r\u00e9cit de St Fran\u00e7ois d\u2019Assise dont des extraits reviennent en introduction de chaque partie, int\u00e8gre la th\u00e9orie \u00e0 travers un dialogue d\u2019initiation assez p\u00e9dagogique \u00e0 l\u2019histoire des pratiques de l\u2019image. Tout en \u00e9l\u00e9gance, le livre nous plonge dans l\u2019exp\u00e9rience initiatique de l\u2019artiste dans son rapport au monde et \u00e0 l\u2019histoire.  <\/p>\n<p>-Lu <strong>La face Nord de Julliau, deux<\/strong> de Nicolas Pesqu\u00e8s (Andr\u00e9 Dimanche \u00e9diteur). C\u2019\u00e9tait Cyrille Noirjean qui le premier m\u2019avait parl\u00e9 du travail po\u00e9tique de Pesqu\u00e8s et de son projet central en forme de tentative d\u2019\u00e9puisement qui rejoignait quelques unes de mes pr\u00e9occupations personnelles. N\u2019ayant par retrouv\u00e9 le premier tome de son projet paru il y a d\u00e9j\u00e0 30 ans j\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 de remonter \u00e0 rebours par le dernier paru. Mais forc\u00e9ment, quand on tient dans les mains un \u00e9tat et que l\u2019on sait que de nombreuses \u00e9tapes l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, on est tent\u00e9 d\u2019aller voir ce qui \u00e9tait abord\u00e9 au d\u00e9part pour mesurer l\u2019\u00e9cart ou l\u2019insistance but\u00e9e, le d\u00e9placement. L\u00e0 o\u00f9 la d\u00e9marche d\u2019Opalka met en jeu la volont\u00e9, la constance mais \u00e9vacue aussi la question de la nouveaut\u00e9, de la recherche, le travail de Pesqu\u00e8s n\u00e9cessite de trouver encore \u00e0 dire, \u00e0 \u00e9crire ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e alors que rien, contrairement \u00e0 la suite de chiffres, n\u2019est \u00e9crit \u00e0 l\u2019avance, ni pr\u00e9visible. Comment d\u00e9placer le regard, renouveler la langue pour ne pas  simplement r\u00e9p\u00e9ter mais poursuivre cette tentative quelque peu d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de transporter la chose dans la langue ou de simplement l\u2019atteindre dans tous ses aspects, dans ses r\u00e9alit\u00e9s, son \u00eatre peut-\u00eatre ?<\/p>\n<p>-Lu <strong>L\u2019apostrophe muette<\/strong> de Jean-Christophe Bailly (biblioth\u00e8que Hazan, 13\u20ac). De Bailly, j\u2019avais lu quelques livres sur la ville ou le paysage, un sur la mort des dieux, une ou deux pr\u00e9faces, j\u2019avais failli acheter sa monographie sur la peinture de Gilles Aillaud. J\u2019avais d\u00e9couvert aussi dans ma biblioth\u00e8que ce petit essai sur Benjamin Perret achet\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je d\u00e9couvrais les surr\u00e9alistes. Mais j\u2019ignorais l\u2019\u00e9toilement de ses recherches. C\u2019est en l\u2019\u00e9coutant \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une rencontre \u00e0 la librairie Descours, \u00e0 Lyon, que j\u2019ai eu connaissance de son livre sur les portraits du Fayoum qui, m\u2019avait-il dit, avait justement \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment r\u00e9\u00e9dit\u00e9. Qui ne partage pas cette fascination pour ces \u00e9tranges portraits aussi familiers qu\u2019obscurs ? Si j\u2019avais lu, regard\u00e9 surtout \u00e0 ce propos, le livre pr\u00e9sente une somme, rassemble et travaille ces questions que drainent les repr\u00e9sentations, les rituels, le m\u00e9tissage \u00e9gyptien et romain, pr\u00e9sente les points d\u2019aporie, les d\u00e9tails qui manquent. <\/p>\n<p>-Lu <strong>Passer d\u00e9finir connecter infinir<\/strong>, de Jean-Christophe Bailly (Argol, 29\u20ac). C\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment ce livre qu\u2019\u00e9taient venu