{"id":6701,"date":"2015-12-10T21:42:54","date_gmt":"2015-12-10T20:42:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6701"},"modified":"2015-12-12T15:33:38","modified_gmt":"2015-12-12T14:33:38","slug":"questions-sur-les-noeuds","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/questions-sur-les-noeuds\/","title":{"rendered":"questions sur les noeuds"},"content":{"rendered":"<p>Sur son mur on pose un fragment de Gramsci : \u00ab Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde \u00e0 appara\u00eetre et dans ce clair-obscur surgissent les monstres \u00bb. C\u2019est comme une Marianne sur laquelle on a coll\u00e9 une larme. <!--more--> Quelque part la sentence rassure, elle situe. Collectivement. On colle sur nos profils, par-dessus nos t\u00eates des blasons qui affichent la tristesse collective, anonyme qui nous traverse. Nous en sommes l\u00e0, nous sommes l\u00e0 dans ce lieu obscur dans lequel se purge une part de notre histoire, une part de cette violence dont, dit-on, l\u2019existence moderne ne sait trop quoi faire sinon la retourner sur elle-m\u00eame. On peut alors se dire que c\u2019est conjecturel, que \u00e7a va passer. Qu\u2019on est juste tomb\u00e9s dans cet entre-deux, cet intervalle. Que c\u2019est presque normal, dans l\u2019ordre des choses. Hier on \u00e9tait un carr\u00e9 noir, un Charlie, un drapeau, demain nous serons en terrasse. Il y a des phases, des hauts et des bas. Mais, \u00e9crit encore Gramsci, \u00ab la crise consiste justement dans le fait que l&rsquo;ancien meurt et que le nouveau ne peut pas na\u00eetre : pendant cet interr\u00e8gne on observe les ph\u00e9nom\u00e8nes morbides les plus vari\u00e9s \u00bb. Il nous faudrait fabriquer un avenir o\u00f9 nous projeter, parvenir \u00e0 dessiner ce \u00ab monde nouveau \u00bb succ\u00e9dant \u00e0 l\u2019ancien qui pourrait accueillir le soi prochain. Mais pourquoi ce monde autre, arrach\u00e9 \u00e0 l\u2019ancien ne parvient pas, ou, comme l\u2019\u00e9crit Gramsci, \u00ab ne peut pas na\u00eetre \u00bb, engendrant cet \u00e9tat comme perp\u00e9tuel de \u00ab crise \u00bb auquel les plus jeunes d\u2019entre nous sont accoutum\u00e9s comme \u00e0 un bruit de fond ?<br \/>\nA se vautrer dans le pr\u00e9sent a-t-on oubli\u00e9, d\u00e9sapprit \u00e0 forger cette poche d\u2019air qui l\u2019appelle \u00e0 se d\u00e9placer qu\u2019on appelle le futur ? Perdu l\u2019inspiration.<br \/>\nBernard Stiegler d\u00e9crit depuis quelques ann\u00e9es les \u00eatres d\u00e9sorient\u00e9s que nous sommes devenus, avec le sentiment d\u2019\u00eatre en retard sur tout, se courant apr\u00e8s sans s\u2019atteindre. L\u2019attachement aux objets \u00e0 concurrence d\u2019un attachement \u00e0 des id\u00e9es est devenu la norme. Le paysage m\u00e9diatique qui nous environne est constitu\u00e9 dans des proportions accablantes de logos, d\u2019enseignes, de publicit\u00e9s, ayant pour fonction de capter l\u2019attention aux objets par le biais du marketing, les divertissements t\u00e9l\u00e9visuels \u00e9tant vou\u00e9s comme l\u2019avouait de mani\u00e8re pragmatique et d\u00e9complex\u00e9e un directeur de chaine \u00e0 \u00ab fabriquer et \u00e0 vendre du temps de cerveau disponible \u00bb pour les annonceurs.  