{"id":6872,"date":"2017-02-15T17:48:21","date_gmt":"2017-02-15T16:48:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6872"},"modified":"2017-02-15T21:24:37","modified_gmt":"2017-02-15T20:24:37","slug":"le-couloir-de-la-mort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/le-couloir-de-la-mort\/","title":{"rendered":"le couloir de la mort"},"content":{"rendered":"<p>C\u2019est une question lancinante avec son d\u00e9sespoir, comme un constat d\u2019\u00e9chec. Et le sentiment de celui qui a caus\u00e9 sa perte et le mesure dans l\u2019intervalle fatal. Le couloir de la mort. Comment a-t-on fait pour en arriver l\u00e0 ?<!--more--> Comme si l\u2019on avait march\u00e9 au devant de notre propre perte avec toute l\u2019inconscience ou la mauvaise foi, l\u2019orgueil, tout l\u2019aveuglement que l\u2019on pouvait y mettre. Ou que l\u2019on se soit trouv\u00e9 confortable l\u2019apesanteur de la chute, sa parenth\u00e8se, se laissant d\u00e9river sans effort dans sa d\u00e9tente. N\u2019avait jusqu\u2019ici de r\u00e9alit\u00e9 que l\u2019instant pr\u00e9sent, que la dynamique qui nous projetait comme hors de nous m\u00eame, nous faisant litt\u00e9ralement exister. Le temps suspendu d\u2019un ralenti cin\u00e9matographique. On dit d\u2019un bateau qui a coup\u00e9 ses moteurs mais avance encore par inertie qu\u2019il poursuit sur son erre. Nous advenons dans la vie comme induits par un geste ou une s\u00e9rie de gestes initi\u00e9e longtemps avant nous, poursuivons sur l\u2019\u00e9lan, guid\u00e9s par les orni\u00e8res qui d\u00e9terminent nos mouvements. Nous sommes dans l\u2019entropie.<br \/>\nLe mythe chr\u00e9tien comme tant d\u2019autres nous fait commencer d\u00e9chus : au temps des origines nous n\u2019\u00e9tions pas vou\u00e9s au labeur, \u00e0 la souffrance, \u00e0 la mort. Mais depuis la faute c\u2019est d\u00e9sormais notre lot, notre espace et notre condition. Un \u00e9v\u00e9nement a caus\u00e9 la bascule, nous a condamn\u00e9. Ici un mot a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9, un vol a \u00e9t\u00e9 commis, une n\u00e9gligence. C\u2019est l\u2019\u00e9v\u00e9nement par lequel nous commen\u00e7ons. Cris et pleurs au d\u00e9part. Notre histoire commence par une chute et en perp\u00e9tue le mouvement. Ce n\u2019est pas comme \u00e0 Lascaux un bison et un corps raide qui bascule. Ou peut-\u00eatre est-ce au fond la m\u00eame histoire : un oiseau totem nous regarde comme un admoniteur. Son \u0153il nous sid\u00e8re comme Gorgo, comme l\u2019image qui se fixe, son profil comme celui qu\u2019Hitchcock inscrit dans ses films nous dit que c\u2019est une histoire mais qu\u2019en tant que telle, elle est bien r\u00e9elle.  Le sexe r\u00e9pond \u00e0 la mort dans une tresse comme un thyrse. Voici notre \u00ab il \u00e9tait une fois \u00bb.<br \/>\nMais tout au fond persiste comme une m\u00e9moire de ce temps r\u00e9volu qui cause notre d\u00e9sarroi, ou un d\u00e9sir de son id\u00e9e, un id\u00e9al, un Eden. C\u2019est ainsi que notre vie est anormale. Elle n\u2019est que la version corrompue, d\u00e9voy\u00e9e, intol\u00e9rable certains jours de celle qu\u2019elle aurait d\u00fb \u00eatre.