{"id":6667,"date":"2015-09-23T10:44:43","date_gmt":"2015-09-23T09:44:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6667"},"modified":"2015-09-28T09:57:06","modified_gmt":"2015-09-28T08:57:06","slug":"lart-contemporain-et-le-debat-public","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/lart-contemporain-et-le-debat-public\/","title":{"rendered":"l&rsquo;art contemporain et le d\u00e9bat public"},"content":{"rendered":"<p>Il m\u2019arrive de lire assez r\u00e9guli\u00e8rement ces articles et ces textes que certains produisent \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019art contemporain et que l\u2019on dit ou qui se disent r\u00e9actionnaires. La plupart m\u2019\u00e9chauffent du fait d\u2019amalgames et parce bien souvent malgr\u00e9 quelques \u00e9l\u00e9ments critiques pertinents ou bienvenus, l\u2019ensemble est mal pens\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire partisan. C&rsquo;est apparence de pens\u00e9e pour livrer un rancoeur <!--more--> C\u2019est l\u2019emportement, l\u2019indignation, l\u2019aigreur et puis souvent l\u2019effet de style, la rh\u00e9torique qui l\u2019emportent, les emportent. On conna\u00eet \u00e7a pour soi avec ce qu\u2019on ravale et qui rancit d\u2019\u00eatre contenu et recuit. Mais il est vrai que l\u2019exercice peut-\u00eatre jubilatoire, rien de plus d\u00e9brid\u00e9 qu\u2019un pamphlet. C&rsquo;est un exercice cathartique.<br \/>\nJ\u2019ai dit \u00e7a souvent et une fois \u00e0 r\u00e9agir \u00e0 un de ces articles, <a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/lart-et-le-contemporain\/\">ici<\/a> : d\u2019abord cette erreur  d\u2019entendre sous le terme de contemporain quelque chose d\u2019homog\u00e8ne. Est-ce d\u00fb \u00e0 une m\u00e9connaissance du contemporain ou les n\u00e9cessaires n\u00e9gligences d\u2019un propos \u00e0 charge, la th\u00e8se en sa th\u00e9orie occultant les nuances du d\u00e9tail ? Toujours est-il. Dans les faits ou \u00e0 mi- mots, c\u2019est bien souvent l\u2019art m\u00e9diatique qui est vis\u00e9, ces productions qui, monumentales ou spectaculaires, provocatrices ou tautologiques occupent le champ des grands m\u00e9diats, les espaces des grandes institutions et \u00e9talent aux yeux de tous les rouages d\u2019un syst\u00e8me de castes, d\u2019enjeux de visibilit\u00e9 et d\u2019argent. Et ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019une partie \u00e9mergeante de l\u2019art contemporain. Certainement pas L\u2019art contemporain. Que ce soit malgr\u00e9 eux ou qu\u2019ils en soient partie-prenante, les artistes ainsi expos\u00e9s (dans le sens plein du terme) se retrouvent instrumentalis\u00e9s, \u00e9l\u00e9ments de communication, de divertissement, de politique. Certains artistes donc, certaines \u0153uvres, s\u2019accordent \u00e0 ce fonctionnement comme de toutes \u00e9poques il y eu des peintres de cour, des officiels, des repr\u00e9sentants du r\u00e9gime au service des princes, des puissants. Simplement avec les modifications que produisent les moyens actuels. Et il en va ainsi \u00e0 moindre \u00e9chelle dans toute la soci\u00e9t\u00e9 ou la possession d\u2019\u0153uvres ou \u00e0 d\u00e9faut, d\u2019objets raffin\u00e9s, int\u00e9rieur, voiture, tenues sont des marqueurs sociaux ou signes de culture, de richesse, de go\u00fbt ou d\u2019autorit\u00e9. Pour autant, qu\u2019une \u0153uvre soit motiv\u00e9e par une commande publique ou princi\u00e8re (mettons aujourd\u2019hui un grand industriel) ou au service d\u2019un pouvoir (politique, \u00e9conomique, symbolique), quelle b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un surcro\u00eet de visibilit\u00e9 ne l\u2019invalide pas au niveau de ses qualit\u00e9s intrins\u00e8ques. On sait comment ces concurrences ont jou\u00e9 en faveur de l\u2019art renaissant dans l\u2019Italie du XV\u00e8me. Ceci dit, le champ m\u00e9diatique est assez souvent n\u00e9faste aux \u0153uvres, qu\u2019il incite \u00e0 la d\u00e9mesure, \u00e0 la visibilit\u00e9 ou encore trop souvent \u00e0 la pr\u00e9cipitation. Cette r\u00e9alit\u00e9 est visible partout, dans le champ des arts visuels comme dans la musique ou la litt\u00e9rature. Ceux-l\u00e0 qui sont entr\u00e9s dans ce lieu de visibilit\u00e9 vous diront ce que \u00e7a induit de sacrifices, de contraintes, de compromis ou d\u2019ajustements que de vouloir \u00e0 tout prix s\u2019y maintenir. Les attentes du public \u00e0 votre endroit, leur app\u00e9tit insatiable de nouveaut\u00e9, la pulsion de consommation font que la maturation lente, la discr\u00e9tion signent un arr\u00eat de mort. Et les tables des libraires comme les centres d\u2019art en t\u00e9moignent : l\u2019existence m\u00e9diatique est un exercice d\u2019occupation du territoire qui n\u00e9cessite un renouvellement ou du moins une production constante relativement homog\u00e8ne, identifiable, accessible, travaill\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre pour esp\u00e9rer \u00e9merger de la masse. Encore une fois, certains s\u2019en accommodent tr\u00e8s bien, plus pr\u00e9occuper de plaire au pr\u00e9sent que d\u2019imaginer un travail souterrain, quitte \u00e0 utiliser l\u00e0 encore plus ou moins consciemment les codes et ressorts du marketing. On peut incriminer l\u2019appareil m\u00e9diatique et ceux qui dans l\u2019ombre y ont des int\u00e9r\u00eats, les investisseurs divers mais tout autant le publique et chaque acteur du syst\u00e8me dont il flatte les go\u00fbts les plus bas et qui souvent, sous des indignations de fa\u00e7ade se satisfait de litt\u00e9rature niaise et lisse, de clinquant et de scandales passagers comme les magazines \u00ab people \u00bb \u00e9talent sur du papier glac\u00e9 les tromperies, les bourrelets, les rumeurs et les frasques des stars de la t\u00e9l\u00e9 et du foot.