{"id":7086,"date":"2019-04-03T21:18:36","date_gmt":"2019-04-03T20:18:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7086"},"modified":"2019-04-19T10:18:58","modified_gmt":"2019-04-19T09:18:58","slug":"au-desequilibre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/au-desequilibre\/","title":{"rendered":"au d\u00e9s\u00e9quilibre"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab Je m\u2019accroche \u00e0 mon propre d\u00e9s\u00e9quilibre \u00bb <\/em><br \/>\nGh\u00e9rasim Luca<\/p>\n<p>Il existe toute sorte de connaissances, ou pour mieux dire, de formes de connaissances.<!--more--> Celle rationnelle, dite \u00e9labor\u00e9e, indur\u00e9e par la causalit\u00e9 cart\u00e9sienne, constitue la trame la plus visible \u00e0 elle-m\u00eame des civilisations contemporaines dominantes, si l\u2019on doit poser la chose \u00e0 grands traits (le monde moderne occidental vu de loin serait rationnel quand il aurait \u00e9t\u00e9 jusque-l\u00e0 mythologique). Elle tire sa physionomie, ses caract\u00e9ristiques principales d\u2019une histoire occidentale sculpt\u00e9e par l\u2019\u00e9criture, la philosophie grecque antique, puis les monoth\u00e9ismes jud\u00e9o-chr\u00e9tiens, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique d\u2019une classe bourgeoise, une certaine articulation des n\u00e9cessit\u00e9s vitales pratiques et d\u2019un app\u00e9tit ou d\u2019un \u00e9lan portant \u00e0 la conqu\u00eate et \u00e0 l\u2019universalisme. Cart\u00e9sianisme, objectivation sont \u00e0 la fois les sympt\u00f4mes et catalyseurs d\u2019une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre au monde, de penser, de se penser et de pratiquer l\u2019espace et l\u2019autre qui s\u2019est formalis\u00e9e en Europe et a essaim\u00e9 \u00e0 travers les cinq continents jusqu\u2019\u00e0 appara\u00eetre comme le signe d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9volutive, une loi naturelle, une v\u00e9rit\u00e9. Cette position de monopole ou du moins cette emprunte mondiale pantocratique, si je peux user d\u2019un n\u00e9ologisme visuel, t\u00e9moigne de sa redoutable efficacit\u00e9 tant \u00e9conomique que scientifique dans sa participation pr\u00e9pond\u00e9rante au lib\u00e9ralisme et \u00e0 la science moderne, bref au Progr\u00e8s dans la d\u00e9finition port\u00e9e par l\u2019\u00e9poque.<br \/>\nL\u2019ethnographie et l\u2019anthropologie nous renseignent sur la relativit\u00e9 historique et g\u00e9ographique de cette fa\u00e7on (ou cet ensemble de fa\u00e7ons) de vivre et penser qui pour nous \u00eatre naturelle nous para\u00eet bien souvent \u00ab normale \u00bb ou sup\u00e9rieure ; disons la plus juste et l\u00e9gitime de celles qui se sont vues ou se voient encore marginalement pratiqu\u00e9es. Rien n\u2019est en effet aussi profond\u00e9ment ancr\u00e9 que l\u2019id\u00e9e d\u2019un bon sens (qui serait la chose du monde la mieux partag\u00e9e), d\u2019une logique et d\u2019une morale universelle, g\u00e9n\u00e9ralisables. Pr\u00e9suppos\u00e9s \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 lib\u00e9rale des Lumi\u00e8res comme aux croisades coloniales, aux porteurs d\u2019une bonne parole et indicateurs d\u2019une bonne voie ; et \u00e0 tout pros\u00e9lytisme en g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\nEt chaque habitant d\u2019un pays, d\u2019une classe sociale, d\u2019une culture aura une tendance naturelle \u00e0 juger des mouvements des autres depuis ses propres habitudes et a priori, ses propres d\u00e9finitions du bien, du mal, du bon sens, du beau, en fonction de l\u2019histoire qu\u2019il int\u00e9riorise et qui le d\u00e9termine \u00e0 son insu. Ainsi des traits de caract\u00e8re que nous pensons tous d\u00e9celer chez tel ou tel peuple d\u2019apr\u00e8s des d\u00e9tails qui d\u2019\u00eatre hors de notre monde courant nous auront paru particuli\u00e8rement signifiants, jusqu\u2019\u00e0 calquer sur des populations enti\u00e8res des sch\u00e9mas caricaturaux, fig\u00e9s ; stigmates ayant pour effet r\u00e9trospectif de nous rendre aveugles \u00e0 la complexit\u00e9 r\u00e9elle des identit\u00e9s dans leur \u00e9paisseur, leur mobilit\u00e9 et leur m\u00e9tissage. Tous nos rapports sont compliqu\u00e9s de ces projections et effets retours induits.