<br \/>\nIl nous semble chaque jour \u00e9merger un peu plus \u00e0 nous-m\u00eames et c\u2019est peut-\u00eatre du fait de la globalisation, des m\u00e9dias, peut-\u00eatre que le voile se d\u00e9chire : le tableau est accablant. Des informations nouvelles nous parviennent chaque instant, s\u2019empilent, chargent comment on le dit d\u2019un t\u00e9moignage accablant. Un anthropologue \u00e0 la radio retourne sur son premier terrain : en 10 ou 20 ans toute la tribu s\u2019est christianis\u00e9e \u00ab pour devenir moderne \u00bb lui expliquent-ils, tous ont adopt\u00e9 comme d\u2019un m\u00eame mouvement le culte du \u00ab business \u00bb, et chacun exhibe dans sa hutte un fusil kalachnikov import\u00e9 de Chine. Des gens d\u00e9soeuvr\u00e9s, pleins d\u2019alcool trainent dans la poussi\u00e8re en tee-shirt estampill\u00e9s Fanta. A double titre ils sont marqu\u00e9s. J\u2019ai lu chez Levi-Strauss le r\u00e9cit de l\u2019extinction des derniers Indiens sauvages des Etats-Unis, les Yahi, vivant entre les affluents du Sacramento, \u00e0 quelques centaines de kilom\u00e8tres de San Francisco. Les quelques 250 individus qui formaient sa population furent encercl\u00e9s et extermin\u00e9s en 1865 par des colons. Une poign\u00e9e d\u2019entre eux \u00e9chappa au massacre et deux hommes, deux femmes et un enfant furent aper\u00e7u furtivement en 1872. En 1908 c\u2019\u00e9tait quatre vieux qui furent poursuivis et contraints d\u2019abandonner aux pillages les quelques possessions mat\u00e9rielles qu\u2019ils conservaient.  En 1911, un homme d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9e nu et affam\u00e9 fut d\u00e9couvert aux abords d\u2019une ville. Il fut captur\u00e9 et emprisonn\u00e9. Il s\u2019appelait Ishi ; C\u2019\u00e9tait le dernier Indien sauvage des Etats-Unis et il mourut quelques ann\u00e9es plus tard, scellant notre honte pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 \u2013 et nourrissant notre rage. Des physiciens auront une formule pour traduire les observations de Mark Bloch sur cette acc\u00e9l\u00e9ration qui \u00e9treignait les XIXe et plus radicalement encore XXe si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 confiner au vertige, \u00e0 l\u2019abrutissement. Un ordinateur aujourd\u2019hui dispose d\u2019une vitesse de calcul pr\u00e8s de 4 millions de fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle que nos capacit\u00e9s biologiques nous permettent m\u00e9caniquement. Nous sommes largu\u00e9s. Un algorithme de trading \u00e0 haute fr\u00e9quence s\u2019emballe, personne ne peut le suivre. Le temps de d\u00e9brancher, une ou deux des plus grosses banques du pays seront pr\u00e9cipit\u00e9es dans le vide entrainant de proche en proches des entreprises et des pays, du vrai argent, de vrais gens. Le mot pr\u00e9cipitation dira tout \u00e0 la fois la vitesse et les larmes dont Henri Calet se disait plein et pr\u00eat \u00e0 verser si on le secouait.<br \/>\nA tout niveau il semble que nous r\u00e9pondons de mouvements anciens. Fran\u00e7ois H\u00e9ritier situe au n\u00e9olithique la naissance des st\u00e9r\u00e9otypes de genre et le traitement in\u00e9galitaire qu\u2019ils induisent. Une \u00e9tude r\u00e9cente notait comme certains traumatismes individuels pouvaient se fixer \u00e0 la fois dans le psychisme mais \u00e9galement dans les g\u00e8nes pour induire et fixer des comportements sur plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. Nous posons la question en sortant de l\u2019adolescence \u00e0 nos professeurs, nos parents, du paradigme de la croissance, produire plus, vendre plus toujours, \u00eatre plus nombreux