{"id":7148,"date":"2019-09-16T14:57:49","date_gmt":"2019-09-16T13:57:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7148"},"modified":"2019-09-16T14:57:49","modified_gmt":"2019-09-16T13:57:49","slug":"necro","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/necro\/","title":{"rendered":"necro"},"content":{"rendered":"<p>Confession : \u00e0 part une courte p\u00e9riode, lyc\u00e9en peut-\u00eatre, un peu avant ou un peu apr\u00e8s, sensibilit\u00e9 adolescente, romantisme, attrait pour les virtuosit\u00e9s graphiques, je suis toujours pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des grandes toiles sombres de Velickovic, dessins vigoureux \u00e0 la plume ou au pinceau, pleins de tensions et de torsions, familiers de cette beaut\u00e9 convulsive qu\u2019annon\u00e7ait Breton et que je voulais bien entendre pourtant.<!--more--><br \/>\nEt m\u00eame de plus en plus, perdant progressivement ma sensibilit\u00e9 premi\u00e8re pour ce que l\u2019on pourrait appeler la technique, le dessin anatomique et ses complexit\u00e9s, ses virtuosit\u00e9s. Je me souviens d\u2019expositions collectives en galerie o\u00f9, par exemple, je d\u00e9daignais de grands corbeaux sur fond noir avec giclures de sang, trop dramatiques, trop grandiloquentes \u00e0 mon go\u00fbt, trop gotiques pour me figer devant d\u2019inlassables figures passablement mongoliennes de gris, mauves lavandes, roses p\u00e2les, g\u00eanantes ou g\u00ean\u00e9es de Jean Rustin. Il fallait pourtant, d\u2019\u00eatre accroch\u00e9s aux m\u00eames cimaises, de partager les m\u00eames lieux, les m\u00eames groupes d\u2019amateurs, que les deux peintres avec d\u2019autres, comme Dado ou Cremonini, Ronan Barrot, Michel Potage pour la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019apr\u00e8s, forment une vague famille. De ceux qui semblaient bloqu\u00e9s dans l\u2019antichambre de l\u2019officielle contemporaine, n\u2019en \u00e9tant ni tout \u00e0 fait \u00e9trangers, ni tout \u00e0 fait acceptables. De ceux dont parmi les responsables de mus\u00e9es et les critiques on ne parlait pas mais dont on pouvait faire l\u2019\u00e9loge post mortem, annon\u00e7ant en \u00eatre un vieil ami attentif, un familier de longue date. A priori ce n\u2019est qu\u2019une question de go\u00fbt qui, comme sur bien d\u2019autre sujets, exprime une singularit\u00e9 autoris\u00e9e. Il va de soi que l\u2019on puisse plus ou moins appr\u00e9cier tel physique, telles saveurs, telles exp\u00e9riences ou esth\u00e9tiques. Et l\u2019absence de consensus peut rassurer parfois relativement \u00e0 un certain sentiment d\u2019uniformisation pour ne pas dire de conformisme croissant. Ceci dit, ceux qui le connaissaient rappellent aujourd\u2019hui comme il \u00e9tait sympathique ou attentif, soutient ou de pr\u00e9cieux conseil, d\u2019agr\u00e9able voisinage, plein d\u2019histoires. Alors forc\u00e9ment on se reproche de ne pas trouver en soi d\u2019admiration pour cet homme qui de loin vous parait a priori tout \u00e0 fait sympathique. On se dit que peut-\u00eatre on a manqu\u00e9 quelque chose. Ces chiens, ces corps de supplici\u00e9s qui semblaient tous sortis du Christ de Gr\u00fcnewald, des planches de Muybridge, cette fa\u00e7on de tendre les courbes qui m\u2019\u00e9voque toujours Matthieu, moustache et pinceau, regard de d\u00e9fi comme un mousquetaire, ces corbeaux que d\u2019autres trouvaient puissants et graves, pourquoi je n\u2019ai jamais pu y voir qu\u2019exercices, clich\u00e9s, esbroufe