{"id":7112,"date":"2019-07-22T14:43:45","date_gmt":"2019-07-22T13:43:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7112"},"modified":"2019-07-22T14:43:45","modified_gmt":"2019-07-22T13:43:45","slug":"images-imager-imagination-imaginaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/images-imager-imagination-imaginaire\/","title":{"rendered":"images, imager, imagination, imaginaire"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab le monde devrait rester \u00e0 l\u2019\u00e9tat de maquette, parsem\u00e9 d\u2019\u00e9bauches et de petits croquis \u00bb<\/em><br \/>\nW. Benjamin<\/p>\n<p><em>\u00ab Ce que je fais m\u2019apprends ce que je cherche \u00bb<\/em><br \/>\nP. Soulages<\/p>\n<p>Et sans doute ne le sait-il pas non plus lui-m\u00eame, ce qu\u2019il mobilise, ce qu\u2019il cherche ou ce qu\u2019un d\u00e9sir obscur, t\u00e2tonnant et pourtant s\u00fbr dans ses moyens entreprend par ses images de mettre \u00e0 jour ? <!--more-->Sorte de p\u00eacheur agar alors, d\u2019inspir\u00e9, de Pitie livrant son d\u00e9lire \u00e0 qui veut l\u2019entendre ; sismographe de son \u00e9poque et de la respiration de son \u00e2me, po\u00e8te romantique regardant dans les t\u00e2ches comme les oracles tiraient les auspices des entrailles de b\u00eates sacrifi\u00e9es. Peut-\u00eatre est-ce, malgr\u00e9 les mains que l\u2019un avance au contact de la surface vierge, l\u2019informant, quand l\u2019autre doit se contenter de la distance et d\u2019une sorte d\u2019emp\u00eachement qui panique le regard, le m\u00eame \u00e9tonnement, la m\u00eame incr\u00e9dulit\u00e9 devant le jeu mutique des signes qui s\u2019accordent et se fixent et s\u2019\u00e9quilibrent en se fr\u00f4lant comme un \u00e9chafaudage ou un abri de fortune ? Soudain, l\u2019\u00e9loquence simple, retenue. L\u2019accord. L\u2019\u00e9vidence \u00e0 laquelle atteint parfois une tomb\u00e9e de papiers d\u00e9coup\u00e9s par la n\u00e9cessit\u00e9 dans laquelle formes et couleurs, d\u00e9gagements des vides s\u2019architecturent et reposent alors qu\u2019exploita en son temps Jean Arp. L\u2019artiste comme l\u2019amateur goutant l\u2019image apr\u00e8s lui se fait le t\u00e9moin de l\u2019irr\u00e9ductible miracle qui anime tout ce qui existe en propre, tout ce qui se hisse dans l\u2019existence \u2014 Certains savent ce genre de joie profonde qui gagne lorsque une forme se trouve sous notre propre main, une m\u00e9lodie se forme, une pens\u00e9e se manifeste et \u00e9claire la conscience.<br \/>\nLa forme des montagnes a la m\u00eame obligation, fa\u00e7onn\u00e9es par une combinaison de forces qui nous d\u00e9passent en intensit\u00e9 et en patience. Sait-on jamais celles qui nous traversent, venant d\u2019au-del\u00e0 de nous et que l\u2019on mobilise dans des gestes simples en apparence mais nourris de m\u00e9moire et d\u2019oublis, de contingences et de n\u00e9cessit\u00e9s. Il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 constater ensuite qu\u2019une forme est n\u00e9e, s\u2019est extraite de la confusion, d\u2019une sorte de Pang\u00e9e primitive pour, \u00e0 la mani\u00e8re des continents dans leur d\u00e9rive, se disposer en une cartographie de formes et contre-formes, \u00e9chos, r\u00e9ponds. Une g\u00e9o-morphie qui rappelle celle que met en \u0153uvre C\u00e9zanne \u00e0 Bibemus, saisissant les masses tourment\u00e9es par les grandes mains du temps \u2014 dans l\u2019horizon du regard la silhouette, comme une \u00e9chine, de la Sainte Victoire. Quelque chose ici, m\u00eame fruste, prend corps, r\u00e9clame. N\u2019a-t-on pas tous un jour re\u00e7u ainsi l\u2019appel d\u2019un regard dans les deux points qu\u2019on offrait \u00e0 un galet, \u00e0 un cercle trac\u00e9 d\u2019une main gauche sur un morceau de feuille ? Les choses les plus concr\u00e8tes se d\u00e9collent de leur r\u00e9alit\u00e9 d\u2019usage pour rejoindre un ordre imaginaire, un usage symbolique.<br \/>\nOn se voit balayer du regard les murs d\u2019une exposition, ou feuilleter un livre, faire d\u00e9filer les pages sur un \u00e9cran et un d\u00e9tail vous saisit, s\u2019extrait de la profusion du visible comme l\u2019oreille isole dans la rumeur d\u2019une foule la voix ou le propos qui la concerne. On y revient. On s\u2019en trouve pour un temps au moins, ou par intermittence, habit\u00e9. Et cela m\u2019est arriv\u00e9 plus d\u2019une fois.