<br \/>\nPourtant, il est d\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre une infinit\u00e9 de nuances d\u00e9terminantes, qui, d\u2019\u00eatre parfois effac\u00e9es sous le vernis de la mondialisation, n\u2019en sont pas moins actives et signifiantes.<br \/>\nMais encore, si se dessinent \u00e0 grand traits des approches singuli\u00e8res \u00e0 des cultures d\u00e9finies comme aires g\u00e9ographiques et donc climatiques, \u00e9cologiques, \u00e9conomiques, historiques, linguistiques qui d\u00e9terminent autant de modalit\u00e9s d\u2019existence et donc autant de formes de pens\u00e9es et donc d\u2019expressions et compr\u00e9hensions singuli\u00e8res, chacune d\u2019entre elle, \u00e0 travers ses groupes et individus pris isol\u00e9ment se complique de nuances, alternances, fa\u00e7ons occasionnelles qui d\u00e9signent des modes de connaissance multiples. Chacun peut noter, par exemple, dans des cultures dites cart\u00e9siennes rationnelles et scientifiques la persistance de r\u00e9actions, r\u00e9flexions, pratiques superstitieuses ou irrationnelles qui t\u00e9moignent de certaines n\u00e9cessit\u00e9s vernaculaires obscures. Aucun individu, comme aucune soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est d\u2019un bloc, taill\u00e9 dans une forme claire et d\u00e9pourvue d\u2019asp\u00e9rit\u00e9s. Et aucune structure langagi\u00e8re ou symbolique ne r\u00e9pond totalement \u00e0 nos besoins. Pour partie d\u2019ailleurs, dans son positivisme et son m\u00e9canicisme, la pens\u00e9e cart\u00e9sienne t\u00e9moigne d\u2019une id\u00e9ologie, c\u2019est-\u00e0-dire de balises et d\u00e9terminants a priori. Tout comme toute philosophie soumise \u00e0 une croyance religieuse. On mesure l\u2019effet que nous font aujourd\u2019hui les d\u00e9clarations de Descartes sur l\u2019animal auquel est d\u00e9ni\u00e9 la capacit\u00e9 de pens\u00e9e et m\u00eame de souffrir \u00ab Comme les chiens et quelques autres animaux qui nous expriment leurs passions, ils nous exprimeraient aussi bien leurs pens\u00e9es, s\u2019ils en avaient. \u00bb ou de Malebranche : \u00ab \u00c7a crie mais \u00e7a ne sent pas \u00bb. <\/p>\n<p>Pour entrer plus avant dans le sujet, il existe concomitamment, parall\u00e8lement, simultan\u00e9ment plusieurs modes d\u2019approches, plusieurs natures de connaissances, d\u00e9ductive, abstraite, physique, intuitive, sensible, mythique qui s\u2019opposent ou se compl\u00e8tent. Tous n\u2019ont pas les m\u00eames effets et ces derniers n\u2019ont pas tous la m\u00eame visibilit\u00e9 ni la m\u00eame incidence dans les rapports de force qu\u2019entretiennent les peuples, les grandes puissances sur l\u2019\u00e9chiquier mondial. On peut s\u2019en tenir \u00e0 la loi du plus fort, aux voix qui couvrent les autres dans la grande assembl\u00e9e mondiale, \u00e0 l\u2019\u00e9talon de l\u2019\u00e9conomie, du PIB, de la puissance militaire. C\u2019est ce que font certains assez souvent pour contrer toute alternative en appelant \u00e0 la raison, au pragmatisme, \u00e0 la normalisation. La culture algorithmique du marketing g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 qui se d\u00e9veloppe actuellement promeut ainsi la loi du nombre dans une boucle perverse qui veut que les choses les plus vues soient vou\u00e9es \u00e0 \u00eatre les plus visibles, et ainsi de suite, n\u2019\u00e9tant plus \u00e9valu\u00e9es qu\u2019\u00e0 cet aune. On ne peut pas ne pas remarquer que c\u2019est aborder les choses \u00e9troitement, pauvrement, partiellement et partialement ; les mettre au service ou \u00e0 la merci d\u2019un groupe davantage vou\u00e9 \u00e0 exploiter ce qui lui tombe sous la main qu\u2019\u00e0 le cultiver dans un \u00e9lan lib\u00e9ral. Longtemps l\u2019Histoire n\u2019a \u00e9t\u00e9 que celle des groupes dominants, des puissants, des princes et des rois auxquels \u00e9taient soumis les scribes. Et d\u2019autres histoires, plus discr\u00e8tes, multiples, anonymes sont rest\u00e9es sans l\u00e9gende, vou\u00e9es \u00e0 voyager en contrebande. Le constat qui a \u00e9t\u00e9 fait il y a quelques ann\u00e9es que les tests de QI ne suffisaient pas \u00e0 t\u00e9moigner des qualit\u00e9s et capacit\u00e9s d\u2019un individu, promouvant le calcul d\u2019un QE lequel pourrait encore \u00eatre compl\u00e9t\u00e9 de nombreux autres crit\u00e8res manifeste le caract\u00e8re bien souvent id\u00e9ologique de nombreuses \u00e9valuations. Si \u00e9taient dites sup\u00e9rieures ou d\u00e9velopp\u00e9es des populations \u00e0 l\u2019impact \u00e9cologique faible d\u00e9veloppant une certaine harmonie avec leur milieu selon la d\u00e9finition du d\u00e9veloppement durable, les promus seraient je crois diff\u00e9rents de ceux qui tiennent le haut de la pyramide du G20. Si \u00e9taient dits \u00ab en voie de r\u00e9ussite \u00bb les \u00e9l\u00e8ves qui se montraient les plus critiques et les plus r\u00e9tifs \u00e0 la normalisation de l\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral, les tableaux d\u2019honneur ne reviendraient pas aux plus scolaires. Les Achuar (Jivaro) que visite l\u2019anthropologue Philippe Descola et qui mettent en terre la patate douce comme un enfant, consid\u00e8rent les animaux qu\u2019ils chassent comme des parents, aussi na\u00effs ou risibles qu\u2019ils puissent para\u00eetre \u00e0 un esprit occidental moderne mettent en \u0153uvre une relation harmonieuse et sensible avec leur milieu qui t\u00e9moigne d\u2019un bon sens alternatif au notre qu\u2019il serait bon de consid\u00e9rer. Et sym\u00e9triquement, par diff\u00e9rents aspects de cette ombre funeste qui s\u2019est dress\u00e9e dans les consciences sous le nom d\u2019anthropoc\u00e8ne nous prenons conscience chaque jour des incoh\u00e9rences sur lesquelles s\u2019appuie et se forme, s\u2019\u00e9chauffe et s\u2019aiguise le Progr\u00e8s et le d\u00e9veloppement des civilisations occidentales dans leur rationalisme m\u00eame.<br \/>\nChez les Achuar, plantes et animaux font partie de la communaut\u00e9 humaine, la forme ext\u00e9rieure courante qui nous fait les discriminer \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9e ou per\u00e7ue comme occasionnelle ou transitoire. Et ces conceptions \u00e9loign\u00e9es de notre sens commun qui pourraient paraitre exceptionnelles, singuli\u00e8res, tr\u00e8s locales, relevant d\u2019une bizarrerie tr\u00e8s particuli\u00e8re et anecdotique ont \u00e9t\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9 observ\u00e9es par d\u2019autres ethnologues dans d\u2019autres r\u00e9gions du monde. Elles ont sans doute pr\u00e9valu longtemps sous la forme de l\u2019animisme et du tot\u00e9misme, faisant alors paraitre notre monde occidental et ses monoth\u00e9ismes au contraire comme une singularit\u00e9 historique.<br \/>\nJusqu\u2019il y a peu, la conception d\u2019une distinction fondamentale, ontologique entre l\u2019homme et l\u2019animal en occident et plus encore avec le v\u00e9g\u00e9tal, construite sur le principe d\u2019une hi\u00e9rarchie naturelle rendait impensable de ce fait et invisible une capacit\u00e9 morale, une \u00e9laboration conceptuelle, un langage \u00e9labor\u00e9 et m\u00eame une souffrance non humaine. Le r\u00e9cit biblique en est \u00e0 mon sens en partie responsable, ayant sinon fond\u00e9, du moins inscrit dans la culture, dans les cultures monoth\u00e9istes l\u2019id\u00e9e puis la perception d\u2019une \u00e9lection divine de l\u2019homme (fait \u00e0 l\u2019image de Dieu), d\u2019une sup\u00e9riorit\u00e9 hi\u00e9rarchique argument\u00e9e par le fait que lui seul disposerait d\u2019une \u00e2me quand les animaux, les plantes et \u00e0 l\u2019occasion les peuples par trop diff\u00e9rents et susceptibles d\u2019\u00eatre exploit\u00e9 comme du b\u00e9tail (barbares, slaves, n\u00e8gres\u2026) devraient leur situation, leur statut \u00e0 un ordre naturel sup\u00e9rieur, ordre des choses ou loi divine.