Nous sommes happ\u00e9s par le pr\u00e9sent toujours renouvel\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation. Les termes, \u00e9crit Stiegler, nous les connaissons depuis longtemps : mondialisation, financiarisation, r\u00e9volution conservatrice port\u00e9e par l\u2019\u00e9cole de Chicago (Tatcher, Regan\u2026), capitalisme financier qui contr\u00f4le tout \u00e7a au niveau plan\u00e9taire, substituant le marketing strat\u00e9gique \u00e0 l\u2019\u00e9tat, le groupes multinationaux imposant leur mod\u00e8le de d\u00e9veloppement sp\u00e9culatif (edge founds etc.). Tous ces \u00ab coups \u00bb commerciaux que jouent les grands groupes les uns par-dessus les autres dans le tourbillon des modes, le jeu de l\u2019obsolescence programm\u00e9e, fabriquent un r\u00e9gime de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 permanente, avec succession, temps hach\u00e9, entravant la possibilit\u00e9 de se projeter. Le long terme est perdu de vue, remplac\u00e9 par les pulsions, l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 angoiss\u00e9e sur laquelle s\u2019est calqu\u00e9 le tempo politique. Une part de la population est anesth\u00e9si\u00e9e par le fatalisme de celui qui se sent pris dans un flux dont il ne parvient pas \u00e0 trouver la volont\u00e9 de s\u2019\u00e9chapper. Nous sommes comme impuissants. On le sait mais on n\u2019en sort pas et d\u00e9sesp\u00e8re de ne pas parvenir \u00e0 faire le geste qu\u2019il faudrait. Envelopp\u00e9 par un id\u00e9al de consommation anxiolytique. Certains groupes se payent les services de sociologues, de psychologues, exploitent l\u2019avanc\u00e9e des neurosciences, court-circuitent les libert\u00e9s individuelles en parasitant les serveurs par lesquels circule le contenu Internet afin de produire un marketing de plus en plus redoutable apte \u00e0 franchir les barri\u00e8res psychologiques pour s\u2019installer au c\u0153ur des envies, des d\u00e9sirs, de la volont\u00e9. Une emprise de plus en plus profonde qui fait de nous l\u2019exacte sym\u00e9trique de ces animaux, de ces v\u00e9g\u00e9taux que l\u2019on exploite, qui ne sont plus \u00eatre vivant que comme objets d\u2019exploitation. Nous avons \u00e9t\u00e9 jou\u00e9s. <\/p>\n<p>Ou, hypoth\u00e8se qui prolonge ces observations liminaires, incapables d\u2019envisager ce futur comme radieux ou tout du moins positif, nous n\u2019esp\u00e9rons plus pour clore cette impasse qu\u2019une fin du monde ? Pour citer Duras : \u00ab que ce monde ailles \u00e0 sa perte \u00bb. Plut\u00f4t que cet \u00e9tat perp\u00e9tuel d\u2019incertitude, de mal-\u00eatre, d\u2019angoisse, une fin tragique et collective qui nous rassemble tous, puisque nous n\u2019y parvenons pas nous-m\u00eames. Quelque chose qui ne soit plus conjectures, rumeurs, d\u00e9bats contradictoires mais r\u00e9alit\u00e9 nette, ou le retour par-dessus les palabres d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 nette \u00e0 laquelle s\u2019en remettre. Une part de nous r\u00e9clame en schizophr\u00e8ne \u00e0 notre encontre : \u00ab faites le taire \u00bb ! Il n\u2019y a que cela aujourd\u2019hui pour galvaniser les foules. Qui a peur de ces fins de monde que l\u2019on aime \u00e0 s\u2019annoncer ? Une excitation presque euphorique monte, les cam\u00e9ras sont fix\u00e9es sur quelque point vide par o\u00f9 \u00e7a pourrait venir. Ce serait une issue \u00e0 la confusion ambiante, sa stagnation, qu\u2019enfin quelque chose \u00e9clate, se manifeste. Comme de crever l\u2019abc\u00e8s. A la fin on est presque d\u00e9\u00e7us que ce ne soit pas encore, on se donne rendez-vous pour une prochaine fois. Si ce n\u2019est aujourd\u2019hui ce sera demain ou le jour d\u2019apr\u00e8s. Seule certitude, seul d\u00e9sir : \u00e7a va finir.