<br \/>\nCertains artistes, qui sont, faut-il le rappeler, des personnes comme les autres \u00e9tal\u00e9s dans toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9 et de tous les bords (le terme artiste ne garanti rien ni en qualit\u00e9s d\u2019esprit qu\u2019en humanisme), se laissent s\u00e9duire et fasciner par cet univers l\u00e0 et comme Andy Warhol en adoptant les outils et les codes, naviguent en parall\u00e8le jusqu\u2019\u00e0 adopter le comportement des stars qui \u00e9veillaient leur jeunesse. Une position d\u2019adh\u00e9sion empathique sans cynisme ni critique qui abouti peu ou prou \u00e0 la production d\u2019\u0153uvres d\u2019art. Warhol en joue, et comment ne pas ? Ascension sociale \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, il se retrouve \u00e0 c\u00f4toyer les stars, en devient une lui-m\u00eame, gagne de l\u2019argent et b\u00e9n\u00e9ficie encore du capital symbolique du cr\u00e9ateur un pied sur les plateaux t\u00e9l\u00e9s ou dans les magazines et l\u2019autre dans les mus\u00e9es, les livres d\u2019art. Il r\u00e9ussi le r\u00eave de beaucoup : faire se rejoindre par lui haute culture et culture populaire. Il se trouve que par ses inventions formelles, le m\u00e9tissage de l\u2019art savant et des arts populaires ou des m\u00e9tiers d\u2019art de la communication et de l\u2019image, il livre l\u00e0 des objets beaux et singuliers, intrigants, des propositions qui invitent \u00e0 des consid\u00e9rations, des r\u00e9flexions nouvelles, \u00e0 penser le monde. Certaines m\u00eame des ses \u0153uvres laissent entrevoir quelque tragique, des \u00e9motions. C\u2019est de cette lign\u00e9e que viennent nos actuels artistes entrepreneurs comme Jeff Koons, Wim Delvoye ou Damian Hirst lesquels tout \u00e0 la fois jouent des codes de l\u2019art et de la communication, se hissent au rang de stars m\u00e9diatiques presque au m\u00eame titres que les chanteuses ou les footballers et tout \u00e0 la fois produisent des objets parfois beaux, parfois intrigants et qui souvent donnent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux m\u00e9canismes de nos soci\u00e9t\u00e9s du dedans m\u00eame de la machine, que ce soit intentionnel ou pas. La loi m\u00e9diatique les oblige a se r\u00e9p\u00e9ter, \u00e0 produire continuellement, \u00e0 multiplier les prestations et interventions. Et eux en deviennent les fournisseurs, sortes de Faust fondus dans leur \u0153uvre, en tirant profit imm\u00e9diat, moyennant comme dans le monde de l\u2019entreprise en g\u00e9n\u00e9ral, investissements, risques financiers, audaces relatives, campagnes et coups m\u00e9diatiques et parfois comme le laissent voir les \u0153uvres tardives de Warhol (quelque chose comme une d\u00e9sillusion qui traverse les \u00ab car crash \u00bb ou \u00ab dollar bills \u00bb, \u00ab electric chair \u00bb ou \u00ab disaster \u00bb, une certaine m\u00e9lancolie ou angoisse de celui qui voit bien qu\u2019il a disparu derri\u00e8re l\u2019image de lui-m\u00eame dont il a accompagn\u00e9 la mise en sc\u00e8ne. Position neutre, confortable peut-on leur reprocher, de ceux qui donnent \u00e0 voir un certain \u00e9tat des choses qu\u2019ils perp\u00e9tuent et dont ils tirent profit quand on aimerait de l\u2019artiste qu\u2019il incarne un contre pouvoir, une opposition, comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la boh\u00e8me et de la modernit\u00e9 naissante. Et c\u2019est derri\u00e8re la critique au contemporain ce qui est reproch\u00e9 \u00e0 ces quelques artistes m\u00e9diatiques, qu\u2019ils participent de ce jeu politico-financier au service de la haute bourgeoisie. Qu\u2019ils se soient, dans les formes parfois (mais lorsqu\u2019on y regarde, rien de plus populaire au fond que ces travaux-l\u00e0) mais surtout dans les \u00e9tages et les transactions, coup\u00e9s d\u2019une grande partie de la population pour briller, invincibles et puissants sur des socles dor\u00e9s. Alors au lieu d\u2019art contemporain oppos\u00e9 \u00e0 une tradition souvent fantasm\u00e9, il faudrait dire marchandisation d\u2019une partie de l\u2019art contemporain avec tout ce que \u00e7a implique en arri\u00e8re-plan de man\u0153uvres financi\u00e8res, politiques et m\u00e9diatiques.<br \/>\nEst-il n\u00e9cessaire encore de pr\u00e9ciser dans ce jeu m\u00e9diatique et financier le r\u00f4le ou la place tenue par le langage, l\u2019appareil critique ou pour mieux dire, l\u2019accr\u00e9ditation conceptuelle qui s\u00e9vit dans la presse mais davantage encore dans les livrets, les cartels et les communiqu\u00e9s de presse qui pour le coup fournissent la mati\u00e8re premi\u00e8re \u00e0 des journalistes press\u00e9s. C\u2019est un des points de discr\u00e9dit majeur. Du moins, il accompagne le malaise, l\u2019impression d\u2019absurde. Il faudrait ici toute une \u00e9tude pour analyser le ph\u00e9nom\u00e8ne qui semble \u00e9chapper \u00e0 tout le monde ; artistes, critiques, amateurs \u00e9clair\u00e9s devant le plus souvent convenir que l\u2019art, et contemporain particuli\u00e8rement, fournit une abondante litt\u00e9rature \u00e0 la fois creuse et obscure. Nous nous \u00e9tions amus\u00e9s une fois avec un ami \u00e0 intervertir dans une exposition les cartels et avions v\u00e9rifi\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient \u00e0 peu pr\u00e8s interchangeables : \u00e7a fonctionnait tout aussi bien. Force \u00e9tait alors de constater qu\u2019ils ne disaient rien et ne semblaient \u00eatre vou\u00e9s qu\u2019\u00e0 occuper un espace. Soit que leur contenu \u00e9tait \u00e0 la fois trop g\u00e9n\u00e9ral et elliptique, soit que les \u0153uvres en questions l\u2019\u00e9taient elles-m\u00eames. Pour autant, ce n\u2019est pas exactement une sp\u00e9cificit\u00e9 du contemporain, les comptes rendus des Salons aux XVIII et XIX\u00e8me et les interventions critiques plus ou moins lyriques qui \u00e9maillent les si\u00e8cles depuis l\u2019invention de l\u2019exercice fourmillent de gloses, de rh\u00e9torique, de bons mots, de bavardages.