{"id":6674,"date":"2015-09-27T21:36:56","date_gmt":"2015-09-27T20:36:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6674"},"modified":"2015-09-27T21:36:56","modified_gmt":"2015-09-27T20:36:56","slug":"lettre-a-leonor_5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/lettre-a-leonor_5\/","title":{"rendered":"lettre \u00e0 L\u00e9onor_5"},"content":{"rendered":"<p>Ces derni\u00e8res semaines, en parall\u00e8le de mon grand format d\u2019arbre, j\u2019ai travaill\u00e9 \u00e0 une petite toile : une sculpture f\u00e9minine dans le genre de Maillol laissant voir \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan un morceau de mer et de ciel. \u00ab La m\u00e9diterran\u00e9e \u00bb, une all\u00e9gorie. <!--more--> A la fois cela s\u2019inscrit dans ces lignes d\u2019erre que je trace depuis l\u2019architecture, la pr\u00e9sence des volumes en direction de la sculpture, et puis cela m\u2019\u00e9voquait une question qui traverse notre dernier \u00e9change. Dans cette perspective du corps allong\u00e9 mettant en sc\u00e8ne la mer, il y a toute la question du rapport entre les mots et les choses, le r\u00e9el et sa repr\u00e9sentation. La confrontation parlante de la m\u00e9diterran\u00e9e (figure f\u00e9minine all\u00e9gorique) et de la m\u00e9diterran\u00e9e (morceau de bleu dans l\u2019\u0153il ainsi d\u00e9sign\u00e9). <\/p>\n<p>L\u00e0-bas tu lis l\u2019Odyss\u00e9e et cela me raconte au moins deux choses, si ce n\u2019est davantage. \u00ab Tout est pareil et diff\u00e9rent car lui a chang\u00e9. Si Ulysse n\u2019\u00e9tait pas revenu \u00e0 Ithaque, l\u2019Odyss\u00e9e n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 qu\u2019errance. Le retour fait le voyage. \u00bb<br \/>\nSi les r\u00e9cits d\u2019Hom\u00e8re nous sont encore lisibles aujourd\u2019hui c\u2019est que par certains aspects, en certains endroits au moins ils font \u00e9cho \u00e0 quelques v\u00e9rit\u00e9s \u00e9prouv\u00e9es. Tout v\u00e9ritable voyage est une boucle qui m\u00e8ne de soi \u00e0 soi. Sans doute ne va-t-on chercher autre chose dans nos mouvements g\u00e9ographiques qu\u2019un d\u00e9placement de soi. Ou bien est-ce simplement que le voyage, comme le d\u00e9tour du langage, nous est une mani\u00e8re de l\u2019\u00e9prouver ? A-t-on besoin de cette femme alanguie, de ces figures d\u2019ondines, de na\u00efades pour dire ce qui ondule en nous dans la proximit\u00e9 de ce bassin de mer qui dans le paysage comme en soi \u00e9tabli et travaille son lieu ?<br \/>\nJ\u2019ai \u00e9crit un livre (La Travers\u00e9e, \u00e9ditions Publie.net), une sorte de road movie en cam\u00e9ra subjective qui tente de figurer ou allonger ces porosit\u00e9s, ces frictions, ces retournements (traverser le paysage, \u00eatre travers\u00e9 par lui). <\/p>\n<p>C\u2019est beau ce paysage sonore que tu m\u2019envoies et qui ricoche en moi vers d\u2019autres g\u00e9ographies, d\u2019autres moments (comment une fois \u00e0 visiter un temple \u00e0 Kyoto nous avions \u00e9t\u00e9 surpris par une pluie aussi grosse que soudaine. Nous avions trouv\u00e9 \u00e0 nous abriter dans un espace sombre, avec un homme silencieux. Et ce moment que nous avons pass\u00e9 comme au c\u0153ur des choses avec l\u2019eau dessinant pour l\u2019oreille la toiture de bois, les pierres et les buissons : regardant les gouttes tomber en rideau dans l\u2019ouverture j\u2019avais pens\u00e9 \u00e0 la cabane de Thaureau). On a tellement donn\u00e9 d\u2019autorit\u00e9 au visible qu\u2019on oublie grossi\u00e8rement cet espace des sons, cette \u00e9paisseur du monde. Je lisais cet \u00e9t\u00e9 quelques \u00e9tudes qui ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019acoustique des grottes pr\u00e9historiques orn\u00e9es, \u00e0 l\u2019occupation de cet espace par le vivant. On ne soup\u00e7onne pas ce qui se joue dans ces lieux, les violences auxquelles l\u2019industrie humaine les soumet et comment ces \u00e9quilibres l\u00e0 aussi s\u2019alt\u00e8rent. Je repense alors \u00e0 ces Notes de Rilke que je t\u2019envoyais : \u00ab Nous en sommes encore \u00e0 peindre les hommes sur fond d\u2019or, comme les tout premiers primitifs. Ils se tiennent devant de l\u2019ind\u00e9termin\u00e9. Parfois de l\u2019or, parfois du gris. Dans la lumi\u00e8re parfois, et souvent avec, derri\u00e8re eux, une insondable obscurit\u00e9. Cela se comprend. Pour distinguer les hommes, il a fallu les isoler. Mais apr\u00e8s une longue exp\u00e9rience il est juste de remettre en rapport les contemplations isol\u00e9es, et d\u2019accompagner d\u2019un regard parvenu \u00e0 maturit\u00e9 leurs gestes plus amples. \u00bb Est-ce le souvenir de ce moment pass\u00e9 dans le temps d\u00e9sert \u00e0 Kyoto, un autre mouvement de t\u00eate, mais cette poign\u00e9e de secondes de pluie, il me semble l\u2019accueillir en moi dans le carr\u00e9 d\u2019une image.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces derni\u00e8res semaines, en parall\u00e8le de mon grand format d\u2019arbre, j\u2019ai travaill\u00e9 \u00e0 une petite toile : une sculpture f\u00e9minine dans le genre de Maillol laissant voir \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan un morceau de mer et de ciel. \u00ab La m\u00e9diterran\u00e9e \u00bb, une all\u00e9gorie.<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":6675,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6674","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6674","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6674"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6674\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6676,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6674\/revisions\/6676"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6675"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6674"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6674"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6674"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}