<br \/>\nEt la d\u00e9couverte de l\u2019existence d\u2019une collaboration du vivant, d\u2019une entraide, d\u2019une empathie, de formes de cultures animales, de langages \u00e9labor\u00e9s est aujourd\u2019hui pour les peuples occidentaux particuli\u00e8rement source d\u2019un \u00e9tonnement incr\u00e9dule, d\u2019une stup\u00e9faction parfois, doubl\u00e9s d\u2019un sentiment de culpabilit\u00e9 croissant, de conflits moraux. Leur chosification, leur exploitation, leur abattage apparaissant de plus en plus comme un d\u00e9ni de leur existence de leurs d\u00e9sirs, de leur souffrance.<br \/>\nLa psychologie, la psychanalyse ont particip\u00e9 au XIXeme et XXeme si\u00e8cle \u00e0 embarrasser le mod\u00e8le m\u00e9caniste simple, indiquant qu\u2019une quantit\u00e9 de subtiles param\u00e8tres entraient en jeu dans nos \u00e9conomies, nos comportements et dans les logiques que l\u2019on ne voulait concevoir dans leur haute expression que comme rationnelles et cart\u00e9siennes.<br \/>\nAujourd\u2019hui, les individus ne peuvent plus \u00eatre envisag\u00e9s comme des \u00eeles, des unit\u00e9s closes. Et le terme lui-m\u00eame appelle \u00e0 \u00eatre r\u00e9vis\u00e9. La science ou l\u2019\u00e9tude des milieux \u2013 la m\u00e9sologie- en particulier et la ph\u00e9nom\u00e9nologie sur un plan compl\u00e9mentaire mettent en \u0153uvre une pens\u00e9e des interactions et m\u00eame une sorte de nouage semblable \u00e0 celui que d\u00e9crit Lacan. Notre monde est \u00e9cho-techo-symbolique. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la d\u00e9couverte et le travail de s\u00e9quen\u00e7age du microbiote, les r\u00e9v\u00e9lations de ce que cette population bact\u00e9rienne participe \u00e0 notre d\u00e9finition, intervient dans nos comportements, notre humeur, notre sant\u00e9 incite \u00e0 reconsid\u00e9rer la d\u00e9finition m\u00eame que nous avions de notre individualit\u00e9 et de notre identit\u00e9. Vivant et participants \u00e0 un \u00e9cosyst\u00e8me, nous en sommes \u00e9galement un nous-m\u00eames.<br \/>\nIl est plaisant de constater comme dans la langue fran\u00e7aise le mot connaitre entre en r\u00e9sonnance avec celui de co-na\u00eetre, na\u00eetre avec. S\u2019induit alors une r\u00e9ciprocit\u00e9, une coexistence ou une co-suscitation que l\u2019\u00e9tymologie latine cognoscere fait encore entendre dans l\u2019id\u00e9e de fr\u00e9quenter, mais que l\u2019usage actuel courant a \u00e9vacu\u00e9 au profit d\u2019un mouvement unilat\u00e9ral d\u2019objectivation et je dirais conjointement d\u2019objectisation. La fr\u00e9quentation, la consid\u00e9ration, les rapports, la familiarit\u00e9 restent \u00e0 la raison cart\u00e9sienne comme \u00e0 la philosophie grecque antique des modalit\u00e9s moles et vagues quand la connaissance entendue comme sup\u00e9rieure ou vraie se caract\u00e9rise par sa mise en \u00e9quation, sa d\u00e9finition claire, laquelle passe par la s\u00e9paration. Ainsi entend-on la connaissance comme une affaire de l\u2019esprit ayant recours \u00e0 l\u2019abstraction : \u00ab La facult\u00e9 mentale produisant une assimilation par l&rsquo;esprit d&rsquo;un contenu objectif pr\u00e9alablement traduit en signes et en id\u00e9es \u00bb. Une possession symbolique des choses (comment ne pas entendre ici les mots de la Gen\u00e8se, lorsqu\u2019il est confi\u00e9 \u00e0 Adam, Ich-le-gl\u00e9beux, l\u2019homme premier, de nommer les animaux qui lui sont amen\u00e9s, qui lui sont soumis \u2013 dans l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 polys\u00e9mique du terme). Et cette derni\u00e8re