{"id":7057,"date":"2019-01-23T10:00:39","date_gmt":"2019-01-23T09:00:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7057"},"modified":"2019-01-23T18:21:42","modified_gmt":"2019-01-23T17:21:42","slug":"a-ton-tour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/a-ton-tour\/","title":{"rendered":"A ton tour"},"content":{"rendered":"<p>Deux hommes, p\u00e8re et fils s\u2019envoient des images accompagn\u00e9es de quelques mots. Au fil des jours se fait un dialogue, se manifeste ce que c\u2019est qu\u2019entendre, que lire.<!--more--> Tous deux ont une pratique picturale, une solide attention \u00e0 l\u2019art. Le p\u00e8re est reconnu comme une figure majeure de la litt\u00e9rature contemporaine, un passeur de regards, il s\u2019appelle John Berger. Pas de grands d\u00e9veloppements, ni de grandes th\u00e9ories ici, juste un \u00e9change, un dialogue priv\u00e9, intime, fait d\u2019anecdotes et de mises en \u00e9cho, touchant dans ce qu\u2019il livre ou effleure d\u2019\u00e0 la fois tr\u00e8s simple, tr\u00e8s quotidien et de longuement m\u00fbri dans la fr\u00e9quentation assidue des \u0153uvres et dans la pratique.<br \/>\n\u00ab J\u2019essaie souvent d\u2019int\u00e9grer de l\u2019or \u00e0 mes tableaux. Pas du vrai : celui que j\u2019obtiens gr\u00e2ce au pigment appel\u00e9 iriodin. Une fois appliqu\u00e9, il brille diff\u00e9remment selon la lumi\u00e8re et l\u2019angle de vue. J\u2019essaie souvent, mais \u00e7a marche rarement. L\u2019effet demeure artificiel. Dans ce sens, le dor\u00e9 fonctionne comme les id\u00e9es en peinture : on n\u2019a une chance de r\u00e9ussir que si on accepte d\u2019y renoncer \u00bb.<br \/>\nJe pense au livre de Gracq \u00ab en lisant en \u00e9crivant \u00bb, non pour la langue ou le contenu, mais pour la m\u00e9thode si je peux dire. Discr\u00e8tement, sans posture s\u2019offre une v\u00e9ritable plong\u00e9e dans la peinture entant que m\u00eal\u00e9e de pratiques : celle que l\u2019on fait, celle que l\u2019on regarde, celle qu\u2019en regardant on fait et celle qu\u2019en faisant on regarde. Car il n\u2019est pas ici question de parler sur ou d\u2019apr\u00e8s mais d\u2019une forme de pens\u00e9e autant sensible, manuelle, visuelle que verbale, le tout indissociablement m\u00eal\u00e9.<br \/>\n\u00ab Je dirais m\u00eame que la peinture se d\u00e9finit pour moi comme le toucher rendu visible. (\u2026) Les mains peignent. Les yeux corrigent. Les mains peuvent soumettre une d\u00e9cision aux yeux, cependant les mains restent libres. Elles sont libres, car l\u2019art de peindre d\u00e9pend de leur libert\u00e9 m\u00eame.<br \/>\nShitao, que nous avons cit\u00e9 d\u00e9j\u00e0, pr\u00e9tend que l\u2019origine de la peinture et de la calligraphie est c\u00e9leste, alors que son accomplissement est humain. Peut-\u00eatre faut-il associer \u00ab c\u00e9leste \u00bb au sens de la vue, et \u00ab humain \u00bb au sens du toucher ? \u00bb<br \/>\nAu fil des pages nous croisons Goya, Soutine, Watteau, Poussin, Zhu Da, K\u00e4the Kollwitz ou Helen Schjerfbeck, Bonnard, Manet ou Zurbaran et les dessins de John et Yves Berger. Chacun disant \u00e0 l\u2019autre \u00ab A ton tour \u00bb comme d\u2019un regard les danseurs hip-hop juste en bas dans leur ronde s\u2019invitent \u00e0 r\u00e9pondre d\u2019un mouvement, d\u2019un rythme, d&rsquo;un jeu, \u00e0 poursuivre, \u00e0 rejoindre ce qui a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 \u00e0 l\u2019aventure dans le premier pas. <\/p>\n<p><em>John &#038; Yves Berger, A ton tour, \u00e9ditions l\u2019Atelier contemporain, janvier 2019.<\/em> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux hommes, p\u00e8re et fils s\u2019envoient des images accompagn\u00e9es de quelques mots. 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