{"id":6938,"date":"2018-02-24T12:33:40","date_gmt":"2018-02-24T11:33:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6938"},"modified":"2018-02-24T12:33:40","modified_gmt":"2018-02-24T11:33:40","slug":"florent-lamouroux-lame-et-la-mue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/florent-lamouroux-lame-et-la-mue\/","title":{"rendered":"Florent Lamouroux, l&rsquo;\u00e2me et la mue"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">Ces notes sont une r\u00e9action dans le travail et l&rsquo;amiti\u00e9 \u00e0 une discussion avec Florent Lamouroux. Il m&rsquo;a tendu un titre, j&rsquo;ai tent\u00e9 de le d\u00e9plier pour moi.<br \/>\n*<\/p>\n<p>On reconnait s&rsquo;inscrire dans un commerce des regards, dans une \u00e9conomie des visibilit\u00e9s : voir c&rsquo;est aussi \u00eatre vu. S&rsquo;y joue incidemment une lutte sans contact o\u00f9 chacun a \u00e0 surmonter un devenir objet qui est aussi un devenir-proie dans l&rsquo;assignation du regard ; \u00e0 affirmer sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre acteur de cette relation en opposant \u00e0 celui qui le pointe son propre regard.<!--more--> Mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un regard, sinon une fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre concern\u00e9 ? Et qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une visibilit\u00e9, sinon une mani\u00e8re d&rsquo;y r\u00e9pondre ? D&rsquo;o\u00f9 toute une chor\u00e9graphie d&rsquo;avances et d&rsquo;esquives, de corps dress\u00e9s ou tapis, de reptations et de poses.<br \/>\nInutile de conjecturer sur les origines des premiers costumes, des premi\u00e8res peintures corporelles et parures quand l&rsquo;\u00e9thologie nous donne exemple d&rsquo;une inventivit\u00e9 folle dans l&rsquo;art non humain de la parade amoureuse ou d\u00e9fensive, du camouflage et du leurre. Jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;obsc\u00e9nit\u00e9 raffin\u00e9e des fleurs. L&rsquo;apparence ou la peau (qui n&rsquo;est jamais rien d&rsquo;autre que la limite plastique o\u00f9 un corps prend sa forme), l&rsquo;image que chaque \u00eatre manifeste ne sont pas simples effets de surface, cosm\u00e9tique et enveloppe. Elles forment, fa\u00e7onnent, animent, exposent d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e0 la fois d\u00e9termin\u00e9e et mobile l&rsquo;\u00eatre qui ainsi s&rsquo;annonce et s&rsquo;engage. Et, comme l&rsquo;\u00e9crit Jean-Luc Nancy, \u00a0\u00bb de la peau \u00e0 la peau se joue l&rsquo;\u00e2me, la puissance sensitive, tant active que passive, qui se porte vers les choses et re\u00e7oit leurs pr\u00e9sences, leurs avances, leurs d\u00e9robades, menaces, invites, fuites. \u00a0\u00bb \u00a0\u00bb Une vie, \u00e9crit Marielle Mac\u00e9, est en effet ins\u00e9parable de ses formes, de ses allures. \u00a0\u00bb Vivre, c&rsquo;est jouer des conditions de sa propre visibilit\u00e9. Faire usage de cette mobilit\u00e9 m\u00eame, de cette plasticit\u00e9 qui est inscrite dans le commerce des regards et des visibilit\u00e9s.<br \/>\nFormes de vie : chacun fait avec ce qu&rsquo;il a, ce qui lui aura \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 en h\u00e9ritage ou acquis par adaptation, \u00e9volution, s\u00e9lection naturelle, suggestions du milieu dans lequel il \u00e9volue, par une co-suscitation complexe. Et si forme nous est donn\u00e9e, l&rsquo;esp\u00e8ce humaine n&rsquo;a cess\u00e9 d&rsquo;affirmer son humanit\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment dans ces artifices, rituels et codes, inventions par lesquelles se disent des identit\u00e9s, des appartenances socioculturelles, des singularit\u00e9s, des ressemblances et des diff\u00e9rences. Nous n&rsquo;en finissons pas d&rsquo;appara\u00eetre aux autres et \u00e0 nous-m\u00eame ; de para\u00eetre, c&rsquo;est-\u00e0-dire affleurer ou \u00e9clore, se manifester, se faire jour, commencer d&rsquo;exister, se dire. Faisant de notre vie une chor\u00e9graphie o\u00f9 tant\u00f4t assimilation ou semblance, tant\u00f4t r\u00e9sistance ou affrontement, revendications, affirmations d&rsquo;appartenance ou singularit\u00e9s, tournures charmeuses et mille autres fa\u00e7ons modulent nos mani\u00e8res d&rsquo;\u00eatre, nos postures, nos styles.<\/p>\n<p>Si nous ne laissons pas derri\u00e8re nous comme les cigales apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9t\u00e9 les peaux anciennes, chrysalides, exuvies que nous avons habit\u00e9es ni ne connaissons les m\u00e9tamorphoses prodigieuses des chenilles et d&rsquo;autres larves en leurs cocons, nous pratiquons n\u00e9anmoins des existences successives qui ne sont pas sans faire traces. C&rsquo;est par ces traces que nous retournons sur nous-m\u00eames cette \u00a0\u00bb forme d&rsquo;un corps vivant \u00a0\u00bb par laquelle Aristote d\u00e9fini l&rsquo;\u00e2me. C&rsquo;est par ces artefacts que l&rsquo;humanit\u00e9 se fait r\u00e9cit d&rsquo;elle-m\u00eame et tr\u00e8s litt\u00e9ralement ex-iste, s&rsquo;appara\u00eet hors de soi. Dans l&rsquo;antiquit\u00e9 romaine se sont des <em>imago<\/em> de cire qui conservent dans l&rsquo;atrium les visages des anc\u00eatres. Et faute de mue encore, l&rsquo;homme a invent\u00e9 le portrait comme le sarcophage, deux fa\u00e7ons de jouer de la peau et de l&rsquo;image, deux fa\u00e7ons de faire trace et de faire r\u00e9cit par-dessus un creux ou une absence &#8211; <em>sarcophage<\/em> n&rsquo;est-il pas, en Grec, ce qui mange la chair ?<\/p>\n<p>(\u2026)<br \/>\nFlorent Lamouroux donne \u00e0 voir des portraits ou des mues, des imago de plastique et d&rsquo;adh\u00e9sif, des formes creuses qu&rsquo;il tire de son propre jeu, dont l&rsquo;humour, la caricature ne sont pas sans manifester en sourdine un certain tragique. Incidemment, par ce langage des corps, ce langage non verbal si prodigue dans le r\u00e8gne vivant, si premier, il se donne \u00e0 lire ainsi qu&rsquo;\u00e0 nous qui voyons ce monde tel que nous le partageons et lui donnons sens, anim\u00e9 de formes qui sont, comme l&rsquo;\u00e9crit joliment Marielle Mac\u00e9 \u00a0\u00bb autant de phras\u00e9s du vivre \u00ab\u00a0, l\u00e0 o\u00f9, sous l&rsquo;esp\u00e8ce de l&rsquo;engagement, \u00a0\u00bb toute existence, personnelle ou collective, risque son id\u00e9e \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p><em>Image : <a href=\"http:\/\/florentlamouroux.com\/\">Florent Lamouroux<\/a>, Back to black, 2012. <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces notes sont une r\u00e9action dans le travail et l&rsquo;amiti\u00e9 \u00e0 une discussion avec Florent Lamouroux. 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