{"id":6648,"date":"2015-09-12T14:18:50","date_gmt":"2015-09-12T13:18:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6648"},"modified":"2015-09-13T21:27:40","modified_gmt":"2015-09-13T20:27:40","slug":"lettre-a-leonor-_2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/lettre-a-leonor-_2\/","title":{"rendered":"lettre \u00e0 L\u00e9onor _2"},"content":{"rendered":"<p><em>Lundi ou mardi j\u2019ai visit\u00e9 l\u2019exposition de l\u2019Institut d\u2019art contemporain. J\u2019ai pos\u00e9 quelques notes \u00e0 la pause de midi dont je me disais qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient sans doute pas sans lien avec ce qui nous occupe.<\/em><!--more--><\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Admettons. La chose peut se dire tr\u00e8s simplement. Il y a une vitrine d\u2019un certain volume comme on peut en voir dans les mus\u00e9es de l\u2019homme ou des antiquit\u00e9s, aux proportions approchant celles d\u2019une table de salon. Et dans ce volume vitr\u00e9 on peut voir, s\u00e9diment\u00e9e et opacifiant les vitres, une poudre sableuse ocre qui semble avoir \u00e9t\u00e9 agit\u00e9e, projet\u00e9e sur les parois sous l\u2019action de trois ou quatre h\u00e9lices de ventilateur qui apparaissent l\u00e0 au repos dans le fond de ce grand aquarium.<br \/>\nLa m\u00e9canique sugg\u00e8re que le dispositif doit se mettre en marche \u00e0 intervalles r\u00e9guliers, projetant \u00e0 nouveau le pigment dans ce volume de verre avant de s\u2019apaiser et se figer en dunes ocres comme les sables du d\u00e9sert apr\u00e8s une temp\u00eate. (Je lirais plus tard que l\u2019\u0153uvre s\u2019intitule <em>Haboob<\/em>, ce qui signifie vent violent en langue arabe)<br \/>\nPas de quoi sans doute se laisser retenir, sauf qu\u2019on est l\u00e0, qu\u2019on regarde et que quelque chose en nous appr\u00e9cie ce tumulte apais\u00e9, abstrait dans son espace, vaguement dramatis\u00e9 par les pales immobiles. On redoute m\u00eame un peu que le m\u00e9canisme se d\u00e9clenche, s\u2019\u00e9puisant alors dans une sorte de d\u00e9monstration comme ces simulateurs utilis\u00e9s \u00e0 des fins scientifiques. Mieux vaut en rester l\u00e0, \u00e0 ce suspend prolong\u00e9, ce temps gel\u00e9.<br \/>\nSans doute se forme-l\u00e0 quelque chose comme une h\u00e9t\u00e9rotopie, une \u00ab utopie localis\u00e9e \u00bb comme la d\u00e9fini Michel Foucault. Et ce lieu-l\u00e0 \u00e9chappe \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 apparente des espaces utilitaires, \u00e9conomiques, des espaces de l\u2019utilit\u00e9 pratique pour proposer comme une issue, une br\u00e8che. C\u2019est, pour reprendre Foucault, le cimeti\u00e8re, le grenier, le grand lit des parents sur lequel on <em>\u00ab d\u00e9couvre l\u2019oc\u00e9an, puisqu\u2019on peut y nager entre les couvertures ; le ciel, puisqu\u2019on peut y bondir sur les ressorts ; c\u2019est la for\u00eat puisqu\u2019on s\u2019y cache ; c\u2019est la nuit puisqu\u2019on y devient fant\u00f4me entre les draps ; c\u2019est le plaisir enfin, puisque, \u00e0 la rentr\u00e9e des parents, on va \u00eatre puni. \u00bb<\/em><br \/>\nCette cavit\u00e9 pour nous appara\u00eetre dans sa promesse semble r\u00e9pondre \u00e0 quelque chose de profond en soi et qui \u00e9chappe au verbe. Quelque chose qui articule l\u2019ordre et le chaos, les pulsions qu\u2019ordre et chaos int\u00e9rioris\u00e9s manifestent en soi. Un temps la sculpture se laisse presque lire comme une m\u00e9taphore. De ces \u00e9tendues int\u00e9rioris\u00e9es, l\u2019attente et le surgissement du risque quelque part tapis. Ou la s\u00e9dimentation de ces exp\u00e9riences primitives.