est le plus souvent \u00e9valu\u00e9e par la capacit\u00e9 d\u2019un individu \u00e0 l\u2019exprimer verbalement de mani\u00e8re claire et succincte. (D\u00e9finition de l\u2019intelligence : \u00ab ce qui se con\u00e7oit bien s\u2019\u00e9nonce clairement \u00bb.) Aura du mal \u00e0 \u00eatre cr\u00e9dit\u00e9 de connaissance quelqu\u2019un qui \u00e9voque des sensations, use de gestes, de modulations de ton, quand bien m\u00eame il serait un artisan aguerri entr\u00e9 en intelligence avec ses outils et les mat\u00e9riaux qu\u2019il mobilise. Il \u00e9coutera impuissant l\u2019ing\u00e9nieur pr\u00e9coniser une organisation rationnelle de son atelier, un protocole de mise en \u0153uvre modernis\u00e9 \u00e9nonc\u00e9s dans un langage froid, implacable, distant. D\u00e9poss\u00e9d\u00e9 du sens de ses gestes. Sa connaissance concr\u00e8te, pratique, intime, intuitive sait pourtant les n\u00e9cessit\u00e9s impalpables, physiques, psychiques que la connaissance rationnelle sup\u00e9rieure ignore. Elle est confuse, c\u2019est-\u00e0-dire non s\u00e9par\u00e9e de son corps, de son \u00eatre physique, non externalis\u00e9 dans le langage comme le langage lui-m\u00eame l\u2019est dans l\u2019\u00e9crit ; elle n\u2019en a pas l\u2019aplomb. Non pas qu\u2019il faille pi\u00e9tiner les rigueurs du raisonnement rationnel, de la causalit\u00e9. Mais d\u2019abord l\u2019usage qui en est fait g\u00e9n\u00e9ralement et aussi l\u2019exclusivit\u00e9 qu\u2019il r\u00e9clame parfois. Une certaine litt\u00e9rature, mobilis\u00e9e par les polarit\u00e9s distinctes et compl\u00e9mentaires de la philosophie et de la po\u00e9sie sait \u00e0 l\u2019occasion le verbaliser. Paul Val\u00e9ry par exemple m\u00e9ditant sur le coquillage ou sur la danse, usant alternativement d\u2019une ou de l\u2019autre de ses intelligences th\u00e9orique et po\u00e9tique, attaquant l\u2019une avec l\u2019autre sans jamais s\u2019en tenir pour quitte. Victor Hugo regardant \u00e0 l\u2019invitation d\u2019Arago \u00e0 travers un t\u00e9lescope : \u00ab Les po\u00e8tes ont cr\u00e9\u00e9 une lune m\u00e9taphorique et les savants une lune alg\u00e9brique. La lune r\u00e9elle est entre les deux. \u00bb.<br \/>\nIci encore, comme souvent pour peu que l\u2019on t\u00e9moigne de scrupules, il faudrait embrasser chaque mot de guillemets pour dire comme l\u2019usage pour parler clair les simplifie et les sous-entend. La lune r\u00e9elle n\u2019appelle qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 d\u2019usage et peut-\u00eatre m\u00eame une v\u00e9rit\u00e9 morale d\u2019ouverture et de conciliation. Une v\u00e9rit\u00e9 n\u00e9cessairement relative, m\u00e9tiss\u00e9e ou composite, h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Peut-\u00eatre moins frappante qu\u2019une formule, mais ouverte, vive, inachev\u00e9e, susceptible d\u2019accueillir et m\u00eame de solliciter des pens\u00e9es multiples et riches. Il faut remarquer seulement qu\u2019une certaine r\u00e9alit\u00e9 \u00e9lue par une certaine compr\u00e9hension embarrasse l\u2019autre, comme il arrive qu\u2019un traducteur se trouve pris dans un dilemme entre traduction litt\u00e9rale du sens et respect de la prosodie, du rythme, des sonorit\u00e9s.<br \/>\nSi chaque mode de vie, chaque culture t\u00e9moigne d\u2019une vari\u00e9t\u00e9 cons\u00e9quente de fa\u00e7ons d\u2019\u00eatre au monde et donc de le penser, l\u2019affaire devient vertigineuse \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019existence d\u2019esp\u00e8ces animales et v\u00e9g\u00e9tales dont l\u2019exp\u00e9rience nous est \u00e9trang\u00e8re, intraduisible. Quand bien m\u00eame ces vies \u00e9chapperaient \u00e0 la m\u00e9diation symbolique qui nous caract\u00e9rise, quand bien m\u00eame leur cercle actanciel comme disent les biologistes serait r\u00e9ductible \u00e0 un sch\u00e9ma des plus simples, elles indiquent \u00e0 notre intelligence des formes de compr\u00e9hensions