<br \/>\nPour y revenir un peu, un autre amalgame qui est fait par ceux qui s\u2019outrent de l\u2019art contemporain est son assimilation avec le conceptuel. Si bien que dans leurs phrases l\u2019un est bien souvent synonyme de l\u2019autre. L\u2019art contemporain, autrement dit, conceptuel. On peut parler d\u2019\u00e9cole conceptuelle ou d\u2019un mouvement historique rassemblant des personnalit\u00e9s et des travaux vari\u00e9s, on peut encore parler de tendances ou de familles ou de travaux relevant de la logique conceptuelle, mais difficile de r\u00e9sumer ainsi l\u2019art actuel. Encore une fois l\u2019art conceptuel est un champ assez large difficile \u00e0 r\u00e9sumer et qui malgr\u00e9 tout ne se superpose pas, loin s\u2019en faut, \u00e0 l\u2019art contemporain. Pour le dire en deux mots d\u2019abord et contre tout a priori ou pr\u00e9suppos\u00e9, comme il y a une beaut\u00e9, une sensibilit\u00e9 du minimal et de l\u2019\u00e9pure m\u00eame pouss\u00e9e dans ses formes en apparences les plus froides, il y a de la sensibilit\u00e9 au sein du conceptuel, une beaut\u00e9 math\u00e9matique ou beaut\u00e9 de la formule. Il s\u2019agit de sensibilit\u00e9s personnelles ou m\u00eame de moments et appr\u00e9cier les chairs de Rembrandt n\u2019exclut pas de se trouver saisi par une forme d\u2019apparence plus aust\u00e8re, un signe dans son abstraction ou quelque chose de plus d\u00e9sincarn\u00e9, une belle pens\u00e9e, un beau concept. Il n\u2019est pas une d\u00e9valuation ou un appauvrissement contemporain de la pulsion cr\u00e9atrice, mais un des aspects de son incroyable richesse. Il n\u2019y a pas \u00e0 les mettre dos \u00e0 dos, les deux font, avec d\u2019autres, parti de la gamme. Ceci dit, si l\u2019on regarde un peu de pr\u00e8s les pratiques contemporaines, il me semble au contraire que la tendance ne soit pas tant au concept dans \u00e7a rigueur froide, sa spiritualit\u00e9 ou sa philosophie qu\u2019\u00e0 l\u2019expression plus physique du sensible sous toutes ses formes et tous ses chaos. Ce qui d\u00e9route souvent c\u2019est justement qu\u2019il n\u2019y ait parfois que peu \u00e0 comprendre (et les commentateurs qui l\u2019assument, le comprennent plus ou moins se retrouvent parfois \u00e0 broder des justifications confuses). A c\u00f4t\u00e9 d\u2019une inscription critique, d\u2019une mise en perspective historique, qui est une autre discipline, presque une science sociale, beaucoup d\u2019\u0153uvres ne demandent g\u00e9n\u00e9ralement, ne proposent que de ressentir des accords, des frictions de formes et de mati\u00e8res, des chaos d\u2019\u00e9l\u00e9ments, rien que du sensible. J\u2019\u00e9cris cela en pensant \u00e0 quelques mani\u00e8res d\u2019installations r\u00e9currentes qui effectivement laissent nue la t\u00eate, obligent de d\u00e9placer l\u2019approche. Les repr\u00e9sentants internationaux de l\u2019art contemporain fran\u00e7ais comme Christian Boltanski ou Claude Lev\u00eaque produisent des \u0153uvres qui s\u2019adressent \u00e0 la m\u00e9moire et aux sens, sont \u00e0 \u00e9prouver plus qu\u2019\u00e0 comprendre, comme le lan\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 Monet face aux incompr\u00e9hensions justement que provoquaient ses Nymph\u00e9as : il n\u2019y aurait qu\u2019\u00e0 appr\u00e9cier. Tout le monde peut d\u00e9velopper la pens\u00e9e qu\u2019il veut par dessus, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 ou depuis. Le discours que certains s\u2019empressent de poser sur les \u0153uvres ne sont pas les \u0153uvres (sauf cas particulier et du fait de l\u2019artiste, pour mettre en question justement ce m\u00e9canisme). Mais plus pr\u00e9cis\u00e9ment encore, les pratiques actuelles, dans leur vari\u00e9t\u00e9 colossale affichent de galeries en galeries, de lieux d\u2019art en lieux d\u2019art des dessins de toutes sortes, du pulsionnel au narratif en passant par les jeux formels les plus vari\u00e9s, des vid\u00e9os esth\u00e9tisantes ou chaotiques en 8mm ou num\u00e9riques, des tableaux de toutes les factures, des sculptures, des installations, des \u0153uvres relevant du classique, d\u2019autres de l\u2019esth\u00e9tique pop, du romantique. Tous sont nourris \u00e0 toutes les sources et sans doute comme jamais, m\u00ealant les arts bruts ou populaires aux plus r\u00e9centes technologies, l\u2019histoire ou la politique \u00e0 la science. Tout n\u2019est pas \u00e0 garder, tout ne passera pas l\u2019\u00e9preuve du temps. Certains, surrepr\u00e9sent\u00e9s un temps tomberont dans l\u2019oubli ou s\u2019av\u00e8reront anecdotiques, d\u2019autres se dresseront comme des phares. Reprenez un vieux catalogue d\u2019exposition ou m\u00eame les textes d\u2019Alberti, les notes sur les Salons de Diderot ou Baudelaire : des liasses d\u2019oubli\u00e9s.