pr\u00e9senter JC Bailly et Philippe Roux \u00e0 la galerie Descours et le titre comme le programme panoramique \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 des raisons suffisantes pour que je sois amen\u00e9 \u00e0 l\u2019acheter et le lire. Les dialogues qui constituent ce livre retracent le parcours de l\u2019auteur, ses pr\u00e9occupations, indique ses sources d\u2019influences. On se laisse charmer, se pique de curiosit\u00e9s, se d\u00e9couvre de grandes affinit\u00e9s avec sa d\u00e9marche, son ouverture, son ind\u00e9pendance et sa libert\u00e9 intellectuelle, l\u2019int\u00e9r\u00eat multiple qui est le sien. Comme c\u2019est le principe de cette collection, le dialogue s\u2019accompagne d\u2019images et d\u2019extraits de textes auxquels les auteurs font r\u00e9f\u00e9rence. Un livre intelligent qui appelle \u00e0 explorer. <\/p>\n<p>-Lu <strong>La photographie est interminable<\/strong> de Denis Roche(Seuil,15\u20ac). Le go\u00fbt que j\u2019ai pour le travail de Bernard Plossu ou Claude Nori m\u2019avait fait croiser \u00e0 plusieurs reprises il y a longtemps d\u00e9j\u00e0 le nom de Denis Roche, mais ses photographies peut-\u00eatre trop d\u00e9termin\u00e9es par le concept, trop marqu\u00e9es par l\u2019\u00e9go ne m\u2019avaient pas incit\u00e9 \u00e0 aller au-del\u00e0. Pour autant j\u2019apercevais qu\u2019il occupait une place singuli\u00e8re dans le champ photographique et que cette double approche par l\u2019\u00e9crit et l\u2019image \u00e9tait susceptible de me concerner et m\u2019\u00e9clairer sur ce que j\u2019explorais moi-m\u00eame. Dans cet entretient avec Gilles Mora , Denis Roche revient sur les aspects singuliers de sa pratique, les obsessions qui le guident, les d\u00e9placements qu\u2019il op\u00e8re guid\u00e9 par la curiosit\u00e9 toujours agissante de l\u2019objet photographique. <\/p>\n<p>-Lu <strong>Ricordi<\/strong> de Christophe Grossi (l\u2019Atelier contemporain 15\u20ac). On n\u2019est pas dupe, on sait que la liste est une forme litt\u00e9raire aussi et susceptible de po\u00e9sie, pourtant c\u2019est cette impression d\u2019abord : sentir monter la litt\u00e9rature, le po\u00e9tique, le romanesque, l\u2019histoire en ayant l\u2019impression de lire autre chose. Un r\u00e9cit sans y para\u00eetre. Des notes vous parlent, dressent pour vous des pans de m\u00e9moire, d\u2019autres creusent des parcelles d\u2019ombres, mais toutes concourent \u00e0 cr\u00e9er une sorte de g\u00e9ographie ou de paysage mental. Le souvenir se fabrique depuis les projections du pr\u00e9sent. J\u2019ai consign\u00e9 quelques-unes des d\u00e9rives ou divagations auxquelles m\u2019invitait la lecture <a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/christophe-grossi-ricordi\/\">ici<\/a>. <\/p>\n<p>-Lu <strong>Les origines de la statuaire en Chine<\/strong> de Segalen. Avais-je d\u00e9j\u00e0 lu quelque chose de Segalen ? Peut-\u00eatre. En tout cas je me souviens qu\u2019il en avait \u00e9t\u00e9 question dans un cours alors que j\u2019\u00e9tais en 2eme ann\u00e9e aux Beaux arts, vers 2001. Segalen versus Claudel. Et il en ressortait favori. Pour qui n\u2019est pas familier des territoires, des dynasties antiques de Chine se retrouve parfois un peu perdu tant Segalen semble t\u00e9moigner pour ses pairs avec quelque chose d\u2019entendu. Mais l\u2019impression r\u00e9ceptive, la vision confuse, lacunaire sont la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame de ces fouilles ou recherches qu\u2019il \u00e9voque : les livres racontent, on marche, on questionne, on ne voit rien, on d\u00e9couvre un tertre au mieux.  <\/p>\n<p>-Lu <strong>Observations sur la peinture<\/strong> de Pierre Bonnard (\u00e9dition l\u2019Atelier contemporain, 15\u20ac). Peintre de r\u00e9f\u00e9rence auquel je reviens souvent avec la m\u00eame fascination pour sa libert\u00e9 et ses audaces. J\u2019ai \u00e9crit plus largement <a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/bonnard-observations-sur-la-peinture\/\">ici<\/a> ce que m\u2019\u00e9voquaient ses notes.<\/p>\n<p>-Lu <strong>Art Mexicain, des origines aux Olm\u00e8ques<\/strong> de Bernard No\u00ebl (Hazan). C\u2019est l\u2019ami Armand Dupuy qui m\u2019avait indiqu\u00e9 cette ancienne et petite publication et comme elle pouvait aborder incidemment quelques pr\u00e9occupations personnelles. Il ne s\u2019agit que d\u2019une pr\u00e9face de quelques pages, mais le principal est dit de ce qui nous percute et de ce qui nous \u00e9chappe et comment alors cela insiste en nous. \u00ab Tout visage immobile est une \u00e9nigme \u2013 toute pierre devenue un visage. Nous passons, il n\u2019en finit pas de durer. Le temps tourbillonne alentour, mais lui nous regarde \u00e0 la fois de tr\u00e8s loin et de tr\u00e8s pr\u00e8s \u00bb. <\/p>\n<p>-Lu <strong>Le nu<\/strong> de Bernard No\u00ebl (\u00e9ditions Photo poche). L\u00e0 encore, il ne s\u2019agit que d\u2019une pr\u00e9face, de quelques photographies pour un sujet tr\u00e8s vaste. On y retrouve cette r\u00e9flexion qui traverse bon nombre d\u2019\u00e9crits de Bernard No\u00ebl sur ces trajets du regard entre celui qui regarde et ce ou celui qui est regard\u00e9, ce qui dans le corps au bout du regard retourne le regard sur lui-m\u00eame. <\/p>\n<p>-Lu <strong>Po\u00e9sie et photographie<\/strong> d\u2019Yves Bonnefoy (Galil\u00e9e, 16\u20ac). Le d\u00e9tour pourrait \u00e9tonner, c\u2019est La nuit de Maupassant que Bonnefoy analyse. Mais \u00e0 travers ce bref r\u00e9cit, c\u2019est aussi ce qu\u2019il entrevoit de ce qu\u2019instaure la photographie dans notre rapport au r\u00e9el. La po\u00e9sie est entendue comme un outil de mise en tension, de questionnement de ce qui entend rendre compte d\u2019une appr\u00e9hension du monde dans lequel elle a partie li\u00e9e.  \u00ab La po\u00e9sie, c\u2019est ce qui s\u2019inqui\u00e8te des \u00e9chafaudements \u00e0 travers les si\u00e8cles de la pens\u00e9e conceptuelle \u00bb, elle est la \u00ab m\u00e9moire \u00bb de la perte qu\u2019induit et produit un rapport sch\u00e9matique, simplifi\u00e9 et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 aux choses, elle est la tentative de maintenir un contact avec le sensible et le singulier. Elle utilise la langue pour toucher quand le concept nomme pour \u00e9vacuer. <\/p>\n<p>-Lu <strong>Le bilan de l\u2019intelligence<\/strong> de Paul Val\u00e9ry (\u00e9ditions Allia, 3,1\u20ac). Comme souvent lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019un texte de conf\u00e9rence, celui de Valery commence tout en approximations, en \u00e9vocations vagues et rh\u00e9toriques qui font l\u2019effet de tourner autour des choses ; et on se demande s\u2019il a vraiment quelque chose \u00e0 dire ou se contentera comme \u00e7a d\u2019\u00e9voquer, plein d\u2019annonces et de pr\u00e9cautions quelque chose que l\u2019on peine \u00e0 identifier : l\u2019intelligence ? C\u2019est sans doute un propos de circonstance et loin de l\u2019analyse approfondie et argument\u00e9e du th\u00e9oricien scientifique, un simple appel d\u00fb \u00e0 une \u00e2me sensible. Aujourd\u2019hui, il peut faire l\u2019effet d\u2019enfoncer des portes ouvertes, le principal \u00e9tant entendu. La conf\u00e9rence date de janvier 1935. D\u00e9j\u00e0 il constate une sorte de confusion