obscures et subtiles, radicalement non anthropologiques, mais tout \u00e0 fait efficientes. Avec quel monde rentrerait-on en intelligence si l\u2019on p\u00e9n\u00e9trait le temps d\u2019un arbre, abandonnant notre mobilit\u00e9 animale ? Si nous \u00e9tions d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s du langage qui est le n\u00f4tre ? (\u2026) L\u2019animal \u00ab pauvre en monde \u00bb (weltarm) de Heidegger pourrait retourner vers son juge le \u00ab less is more \u00bb du minimalisme ou l\u2019\u00e9puration int\u00e9rieure du bouddhisme ou de l\u2019hindouisme. On trouverait facilement en lui un mod\u00e8le de sobri\u00e9t\u00e9, d\u2019humilit\u00e9, de sagesse, d\u2019intelligence enfin, si le mot ne nous \u00e9tait pas r\u00e9serv\u00e9. \u00ab La moindre feuille, \u00e9crit Pierre Lieutaghi, concourt \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre du vivant \u00bb. Et l\u2019herbe, poursuit Denis Le Dantec est un mod\u00e8le de simplicit\u00e9, \u00ab volume en \u00e9l\u00e9vation dans l\u2019espace, utilisant une minime mati\u00e8re o\u00f9 tout est utile \u00bb avec la monotonie d\u2019une logique musicale.<br \/>\nC\u2019est pour d\u00e9noncer le motif, l\u2019id\u00e9ologie, la construction perverse \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la d\u00e9nomination \u00ab l\u2019Animal \u00bb que Derrida forgea le mot chim\u00e9rique d\u2019animot. Car, tout comme il en est de l\u2019intelligence ou de la connaissance, \u00ab il n\u2019y a pas d\u2019animal au singulier g\u00e9n\u00e9ral, s\u00e9par\u00e9 de l\u2019homme par une seule limite indivisible \u00bb, mais bien une multiplicit\u00e9 immense de limites et de structures, de sutures h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes.<br \/>\nL\u2019art, si tant est qu\u2019il soit possible d\u2019user d\u2019un terme aussi vague que l\u2019est celui d\u2019animal, d\u00e9signant d\u2019un bloc des pratiques vari\u00e9es et li\u00e9es \u00e0 des contextes culturels singuliers, est de part en part travers\u00e9 par cette intuition d\u2019un monde relatif \u00e0 la fa\u00e7on de l\u2019aborder. D\u2019un monde qui se d\u00e9signe comme la mise en forme particuli\u00e8re d\u2019une intelligence particuli\u00e8re. Passant d\u2019un mode conceptuel \u00e0 un autre narratif, d\u2019un mode po\u00e9tique ou m\u00e9taphorique \u00e0 un mode sensible, la pratique artistique et ce qu\u2019elle appelle d\u2019adaptations, d\u2019ajustements dans son appr\u00e9ciation ou son appr\u00e9hension oblige \u00e0 une mise en critique permanente d\u2019une intelligence absolue, stable, orgueilleuse, oligarchique \u00e0 la faveur d\u2019intelligences mobiles, incertaines, alternatives, dynamiques et surtout non pyramidales, non hi\u00e9rarchis\u00e9es. Une gamme, un clavier. Des intelligences comme des personnalit\u00e9s, des cheminements. Des compr\u00e9hensions, des fa\u00e7ons de faire avec.<br \/>\nAinsi Baudelaire, \u00e0 la suite de Kant, en regard de l\u2019id\u00e9e d\u2019un beau absolu, monolithique, \u00e9ternel d\u00e9fend une autre forme de beaut\u00e9, plus humble mais non moins essentielle et digne d\u2019int\u00e9r\u00eat et nourrici\u00e8re. (Nous pourrions y ajouter les beaut\u00e9s idiotes, peintures de foires, chansons populaires, \u00e0 la mani\u00e8re de Rimbaud.)<br \/>\n\u00ab Il y a dans le monde et m\u00eame dans le monde des artistes, des gens qui vont au mus\u00e9e du Louvre, passent rapidement, et sans leur accorder un regard, devant une foule de tableaux tr\u00e8s int\u00e9ressants, quoique de second ordre, et se plantent r\u00eaveurs devant un Titien ou un Rapha\u00ebl, un de ceux que la gravure a le plus popularis\u00e9 ; puis sortent satisfaits, plus d\u2019un se disant : \u00ab Je connais mon mus\u00e9e \u00bb. Il existe aussi des gens qui, ayant lu jadis Bossuet et Racine, croient poss\u00e9der l\u2019histoire de la litt\u00e9rature.