{"id":6840,"date":"2016-10-22T21:49:08","date_gmt":"2016-10-22T20:49:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6840"},"modified":"2016-10-22T21:49:08","modified_gmt":"2016-10-22T20:49:08","slug":"letendue-derriere-la-vitre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/letendue-derriere-la-vitre\/","title":{"rendered":"l&rsquo;\u00e9tendue derri\u00e8re la vitre"},"content":{"rendered":"<p>Ce que l\u2019on avait pressenti dans notre fr\u00e9quentation occasionnelle des zoos et que les toiles de Gilles Aillaud pointaient sans mots et si pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019\u00e9tait cette abstraction dans laquelle se trouvent prises les b\u00eates, isol\u00e9es, coup\u00e9es de leur monde, accabl\u00e9es d\u2019une solitude et d\u2019une tristesse insondables.<!--more--> L\u2019\u00e9troitesse dans laquelle elles se tenaient retenues, mordant leur cuir, et dont leur forme, leur physique jusqu\u2019aux replis de leur conscience \u00e9taient la n\u00e9gation exacte, appelant une vie autre \u00e0 la fois large et sinueuse, accord\u00e9e aux plis du monde. Qu\u2019elles soient ainsi vou\u00e9es \u00e0 s\u2019offrir \u00e0 la vue quand c\u2019est l\u2019antith\u00e8se de leur \u00eatre, le p\u00e9ril nu que d\u2019\u00eatre visible dans l\u2019espace du vu auquel leur robe, leur souplesse se justifiait de les confondre. On percevait \u00e0 les voir l\u00e0 les douleurs que les amput\u00e9s disent ressentir de leur membre fant\u00f4me. La douleur d\u2019un espace, d\u2019une \u00e9tendue, de largesses qui leurs \u00e9taient constitutives. Le rougeoiement au fond de leur \u00eatre de leur envergure se consumant infiniment sur elle-m\u00eame \u00e0 la fa\u00e7on du supplice de Prom\u00e9th\u00e9e. Parce que chaque mouvement, chaque attitude involontairement l\u2019ouvre et la referme. S\u2019approchant, on touchait \u00e0 leur insondable myst\u00e8re, leur intimit\u00e9 secr\u00e8te avec les profonds du monde et une proximit\u00e9 d\u2019avec nous-m\u00eames nous rendant insupportable leur captivit\u00e9. On ne savait trop si tout nous portait alors \u00e0 vouloir les consoler ou si ce n\u2019\u00e9tait pas d\u2019une part perdue de nous dont ils semblaient les derniers d\u00e9tenteurs que nous esp\u00e9rions qu\u2019ils nous consolent.<br \/>\nEt je veux croire ceux qui font des b\u00eates des dieux \u00e0 les voir sinuer dans l\u2019\u00e9tendue cosmique, \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la vue ou dans les r\u00eaves, tutoyant le myst\u00e8re. Ceux qui en font un \u00e9tat de conscience et se reconnaissent tant\u00f4t dans le chasseur, tant\u00f4t dans le chass\u00e9, s\u2019\u00e9tant vu courir l\u00e0 bas sous l\u2019apparence d\u2019un porc-\u00e9pic, parent de celui qu\u2019ils mangent en lui donnant des mots doux pour \u00e9change. <\/p>\n<p>Parfois les \u00eatres qui errent ou se tiennent dans une occupation qui est d\u00e9j\u00e0 une d\u00e9rive dans les toiles de Hopper, dans certaines photographies de Dolores Marat, de Weegee donnent cette impression d\u2019\u00eatre coup\u00e9s d\u2019eux-m\u00eames, exil\u00e9s de leur vie pour exister l\u00e0 dans les r\u00e9cits, les fictions que la ville leur fait jouer. Quelque chose leur \u00e9chappe dont ils avaient cru entendre qu\u2019on leur adressait la promesse. Et ils trainent dans cette incertitude, jouant leur r\u00f4le de la gr\u00e2ce au tragique avec, \u00e0 l\u2019occasion de quelques d\u00e9doublements de l\u2019impression, la sensation d\u2019une cloison, d\u2019un espace autre o\u00f9 tout joue diff\u00e9remment. La vie avoue \u00eatre une vie, le monde un monde, la v\u00e9rit\u00e9 une v\u00e9rit\u00e9. Les id\u00e9es de haut ou de bas r\u00e9v\u00e8lent leur caract\u00e8re relatif. Ils semblent se regarder \u00e0 travers une vitre. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce que l\u2019on avait pressenti dans notre fr\u00e9quentation occasionnelle des zoos et que les toiles de Gilles Aillaud pointaient sans mots et si pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019\u00e9tait cette abstraction dans laquelle se trouvent prises les b\u00eates, isol\u00e9es, coup\u00e9es de leur monde, accabl\u00e9es d\u2019une solitude et d\u2019une tristesse insondables.<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":6841,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6840","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6840","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6840"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6840\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6842,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6840\/revisions\/6842"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6841"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6840"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6840"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6840"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}