<br \/>\nEn terme de questionnements sur l\u2019art contemporain, j\u2019ai trouv\u00e9 pour le coup assez juste et singuli\u00e8re la conf\u00e9rence de Fran\u00e7oise Bonardel \u00e0 propos de l\u2019atelier. Quelqu\u2019un qui n\u2019est pas un partisan a priori de l\u2019art contemporain, propose de prendre un peu de hauteur. Une pens\u00e9e honn\u00eate. L\u2019atelier donc. Et c\u2019est un r\u00e9flexion que j\u2019avais esquiss\u00e9, comparant les pratiques de deux g\u00e9n\u00e9rations d\u2019artistes, ceux qui peut-\u00eatre dans les ann\u00e9es 90 abordaient les centres d\u2019art \u00e0 la fois comme espace d\u2019expression \u00e0 l\u2019instar de la toile pour le peintre et atelier de production r\u00e9gi par la notion d\u2019in situ, \u00e0 ceux qui aujourd\u2019hui tentaient un mouvement inverse, une \u00ab automisation \u00bb des productions vis \u00e0 vis des lieux institutionnels, bref un retour \u00e0 l\u2019atelier-matrice, aux objets. Et je peux dire de l\u2019aper\u00e7u que j\u2019en ai qu\u2019aujourd\u2019hui les deux mod\u00e8les et quelques variantes interm\u00e9diaires coexistent. Qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019abandon absolu de l\u2019atelier \u00e0 l\u2019\u00e2ge contemporain. Je ne peux m\u2019emp\u00eacher d\u2019envisager ces mouvements \u00e0 une \u00e9chelle plus vaste, revenant aux pratiques pari\u00e9tales ancestrales et aux rapports n\u00e9cessaires des formes avec le contexte technologique, social, politique. L\u2019art rupestre, tout comme l\u2019art ult\u00e9rieur de la fresque sont in situ, par d\u00e9finition. L\u2019occupation et la modification d\u2019un espace par l\u2019alignement de m\u00e9galithes est un cousin lointain de nos actuelles installations. L\u2019atelier des Impressionnistes comme celui des peintres de Barbizon b\u00e9n\u00e9ficiant de l\u2019invention du tube de peinture \u00e9tait bien diff\u00e9rent de celui que produisaient les artistes des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes. On s\u2019en faisait la r\u00e9flexion il y a peu avec un ami : bien sur, le territoire de l\u2019art il y a trente ans avec les frac, les artoth\u00e8ques et subventions \u00e9tait bien diff\u00e9rent de celui dont on a h\u00e9rit\u00e9, promis aux coupes s\u00e8ches, au retrait \u00e9conomique alors m\u00eame que la population d\u2019artiste a augment\u00e9 consid\u00e9rablement, cela en change forc\u00e9ment les pratiques. Le contexte social des ann\u00e9es 60 et 70 qui a vu Buren et d\u2019autres quitter les cimaises pour occuper la rue, Burden ou Pane mettre en jeu leur corps: cela aussi d\u00e9termine les pratiques.<br \/>\nJe ne suis pas historien et je ne sais rien de la d\u00e9saffection du public pour l\u2019art de son temps. Je me dis qu\u2019elle est bien relative, vu le battage m\u00e9diatique et la fr\u00e9quentation des expositions et surtout multifactorielle. Il y a l\u2019aventure des formes et son acc\u00e9l\u00e9ration, qui laisse bien normalement les non sp\u00e9cialistes un peu \u00e0 la traine (mais qui aujourd\u2019hui n\u2019est pas pareillement d\u00e9pass\u00e9 par les avanc\u00e9es th\u00e9oriques et conceptuelles de la physique par exemple, th\u00e9orie des boucles, des cordes, multivers?). Mais cela s\u2019inscrit \u00e9galement dans le commerce du visible (comment comparer le rapport du peuple \u00e0 l\u2019image au XV\u00e8me et m\u00eame au XVIII\u00e8me \u00e0 celui qui a cours actuellement en occident ?), la place m\u00eame de l\u2019art dans la soci\u00e9t\u00e9. Il y aurait a faire ici une \u00e9tude historique sur la place des images, des cultes, de l\u2019art dans les soci\u00e9t\u00e9s selon l\u2019\u00e9poque et le contexte.<br \/>\nFran\u00e7oise Bonardel place l\u2019atelier au c\u0153ur de la notion de patrimoine ou de filiation, comme un ancrage. Ainsi, cela lui permet-il de \u00ab sauver \u00bb du naufrage quelques \u0153uvres de l\u2019art contemporain qui t\u00e9moignent d\u2019une certaine continuit\u00e9 (Kiefer ainsi rattrap\u00e9 par la manche pouvait \u00eatre br\u00fbl\u00e9 par d\u2019autres du fait de sa \u00ab starification \u00bb, des sommes colossales qu\u2019atteignent ses productions, de sa position m\u00e9diatique et de ses strat\u00e9gies entrepreneuriales). Les notions de travail, de savoir faire, de mat\u00e9rialit\u00e9, toutes proches de ce qui en l\u2019art t\u00e9moignait d\u2019une proximit\u00e9 avec l\u2019artisanat. Je crois que, contre toute apparence, ces notions ne sont pas du tout exemptes des pratiques contemporaines, ni m\u00eame celle de continuit\u00e9 laquelle vient toujours nuancer les apparentes tables rases, toujours plus th\u00e9oriques qu\u2019effectives. J\u2019avais une fois \u00e9voqu\u00e9 pour l\u2019exemple le travail de Picasso, h\u00e9raut du moderne, assassin de la douceur et de la beaut\u00e9 qui n\u2019a fait qu\u2019en r\u00e9v\u00e9ler l\u2019envers en remuant l\u2019histoire. M\u00eame si le bricolage, le brut, on parfois \u00e9t\u00e9 des enjeux d\u2019expansion du domaine d\u2019expression, de d\u00e9construction des habitudes et conventions. La relativisation de la place du m\u00e9tier permettant d\u2019\u00e9chapper aux mani\u00e9rismes qui pour le coup agissent comme un cosm\u00e9tique \u2013 de la poudre aux yeux \u2013 rendant acceptables aux yeux du public, s\u00e9duit, les propositions les plus creuses ou consensuelles. Combien l\u2019atelier aujourd\u2019hui est prot\u00e9iforme, du train que l\u2019on prend, portable pos\u00e9 devant soi, au logiciel de montage install\u00e9 sur la machine dans le salon en passant par les prestataires ou petites industries seules \u00e0 m\u00eame d\u2019apporter les capacit\u00e9s et savoirs techniques dans certains cas de figure. Et celui-l\u00e0 qui joue l\u2019instant dans un geste entre deux passages de voitures sur les murs de la ville, celui-l\u00e0 dont le mat\u00e9riau premier est l\u2019espace qu\u2019on lui confie. Ces ballades o\u00f9 l\u2019on r\u00eave, ne sont-elles pas l\u2019atelier d\u00e9j\u00e0 ? Je sais que ceux qui sont comme moi, des acteurs plus ou moins reconnus ou discrets de cet art contemporain doivent trouver la question un peu na\u00efve. Pour nous c\u2019est \u00e9vidence l\u2019atelier par lequel on re\u00e7oit le monde. Ajuster des rebuts pour occuper un espace, harmoniser ou \u00ab d\u00e9sharmoniser \u00bb des notions, des mati\u00e8res, des textures rel\u00e8ve d\u2019un savoir faire technique, m\u00eame s\u2019il est moins identifi\u00e9 que celui du menuisier.