<br \/>\nPar bonheur se pr\u00e9sentent de temps en temps des redresseurs de torts, des critiques, des amateurs, des curieux qui affirment que tout n\u2019est pas dans Rapha\u00ebl, que tout n\u2019est pas dans Racine, que le poetae minores ont du bon, du solide et du d\u00e9licieux ; et enfin, que pour tant aimer la beaut\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, qui est exprim\u00e9e par les po\u00e8tes et les artistes classiques, on n\u2019en a pas moins tort de n\u00e9gliger la beaut\u00e9 particuli\u00e8re, la beaut\u00e9 de circonstance et le trait de meurs \u00bb.<br \/>\nL\u00e0 encore des guillemets seraient n\u00e9cessaire, un langage serait \u00e0 r\u00e9inventer. On n\u2019a de cesse de se prendre les pieds dans le vocabulaire. Les mots ont une histoire, leur racine leur \u00e9tymologie, leur usage les accrochent, d\u00e9terminent une pens\u00e9e ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment un mode de pens\u00e9e que nous portons en h\u00e9ritage. Ils sont comme une marionnette manipul\u00e9e par les fils transparents, articul\u00e9s de telle mani\u00e8re qu\u2019il est naturel de les mouvoir d\u2019une certaine fa\u00e7on quand il devient extr\u00eamement d\u00e9licat et parfois impossible de les faire jouer d\u2019une autre. La hi\u00e9rarchie est partout : il y a les premiers, les plus hauts, les plus nobles, les plus dignes et \u00e9lev\u00e9s et les seconds, les mineurs, anecdotiers, populaires voire triviaux ou primitifs. Nous connotons pareillement la lumi\u00e8re et l\u2019ombre, le blanc et le noir, tout comme nous cr\u00e9ditions chaque chose ou presque selon le genre comme l\u2019a montr\u00e9 Fran\u00e7oise H\u00e9ritier. Sans en rester au dualisme baudelairien, il n\u2019est pas inutile de consid\u00e9rer comme n\u00e9cessaires, dignes d\u2019int\u00e9r\u00eat, primordiales m\u00eame ces formes relevant de la modernit\u00e9 pour Baudelaire que sont \u00ab le transitoire, le fugitif et le contingent \u00bb. Qu\u2019il en est de m\u00eame pour la connaissance ou l\u2019intelligence qui gagne \u00e0 \u00eatre ouverte \u00e0 tous les modes, tous les registres sans pr\u00e9jug\u00e9, sans exclusif. Que des domaines consid\u00e9r\u00e9s comme mineurs ou domestiques en regard de la politique ou de l\u2019Histoire rivalisent en v\u00e9rit\u00e9 avec elles si l\u2019on brouille l\u2019ordre des valeurs convenues pour consid\u00e9rer les choses selon un autre point de vue et d\u2019autres perspectives. Tant d\u2019hommes encostum\u00e9s, hiss\u00e9s sur des chairs, tonitruants, odieux, incons\u00e9quents, bien mis nous rappellent chaque jour que le s\u00e9rieux, la rigueur, la hauteur de vue et de sentiment ne sont pas souvent l\u00e0 o\u00f9 ils pr\u00e9tendent \u00eatre (attention \u00e0 ne pas pour autant simplement retourner le sch\u00e9ma selon la caricature inverse). Sur les lambris vernis, sous les moulures et les ors ont cours de vieilles man\u0153uvres politiques, se jouent des intriguent qui occupent les \u00e9crans et travaillent \u00e0 infl\u00e9chir le cours des choses \u00e0 leur avantage. La folie, la m\u00e9galomanie d\u2019un, soutenue par les mirages, l\u2019aveuglement, la b\u00eatise peuvent avoir raison de l\u2019humanit\u00e9 en un geste depuis qu\u2019elles se sont dot\u00e9es de la puissance atomique.  Pour autant, une histoire non publi\u00e9e, \u00e0 hauteur d\u2019hommes et de femmes \u00e0 lieu. Des mouvements visibles ou extr\u00eamement discrets, subtiles, en animent la mati\u00e8re. Il y a un tiers paysage, selon la formule du paysagiste Gilles Cl\u00e9ment, comme un tiers \u00e9tat. Derri\u00e8res les cloisons, en parall\u00e8le des lieux o\u00f9 le monde politique se pense des po\u00e8tes sondent l\u2019\u00e2me humaine, des gens s\u2019aiment et jouent de la musique. Quoi qu\u2019en disent certains, ce n\u2019est pas secondaire, ce n\u2019est pas simple divertissement.