<br \/>\nIl faut aller plus avant et c\u2019est difficile. Se porter au niveau du ventre, de la m\u00e9moire du corps pour tenter de dire ou de situer avec quelle image la chose entre en \u00e9cho. La grammaire ne peut y tenir longtemps sans se disloquer.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 ce moment que la t\u00eate bifurque, exploite d\u2019autres pistes plus balis\u00e9es, l\u2019appel de r\u00e9f\u00e9rences et la constitution d\u2019un champ, les sculptures d\u2019un autre artiste dont j\u2019ai perdu le nom qui r\u00e9alisait ainsi sous vitrine des explosions ou exp\u00e9riences similaires qui venaient teinter, opacifier les parois en laissant \u00e0 voir des traces, belles, de ces brutalit\u00e9s. Une installation de Tatiana Trouv\u00e9 vue dans une des \u00e9ditions du printemps de septembre \u00e0 Toulouse et comment un tas de terre laissant voir les nuances de strates \u00e9voquait derri\u00e8re la vitre une sorte de vivarium, jouant de ces frictions sensibles entre le naturel et l\u2019artificiel \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les peintures de Gilles Aillaud (mais peut-\u00eatre est-ce que je m\u00e9lange plusieurs expositions, je n\u2019ai pas retrouv\u00e9 l\u2019image que j\u2019avais gard\u00e9 en t\u00eate). De ce souvenir d\u00e9river \u00e0 quelques sculptures de Wilfrid Almendra pour la m\u00eame m\u00e9lancolie, lequel m\u2019\u00e9voque incidemment une photographie de Luigi Ghirri, une silhouette derri\u00e8re la vitre d\u2019un arr\u00eat de bus. Un jeu de ricochets qui pourrait se jouer longtemps.<br \/>\nComme si la pens\u00e9e n\u2019\u00e9tait qu\u2019\u00e0 s\u2019engendrer <em>depuis<\/em>, l\u2019\u00e9cho frayant son propre chemin \u00e0 travers la m\u00e9moire.<br \/>\nJe reviens \u00e0 la vitrine. Cette manifestation, ce ph\u00e9nom\u00e8ne de dunes et de strates, d\u2019opacit\u00e9 sableuse dont j\u2019occulte volontairement la r\u00e9f\u00e9rence m\u00e9t\u00e9orologique ou anecdotique, il me faut qu\u2019elle soit l\u00e0 repouss\u00e9e, isol\u00e9e dans l\u2019espace du verre, de la vitrine comme le regard ou la parole repoussent les objets au bout de leur perspective dans l\u2019espace de la repr\u00e9sentation. C\u2019est ainsi l\u2019installer dans le paysage, lui reconna\u00eetre le lieu dans lequel elle se manifeste, la portion d\u2019espace physico psychologique dans laquelle, litt\u00e9ralement, elle a lieu.<br \/>\nDans ce mouvement, on pense mettre la chose en \u00e9vidence comme le peintre recule pour mieux voir le tableau en train de se faire, le tableau auquel il travaille. C\u2019est aussi, pass\u00e9 l\u2019\u00e9chauffement, couper le fil, lui restituer son alt\u00e9rit\u00e9, sa part inconsciente.<br \/>\nOn le sent bien, le titre impose une lecture, l\u2019autorit\u00e9 du sens. Et on mesure dans cette fixation du sens l\u2019\u00e9tendue de la perte. On d\u00e9sire davantage l\u2019esquisse, le bruissement, non pas l\u2019absence absolue de sens, mais son in\u00e9puisable tension. \u00ab Le sens, \u00e9crit Roger Munier, est un abus de pouvoir. Mais d\u2019abord il aveugle. \u00bb Devant cette vitrine, ignorant son titre et la r\u00e9duction qu\u2019il accusait, il me semblait \u00eatre en pr\u00e9sence de, je fabriquait en moi ce bruissement panique, cette agitation sourde qui n\u2019emprunte le regard que pour traverser le corps, l&rsquo;insens\u00e9. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lundi ou mardi j\u2019ai visit\u00e9 l\u2019exposition de l\u2019Institut d\u2019art contemporain. 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