pour que les actifs payent les retraites de leurs parents. Nous sommes natifs de ce syst\u00e8me et comprenons mal cet objectif contradictoire avec la nature finie de notre monde concret avec ses mati\u00e8res premi\u00e8res. Comme une \u00e9quation mal pos\u00e9e. Nous nous \u00e9tonnons que la n\u00e9cessit\u00e9 de traiter les d\u00e9chets radioactifs ne se soit pas pos\u00e9e en amont de son utilisation ordinaire. Nous nous \u00e9tonnons du calibrage de la grande distribution, des mod\u00e8les \u00e9conomique de l\u2019agro-industrie. Que nous nous soyons mis dans cette situation pleine d\u2019incoh\u00e9rences, de contradictions, perverse. Nous nous \u00e9tonnons que des lobbies aient raison de la sant\u00e9 publique. Nous avons \u00e0 nous \u00e9tonner de tellement de choses avant d\u2019entendre que notre histoire en a fait la norme. Qu\u2019il est normal ici de pisser dans l\u2019eau que l\u2019on va boire.<br \/>\nMais cela ne veut pas dire que nous n\u2019avons pas notre part de responsabilit\u00e9 \u00e0 ce qui nous arrive. Nous ne sommes pas exactement des tumbleweeds roul\u00e9s par le vent. Nous contribuons chaque jour au monde dont nous sommes, \u00e0 celui que nous rendons possible.<br \/>\nDans la recherche de notre part de responsabilit\u00e9, le livre de Christophe Fouvel, Ce qu\u2019il aurait fallu, \u00e0 para\u00eetre aux \u00e9ditions de l\u2019Atelier contemporain, s\u2019annonce comme symptomatique de notre m\u00e9lancolie actuelle, du m\u00e9lange d\u2019abattement fataliste et de r\u00e9volte qui fait de nous des cyclothymiques. A la mani\u00e8re du Je me souviens de P\u00e9rec se profile une litanie de compromissions que l\u2019on se rappelle avec reproche avoir tol\u00e9r\u00e9es ou vis \u00e0 vis desquelles nous avons commis la faute d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 trop peu regardant.  Ainsi, <em>il aurait fallu que les gens refusent dans les bars de s\u2019asseoir sur des chaises Coca-Cola, Ice Tea, Red Bull ou je ne sais quoi d\u2019autres. Que chacun refuse de poser son cul sur une publicit\u00e9. (\u2026) Il aurait fallu qu\u2019il n\u2019existe pas de raviolis en bo\u00eetes. De carottes d\u00e9j\u00e0 r\u00e2p\u00e9es. Que la mention Vu \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 n\u2019ait jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9e.<\/em><br \/>\nAvec ce tableau \u00e0 charge c\u2019est la recherche d\u2019une origine, une g\u00e9n\u00e9alogie de la chute qui se dessine. <em>Il aurait fallu se m\u00e9fier des cadeaux Bonux. Il aurait fallu que Calvin Klein ne produise pas de Tee shirts sur lesquels il est simplement \u00e9crit Calvin Klein.<\/em> Sans doute nous n\u2019avions pas pris la mesure de ce qui dans un geste anodin se profilait de perversit\u00e9s. Nous n\u2019avons pas vu le pi\u00e8ge se resserrer. Nous avons consenti, nous y sommes amus\u00e9s, nous sommes pris au jeu, avons accueilli na\u00efvement les s\u00e9ductions, les insinuations. <\/p>\n<p>A titre personnel c\u2019est au moment des attentats de Paris en 2015 que la question a chang\u00e9 de formule pour que le \u00ab qu\u2019est-ce qu\u2019il arrive ? \u00bb \u00e9berlu\u00e9 \u00e0 chaque \u00e9cho re\u00e7u d\u2019un conflit, d\u2019un attentat, d\u2019une guerre ici o\u00f9 l\u00e0 dans le monde devienne un \u00ab qu\u2019est-ce qu\u2019il nous arrive ? \u00bb h\u00e9b\u00e9t\u00e9. Peut-\u00eatre