{"id":6686,"date":"2015-10-17T21:38:02","date_gmt":"2015-10-17T20:38:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6686"},"modified":"2015-10-17T21:38:02","modified_gmt":"2015-10-17T20:38:02","slug":"notes-sur-lart","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/notes-sur-lart\/","title":{"rendered":"notes sur l&rsquo;art"},"content":{"rendered":"<p>Des choses nous laissent indiff\u00e9rents, devant lesquelles on passe vite, peu convaincu. D\u2019autres retiennent davantage et quand m\u00eame elles seraient simples et qu\u2019on n\u2019en sache pas davantage que la perception imm\u00e9diate que l\u2019on en a. Il n\u2019est pas besoin de grandes id\u00e9es, de questions d\u2019actualit\u00e9 pour que cela vous rejoigne dans le plus essentiel.<!--more--> Je crois que la f\u00e9licit\u00e9 que l\u2019on ressent parfois au contact de certaines \u0153uvres et dans d\u2019autres moments de vie &#8211; les larmes qu\u2019on y laisse, est li\u00e9e \u00e0 cette fa\u00e7on que l\u2019on a de se mouvoir dans le temps, oscillant entre pass\u00e9 et futur, m\u00e9moire et anticipation. Mais peut-\u00eatre faut-il dire que le temps n\u2019a pas d\u2019existence ou qu\u2019il ne d\u00e9signe rien d\u2019autre que ce mouvement qui traverse notre \u00eatre dans le paradoxe, l\u2019oxymore de son d\u00e9veloppement localis\u00e9. Ou, dans cette naissance perp\u00e9tuelle \u00e0 l\u2019instant, dans ce que l\u2019on convoque et ce que l\u2019on \u00e9chappe, entre m\u00e9moire et d\u00e9sirs, (entre \u00ab d\u00e9formations du pass\u00e9 et \u00e9bauches impr\u00e9cises de l\u2019avenir \u00bb, \u00e9crit Reverdy) ou ce que Pascal Quignard d\u00e9signe quelque part comme \u00ab le passant \u00bb dans lequel le pr\u00e9sent s\u2019\u00e9vanoui ou s\u2019\u00e9clipse. Sans cesse, nous allons au-devant des choses \u00e0 travers le d\u00e9sir que nous avons d\u2019elles, nourri par la m\u00e9moire et excit\u00e9 par ses anticipations. Sans cesse nous avan\u00e7ons tant\u00f4t devant, tant\u00f4t en retrait, \u00e9coutant, regardant davantage \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se-d\u00e9sir ajust\u00e9e qu\u2019au r\u00e9el. Regarder, entendre, sentir, c\u2019est toujours interpr\u00e9ter. Un musicologue disait : entendre, c\u2019est \u00ab \u00e0 chaque instant entendre, avoir entendu et \u00eatre pr\u00eat \u00e0 entendre \u00bb. Faire l\u2019exp\u00e9rience du pass\u00e9 et du futur \u00ab \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame du pr\u00e9sent \u00bb. Chaque acte de perception est en partie un acte de cr\u00e9ation. Nous inventons pour partie le monde dans lequel nous \u00e9voluons \u00e0 partir des souvenirs que nous en avons et \u00e0 travers les projections que les parcelles pr\u00e9lev\u00e9es par nos sens nous sugg\u00e8rent. Des articles m\u2019ont un jour renseign\u00e9s sur ces bouleversements que j\u2019avais parfois \u00e0 voir v\u00e9rifi\u00e9 dans le fil d\u2019une situation ce que j\u2019avais int\u00e9rieurement anticip\u00e9 sans oser, sans parvenir \u00e0 le verbaliser ou l\u2019annoncer. Ce point de connexion senti et le plaisir presque euphorisant qu\u2019il provoque est d\u00e9sign\u00e9 comme \u00ab plaisir de l\u2019anticipation du retour d\u2019un souvenir \u00bb et provoqu\u00e9 par la lib\u00e9ration d\u2019un neurom\u00e9diateur, la dopamine.<br \/>\nNous sommes perp\u00e9tuellement tendus vers. Non pas dans le r\u00e9el, ou un hypoth\u00e9tique pr\u00e9sent, m\u00eame dilat\u00e9, mais en chemin, lan\u00e7ant des balises. Toujours dans l\u2019entre. Dansant le monde, accordant nos mouvements r\u00e9ciproques.