g\u00e9n\u00e9rale, de perte des rep\u00e8res naturels et on l\u2019entend d\u00e9crire notre pr\u00e9sent \u00e0 80 ann\u00e9es de distance. Mais ce qui me parle le mieux, c\u2019est son proc\u00e8s de l\u2019\u00e9cole ou de l\u2019\u00e9ducation. Proc\u00e8s que je m\u00e8ne en moi-m\u00eame au quotidien. Les constats sont les m\u00eames, rien ou si peu semble avoir chang\u00e9 en un si\u00e8cle. On n\u2019en sort pas. Et cela dit ce qui d\u00e9termine l\u2019\u00e9conomie sociale : la normalisation, la simplification g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019industrialisation, la gestion du nombre.<br \/>\n\u00ab Mais n\u2019oublions pas que  notre vie toute enti\u00e8re peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00e9duction non plus organis\u00e9e, ni m\u00eame organisable, mais, au contraire, essentiellement d\u00e9sordonn\u00e9e, qui consiste dans l\u2019ensemble des impressions et des acquisitions bonnes ou mauvaises que nous devons \u00e0 la vie m\u00eame. L\u2019\u00e9cole n\u2019est pas seule \u00e0 instruire les jeunes. Le milieu et l\u2019\u00e9poque ont sur eux autant et plus d\u2019influence que les \u00e9ducateurs. (\u2026) mais donnons d\u2019abord notre attention \u00e0 l\u2019\u00e9ducation organis\u00e9e, celle qui se dispense dogmatiquement dans les \u00e9coles. (\u2026) En toute mati\u00e8re, notre \u00e9poque exige de nous ou nous impose un regard plus \u00e9tendu qu\u2019il ne le fut jadis. On ne peut plus restreindre l\u2019\u00e9tude d\u2019un probl\u00e8me humain \u00e0 ce qu\u2019il se passe dans une certaine nation. (\u2026) toute connaissance est, aujourd\u2019hui, n\u00e9cessairement une connaissance compar\u00e9e. (\u2026) Politique d\u2019abord, tel est le principe des programmes et des disciplines scolaires dans ces nations. Ces programmes et ces disciplines sont ordonn\u00e9s \u00e0 la formation uniforme des jeunes esprits, et des intentions politiques et sociales remarquablement pr\u00e9cises l\u2019emportent ici sur toutes consid\u00e9rations de culture. Les moindres d\u00e9tails de la vie scolaire, les mati\u00e8res inculqu\u00e9es, les jeux, les lectures offertes aux jeunes gens, tout doit concourir \u00e0 en faire des hommes adapt\u00e9s \u00e0 une structure sociale et \u00e0 des desseins nationaux ou sociaux parfaitement d\u00e9termin\u00e9s. La libert\u00e9 de l\u2019esprit est r\u00e9solument subordonn\u00e9e \u00e0 la doctrine d\u2019\u00e9tat, doctrine qui , sans doute, varie suivant les nations dans ses principe, mais qui est, on peut le dire, identique partout, quand \u00e0 l\u2019objectif d\u2019uniformit\u00e9 souhait\u00e9. L\u2019\u00e9tat fait ses hommes. (\u2026)<br \/>\nJe n\u2019h\u00e9site jamais \u00e0 le d\u00e9clarer, le dipl\u00f4me est l\u2019ennemi mortel de la culture. Plus les dipl\u00f4mes ont pris d\u2019importance dans la vie plus le rendement de l\u2019enseignement a \u00e9t\u00e9 faible. (\u2026) D\u2019ailleurs, si je me fonde sur la seule exp\u00e9rience et si je regarde les effets du contr\u00f4le en g\u00e9n\u00e9ral, je constate que le contr\u00f4le, en toute mati\u00e8re, aboutit \u00e0 vicier l\u2019action, \u00e0 la pervertir\u2026 D\u00e8s qu\u2019une action est soumise \u00e0 un contr\u00f4le, le but profond de celui qui agit n\u2019est plus l\u2019action m\u00eame, mais il con\u00e7oit d\u2019abord la pr\u00e9vision du contr\u00f4le, la mise en \u00e9chec des moyens de contr\u00f4le. (\u2026) Le dipl\u00f4me fondamental, chez nous, c\u2019est le baccalaur\u00e9at. Il conduit \u00e0 orienter les \u00e9tudes sur un programme strictement d\u00e9fini et en consid\u00e9ration