parce qu\u2019a ce moment j\u2019ai compris que le mal, pour le nommer caricaturalement ne venait pas de l\u2019autre, d\u2019un lointain vague sans partage, mais, comme les cours d\u2019histoire sur la Shoah \u00e0 l\u2019\u00e9cole me l\u2019avaient fait pressentir, qu\u2019il \u00e9tait comme une tumeur que nous aurions ferment\u00e9e au fond de nous m\u00eames. Ce qui n\u2019\u00e9tait jusqu\u2019ici qu\u2019une r\u00e9flexion est devenu une sensation. Cette possibilit\u00e9 manifest\u00e9e depuis Hiroshima, \u00e9lectrisant la guerre froide, dans laquelle l\u2019humanit\u00e9 \u00e9tait entr\u00e9e de se d\u00e9truire, de s\u2019an\u00e9antir en un geste. Les tortures, les abjections qui avaient pu na\u00eetre au c\u0153ur des hommes dans ce que l\u2019on apprenait de la seconde guerre mondiale, des goulags sovi\u00e9tiques, de l\u2019Indochine et du Vietnam, de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie bient\u00f4t. Sournoisement, moins spectaculairement, les scandales alimentaires, sociaux, \u00e9cologiques s\u2019installant comme un leitmotiv des informations de 20h, la r\u00e9alit\u00e9 manifeste, quoi qu\u2019en disent les sceptiques, de l\u2019anthropoc\u00e8ne. Nous \u00e9tions la cause de la souffrance d\u2019autres hommes, de la souffrance animale et de l\u2019extinction d\u2019esp\u00e8ces, du d\u00e9r\u00e8glement climatique, de la pollution des mers, de l\u2019air, de la ruine d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes. A la fois les bourreaux du monde et dans un retournement absurde, la cause de notre perte, notre propre pr\u00e9dateur.<br \/>\nJ\u2019ai cherch\u00e9 alors dans l\u2019histoire \u00e0 questionner les traces, les t\u00e9moignages laiss\u00e9s dans la pierre de nos grands mouvements, de nos pulsions, visant d\u2019abord les cultures qui me semblaient avoir mis en \u0153uvre le plus manifestement ce mod\u00e8le de l\u2019exploitation orgueilleuse des ressources naturelles, contre celui de la culture, sympt\u00f4mes de l\u2019aberration pr\u00e9sente.<br \/>\n\u00ab Les premi\u00e8res civilisations sont esclavagistes. Un groupe de guerriers, second\u00e9 par des pr\u00eatres, astreint des masses paysannes au travail et confisque le surproduit. \u00bb L\u2019\u00e9criture, \u00e9crit Pierre Bergounioux, est fille de l\u2019esclavagisme, n\u00e9e de l\u2019exploitation des hommes, d\u2019un in\u00e9gal partage des biens, du travail forc\u00e9. \u00ab Nul n\u2019est plus en mesure de se rem\u00e9morer le nombre et le nom des milliers d\u2019esclaves qui peinent sous le fouet, s\u2019ils ont ou non ex\u00e9cut\u00e9 leur t\u00e2che, vers\u00e9 tout ou partie du tribut exig\u00e9. Un seul quantitatif a \u00e9t\u00e9 franchi. \u00bb Est-ce l\u2019anthropisation du monde qui induit son entropisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e ? Ou est-ce le fait d\u2019une partie seulement de l\u2019humanit\u00e9, d\u2019un mode particulier d\u2019existence ?