<\/p>\n<p>Marie Cosnay tentait derni\u00e8rement sur son blog la synth\u00e8se de ces analyses qu\u2019en ce moment on s\u2019\u00e9change sur les r\u00e9seaux sociaux : \u00ab Qu\u2019on assiste \u00e0 une islamisation de la radicalit\u00e9 (Roy), que les jeunes qui portent une violence (comme dans les ann\u00e9es 70 certains voulaient violemment en d\u00e9coudre ) sont des produits d\u2019\u00e9poque, ont choisi la marque Da\u2019ech qui proposait la plus grande violence (Liogiet), se radicalisent en chambre dans un contexte d\u2019exclusion sociale (Khosrokhavar), que le r\u00e9cit Da\u2019ech fonctionne aupr\u00e8s de jeunes qui ne font pas groupe, l\u2019endoctrinement est individualis\u00e9, parfois il est tr\u00e8s kitch, les gar\u00e7ons en chevaliers et les filles en princesses de chevaliers (Salmon). Derri\u00e8re ce pauvre r\u00e9cit il y en a un grand, qui nous fiche des frissons : celui de l\u2019apocalypse, de la fin des temps \u00bb.<br \/>\nPeut-\u00eatre, comme l\u2019\u00e9crit Boris Cyrulnik, \u00ab la violence, jusqu\u2019aux ann\u00e9es 60, \u00e9tait adaptative. Les ouvriers travaillaient douze heures par jour et six jours par semaine. Le travail \u00e9tait violent, les rapports sociaux aussi. En 1937 (quand il est lui-m\u00eame venu au monde), il n\u2019y avait pas de caisse de retraite, pas de s\u00e9curit\u00e9 sociale, donc la violence des hommes \u00e9tait une valeur pour s\u2019adapter \u00e0 la violence du monde. Les femmes m\u00e9prisaient d\u2019ailleurs les hommes non violents. Elles les appelaient femmelettes, omelettes\u2026 Les m\u00e8res m\u00e9prisaient leur fils s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas bagarreur. Et puis, apr\u00e8s les ann\u00e9es 60, il y a eu la croissance \u00e9conomique et l\u2019\u00e9mergence des droits de l\u2019homme. On s\u2019est demand\u00e9 alors si la violence \u00e9tait vraiment, dans notre soci\u00e9t\u00e9, une mani\u00e8re de vivre ensemble et d\u2019\u00eatre heureux \u00bb.<br \/>\nPeut-\u00eatre qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse de l\u2019id\u00e9al rousseauiste, du communisme primitif qu\u2019envisage Pierre Bergounioux, la violence est de longue date inscrite au fondement de nos soci\u00e9t\u00e9s humaines, comme semble l\u2019observer l\u2019anthropologue Maurice Godelier, et dans l\u2019in\u00e9galit\u00e9 qui les structure ?<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre que nous n\u2019avons pas autoris\u00e9 le futur, que nous nous sommes enlis\u00e9s, accroch\u00e9s \u00e0 un pass\u00e9 qui nous hante, culpabilise, fourvoie, vice notre pr\u00e9sent. Nous ressassons cette d\u00e9faite de l\u2019humanit\u00e9, de l\u2019esprit qui mine tout projet. Nous avons toujours ces \u00e9v\u00e8nements en travers. Nous avons h\u00e9rit\u00e9s du XX\u00e8me si\u00e8cle un m\u00e9morial pour chaque village, un nationalisme fier servi par un drapeau ou un coq, un corps affaiss\u00e9, des poilus \u00e0 ba\u00efonnettes, des listes interminables de noms et des listes d\u2019absents. Les monuments aux morts, ces monuments de deuil et de fiert\u00e9 nationale m\u2019ont toujours \u00e9t\u00e9 douteux, dress\u00e9s derri\u00e8re un enclos fleuri \u00e0 chaque date anniversaire, dont les angles \u00e9taient parfois marqu\u00e9s par des obus transform\u00e9s en potelets. Ils me rappellent \u00e0 cette affiche de propagande p\u00e9tainiste o\u00f9 la maison qui doit faire envie et rassurer est celle qui, bien propre, dresse les mots travail, famille, partie.  