<br \/>\nIl y a eu des exp\u00e9riences, des tentatives, des exp\u00e9rimentations qui de loin doivent appara\u00eetre comme d\u2019absurdes gesticulations mais qui \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019action \u00e9taient des mouvements orient\u00e9s vers la mise en crise des carcans, des habitudes, des mani\u00e8res constamment de se d\u00e9caler, d\u2019aller t\u00e2ter les bords ou les confins d\u2019un territoire que l\u2019on envisageait comme plus vase ou autrement d\u00e9velopp\u00e9 que ce que l\u2019on s\u2019autorisait \u00e0 voir. La vie industrieuse. \u00ab Se d\u00e9tendre les poings, en rupture de songe s\u00e9dentaire, pour un tr\u00e9pignant vis-\u00e0-vis avec l\u2019id\u00e9e, ainsi qu\u2019une envie prend ou bouger : mais la g\u00e9n\u00e9ration semble peu agit\u00e9e, outre le d\u00e9sint\u00e9ressement politique, du souci d\u2019extravaguer du corps. Except\u00e9 la monotonie, certes, d\u2019enrouler, entre les jarrets, sur la chauss\u00e9e, selon l\u2019instrument en faveur, la fiction d\u2019un \u00e9blouissant rail continu. \u00bb (Mallarm\u00e9, l\u2019action restreinte) Que l\u2019on songe comment les dessins d\u2019enfants, d\u2019ali\u00e9n\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 des issues pour relancer la peinture moderne en l\u2019ouvrant sur des territoires qu\u2019elle n\u2019avait pas pleinement su s\u2019autoriser. On ne trouve que ce que l\u2019on conna\u00eet ou qui est un possible envisag\u00e9. Les chercheurs savent trop l\u2019insuffisance du raisonnement volontaire souvent par les bonheurs, r\u00e9v\u00e9lations fortuites de la s\u00e9rendipit\u00e9. \u00ab Pour pouvoir arriver \u00e0 ce que tu ne connais pas \/ tu dois emprunter une voie qui est la voie de l\u2019ignorance \/ tu dois emprunter la voie de la d\u00e9possession.\/ Tu dois employer la voie dans laquelle tu n\u2019es pas \u00bb analyse TS Eliot dans un po\u00e8me.<br \/>\nEt dans un bricolage empirique, pour r\u00e9pondre \u00e0 cette incitation vague, cette intuition, il s\u2019est agit souvent de manipuler les termes de l\u2019\u00e9quation, pas seulement comme un exercice de production et de variations, mais surtout pour fissurer les formes, les soumettre \u00e0 la question, en changer l\u2019assise. Certains ont d\u00e9crit le processus de mani\u00e8re caricaturale, ext\u00e9rieure et pourquoi pas, c\u2019est la d\u00e9marche des sciences humaines que de d\u00e9terminer des r\u00e8gles g\u00e9n\u00e9rales, des structures, mais cela manque le d\u00e9tail, le sensible. Alors on peut prendre une pomme en regard d\u2019une toile, se dire de mani\u00e8re sch\u00e9matique que c\u2019est la sc\u00e8ne de la peinture figurative, puis enlever la pomme en gardant la toile pour d\u00e9finir la peinture abstraite et enfin ne garder que la pomme pour parler des ready made duchampiens et poser l\u2019art conceptuel comme l\u2019a fait Hector Obalk. Que l\u2019on mesure l\u2019\u00e9tendue de la perte ! L\u2019analyse, la sch\u00e9matisation sont insuffisantes, comme myopes \u2013 combien peut-on trouver d\u2019\u00eatres diff\u00e9rents \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de vagues silhouettes semblables !<\/p>\n<p>On vous demande parfois le temps que vous mettez pour faire un tableau ou une \u0153uvre en g\u00e9n\u00e9ral, jugeant ainsi d\u2019un engagement, d\u2019une valeur travail pouvant compl\u00e9ter ou suppl\u00e9er la valeur \u00ab avoir faire identifi\u00e9 \u00bb, ou \u00ab comp\u00e9tence technique \u00bb. Sauf que qui pratique sait l\u2019anecdotique de la question et que cela ne se conqui\u00e8re pas n\u00e9cessairement de volont\u00e9 ou de ce labeur-l\u00e0. La part pr\u00e9pond\u00e9rante du l\u00e2cher-prise, du hasard, de l\u2019impr\u00e9gnation lente, de la maturation, avant m\u00eame le geste. Le travail commence avant m\u00eame que naisse l\u2019id\u00e9e d\u2019\u0153uvre.<br \/>\nMalgr\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9gance et la justesse de son analyse en plusieurs points, je ne peux tout \u00e0 fait suivre Pierre-Alain T\u00e2che lorsqu\u2019il conclue que le point de rupture entre l\u2019art ancien et le contemporain tient \u00e0 l\u2019abandon d\u2019\u00ab exigences qualitatives \u00e9lev\u00e9es \u00bb. Et je ne r\u00e9p\u00e8terais pas ce que j\u2019ai dit plus haut : m\u00eame dans d\u2019apparents barbouillages, il y a des exigences, un savoir-faire (m\u00eame s\u2019il s\u2019assimile parfois \u00e0 un savoir-ne pas faire). M\u00eame dans la disposition de rebus dans une salle, il y a plusieurs fa\u00e7ons d\u2019habiter le volume, d\u2019installer quelque chose.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s toutes ces nuances, rapidement pos\u00e9es, je veux r\u00e9pondre en revanche aux critiques que Fran\u00e7oise Bonardel peut faire vis \u00e0 vis d\u2019une \u00ab labellisation \u00bb de l\u2019art contemporain. \u00ab Labellisation \u00bb ou accr\u00e9ditation derri\u00e8re laquelle on retrouve ce principe de distinction analys\u00e9 par Bourdieu et donc de domination symbolique, puisque cette nomination exclue et discr\u00e9dite volontairement une part de la production actuelle jug\u00e9e populaire, pass\u00e9iste ou ringarde. L\u00e0 v\u00e9ritablement se joue une crispation. C\u2019est dans ce n\u0153ud l\u2019instrumentalisation de l\u2019art (et pas seulement le contemporain). Art employ\u00e9 alors comme le note P.A. T\u00e2che comme \u00ab l\u2019instrument d\u2019une arrogance \u00bb apparent\u00e9 au luxe, port\u00e9 par \u00ab une religion de l\u2019argent \u00bb. Le terme de contemporain est probablement en crise de ce fait m\u00eame qu\u2019il cherche \u00e0 \u00e9mettre un jugement de valeur, quand il ne s\u2019agit en fait plus ou moins que de territoires. Or des flux migratoires ont lieu, le m\u00e9tissage est en cours depuis des ann\u00e9es. Les arts bruts, outsiders et quelques populaires ont nourri la bedaine du Gargantua. Les artistes actuels retournent comme jamais les \u00e9chelles de valeur, brouillant d\u2019un air assum\u00e9 toutes les hi\u00e9rarchies. Ce sera sans doute un autre sujet de trouble, que l\u2019on ne sache plus \u00e0 quel go\u00fbt, \u00e0 quel \u00e9talon se fier. Peut-\u00eatre en serons-nous arriv\u00e9s \u00e0 ce point qu\u2019\u00e9voque Pierre-Alain T\u00e2che dans son texte \u00ab Pour un art inutile \u00bb o\u00f9 \u00ab rien ne dicte ce que doit \u00eatre une \u0153uvre d\u2019art \u00bb, sinon peut-\u00eatre son exclusion des autres domaines utilitaires.