{"id":6624,"date":"2015-08-24T21:06:57","date_gmt":"2015-08-24T20:06:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6624"},"modified":"2015-08-26T09:50:11","modified_gmt":"2015-08-26T08:50:11","slug":"note-datelier-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/note-datelier-3\/","title":{"rendered":"note d&rsquo;atelier"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab <em>L\u2019enveloppe, telle une coquille que notre \u00e2me a s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e pour s\u2019y lover et se fabriquer une forme distincte des autres, est d\u00e9truite, et ce qui reste de tous ces plis et rugosit\u00e9s est une hu\u00eetre centrale de perception, un \u0153il \u00e9norme.<\/em> \u00bb V. Woolf<!--more--> <\/p>\n<p>On est aux aguets, un peu f\u00e9brile, attentif \u00e0 chaque chose qui surgit dans le champ perceptif ; on a 300 000 ans dans une prairie immense avec le soir qui tombe, l\u2019appel de la vie comme issue, pr\u00eat \u00e0 courir, \u00e0 s\u2019armer d\u2019une pierre, on remonte une rue dans la ville que l\u2019on habite, l\u2019\u0153il intranquille. Les asp\u00e9rit\u00e9s, les ruptures, les arrangements retiennent l\u2019\u0153il dans ses t\u00e2tonnements. Le soleil qui frappe l\u2019angle d\u2019un mur. Une porte. Les rythmes qui la structurent. La masse drue d\u2019une haie. Un \u00e9lan dans le ciel. Le contrejour dans les fa\u00e7ades et une silhouette qui vient. Est-ce un vieux pli ? Que l\u2019on attende du monde que dans ses fa\u00e7ons il nous dise. Ce qui va, ce qui pourrait venir. Les risques, les opportunit\u00e9s. Ces \u00ab mains invisibles qui guident ma destin\u00e9e \u00bb, comme l\u2019\u00e9crit Pessoa. Et chaque fois on irait de r\u00e9v\u00e9lations en r\u00e9v\u00e9lations, conduits comme au travers d\u2019un r\u00e9cit, l\u2019anticipant parfois, \u00e0 l\u2019affut. L\u2019enfant fait pareil avant le langage \u00e0 lire dans le visage, dans le ton de la voix, son d\u00e9bit. Parfois en effet il nous dit, les nuages qui chargent, la nuit qui vient et quelques autres choses. Mais c\u2019est nous en r\u00e9alit\u00e9 qui interpr\u00e9tons d\u2019apr\u00e8s ce qu\u2019impassiblement il laisse voir de lui m\u00eame en ses mouvements. Lui, jamais n\u2019envoie une parole. Et quelque chose en nous se fracasse \u00e0 son silence. On monte un cri long au-dedans. On se projetterait au travers si on pouvait. On s\u2019en envelopperait. Ce qui laboure l\u2019\u00eatre c\u2019est cette incertitude, si le monde nous parle ou quelque chose \u00e0 travers lui ou si ce n\u2019est que nous m\u00eame et toujours cette m\u00eame paroi. Ce sentiment souvent d\u2019avancer comme ces chauves-souris, dans cet \u00e9cho de ce qui en nous cogne \u00e0 l\u2019herm\u00e9tique, au compact, \u00e0 l\u2019opaque par lesquels le monde \u00e9nonce sa r\u00e9sistance. <\/p>\n<p><em>\u00ab Il faut bien faire quelque chose pour briser la barri\u00e8re, pour faire surgir l\u2019image, quelle que soit la puret\u00e9 du sentiment, pour la jeter dans le monde ; et cela n\u00e9cessite une certaine dose de violence. \u00bb<\/em> \u00e9crit le peintre Sam Francis.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr on dit le monde comme si nous en dehors, rapidit\u00e9 de langage. Des fois on dit d\u00e9cors, th\u00e9\u00e2tre et on se voit en pantin. Alors on dit paysage et \u00e7a nous dit encore comment \u00e7a s\u2019\u00e9nonce depuis nous. Car jamais \u00e7a ne s\u2019\u00e9tend en plaines vallonn\u00e9es. Il n\u2019y a que notre regard qui dit maladroitement comment \u00e7a lui \u00e9chappe et fini par se loger dans ce qu\u2019il \u00e9nonce.<br \/>\nC\u2019est \u00e7a qui hurle. Est-ce qu\u2019il ne reste pas dans le corps du langage quelque chose d\u2019enrag\u00e9 et de plaintif abruti par la r\u00e9p\u00e9tition comme ces deux-l\u00e0 attendant Godot ? Une croyance d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e comme celle du Stalker de Tarkovski ? <\/p>\n<p>J\u2019avance dans les rues, d\u00e9leste l\u2019\u0153il dans l\u2019appareil photo que j\u2019ai emport\u00e9. Le monde me renvoi des images comme j\u2019imagine pour certains ce seraient plut\u00f4t quelque chose d\u2019une musique, des formules math\u00e9matiques. La peinture est mon mode. Et Sam Francis, encore : \u00ab\u00a0Voir le monde et peindre le monde ne sont pas la cause l&rsquo;un de l&rsquo;autre. Voir le monde et peindre le monde se produisent au m\u00eame moment.\u00a0\u00bb Il parle de synchronicit\u00e9. Mais ce que je ne sais pas c\u2019est si la peinture \u00e0 ce moment est un acte de conqu\u00eate de celui qui fabrique le monde \u00e0 son usage ou un aveu d\u2019impuissance. <\/p>\n<p><em>\u00ab Il y a des choses qui ne peuvent pas \u00eatre mises en mots. Elles se rendent manifestent par elles-m\u00eames. Et ce dont nous ne pouvons pas parler, nous devons le transmettre en silence. \u00bb<\/em> (Wittgenstein)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab L\u2019enveloppe, telle une coquille que notre \u00e2me a s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e pour s\u2019y lover et se fabriquer une forme distincte des autres, est d\u00e9truite, et ce qui reste de tous ces plis et rugosit\u00e9s est une hu\u00eetre centrale de perception, un \u0153il \u00e9norme. \u00bb V. 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