<br \/>\nJ\u2019avais lu un livre d\u2019Olivier Sacks dans lequel il traitait du cas d\u2019un patient qui, bien qu\u2019ayant perdu une part essentielle de sa m\u00e9moire, \u00e9tait capable de s\u2019immerger et d\u2019\u00e9voluer dans la musique sans para\u00eetre handicap\u00e9 le moins du monde. J\u2019avais not\u00e9 la phrase : \u00ab C\u2019est une appropriation de la pl\u00e9nitude de l\u2019\u00e9coulement continu du pr\u00e9sent, du maintenant, qui lui permet de traverser l\u2019ab\u00eeme. \u00bb<br \/>\nJ\u2019irais jusqu\u2019\u00e0 comparer avec la pratique de la voile ou du surf, ces moments de portance, lorsque l\u2019on s\u2019accorde \u00e0 la direction du vent, aux forces d\u00e9ploy\u00e9es par la vague si bien que l\u2019effort n\u2019est plus proportionnel \u00e0 l\u2019effet, que l\u2019effet semble devancer l\u2019effort, en aboli la n\u00e9cessit\u00e9 : vous \u00eates port\u00e9 par la projection elle-m\u00eame et comme en avant du temps. Peut-\u00eatre par une certaine forme de r\u00e9cit qui accompagne notre exp\u00e9rience du monde (le plaisir que l\u2019on ressent parfois \u00e0 simplement aller dans le monde, se maintenir mouvant dans les mouvements du monde).<br \/>\nJe crois, pour y revenir, que cette f\u00e9licit\u00e9 que l\u2019on ressent parfois dans certaines situations, au contact de certaines \u0153uvres vient de ce sentiment de connexion inconsciente qui remonte \u00e0 la surface. Dans la perfection formelle de ses harmonies, la Dame \u00e0 l\u2019hermine de De Vinci anticipe et aspire mes d\u00e9sirs, l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019harmonie qui s\u2019est form\u00e9e en moi dans l\u2019exp\u00e9rience que j\u2019ai eu du monde et se faisant elle les fait affleurer \u00e0 ma conscience, comme si une partie de mon \u00eatre m\u00eame devait ainsi s\u2019atteindre, se d\u00e9terminer ou se situer. Elle m\u2019aide \u00e0 \u00ab traverser l\u2019ab\u00eeme \u00bb. <\/p>\n<p>Dans une salle sombre des dizaines de vitrines dedans lesquelles de grands \u00e9crans plats diffusent les portraits de personnes qui baillent, livr\u00e9s au ralenti. Et c\u2019est le temps en soi qui suit la m\u00eame courbure, comme dans ces moments de semi conscience. La chose entre en \u00e9cho avec quelque chose du monde, l\u2019ind\u00e9termination interminable tendant presque \u00e0 une forme esth\u00e9tique. Une torpeur. Par de grand discours, et pourtant quelque chose qui se retourne sur soi. Des \u00e9crans vid\u00e9o pr\u00e9sent\u00e9s dans des vitrines. On entend d\u00e9j\u00e0 les r\u00e9actionnaires \u00e0 l\u2019affut faire les comptes, cracher sur la d\u00e9bauche des moyens, le spectaculaire \u00e0 grand renfort technologique, le vide. Bien s\u00fbr cela a un co\u00fbt, mais d\u00e9risoire encore en regard du budget du moindre spot publicitaire. Et puis apr\u00e8s ? Bien s\u00fbr qu\u2019on a en arri\u00e8re de la t\u00eate ces r\u00e9flexions, le fille Le Pen promettant de couper les vannes \u00e0 l\u2019art contemporain et \u00e0 ses supercheries pour favoriser des formes \u00ab plus populaires \u00bb. Un art de \u00ab travail et de talent \u00bb qui n\u2019a pas besoin \u00ab d\u2019explications fumeuses \u00bb et mettrait au contraire en valeur \u00ab notre patrimoine et notre identit\u00e9 \u00bb.  Il en adviendrait quoi de nos vitrines, de leur simple possibilit\u00e9 ?  De cette dimension de nous qui sans \u00e7a nous demeure insaisissable,  \u00ab nous m\u00eame derri\u00e8re nous-m\u00eame cach\u00e9 \u00bb (E. Dickinson). <\/p>\n<p><em>\u00ab Dans l\u2019immense, enchev\u00eatr\u00e9e, pelote du monde tirer un fil, c\u2019est ce que fait non pas l\u2019art, l\u2019art en g\u00e9n\u00e9ral, mais chaque d\u00e9cision artistique en particulier. Et alors l\u2019espoir qui vient avec cette d\u00e9cision, ce n\u2019est pas que tout vienne, mais que quelque chose soit d\u00e9fini et cern\u00e9 \u2013 un point du monde qui sera une aire de lisibilit\u00e9, une ouverture, une insistance \u00bb.<\/em> (J-C. Bailly)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des choses nous laissent indiff\u00e9rents, devant lesquelles on passe vite, peu convaincu. D\u2019autres retiennent davantage et quand m\u00eame elles seraient simples et qu\u2019on n\u2019en sache pas davantage que la perception imm\u00e9diate que l\u2019on en a. 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