{"id":6620,"date":"2015-07-22T12:18:57","date_gmt":"2015-07-22T11:18:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6620"},"modified":"2015-07-22T12:18:57","modified_gmt":"2015-07-22T11:18:57","slug":"lectures-de-printemps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/lectures-de-printemps\/","title":{"rendered":"lectures de printemps"},"content":{"rendered":"<p>C\u2019est chaque fois une sorte de vertige bancal d\u2019apercevoir la n\u00e9cessit\u00e9 souterraine ind\u00e9chiffrable ou quelque al\u00e9atoire d\u00e9termin\u00e9 tr\u00e8s en dehors de soi par les circonstances, le milieu dans lequel on se retrouve \u00e0 tremper. Chaque fois quelque chose \u00e0 lieu qui est aussi une part de soi. En faisant chemin on se sculpte, s\u2019imprime des tournures de pens\u00e9e, des gestes, des expressions et toute sorte de choses qui dessinent dans le mouvement ce que l\u2019on est.<!--more--> Que l\u2019on aurait pu \u00eatre tout autre trouble le point subjectif depuis lequel \u00e7a s\u2019\u00e9nonce. On se succ\u00e8de, se compl\u00e8te, se projette dans un nouveau soi \u00e0 chaque instant tandis qu\u2019un autre s\u2019estompe. Et chaque jour continue de se jouer l\u2019\u00eatre que l\u2019on pousse, comme l\u2019arbre au bout de ses branches pousse ses feuilles. Ce que l\u2019on a vu et ce que l\u2019on n\u2019a pas vu. Que l\u2019on a fait et que l\u2019on n\u2019a pas fait. Ce que l\u2019on a entendu ou lu et comment et quand. A prendre nos biblioth\u00e8ques on mesure les chemins, les ricochets, les points de renvoi et ce grand maillage qu\u2019ils tissent en nous. Ces livres qui ont si puissamment d\u00e9termin\u00e9 la suite, ceux qui se sont insinu\u00e9s de mani\u00e8re plus subreptice, ceux-l\u00e0 que l\u2019on a r\u00e9guli\u00e8rement crois\u00e9 et que, sans qu\u2019on sache vraiment pourquoi, on n\u2019aura pas lu. Ceux que l\u2019on aurait lus autrement, compris diff\u00e9remment si \u00e7\u2019avait \u00e9t\u00e9 plus t\u00f4t ou plus tard, dans d\u2019autres proximit\u00e9s. Dans la lame de fond de la curiosit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, les mouvements de surface des \u00e9tudes sp\u00e9cifiques, contextuelles.<br \/>\nPourtant on va dans une certaine innocence, dans une sorte de n\u00e9cessit\u00e9 hasardeuse. On se pr\u00e9cipite en soi sans savoir. On chemine, on r\u00e9alise des possibles.<br \/>\nAinsi, quelques lectures qui ont jalonn\u00e9es la saison de la fin de l\u2019hiver au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Les yeux des filles fleurs<\/strong>, de Fr\u00e9d\u00e9ric Khodja, \u00e9ditions derri\u00e8re la salle de bain.<br \/>\nLes livres des \u00e9ditions DLSDB sont des objets qu\u2019on tourne en main et dans la t\u00eate. On pourrait, comme des sculptures ou quelques objets curieux d\u00e9nich\u00e9s dans un vide grenier les poser l\u00e0 quelque part dans nos int\u00e9rieurs, \u00e0 port\u00e9e de regard. Les laisser insister passivement. Leur graphisme toujours impeccable, leur bri\u00e8vet\u00e9 les d\u00e9place du textuel pour introduire une exp\u00e9rience esth\u00e9tique au sens large. On les lit moins qu\u2019on les caresse ou leur confie notre d\u00e9sir.  