<\/p>\n<p>Notes : On pourra se r\u00e9f\u00e9rer au texte de Pierre-Alain T\u00e2che, Pour un art inutile, in une r\u00e9ponse sans fin tent\u00e9e \u00e9dit\u00e9 par l\u2019atelier Contemporain. Au texte de la conf\u00e9rence de Fran\u00e7oise Bonardel , Retour \u00e0 l\u2019atelier disponible sur son <a href=\"http:\/\/www.francoise-bonardel.com\/portfolios\/culture\/\">site<\/a>.<br \/>\nLa citation d\u2019Hector Obalk est tir\u00e9e de l\u2019ouvrage Ce sont les pommes qui ont chang\u00e9, \u00e9dit\u00e9 par l\u2019ENSBA. La citation se St\u00e9phane Mallarm\u00e9 est tir\u00e9e des Divagations dans le passage sur le livre qui d\u00e9veloppe l\u2019action restreinte. Plus bas, la citation de Pierre Reverdy est tir\u00e9e de Note \u00e9ternelle du pr\u00e9sent, Ecrits sur l\u2019art rassembl\u00e9s par Flammarion dans ses \u0153uvres compl\u00e8tes.<\/p>\n<p>\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/<\/p>\n<p>Pour les ajustements, je propose en suppl\u00e9ment ces \u00e9changes sur Facebook sur le mur de l\u2019ami Armand avec \u00ab Stelle Seahorse \u00bb. <\/p>\n<p>SS : Je confirme \u00e0 l&rsquo;auteur de cet article J\u00e9r\u00e9my Liron qu&rsquo;en feuilletant nagu\u00e8re le catalogue &#8211; estim\u00e9 \u00e0 bout de bras \u00e0 4 kg &#8211; de l&rsquo;expo Koons au Centre Pompidou, j&rsquo;y ai \u00ab\u00a0entrevu quelque tragique\u00a0\u00bb , celui de la vacuit\u00e9 pornographique relative \u00e0 un nihilisme soci\u00e9tal, certes, l&rsquo;artiste propose un esth\u00e9tisme en accord avec son \u00e9poque, certes, mais aucune \u00e9motion. Je ne critiquerai pas sa confusion s\u00e9mantique entre des mots tels que sensible, sensitif ou sensoriel mais \u00e7a n&rsquo;est pas l&rsquo;envie qui me manque. Quant \u00e0 expliciter que les manoeuvres politiques et financi\u00e8res sont un jeu commercial de petits bourgeois somme toute historiquement banal, il omet de pr\u00e9ciser que nous sommes maintenant en r\u00e9publique et que des lieux publics d\u00e9di\u00e9s \u00e0 l&rsquo;art pictural sont confisqu\u00e9s et d\u00e9tourn\u00e9s de leur mission au profit du seul art conceptuel, et aux d\u00e9pens d&rsquo;une multitude d&rsquo;artistes de \u00ab\u00a0la gamme\u00a0\u00bb. Faire passer un scandale d&rsquo;\u00e9tat pour un avatar m\u00e9diatique moderne, excusez du peu !!<\/p>\n<p>JL : Koons produit des \u0153uvres souvent caract\u00e9ris\u00e9es par une beaut\u00e9 glac\u00e9e, d\u00e9sincarn\u00e9e, des images travaill\u00e9es par la pornographie et le kitch, le luxe, port\u00e9es g\u00e9n\u00e9ralement par une perfection formelle digne de l\u2019industrie du luxe et du design. Son travail, puisqu\u2019il ne le revendique pas comme critique (on pourrait sans \u00e7a le lire comme un avatar de Diog\u00e8ne le cynique, et c\u2019est un peu comme \u00e7a in fine que l\u2019on l\u2019appr\u00e9hende) se pose comme un simple miroir de la soci\u00e9t\u00e9 \u2013 image qui alors peut lever en nous quelques sentiments de tragique renforc\u00e9s peut-\u00eatre encore par l\u2019effet de contraste des apparences. Ses porcelaines kitch vendues des sommes d\u00e9mesur\u00e9es \u00e0 des collectionneurs fortun\u00e9s, comment ne pas les voir comme cocasses et pointant justement les m\u00e9canismes en jeu dans la marchandisation de l\u2019art la f\u00e9tichisation des babioles, ce qu\u2019\u00e0 un autre si\u00e8cle on appelait les bibelots et tous les enjeux sociaux qui habitent ces march\u00e9s ? Ses grandes sculptures d\u2019acier poli imitant les jeux d\u2019enfants, gonfl\u00e9s d\u2019air, comment, derri\u00e8re leurs s\u00e9ductions brillantes et la fascination qu\u2019elles peuvent exercer, ne pas les lire comme des baudruches, des beaut\u00e9s vides, gonfl\u00e9es de vide, vaines ? Si je n\u2019appr\u00e9cie pas particuli\u00e8rement ce travail ni la figure qu\u2019il incarne, je ne peux honn\u00eatement pas dire qu\u2019il ne dit rien ou qu\u2019il est mal fait.<br \/>\nLes man\u0153uvres m\u00e9diatiques et financi\u00e8res sont des manoeuvres de pouvoir, je ne dis rien d\u2019autre. Ce n\u2019est pas l\u2019apanage de l\u2019art contemporain. Des artistes n\u00e9oclassiques (dont le travail s\u00e9duit davantage : reconnaissable, bien fait, artisanal, parfois imaginaire) jouent le m\u00eame jeu en flattant l\u2019\u00e9go et blanchissent l\u2019argent des oligarques russes. Historiquement, c\u2019est m\u00eame une longue tradition : l\u2019art a \u00e9t\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but inf\u00e9od\u00e9 au religieux et au pouvoir, \u00e0 l\u2019\u00e9glise et aux princes. Que certains exercent une domination \u00e9conomique et symbolique sur d\u2019autres est effectivement le probl\u00e8me de fond de la soci\u00e9t\u00e9. La domination culturelle en fait partie. Elle en est m\u00eame, comme je l\u2019\u00e9voque bri\u00e8vement dans l\u2019article, un des leviers.