{"id":6763,"date":"2016-04-23T18:53:56","date_gmt":"2016-04-23T17:53:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6763"},"modified":"2016-04-23T18:54:38","modified_gmt":"2016-04-23T17:54:38","slug":"note-datelier-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/note-datelier-4\/","title":{"rendered":"note d&rsquo;atelier"},"content":{"rendered":"<p>A chaque tableau il me semble que je dois r\u00e9apprendre \u00e0 peindre. Et je bricole sans m\u00e9thode, ne sachant pas si ce que je fais, si les moyens m\u00eames sont appropri\u00e9s \u00e0 ce que j\u2019entreprends de tirer au clair et qui d\u2019ailleurs se d\u00e9place souvent en cours de route. J\u2019essaie, je vois, j\u2019ajuste. Sans doute appara\u00eet dans l\u2019\u00e9paisseur de la toile \u00e0 la fin un peu de ces mouvements-paniques par lesquels celui qui ne sait pas nager s\u2019est escrim\u00e9 \u00e0 se maintenir \u00e0 la surface.<!--more--><br \/>\nCe serait \u00e7a la distinction d\u2019avec l\u2019artisanat : se maintenir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du savoir-faire rod\u00e9, au bord du m\u00e9tier, dans cette pr\u00e9carit\u00e9, cette fragilit\u00e9. Parce qu\u2019il n\u2019est \u00e0 chaque fois pas seulement question d\u2019un tableau mais de soi-m\u00eame. C\u2019est soi qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9prouver.<br \/>\nJe ne sais pas si \u00e7a m\u2019est tout \u00e0 fait naturel ou si une part de moi veille \u00e0 ce qu\u2019il en soit ainsi, \u00e0 ce que chaque tableau ne soit pas formellement diff\u00e9rent mais diff\u00e9rent dans le sens que tout s\u2019y rejoue \u00e0 chaque fois comme une premi\u00e8re fois, dans le m\u00eame p\u00e9ril \u00e0 g\u00e2cher. Que ce ne soit pas progression lente et droite mais chaos, reprises, rebours, changement de plan. Je me suis demand\u00e9 une fois ce que \u00e7a pourrait donner d\u2019aborder l\u2019architecture de la m\u00eame fa\u00e7on, outre de multiplier follement les co\u00fbts.<br \/>\nJe suis loin d\u2019Apelle, virtuose de son art et habile fendeur de lignes ou Zeuxis dont on dit que les fruits qu\u2019il peignait trompaient les oiseaux. J\u2019avance toujours la main avec gaucherie, maladresse, sans doute parce que je suis toujours \u00e0 m\u2019y remettre, \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer, r\u00e9apprendre. Si je peignais tous les jours, sans interruptions, sans doute en serait-il autrement. Encore que je ne cherche absolument pas le geste parfait et pur, l\u2019effet d\u00e9licat ou appliqu\u00e9. C\u2019est autre chose d\u2019un peu plus rustre qui m\u2019anime, plus primitif.<br \/>\nTous les accidents, toutes les approximations, surfaces qui se joignent \u00e0 peu pr\u00e8s, lignes qui s\u2019infl\u00e9chissent, coulures, toutes les asp\u00e9rit\u00e9s de l\u2019image contribuent \u00e0 ces mouvements dont on ne sait jamais bien s\u2019ils s\u2019originent dans la vue, le regard que l\u2019on d\u00e9place ou dans les rapports internes de la peinture. Le tableau semble \u00e0 chaque instant se construire et se d\u00e9construire en un seul mouvement. Chaque d\u00e9tail, trace, bizarrerie qui rel\u00e8ve du peint relance l\u2019interpr\u00e9tation, si on veut bien entendre le terme au-del\u00e0 de sa pauvret\u00e9 habituelle, l\u2019\u00e9laboration par laquelle le tableau se fait en soi. Rien de normal sur toute la surface, rien que des accidents, des aventures qui tentent d\u2019\u00e9quilibrer quelque chose qui les rassemble et les d\u00e9passe, les r\u00e9alise et qui est le tableau. Avec mes mani\u00e8re d\u2019aller \u00e0 l\u2019envers, recouvrir et faire remonter, recouvrir \u00e0 nouveau, tordre, je construis le tableau en d\u00e9truisant l\u2019image. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A chaque tableau il me semble que je dois r\u00e9apprendre \u00e0 peindre. Et je bricole sans m\u00e9thode, ne sachant pas si ce que je fais, si les moyens m\u00eames sont appropri\u00e9s \u00e0 ce que j\u2019entreprends de tirer au clair et qui d\u2019ailleurs se d\u00e9place souvent en cours de route. J\u2019essaie, je vois, j\u2019ajuste. 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