Et sans doute est-ce le d\u00e9sir le premier, comme mouvement \u00e0 l\u2019adresse de ce qui \u00e9chappe qui pr\u00e9side \u00e0 l\u2019enqu\u00eate du collectionneur d\u2019images attentif \u00e0 leur pouvoir d\u2019\u00e9vocation qu\u2019est Fr\u00e9d\u00e9ric Khodja. Peu de choses : deux pages, deux photographies (ou trois, mais celle qui initie l\u2019intrigue pr\u00e9cis\u00e9ment demeurera un hypoth\u00e9tique et myst\u00e9rieux point d\u2019encrage) et l\u2019espace \u00e0 la fois \u00e9troit et distendu de leurs correspondances. \u00ab D\u2019autant plus d\u00e9sirable, \u00e9crit Proust, d\u2019\u00eatre d\u00e9sir\u00e9es en vain \u00bb. <\/p>\n<p><strong>Hiver 2014<\/strong>, \u00e9ditions Charlotte Sometimes (12\u20ac)<br \/>\nJ\u2019ai une sympathie certaine pour ce d\u00e9compte ample du temps qui joint le temps qui passe au temps qu\u2019il fait. Alors, oui, c\u2019est une raison suffisante d\u2019annoncer ainsi une moisson de textes et d\u2019images m\u00eal\u00e9s, comme une ponctuation : hiver. A vrai dire c\u2019est le texte qu\u2019y confiait Arnaud Ma\u00efsetti qui a suscit\u00e9 mon int\u00e9r\u00eat. \u00ab Dehors est ce qui nous s\u00e9pare du temps. ici, rien ne passe vraiment ; ici est le temps des pierres &#038; des mots lev\u00e9s contre elles, des rues qui s\u2019arr\u00eatent au moindre regard quand on voudrait arr\u00eater celle qui passe, qui s\u2019\u00e9loigne ; ici quand s\u2019\u00e9loigne celle qui passe, on reste, on demeure celui qui, dans cette rue m\u00eame, regarde le ciel lui aussi passer &#038; s\u2019\u00e9loigner sans nous \u00bb. Un journal sur une semaine avec la dynamique d\u2019un d\u00e9compte  &#8211; sept jours avant l\u2019hiver \u2013 dans la fen\u00eatre duquel le tout proche et prosa\u00efque d\u2019un d\u00e9m\u00e9nagement avec ce que \u00e7a implique aussi de bouleversements, de d\u00e9placements internes se m\u00eale \u00e0 ces folies qui nous parviennent depuis la presse, la t\u00e9l\u00e9, Internet. Violences. \u00ab Dehors on tue \u00bb. Et qui pour ne pas mourir chaque jour de ces convulsions, de ces contradictions, de ce chaos qui nous fr\u00f4le ou nous happe ? On n\u2019en revient pas de tout ce qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre de bas, de vil, de mauvais. Cette sensation pourtant toujours d\u2019\u00eatre au bord, exil\u00e9 ou abandonn\u00e9, plomb\u00e9. Celui \u00e0 qui \u00e9chappe le ciel. Toujours, Arnaud Ma\u00efsetti \u00e9crit depuis cette rage d\u2019incompr\u00e9hension, depuis la fatigue des nuits mauvaises, de l\u2019accablement, l\u2019\u00e9puisement, depuis intranquillit\u00e9. Dans le vertige du pr\u00e9sent le plus \u00e9troit et ce qu\u2019il rejoue \u00e0 chaque fois de la totalit\u00e9. Car, si \u00ab nous sommes sans illusion sur le pr\u00e9sent \u00bb, comme il l\u2019\u00e9crit, demain perp\u00e9tuellement annonce la possibilit\u00e9 fragile d\u2019un rachat. \u00ab La m\u00e9moire de ce qui a eu lieu, le d\u00e9sir de ce qui pourrait recommencer \u00bb. Quelque chose qui, dans la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 des nuits, \u00e9voque l\u2019attente de Godot. Une sorte de d\u00e9sir d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 qui me rappelle tellement celui du passeur dans le Stalker de Tarkovski.<\/p>\n<p><strong>Cinq \u00e9tudes d\u2019ethnologie<\/strong>, de Michel Leiris, Deno\u00ebl (6\u20ac)<\/p>\n<p><strong>Je pas d\u2019un point et je vais le plus loin possible<\/strong>, de John Coltrane, \u00e9ditions de l\u2019\u00e9clat\/\u00e9clats (7\u20ac)<\/p>\n<p><strong>Le cerveau disponible<\/strong>, de Bernard No\u00ebl, \u00e9ditions libertaires (5\u20ac)<\/p>\n<p><strong>L\u2019instant et son ombre<\/strong>, JC Bailly, Seuil (16,20\u20ac)<\/p>\n<p><strong>Les grands entretiens<\/strong> d\u2019artpress, Marc Desgrandchamps, \u00e9ditions artpress (9\u20ac)<\/p>\n<p><strong>Un \u00e9lastique dans le dos<\/strong>, Alice Popieul, \u00e9ditions Moires (15\u20ac)<\/p>\n<p><strong>Champs-Elys\u00e9es<\/strong>, Eric Rondepierre, \u00e9ditions nonpareilles (15\u20ac)<\/p>\n<p><strong>Conversation sacr\u00e9e<\/strong>, Patrice Giorda, \u00e9ditions l\u2019Atelier contemporain (20\u20ac)<br \/>\nSi on \u00e9crit