<br \/>\nL\u2019anthropologue Philippe Descola, note que les distinctions que nous pratiquons parfois comme relevant du bon sens sont en r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9termin\u00e9es culturellement. La distinction stricte entre ce qui rel\u00e8ve de la nature et ce qui rel\u00e8ve de la culture n\u2019est pas universelle. Et comme disait Pascal : \u00ab v\u00e9rit\u00e9 au-de\u00e7\u00e0 des Pyr\u00e9n\u00e9es, erreur au-del\u00e0 \u00bb. Chez les Achuar ou \u00ab Jivaros \u00bb de haute Amazonie qu\u2019il a fr\u00e9quent\u00e9, comme dans d\u2019autres peuples et d\u2019autres cultures sur le globe, la rupture que nous nommons et vivons de la nommer laisse place \u00e0 une continuit\u00e9. Plantes, animaux et hommes appartient \u00e0 une m\u00eame entit\u00e9 et ne sont que des apparences transitoires, interchangeables. Tous ont une m\u00eame identit\u00e9 morale. L\u2019ethnologue anglais Adrian Tanner a fait les m\u00eames observations chez les Indiens Cri du grand Nord Canadien. Tous les hommes n\u2019ont pas r\u00e9solu comme l\u2019Europe l\u2019a \u00e9nonc\u00e9 par la voix de Descartes de s\u2019\u00e9lever au-dessus des \u00eatres et des choses alors objectiv\u00e9es, \u00ab comme ma\u00eetre et possesseur de la nature \u00bb. Ailleurs dans le monde, \u00e9crit Descola, bien des cultures n\u2019ont pas isol\u00e9 la nature comme \u00ab un domaine \u00e0 part, ext\u00e9rieur, o\u00f9 tout a une cause que l\u2019on peut scientifiquement \u00e9tudier, et o\u00f9 tout peut \u00eatre mis au profit au service des hommes \u00bb. L\u2019extraordinaire d\u00e9veloppement des techniques qui a caract\u00e9ris\u00e9 l\u2019activit\u00e9 en Europe d\u00e8s le XVIe si\u00e8cle environ et a connu une apog\u00e9e aux XIXe et XXe si\u00e8cles d\u00e9coule tr\u00e8s certainement de ce que les civilisations europ\u00e9ennes aient ainsi fait une distinction tr\u00e8s nette entre l\u2019homme et le reste des \u00eatres vivants et m\u00eame du monde en son ensemble. De s\u2019\u00eatre port\u00e9 sur un autre plan, de s\u2019\u00eatre extrait, lui a permis de passer outre certains conflits moraux et d\u2019engager des recherches scientifiques, la nature \u00e9tant \u00e0 distance, elle pouvait faire l\u2019objet d\u2019une observation sp\u00e9cifique, d\u2019exp\u00e9riences et de n\u2019importe quel usage que l\u2019homme jugeait \u00e0 son profit. C\u2019est cette mani\u00e8re de s\u00e9parer qui a l\u00e9gitim\u00e9 l\u2019exploitation brutale des esclaves noirs consid\u00e9r\u00e9s comme des b\u00eates d\u00e9pourvues d\u2019\u00e2me et des animaux eux-m\u00eames consid\u00e9r\u00e9s comme des choses d\u00e9pourvues de sentiments et de pens\u00e9es. En r\u00e9alit\u00e9, cette construction hi\u00e9rarchique imaginaire dont sont issues \u00e0 la fois l\u2019exploitation des \u00eatres et des choses consid\u00e9r\u00e9es comme des \u00ab ressources \u00bb et cette \u00ab rationalit\u00e9 cognitive instrumentale \u00bb dont parle le sociologue Max Weber ont permis les conditions de d\u00e9veloppement d\u2019une violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et d\u2019un d\u00e9senchantement du monde qui abouti autant aux Lumi\u00e8res qu\u2019\u00e0 \u00ab la perte d\u2019un sens unifi\u00e9 du cosmos \u00bb responsable d\u2019une crise morale et culturelle manifest\u00e9e d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle par un \u00ab polyth\u00e9isme des valeurs \u00bb. <\/p>\n<p>Image : Jean-Luc Blanchet, civilisation, effacement.<br \/>\nLa s\u00e9rie \u00e0 voir: <a href=\"http:\/\/www.jean-lucblanchet.com\/desastres\/desastre1.htm\">ici<\/a>. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est une question lancinante avec son d\u00e9sespoir, comme un constat d\u2019\u00e9chec. 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