Des listes, donc, dans la pierre ou le b\u00e9ton, pour notifier le d\u00e9bit laiss\u00e9 \u00e0 ceux qui viennet. Et tout autant de non-dits. A Paris, un palais, Porte dor\u00e9e, \u00e9tale sur ses murs en bas-reliefs assyriens l\u2019exploitation coloniale des peuples et des ressources. Les hommes et les femmes qui y sont repr\u00e9sent\u00e9s, courb\u00e9s sur leur beaut\u00e9 exotique ne sont qu\u2019une main d\u2019\u0153uvre occup\u00e9e \u00e0 extraire les produits qui nourrissent l\u2019Europe. Inscrits en relief comme des l\u00e9gendes \u00e0 ces cartes postales : cacao, arachide, palme, charbon, sucre, coton\u2026 On apprend par c\u0153ur dans les \u00e9coles aujourd\u2019hui l\u2019inanit\u00e9 humaine qui a connu son apog\u00e9e au si\u00e8cle dernier. Le XX\u00e8me si\u00e8cle : deux guerre mondiale, des camps, des massacres, la Shoah. \u00ab La m\u00e9moire, \u00e9crit Camille de Toledo, devient un \u00e9tat d\u2019\u00e9bri\u00e9t\u00e9 macabre \u00bb. Le pass\u00e9 nous retient par la culpabilit\u00e9, par la honte, la d\u00e9sesp\u00e9rance, mine toute vell\u00e9it\u00e9. \u00ab Quand quitterons-nous le XX\u00e8me si\u00e8cle \u00bb, sa tristesse, le mar\u00e9cage de la m\u00e9lancolie dans laquelle une part de nous s\u2019enlise, se laisse descendre ?<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre que le Djihad que m\u00e8nent les kamikazes d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est qu\u2019une fa\u00e7on de se porter soi-m\u00eame au-devant de cette fin annonc\u00e9e in\u00e9luctable ?   On revoit ces images du 11 septembre 2001, lorsque des tours en feu tombaient des corps. Les corps de ceux qui avaient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se d\u00e9fenestrer plut\u00f4t qu\u2019attendre d\u2019\u00eatre m\u00e2ch\u00e9s lentement par les flammes et les gravas. Le suicide. Aller au-devant de l\u2019in\u00e9luctable. Les uns n\u2019avaient-ils pas pouss\u00e9 les autres dans ce mouvement morbide en d\u00e9signant le crat\u00e8re sombre \u00e0 venir ? Mais il serait vain de chercher \u00e0 savoir lequel avait commenc\u00e9. On en \u00e9tait tous \u00e0 tomber. Seul b\u00e9n\u00e9fice du martyr, l\u2019histoire dont il se persuade qu\u2019elle serait pour lui une issue favorable et qui donne alors ce qu\u2019il faut de jambes pour se projeter \u00e0 travers le d\u00e9sespoir dans un d\u00e9chainement de violence. La guerre sainte proposant alors ce projet qui faisait d\u00e9faut. Sauf qu\u2019avec ce monde il aurait fait le deuil du vivant : ce sera ailleurs que le nouveau r\u00e8gne se r\u00e9alisera. Puisqu\u2019ici il n\u2019y a qu\u2019un mur, une impasse, imaginer l\u2019issue ailleurs. Ici c\u2019est fichu, pourri. En face on sera mort pour quelque id\u00e9al de d\u00e9mocratie, de paix ou de libert\u00e9, une autre forme de martyr. Chacun emporte raison pour soi. \u00ab Notre d\u00e9sir de consolation\u2026 \u00bb, \u00e9crivait Stig Dagerman.