<br \/>\nOn sait les ressorts qu\u2019exploitent les graphistes et les publicitaires \u00e0 des fins marketing en jouant de la biologie du regard, des r\u00e9flexes du cerveau ; l\u2019appel de certaines couleurs, leur perception, les effets du contraste, de silhouettes signifiantes, d\u2019une fa\u00e7on de composer dans l\u2019espace du visible, de contourner les filtres de la volont\u00e9 consciente pour piquer directement aux pulsions primitives du cerveau reptilien. C\u2019est depuis toujours strat\u00e9gie dans la rh\u00e9torique des artistes, du rapsode au paysagiste, et ce jeu de guider l\u2019attention, la laisser courir sur un fil tendu pour elle pour mieux la d\u00e9router, de produire certains effets par quelques ficelles ou recettes. Mais est-ce seulement cela ? Le balisage calcul\u00e9 de nos instincts. Une histoire \u00e9loquente, un r\u00eave s\u00e9duisant ? Une forme att\u00e9nu\u00e9e de propagande ? Y trouverait-on cette aimantation durable apr\u00e8s l\u2019apostrophe m\u00e9canique ? Qu\u2019aurait ici l\u2019artiste \u00e0 vendre ? L\u2019efficace artistique s\u2019arrime plus profond\u00e9ment. Seul horizon : un plaisir sensuel, une \u00e9motion, une aventure, comme une note qu\u2019on ajoute \u00e0 sa gamme. Un appel au corps, comme un rythme. Tr\u00e8s litt\u00e9ralement, une \u00e9motion. Quelque chose par le seul canal de la vue vous met en mouvement. Dans l\u2019immobilit\u00e9 m\u00eame du corps, quelque chose au-dedans se d\u00e9place, se r\u00e9\u00e9quilibre, se repositionne.<br \/>\nEt quand il ne reste que quelques bribes d\u2019un r\u00e9cit lacunaire, que silhouettes incompl\u00e8tes ou confondues, fragments \u00e0 la mani\u00e8re de ces fresques d\u00e9grad\u00e9es, attaqu\u00e9es \u00e7a et l\u00e0 par le salp\u00eatre, depuis ces intrigues sans horizon, ces formes \u00e9nigmatiques s\u2019insinue le sentiment que laissent les paysages ruin\u00e9s dans le corps desquels se r\u00eavent des civilisations perdues, en grande part imaginaires, \u00e9chafaud\u00e9es sur des tessons de poterie, des fondations mang\u00e9es par la terre et des figurines myst\u00e9rieuses. Celui que provoquent dans les albums photo les d\u00e9cors d\u2019une autre \u00e9poque, comme fictive, les couleurs d\u2019une autre chimie, et ces visages insistants et mutiques, \u00e0 la fois singuliers, intimes et pris dans le nombre des absents et des disparus, presque impersonnels : r\u00e9els et irr\u00e9els. Les images nous laissent alors au bord de quelque chose d\u2019inatteignable et de pourtant tr\u00e8s proche, baign\u00e9 de cette aura, ce tremblement de l\u2019air rendu \u00e0 la vue qui annonce les h\u00e9ros et aur\u00e9ole les images pr\u00e9gnantes. Ne surnagent alors que des fragments, des \u00e9bauches sur une \u00e9tendue de sensations ; des impressions dans une spatialisation sensible qui \u00e9voque l\u2019imagerie c\u00e9r\u00e9brale animant sur une coupe ce grand amas nodal des couleurs de l\u2019excitation. Ceci : la cartographie fantaisiste et r\u00e9vis\u00e9e inlassablement d\u2019un pays imaginaire.<br \/>\nSi la sculpture, selon la d\u00e9finition malveillante qu\u2019en donna Ad Reinhard, c\u2019est ce \u00e0 quoi l\u2019on se cogne quand on prend du recul dans une exposition pour mieux voir un tableau ; Si elle fait alors surgir du r\u00e9el, selon la d\u00e9finition lapidaire qu\u2019en donna Lacan, les images rel\u00e8vent alors par opposition d\u2019une sorte d\u2019impalpable travaill\u00e9 par le r\u00eave et l\u2019illusion. Des sortes de mirages ou d\u2019\u00e9lucubrations, de divagations (\u00ab tout \u00e7a c\u2019est de la litt\u00e9rature ! \u00bb, selon l\u2019expression consacr\u00e9e par les esprits pragmatiques). Leur manifestation concr\u00e8te, objectale, dans un tableau ou un dessin en fait en quelque sorte de chim\u00e8res. Des collages flottant entre deux r\u00e8gnes.