<br \/>\nJe ne crois pas que les lieux d\u00e9di\u00e9s \u00e0 l\u2019art (exclusivement pictural ? Pourquoi cette discrimination ?) soient d\u00e9tourn\u00e9s au profit de l\u2019art conceptuel (sans compter qu\u2019il existe un art pictural conceptuel, comme un art pictural minimaliste). Que la visibilit\u00e9 soit accord\u00e9e par les grandes institutions \u00e0 ceux des artistes actuels qui en b\u00e9n\u00e9ficient d\u00e9j\u00e0, sans grande prise de risque (ils sont comme on dit \u00ab bankable \u00bb) est effectivement lassant et probl\u00e9matique. C\u2019est toute la perversion de l\u2019art officiel ou de l\u2019art d\u2019\u00e9tat. M\u00eame overdose un si\u00e8cle et demi plus t\u00f4t avec l\u2019art pompier, le n\u00e9oclassique, le style Napol\u00e9on III. On pourrait se dire \u00e0 l\u2019inverse que c\u2019est plut\u00f4t positif d\u2019occuper les marges et les niches plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre d\u00e9tourn\u00e9 par les subventions et les coups de projecteur. Pour l\u2019anecdote, une salle du mus\u00e9e Soulages \u00e0 Rodez (un peintre-peintre, comme on dit, avec son petit artisanat et son travail de mati\u00e8re), d\u00e9di\u00e9e aux expositions temporaires \u00e9tait, lorsque j\u2019y suis all\u00e9, occup\u00e9e par une installation aux n\u00e9ons de Claude Lev\u00eaque. L\u00e0 encore, un artiste contemporain qui b\u00e9n\u00e9ficie d\u00e9j\u00e0 d\u2019une belle visibilit\u00e9, donc pas une prise de risque pour le mus\u00e9e qui rentabilise avec les noms. Pour autant, rien l\u00e0 de conceptuel. M\u00eame si j\u2019ai \u00e9t\u00e9 peu s\u00e9duit par cette proposition et ces effets de sc\u00e9nographie. Doit-on y voir un exemple de d\u00e9tournement d\u2019un lieu de peinture au profit de cet art conceptuel qui s\u00e9vit actuellement ?<br \/>\nBref, qu\u2019un certain type de production occupe tout le champ visuel ou m\u00e9diatique \u00e0 l\u2019exclusion d\u2019autres est effectivement un probl\u00e8me. Que par un effet boule de neige ou r\u00e9seau certains artistes profitent davantage que d\u2019autres de lieux de visibilit\u00e9 et de moyens est dommage, frustrant pour les autres (dont je suis, comme 90% des artistes), mais les raisons ne sont probablement pas inh\u00e9rentes aux esth\u00e9tiques contemporaines. Il me semble davantage que cela soit l\u2019effet de jeux et enjeux de pouvoir plus souterrains li\u00e9s \u00e0 certains aspects du capitalisme.<br \/>\nMes propos sont tr\u00e8s probablement trou\u00e9s, manquent de profondeur et d\u2019expertise. La r\u00e9flexion demanderait une r\u00e9elle documentation historique, sociologique et de recouper beaucoup d\u2019\u00e9tudes, ce qui d\u00e9passe mes petits moyens. C\u2019est pour cela que je le consid\u00e8re que comme une contribution, une invitation \u00e0 nuancer, compl\u00e9ter, invalider, poursuivre. Le sarcasme, l\u2019aigreur ne nous aideront pas \u00e0 grand-chose.<br \/>\nPardon de faire un peu vite je dispose de peu de temps, mang\u00e9 par le boulot alimentaire.<\/p>\n<p>SS : J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 bien saisi certaines de vos pr\u00e9cisions, vous me parlez de vide et de miroir, je vous parlais de vacuit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9poque&#8230; mon argumentation \u00e9tait ax\u00e9e exactement sur trois points de votre article : sur l&rsquo;\u00e9motion contenue dans de telles oeuvres ? sur la signification que vous accordez au mot &#8211; au monde &#8211; sensible ? et sur la part incompl\u00e8te de votre r\u00e9flexion concernant certains \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ments critiques pertinents\u00a0\u00bb pass\u00e9s sous silence, dommage de les laisser dans l&rsquo;ombre des amalgames que vous regrettez. Bref, je vous en ai livr\u00e9 un pour compl\u00e9ter ! (en souscrivant de plus \u00e0 votre invitation pr\u00e9suppos\u00e9e&#8230;). Je note que sur le fond, vous venez de rejoindre les pamphl\u00e9taires, le m\u00eame constat \u00ab\u00a0probl\u00e8matique\u00a0\u00bb est pos\u00e9 concernant l&rsquo;art officiel mais pas de la m\u00eame mani\u00e8re, question de style ou de pens\u00e9e ? et pourquoi je me cantonne \u00e0 l&rsquo;art pictural ? parce que votre article s&rsquo;oriente davantage sur ce th\u00e8me, l&rsquo;aurais-je mal lu. Je crois qu&rsquo;un art qui occupe les marges n&rsquo;a rien de positif, au mieux c&rsquo;est un snobisme, au pire un contexte de censure, l&rsquo;art dans toutes ses expressions s&rsquo;adresse \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re, \u00e0 elle d&rsquo;en faire ce qu&rsquo;elle veut ! ou ce qu&rsquo;elle peut. (le point d&rsquo;exclamation est tr\u00e8s mal vu sur Facebook ? quelle \u00e9nergie il a pourtant !)<\/p>\n<p>JL : L\u2019\u00e9motion. Je ne sais quelle part est contenue dans l\u2019objet quelle part y est projet\u00e9e par celui qui regarde. J\u2019ai vu des gens sinc\u00e8rement \u00e9mus par un monochrome de Barnett Newman, \u0153uvres qui m\u2019ont toujours laiss\u00e9 froid. Des gens s\u2019ennuyer devant un Giorgione quand une fois sans savoir ce qu\u2019il m\u2019arrivait me suis retrouv\u00e9 mis \u00e0 genoux et suffocant. Certains fustigent le conceptuel pour son c\u00f4t\u00e9 d\u00e9sincarn\u00e9, mais je comprends aussi que l\u2019on puisse ressentir une forte \u00e9motion \u00e0 une id\u00e9e. Combien raillent le carr\u00e9 noir ou plus encore le carr\u00e9 blanc sur fond blanc de Malevitch comme le summum de l\u2019absurdit\u00e9, du ridicule ? Quand on peut s\u2019\u00e9mouvoir de cette tentative \u00e9perdue, cet engagement spirituel et humain (le pouvoir en place \u00e9tait loin d\u2019autoriser ce genre de bizarreries) orient\u00e9 vers un d\u00e9pouillement, une asc\u00e8se. Est-ce que l\u2019art contemporain nie l\u2019\u00e9motion ? La refuse ? Non ! Quand bien m\u00eame certains de ses ressortissants iraient dans le sens d\u2019une pens\u00e9e \u00e9th\u00e9r\u00e9e, d\u2019abord cela n\u2019emp\u00eacherait en rien que leurs productions soient per\u00e7ues, appr\u00e9hend\u00e9es par d\u2019autres dans une mont\u00e9e d\u2019\u00e9motion (les choses qui nous \u00e9meuvent