{"id":6796,"date":"2016-09-07T21:41:31","date_gmt":"2016-09-07T20:41:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6796"},"modified":"2016-09-07T21:41:52","modified_gmt":"2016-09-07T20:41:52","slug":"comme-de-marcher-dans-le-maquis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/comme-de-marcher-dans-le-maquis\/","title":{"rendered":"comme de marcher dans le maquis"},"content":{"rendered":"<p>J\u2019ignorais tout du travail d\u2019Alexandre Hollan avant de lire la pr\u00e9sentation qu\u2019en avait fait J\u00e9r\u00f4me Th\u00e9lot dans la revue de L\u2019Atelier contemporain, introduisant \u00e0 quelques extraits de ses carnets. \u00ab Pourquoi, premi\u00e8rement ces carnets ? \u00bb demandait-il d\u2019abord. Question que je ne pouvais pas ne pas retourner pour moi-m\u00eame, me demandant \u00e0 mon tour ce que peindre ne prenait pas en charge pour que se fasse aussi \u00e0 c\u00f4t\u00e9 n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9crire ; qu\u2019est-ce qu\u2019il \u00e9tait besoin de clarifier, d\u2019ajouter.<!--more--><br \/>\nMatisse disait que pour peindre il fallait d\u2019abord se couper la langue. Et je l\u2019entends. Je l\u2019entends comme j\u2019entends tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 Yves Bonnefoy posant la po\u00e9sie comme \u00ab ce qui inqui\u00e8te les \u00e9chafaudements \u00e0 travers les si\u00e8cles de la pens\u00e9e conceptuelle \u00bb . Apr\u00e8s tout, confiait Picasso, \u00ab une \u0153uvre ne se r\u00e9alise pas avec les id\u00e9es mais avec les mains \u00bb . Matisse, c\u00e9da heureusement pour nous \u00e0 la tentation et j\u2019ai dans ma biblioth\u00e8que un volume rassemblant ses \u00ab Ecrits et propos sur l\u2019art \u00bb \u00e9dit\u00e9 en 1972 qui est je crois pour beaucoup d\u2019entre nous une mine. Je ne crois pas pour autant qu\u2019il ait trahi sa peinture. Et c\u2019est de cette peinture sans langue que ses \u00e9crits encore t\u00e9moignent.<br \/>\nEt\u00e9 2013, d\u00e9couvrant alors les arbres et les natures mortes d\u2019Alexandre Hollan, ses carnets, j\u2019allais aussi d\u00e9couvrir le travail de J\u00e9r\u00f4me Th\u00e9lot par son livre consacr\u00e9 au Radeau de G\u00e9ricault et, le croisant lors d\u2019une lecture de Jacques Moulin, me disputer gentiment avec lui \u00e0 propos de Picasso (Picasso le premier des d\u00e9cadents, disait-il.) que convoquait pour moi certains tableaux de G\u00e9ricault. Cela date de l\u2019adolescence alors que je recevais chaque mois un fascicule d\u00e9di\u00e9 \u00e0 un grand peintre, et de ce petit tableau du Cheval arr\u00eat\u00e9 par des esclaves qui y \u00e9tait reproduit et dont la modernit\u00e9 appelait pour moi quelques figures antiquisantes de Picasso frayant dans les toiles de la p\u00e9riode rose ou dans ses figures sur la plage plus tardives. De cette br\u00e8ve discussion avec Th\u00e9lot j\u2019avais tir\u00e9 un article comme il m\u2019arrive parfois de r\u00e9agir \u00e0 posteriori, de r\u00e9viser un \u00e9change \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un \u00ab droit de r\u00e9ponse \u00bb. Cet article est paru dans le livre Autoportrait en visiteur aux \u00e9ditions L\u2019Atelier contemporain en avril 2015. Je l\u2019ai, je crois, intitul\u00e9 : \u00ab Picasso : de la laideur \u00bb.<br \/>\nLisant l\u2019introduction de J\u00e9r\u00f4me Th\u00e9lot aux \u00e9crits d\u2019Alexandre Hollan, \u00e9coutant aux questions que je me posais moi-m\u00eame par-dessus les siennes je pensais \u00e0 Picasso datant rigoureusement chaque dessin et imaginant une science \u00e0 venir qui s\u2019emploierait \u00ab \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer plus avant l\u2019homme \u00e0 travers l\u2019homme cr\u00e9ateur \u00bb et pour laquelle il tenait \u00e0 \u00ab laisser \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 une documentation aussi compl\u00e8te que possible \u00bb . Est-ce cela ? Certains artistes, comme Allexandre Hollan, se tiennent ainsi en arri\u00e8re d\u2019eux-m\u00eames, comme par d\u00e9doublement. Observateurs de ce qui se manifeste sous leurs mains, mais aussi tout autour d\u2019eux dans leur existence m\u00eame, les mouvements auxquels ils sont sujets et qui s\u2019originent en un fond \u00e0 eux-m\u00eames obscur ; s\u2019escrimant \u00e0 noter, \u00e0 enregistrer, confiant \u00e0 des carnets le soin de faire passer dans l\u2019ordre second de la conscience, comme l\u2019\u00e9crirait Pierre Bergounioux, ce \u00e0 quoi ils sont d\u2019abord sans savoir. C\u2019est aussi ce que confie Andr\u00e9 Du Bouchet \u00e0 Alain Veinstein dans l\u2019un de ces entretiens rassembl\u00e9s aux \u00e9ditions de L\u2019Atelier contemporain et paru r\u00e9cemment : \u00ab ce que l\u2019on \u00e9crit pour soi atteint un soi qui est un autre \u00bb. Le langage m\u00eame implique ou est impliqu\u00e9 par de l\u2019autre. Celui avec lequel on \u00e9change, communique, mais aussi celui, ceux avec lesquels on cohabite dans les plis du dedans et pour lesquels on serait tent\u00e9 d\u2019invoquer la formule de Rimbaud avec lesquels aussi on s\u2019entretien. Descartes avan\u00e7ant le cogito se parlait \u00e0 lui-m\u00eame : \u00ab je pense \u00bb. Nietzsche le raille quelque part en rectifiant par \u00ab \u00e7a pense \u00bb, anticipant les approfondissements de Freud. En fait, la pens\u00e9e s\u2019origine dans cet \u00e9change de soi \u00e0 soi, d\u2019un je \u00e0 son autre. Le \u00ab je \u00bb qui s\u2019\u00e9nonce se parle \u00e0 lui-m\u00eame institu\u00e9 comme autre et c\u2019est dans ce mouvement m\u00eame qu\u2019il se constitue. Il y a m\u00eame dans exister ce mouvement par lequel une chose advient par sa projection \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur d\u2019elle-m\u00eame.<br \/>\nDu Bouchet encore, \u00e0 Alain Veinstein : \u00ab Nous usons de l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 de la langue pour localiser momentan\u00e9ment une sensation initiale qui est sans pr\u00e9c\u00e9dent \u00bb.<br \/>\nCe qui advient, participe d\u2019un mouvement, tient de l\u2019\u00e9piphanie la plus \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Ne nous reste jamais apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience m\u00eal\u00e9e \u00e0 la surprise ou la stupeur qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re que sont \u00e9cho renvoy\u00e9 par les parois internes ou comme apr\u00e8s l\u2019explosion le feu d\u2019artifice ne laisse qu\u2019\u00e0 voir que son typon de fum\u00e9es d\u00e9rivant en s\u2019estompant, son empreinte fugace sur la r\u00e9tine. Faute de pouvoir remonter \u00e0 l\u2019origine, nous ne faisons que baliser la zone, \u00ab localiser momentan\u00e9ment une sensation initiale \u00bb. <\/p>\n<p>Pour Hollan, \u00e9crire consiste souvent \u00e0 localiser \u00ab un courant de vie, comme la respiration, qui veut bouger, dessiner\u2026 \u00bb. Il y a je crois une jubilation \u00e0 entrapercevoir, comme par effraction les \u00e9nergies \u00e0 l\u2019\u0153uvre comme \u00e0 travers soi lorsque l\u2019on cr\u00e9e. Il semble alors que l\u2019on entrevoit par l\u2019entreb\u00e2illement d\u2019une porte un monde autre, \u00e0 dimension sublime, inabordable sinon par ce d\u00e9doublement, cette inattentive attention. Le texte n\u2019est pas le sous-titre ou la th\u00e9orie de la peinture mais la tentative de saisir par bribes le contexte dans lequel elle ondoie, cette \u00ab r\u00e9alit\u00e9 naturelle qui exc\u00e8de les mots \u00bb.<br \/>\nYves Bonnefoy y retrouve alors ses propres pr\u00e9occupations, entrevoyant dans les travaux de Hollan ce qui l\u2019a tant frapp\u00e9 lui-m\u00eame dans l\u2019art roman o\u00f9 \u00ab d\u00e9chirer le voile prime toujours sur repr\u00e9senter \u00bb. La question de la repr\u00e9sentation et de la pr\u00e9sence, du circonscrit ou d\u00e9fini et de l\u2019ouvert.<br \/>\nC\u2019est une question qui me travaille, dans l\u2019\u00e9criture, dans la peinture, qui me travaillait confus\u00e9ment avant que, lisant Bonnefoy, ses articles, sa po\u00e9sie, ses essais, je ne la trouve formul\u00e9e comme il l\u2019a formul\u00e9e. Un de mes plus grands regrets c\u2019est de ne jamais avoir os\u00e9 lui \u00e9crire pour partager mon sentiment, \u00e9changer. Lisant ce riche et bel ensemble de notes qu\u2019il a consacr\u00e9 au travail d\u2019Alexandre Hollan publi\u00e9 tout r\u00e9cemment \u00e0 l\u2019Atelier contemporain je prends un peu pour moi, comme confidences \u00e9clairantes ou comme vade mecum quelques mots, quelques id\u00e9es. <\/p>\n<p>Image emprunt\u00e9e au livre Alexandre Hollan\/ Yves Bonnefoy, 30 ann\u00e9es de r\u00e9flexions, \u00e9ditions l&rsquo;atelier contemporain (photographie de F. Studinka)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ignorais tout du travail d\u2019Alexandre Hollan avant de lire la pr\u00e9sentation qu\u2019en avait fait J\u00e9r\u00f4me Th\u00e9lot dans la revue de L\u2019Atelier contemporain, introduisant \u00e0 quelques extraits de ses carnets. \u00ab Pourquoi, premi\u00e8rement ces carnets ? \u00bb demandait-il d\u2019abord. 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