<br \/>\nLa modernit\u00e9 sous certains aspects a \u00e9t\u00e9 et demeure la manifestation hallucin\u00e9e et synth\u00e9tique, presqu\u2019enfantine d\u2019un sentiment de d\u00e9rive et de d\u00e9collement qui s\u2019accru depuis le d\u00e9veloppement de la pens\u00e9e Baroque, accus\u00e9 encore par les d\u00e9couvertes de Darwin, la Psychanalyse, la Relativit\u00e9 et ce que l\u2019arch\u00e9ologie nomma vertigineusement au milieu du XIX\u00e8me si\u00e8cle \u00ab Pr\u00e9histoire \u00bb. Redon r\u00eava apr\u00e8s Hugo des astres \u00e9tranges, Kandinsky et Miro donn\u00e8rent \u00e0 leurs figures un caract\u00e8re erratique, hallucinatoire, une fa\u00e7on de satellites et d\u2019amibes. Et sous l\u2019euphorie d\u2019un horizon nouveau, ouvert, s\u2019insinua une inqui\u00e9tude pascalienne : Nous sommes peut-\u00eatre des corps vou\u00e9s \u00e0 un espace et un temps trop grands pour eux, des corps trou\u00e9s comme des \u00e9ponges, d\u00e9rivant dans une obscurit\u00e9 visqueuse et sans bornes, informe. L\u2019humanit\u00e9 vit alors peut-\u00eatre dans les traces d\u2019un pass\u00e9 dont elle d\u00e9couvrait \u00e9bahie l\u2019existence rang\u00e9 dans les strates empil\u00e9es du temps le motif d\u2019un refoul\u00e9 faisant retour (on s\u2019indignait aux th\u00e9ories de Darwin que l\u2019homme puisse \u00eatre destitu\u00e9 de son statu par la biologie), les inqui\u00e9tudes dont les trac\u00e9s fragiles agissaient en sous-main dans les poup\u00e9es gigognes qu\u2019ils portaient au ventre. La pr\u00e9histoire, litt\u00e9ralement c\u2019\u00e9tait tout ce qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9crit, l\u00e9gend\u00e9. Ce qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9crit c\u2019\u00e9tait alors aussi d\u2019une certaine mani\u00e8re ce qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 sold\u00e9. Ce qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 sold\u00e9 d\u2019\u00e9motions brutes, d\u2019inqui\u00e9tudes sourdes, d\u2019\u00e9piphanies, de palabres lanc\u00e9es aux \u00e9toiles, de fr\u00f4lements de peau, de rythmes et de fureurs, de bruissements et de mouvements dans l\u2019ombre, d\u2019horizons soudains d\u00e9gag\u00e9s, de falaises, de voix qui h\u00e8lent, de tunnels, de lagunes, d\u2019\u00e9clats de lumi\u00e8re, de vent, de rochers, de sources, d\u2019\u00e9chancrures, de sentes, de falaises. Et tout cela vous revient dans la chimie des r\u00eaves, dans des r\u00e9cits emm\u00eal\u00e9s, des images \u00e9vocatrices. Quand une \u00e9poque contemple le fant\u00f4me qu\u2019une de ses doubles a laiss\u00e9 dans un paysage de ruine mang\u00e9 de v\u00e9g\u00e9tation, quand l\u2019on regarde soi-m\u00eame \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 de soi dont on s\u2019est d\u00e9fait comme d\u2019une exuvie pour en accueillir une autre et cet exercice de d\u00e9pouille et de d\u00e9placement perp\u00e9tuel qu\u2019est vivre. On nomme \u00ab chaine de vacances \u00bb ce moment o\u00f9 les Bernard-l\u2019ermite se r\u00e9unissent autour d\u2019une coquille vide adapt\u00e9e \u00e0 la croissance du plus gros d\u2019entre eux, chacun passant ensuite dans la coquille de l\u2019autre. Et j\u2019imagine ainsi confront\u00e9s tous nos possibles s\u2019accordant dans une sorte de hi\u00e9rarchie ou de \u00ab nuage de mots \u00bb. Il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 suivre, la main l\u00e9g\u00e8re, pareille \u00e0 un sismographe ou au bras d\u2019un tourne-disque cr\u00e9pitant dans le sillon d\u2019un vieux vinyle ces chemins de d\u00e9sir. Se dessinent alors d\u2019un trait saccad\u00e9 des formes, des figures, un terrain d\u2019aventure sur lequel la main cour comme Buster Keaton dans le fameux traveling de Seven chances, fabriquant constamment et \u00e0 rythme soutenu le terrain de ses chor\u00e9graphies.<\/p>\n<p>Image : vue d&rsquo;atelier Fabio Viscogliosi,\u00e9t\u00e9 2019.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab le monde devrait rester \u00e0 l\u2019\u00e9tat de maquette, parsem\u00e9 d\u2019\u00e9bauches et de petits croquis \u00bb W. Benjamin \u00ab Ce que je fais m\u2019apprends ce que je cherche \u00bb P. 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