ne sont g\u00e9n\u00e9ralement as pr\u00e9vues \u00e0 cet effet, si je puis dire) et ensuite ils n\u2019incarneraient qu\u2019un aspect de l\u2019art dit contemporain. Ce sont simplement ces nuances que je r\u00e9clame. <\/p>\n<p>Il faudrait relire attentivement pour v\u00e9rifier l\u2019emploi ci et l\u00e0 du mot sensible et je voudrais bien corriger les approximations. Je crois g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019avoir employ\u00e9 pour d\u00e9signer simplement \u00ab  ce qui s\u2019adresse aux sens \u00bb ou qui rel\u00e8ve de cette perception, pour distinguer de ce qui rel\u00e8verait davantage de l\u2019intellection (abstractions math\u00e9matiques et th\u00e9ories). Tout en sachant que cette distinction est tr\u00e8s sch\u00e9matique, comme celle de figuration et d\u2019abstraction, pratique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du langage ordinaire mais tout \u00e0 fait absurde lorsque l\u2019on rentre au c\u0153ur du processus. Comment devrais-je dire ? Que dans une large proportion notre rapport aux choses passe par l\u2019exp\u00e9rience, par la m\u00e9diatisation de nos sens, jusque dans les confusions ou synesth\u00e9sies qu\u2019ils connaissent. Que certaines \u0153uvres ne satisfont ou ne s\u2019orientent que vers ce trajet, entendant stimuler quelques sensations. Et que c\u2019est le cas dans une grande partie de l\u2019art contemporain contrairement \u00e0 ce qu\u2019en disent ceux qui l\u2019assimilent au conceptuel. Que par ailleurs, si certaines \u0153uvres minimalistes et conceptuelles entendent r\u00e9duire au stricte minimum le corps de l\u2019\u0153uvre ou son incarnation objectile, se r\u00e9duisant, se contractant en des formulations, des id\u00e9es (encore, \u00e9crire une phrase au mur \u00e0 la place d\u2019une sculpture met encore en jeu de l\u2019esth\u00e9tique, couleur, corps, choix de la police, positionnement de la phrase\u2026), cela n\u2019emp\u00eache pas qu\u2019elles produisent encore une \u00e9motion, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles suscitent notre sensibilit\u00e9.<br \/>\nJ\u2019ai retrouv\u00e9 ce passage de Reverdy : \u00ab Le cheval est un animal capable de courir, certes, et tr\u00e8s vite. Le plus mauvais cheval m\u00eame court mieux que la plupart des meilleurs po\u00e8tes n\u2019\u00e9crivent, mais la nature n\u2019a pas fait le cheval qui court vite \u2013 elle a fait le cheval. L\u2019artiste fait le tableau, le po\u00e8te, le po\u00e8me, et non le tableau ou le po\u00e8me qui \u00e9meuvent. Ce raisonnement pouvant ne pas para\u00eetre au premier abord d\u2019une irr\u00e9futable rigueur logique je ne le propose \u00e0 personne comme mod\u00e8le ou \u00e9talon. Mais, les anecdotiers travaillent une \u00e9motion et non pas une \u0153uvre qui peut avoir pour r\u00e9sultat d\u2019\u00eatre, un jour, \u00e9mouvante. Selon qu\u2019on envisage la question d\u2019une fa\u00e7on ou de l\u2019autre on fait l\u2019\u0153uvre pour elle-m\u00eame ou pour une \u00e9motion d\u00e9j\u00e0 connue qu\u2019elle devra provoquer. Dans le dernier cas on voit que rien d\u2019inattendu, de neuf, de troublant pour l\u2019auteur lui m\u00eame ne saurait r\u00e9sulter. Les moyens mis en \u0153uvre diff\u00e8rent, il faut choisir. Il me semble que l\u2019on s\u2019occupait autrefois beaucoup plus de la vitesse que des pattes. \u00bb<\/p>\n<p>Quand au troisi\u00e8me point : les \u00e9l\u00e9ments critiques pertinents que je ne d\u00e9veloppe pas assez d\u2019apr\u00e8s vous, il me semblait les avoir dit en quelques mots suffisants. A savoir, que tout n\u2019est pas bon dans l\u2019art et dans le contemporain non plus : Il y a en art contemporain des \u0153uvres ridicules, comme des croutes en peinture \u00ab classique \u00bb  (ce qui ne veut pas dire que tout soit mauvais). Que le march\u00e9, des ambitions politiques et m\u00e9diatiques s\u2019en soient empar\u00e9es et se surimpriment aux yeux de tous au champ de l\u2019art est naturellement probl\u00e9matique (je voulais simplement que l\u2019on ne fasse pas d\u2019amalgame entre l\u2019art lui-m\u00eame et les int\u00e9r\u00eats de ceux pour lesquels l\u2019art est un instrument). Je suis par ailleurs assez d\u2019accord comme je le r\u00e9p\u00e8te avec les interpr\u00e9tations qui disent ces man\u0153uvres de domination financi\u00e8re et symbolique. Pour dire que tout ne va pas bien et qu\u2019il ne faut pas tout accepter ou se voiler la face. Ma position est, il me semble, assez critique par rapport \u00e0 cela. Un constat si vous voulez de cette domination, mais rien de neuf sous le ciel, Bourdieu, Foucault on d\u00e9velopp\u00e9 \u00e7a avec rigueur et intelligence. Encore une fois je ne demande que de la nuance : trop grossier de sacrifier l\u2019art contemporain sur l\u2019autel du bouc \u00e9missaire. Des fonctionnements politiques, des personnes, des \u0153uvres, oui, mais pas le contemporain comme figure diabolique.<br \/>\nQuand \u00e0 la question des marges, je ne suis pas s\u00fbr d\u2019\u00eatre tout \u00e0 fait d\u2019accord (et je n\u2019ai pas l\u2019occasion ici de d\u00e9velopper). Les choses sont mouvantes et relatives, pour certains les marges sont le centre, question de point de vue. J\u2019avais un peu d\u00e9velopp\u00e9 cela ailleurs \u00e0 travers la question de l\u2019obscurit\u00e9 n\u00e9cessaire. A un moment les choses demandent une forme, des nuances qui ne sont pas accessibles \u00e0 tous ou qui demanderaient effectivement des efforts que peu veulent ou peuvent fournir. Je n\u2019ai pas navigu\u00e9 dans Rimbaud, Mallarm\u00e9, Joyce ou Proust, Picasso, Bacon ou Brancusi imm\u00e9diatement et de toute \u00e9vidence, je ne comprends pas tout ait toujours des r\u00e9ticences, cela demande des efforts. 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