c\u2019est sans doute parce que l\u2019on n\u2019entend rien \u00e0 ce qui se passe ou, pour reprendre la formule de Daniel Arasse, parce qu\u2019\u00ab on n\u2019y voit rien \u00bb, que quelque chose derri\u00e8re la perception ordinaire \u00e9chappe. Parce qu\u2019il nous est n\u00e9cessaire, enfin, pour objectiver ce qui a lieu, de l\u2019investir par le langage et ainsi se raconter en le d\u00e9posant ce dont on est t\u00e9moin. Dans l\u2019exp\u00e9rience que nous faisons des \u0153uvres d\u2019art ou m\u00eame de ce \u00e0 quoi plus ou moins consciemment, plus ou moins volontairement on se retrouve m\u00eal\u00e9 par la pratique artistique elle-m\u00eame. Ce que l\u2019on a entrevu &#8211; au mieux &#8211; n\u00e9cessite d\u2019y faire retour, de le porter aux zones claires de la conscience, d\u2019y faire le point, comme l\u2019on dit dans la pratique photographique. \u00ab Les \u0153uvres d\u2019art r\u00e9sistent \u00bb, \u00e9crit Patrice Giorda. Par del\u00e0 l\u2019apparence, leur part \u00ab mondaine \u00bb, leur part priv\u00e9e, leur myst\u00e8re, \u00ab ne se livre que dans une esp\u00e8ce de conversation sacr\u00e9e o\u00f9, s\u2019il a lieu, l\u2019\u00e9blouissement fracasse l\u2019opacit\u00e9 qui nous s\u00e9pare de leur silence \u00bb. Il faut il aller voir, ou mieux, \u00e9couter ce qui bruisse en elles ; et les questionner, les sonder.<br \/>\nLes textes rassembl\u00e9s en premi\u00e8re partie du livre t\u00e9moignent de ces \u00ab conversations sacr\u00e9es \u00bb, de l\u2019attention port\u00e9e par le peintre aux \u0153uvres de ces pr\u00e9d\u00e9cesseurs et de ce qu\u2019elles livrent \u00e0 celui qui les regarde depuis sa propre pratique, ou qui, dans l\u2019impudence ordinaire les am\u00e8ne dans l\u2019atelier, sous la lampe de son atelier. Car il lui faut faire \u00ab siennes toutes les \u0153uvres de ceux qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00bb pour rentrer dans leur logique interne. Il lui faut les repeindre mentalement pour en retrouver les enjeux, adoptant la place de Giotto, du Caravage, de Velasquez et de quelques autres, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une reconstitution polici\u00e8re pour percevoir quelles ont \u00e9t\u00e9 les alternatives qui se sont pos\u00e9es \u00e0 eux, quelles situations ont pr\u00e9sid\u00e9es \u00e0 tels choix picturaux.<br \/>\nIl n\u2019y a gu\u00e8re qu\u2019un peintre pour vous inviter ainsi sans pr\u00e9ciosit\u00e9s dans l\u2019atelier des peintres. Une ballade, donc, \u00e0 travers la peinture classique presque exclusivement et dans les coulisses de certains tableaux qui n\u2019est pas sans \u00e9voquer la mani\u00e8re d\u2019Arasse dans ses Histoires de peinture. On retiendra particuli\u00e8rement une lumineuse lecture crois\u00e9e de Hopper et de Caravage. <\/p>\n<p><strong>Andr\u00e9 Masson ou le regard incarn\u00e9<\/strong>, Bernard No\u00ebl, \u00e9ditions Fata morgana (20\u20ac)<\/p>\n<p><strong>L\u2019hypoth\u00e8se du d\u00e9sir<\/strong>, entretien de R\u00e9gis Debray avec Leonardo Cremonini, \u00e9ditions l\u2019Atelier contemporain (20\u20ac)<br \/>\n>une note un peu longue reproduite \u00e0 part, <a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/leonardo-cremonini-lhypothese-du-desir\/\">ici<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est chaque fois une sorte de vertige bancal d\u2019apercevoir la n\u00e9cessit\u00e9 souterraine ind\u00e9chiffrable ou quelque al\u00e9atoire d\u00e9termin\u00e9 tr\u00e8s en dehors de soi par les circonstances, le milieu dans lequel on se retrouve \u00e0 tremper. Chaque fois quelque chose \u00e0 lieu qui est aussi une part de soi. 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