<br \/>\nIl faut apercevoir la fascination qu\u2019exerce la violence. Si nous devions d\u00e9nombrer les meurtres que tournent en boucle les s\u00e9ries qui font l\u2019arri\u00e8re-fond de la t\u00e9l\u00e9, le quotidien d\u2019une grande partie de la population, un g\u00e9nocide deviendrait anecdotique. Godard dans A bout de souffle en a parodi\u00e9 la sc\u00e9nographie dans l\u2019agonie r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et \u00e9tir\u00e9e de Belmondo sous les balles. Antonioni a restitu\u00e9 \u00e0 une explosion, dans Zabriski Point, sa capacit\u00e9 \u00e0 absorber tout le champ mental, \u00e0 retenir l\u2019attention, s\u2019\u00e9tirer dans la conscience comme une caresse. Aujourd\u2019hui les cam\u00e9ras et t\u00e9l\u00e9phones portables accompagnent les ex\u00e9cutions. On en fait le point d\u2019attraction de nos r\u00e9cits comme les tabous, les interdits exercent leur pouvoir. Boris Cyrulnik parle de mises en sc\u00e8ne sadiques d\u2019 \u00ab \u00e9rotisation de la violence \u00bb. \u00ab Les SS disaient: \u00abVive la mort!\u00bb Ils aiment la mort, celle qu\u2019ils donnent et celle qu\u2019ils re\u00e7oivent. C\u2019est un acte d\u2019\u00e9rotisme sadique \u00bb. <\/p>\n<p>De nombreuses analyses ont \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9es : pour certains une lecture litt\u00e9rale, extr\u00e9miste des textes religieux a sa part dans l\u2019islamisation du terrorisme. Mais reprendre litt\u00e9ralement certains passages de l\u2019ancien testament commun aux trois grands monoth\u00e9ismes porterait une semblable violence ou intransigeance choquante pour nos sensibilit\u00e9s modernes. Pour d\u2019autres il s\u2019agit davantage d\u2019une \u00ab islamisation de la violence \u00bb et qu\u2019une violence subie et retourn\u00e9e s\u2019accorderait \u00e0 ce qui serait l\u2019offre la plus s\u00e9duisante du moment ou son vecteur le plus actif. Quelques r\u00e9capitulations historiques ont mis en cause des manipulations s\u00e9culaires de l\u2019occident, l\u2019imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain, la \u00ab drogue dure \u00bb que constitue le p\u00e9trole. La situation ressemble a un tel sac de n\u0153ud qu\u2019il para\u00eet improbable que l\u2019on puisse esp\u00e9rer \u00e0 court ou moyen terme le d\u00e9nouer. Jean-Luc Nancy parle de \u00ab l\u2019inextricable complexit\u00e9 des gen\u00e8ses, causes, encha\u00eenements de processus manifestement enchev\u00eatr\u00e9s et envelopp\u00e9s dans une conjoncture mondiale de grands affrontements \u00e9conomiques et g\u00e9opolitiques \u00bb. <\/p>\n<p>Nous \u00e9non\u00e7ons avec fatalisme, quelque peu d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s de nous-m\u00eames, que nous sommes incapables visiblement de tirer les cons\u00e9quences du pass\u00e9. Le \u00ab devoir de m\u00e9moire \u00bb, ce ressassement ad nauseam des exactions qui constituent l\u2019ombre de notre histoire, semble incapable \u00e0 nous \u00e9pargner de rejouer ou continuer ce que nous qualifions pourtant d\u2019erreurs du pass\u00e9. En un sens le pass\u00e9 ne passe pas. Le pr\u00e9sent court sur son erre. Nous sommes sourds aux appels de la raison. Nous faut-il v\u00e9rifier l\u2019impasse ? \u00ab Ce \u00e0 quoi l\u2019on n\u2019a pas acc\u00e8s par l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue, on n\u2019a pas d\u2019oreilles pour l\u2019entendre \u00bb, \u00e9crit Nietzsche. V\u00e9rifier la violence des violences, la mort des morts, comme on purge l\u2019imaginaire ?<\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p>Image : Luiggi Ghirri<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur son mur on pose un fragment de Gramsci : \u00ab Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde \u00e0 appara\u00eetre et dans ce clair-obscur surgissent les monstres \u00bb. 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