<br \/>\nIl arrive que les mots pourtant accol\u00e9s conform\u00e9ment \u00e0 la grammaire dans le sens que l\u2019on voulait ne nous satisfassent pas, appelant recours du rythme, de jeux de sonorit\u00e9s, de registres, des tournures bizarres jusqu\u2019\u00e0 l\u2019obscur pour approcher un peu ce que l\u2019on avait dans l\u2019id\u00e9e ou ce que pr\u00e9cis\u00e9ment on entendait dans cette langue autre, int\u00e9rieure, non verbale, faite de sensations plus que de mots et qui nous sort du corps sous toute sorte de formes, parfois par le chant, les images, la danse, des formes plus ou moins m\u00e9lang\u00e9es, la po\u00e9sie. Yves Bonnefoy confesse quelque part qu\u2019il lui est ainsi toujours p\u00e9nible de donner comme on le lui demande quelques phrases qui r\u00e9sumeraient son propos lors de la publication des actes d\u2019un colloque comme sur la quatri\u00e8me de couverture d\u2019un livre. Il lui semble que les choses perdent leur volume, trahissent son id\u00e9e en adoptant une forme ramass\u00e9e, synth\u00e9tique, informative.  On enrage de manquer, de trahir, de l\u2019impuissance. Alors, \u00ab les larmes, \u00e9crit Pascal Quignard, constituent ces libations naturelles que le corps verse sur les vides, sur les abandons, sur les sauts, sur les plong\u00e9es, sur les ruines, sur les absences, sur les d\u00e9tresses que la langue parl\u00e9e ne sait pas dire \u00bb.<br \/>\nMonte en nous parfois ce d\u00e9sir de rejoindre ce monde autre, s\u2019enfoncer dans une for\u00eat, se glisser dans la mer, ramper dans les herbes hautes, s\u2019avancer sans effrayer aucun animal, sans briser aucune branche parmi un groupe silencieux. Se m\u00ealer \u00e0 eux, \u00e0 ce monde ouvert duquel on s\u2019est coup\u00e9s. Partager un terrier, un nid, une couche en se d\u00e9faisant de ce qui s\u00e9pare dans l\u2019intelligence si puissante dont nous usons.<br \/>\nDescartes comme d\u2019autres pourvoyeurs de \u00ab l\u2019animal machine \u00bb ont argument\u00e9 la sup\u00e9riorit\u00e9 humaine par le fait que l\u2019animal serait priv\u00e9 de parole. Comme les \u0153uvres, textes, images, sculptures. Comme tout ce qui est et forme paysage \u00e0 une \u00e9chelle ou l\u2019autre, l\u2019animal ne r\u00e9pond pas ou r\u00e9pond sans r\u00e9pondre, nous laissant tourner avec nous-m\u00eame et relancer en nous-m\u00eame les questions dont on ne peut s\u2019emp\u00eacher. Ils privent les hommes de r\u00e9ponse. Cr\u00e9ent une asym\u00e9trie, un d\u00e9s\u00e9quilibre, un appel sans \u00e9cho, ou \u00e0 l\u2019\u00e9cho opaque. Un homme, \u00e0 New York, en 1853 en con\u00e7u la figure dans un court r\u00e9cit sous l\u2019apparence d\u2019un employ\u00e9 aux \u00e9critures nomm\u00e9 Bartleby. Le d\u00e9sarroi, la col\u00e8re, la violence et le d\u00e9sir que provoque l\u2019animot n\u2019y sont sans doute pas \u00e9trangers.<br \/>\nAdmettons qu\u2019ici \u0153uvre et animot d\u00e9signent une m\u00eame chose. Ce qui d\u00e9range ou embarrasse la pens\u00e9e conceptuelle. <\/p>\n<p>Image : Fr\u00e9d\u00e9ric Messager.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Je m\u2019accroche \u00e0 mon propre d\u00e9s\u00e9quilibre \u00bb Gh\u00e9rasim Luca Il existe toute sorte de connaissances, ou pour mieux dire, de formes de connaissances.<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":7090,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-7086","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7086","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7086"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7086\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7094,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7086\/revisions\/7094"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7090"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7086"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7086"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7086"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}