d\u2019\u00e9preuves qui, avant tout, repr\u00e9sentent, pour les examinateurs, les professeurs et les patients, une perte totale, radicale et non compens\u00e9e, de temps et de travail. Du jour o\u00f9 vous cr\u00e9ez un dipl\u00f4me, un contr\u00f4le bien d\u00e9fini, vous voyez aussit\u00f4t s\u2019organiser en regard tout un dispositif non moins pr\u00e9cis que votre programme, qui a pour but unique de conqu\u00e9rir ce dipl\u00f4me par tous les moyens. Le but de l\u2019enseignement n\u2019\u00e9tant plus la formation de l\u2019esprit, mais l\u2019acquisition du dipl\u00f4me, c\u2019est le minimum exigible qui devient l\u2019objet des \u00e9tudes. Il s\u2019agit d\u2019emprunter, et non plus d\u2019acqu\u00e9rir, d\u2019emprunter ce qu\u2019il faut pour passer le baccalaur\u00e9at. (\u2026)Le dipl\u00f4me donne \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 un fant\u00f4me de garantie, et aux dipl\u00f4m\u00e9s des fant\u00f4mes de droits. Le dipl\u00f4m\u00e9 passe officiellement pour savoir : il garde toute sa vie ce brevet d\u2019une science momentan\u00e9e et purement exp\u00e9diente. D\u2019autre part, ce dipl\u00f4m\u00e9 au nom de la loi est port\u00e9 \u00e0 croire qu\u2019on lui doit quelque chose. (\u2026) C\u2019est en consid\u00e9ration du dipl\u00f4me, par exemple, que l\u2019on a vu se substituer \u00e0 la lecture des auteurs l\u2019usage des r\u00e9sum\u00e9s, des manuels, des comprim\u00e9s de science extravagants, les recueils de questions et de r\u00e9ponses toutes faites, extraits et autres abominations. (\u2026) Quand aux \u00ab humanit\u00e9s \u00bb (\u2026) ce sont pour l\u2019immense majorit\u00e9 des conventions bizarres dont l\u2019unique fonction est de constituer les difficult\u00e9s d\u2019un examen. (\u2026)<br \/>\nL\u2019id\u00e9e fondamentale semble ici, comme en d\u2019autres mati\u00e8res, d\u2019instituer des moyens de contr\u00f4le faciles, car rien n\u2019est plus facile que de constater la conformit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture d\u2019un texte, ou sa non-conformit\u00e9, avec l\u2019orthographe l\u00e9gale, aux d\u00e9pens de la  v\u00e9ritable connaissance, c\u2019est \u00e0 dire de la sensation po\u00e9tique. L\u2019orthographe est devenue le crit\u00e9rium de la belle \u00e9ducation, cependant que le sentiment musicale, le nombre et le dessin des phrases ne jouent absolument aucun r\u00f4le dans les \u00e9tudes ni dans les \u00e9preuves\u2026 \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lire pour s\u2019\u00e9tendre. Parce qu\u2019il semble que l\u2019on soit jet\u00e9 l\u00e0 \u00e0 nu et que tout ce que l\u2019on pr\u00e9tendrait \u00eatre il nous faut l\u2019acqu\u00e9rir laborieusement petit \u00e0 petit et par les livres aussi pour palier \u00e0 l\u2019\u00e9troitesse de l\u2019exp\u00e9rience directe tant au niveau de l\u2019espace que du temps. Par curiosit\u00e9, par plaisir, pour s\u2019atteindre.<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":6592,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6590","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6590","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6590"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6590\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6594,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6590\/revisions\/6594"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6592"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6590"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6590"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6590"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}