d\u2019un peintre un peu conservateur cach\u00e9s dans les plis de la vieille Europe ? Pourquoi l\u00e0 o\u00f9 se disait sans doute une obsession je ne pouvais voir qu\u2019un exercice de style ? Pourquoi suis-je toujours pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 ? Tout le monde \u00e0 son plafond de verre, ses limites et je sais ne pas y \u00e9chapper plus qu\u2019un autre quand bien m\u00eame on travaillerait \u00e0 cultiver un \u00e9clectisme aventureux. On pourrait dire qu\u2019il est par certains c\u00f4t\u00e9s un fr\u00e8re de Bacon, mais un Bacon qui serait tout entier tomb\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de ce que j\u2019aime le moins chez lui, l\u00e0 o\u00f9 la puissance globale \u00e9tant moindre r\u00e9apparait une dimension illustrative qui nous laisse butiner des anecdotes. Les couleurs chez Bacon sont parfois d\u2019une puissance hallucinante, l\u00e0 les gris, les noirs, les rouges sont tellement attendus dans ce qu\u2019ils disent qu\u2019ils acqui\u00e8rent pour moi une expression de surench\u00e8re rh\u00e9torique, de clich\u00e9. Il ne faut plus qu\u2019un corbeau pos\u00e9 sur un fil t\u00e9l\u00e9phonique, un ciel balafr\u00e9 d\u2019une accroche rouge sang et j\u2019entends le \u00ab never more \u00bb de Poe sous la couverture d\u2019une \u00e9dition de poche. Le reste tient peut-\u00eatre \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration, fait que ce que l\u2019on appr\u00e9ciait dans les ann\u00e9es 80 ou 90 nous semble aujourd\u2019hui dat\u00e9 comme il se fait que les formes si sp\u00e9cifiques d\u2019un moment soit nous fascinent d\u2019\u00eatre des sortes d\u2019OVNI soit ont perdu leur saveur. Et l\u2019ambition classique qui traverse l\u2019\u0153uvre, sa nostalgie peut-\u00eatre le condamne \u00e0 \u00eatre en de\u00e7\u00e0 des Greco, des Rembrandt, des Velasquez ou des Goya dont la s\u00e9rie des peintures noires pourrait pourtant \u00eatre un des mod\u00e8les.<br \/>\nLa question se retourne alors et je dois me demander pourquoi ma sensibilit\u00e9 m\u2019a fait ce jour d\u2019alors et d\u2019autres fois, visitant d\u2019autres expositions, d\u00e9daigner Velickovic et donner mon attention \u00e0 Rustin. Alors m\u00eame qu\u2019il me semblait chez ce dernier aussi \u00e0 la longue trouver un petit quelque chose d\u2019automatique ou de routinier qui conf\u00e9rait \u00e0 ses portraits quelque chose de d\u00e9poli que je retrouve aussi parfois aux \u0153uvres de Giacometti lorsqu\u2019il d\u00e9laisse l\u2019observation directe pour travailler d\u2019apr\u00e8s le souvenir ; lorsque l\u2019id\u00e9e donne \u00e0 ses t\u00eates, ses silhouettes, quelque chose de sch\u00e9matique qui ne s\u2019inqui\u00e8te plus des d\u00e9tails particuliers qui singularisent chaque chose en lui donnant un caract\u00e8re propre pour devenir des arch\u00e9types.<br \/>\nC\u2019est d\u2019ailleurs sans doute ce qui me fait m\u2019attacher \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te, utilisant les d\u00e9tails ou l\u2019anecdote pour garder le contact avec l\u2019exp\u00e9rience courante, le go\u00fbt du r\u00e9el.<br \/>\nAlors, malgr\u00e9 tout, cette affection qui n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ces pr\u00e9sences nues \u00e0 la fois embarrass\u00e9e et na\u00efves qui assument comme on voudrait le faire le silence et le d\u00e9pouillement. Un certain \u00e9puisement du geste et de la palette et une discr\u00e9tion feutr\u00e9e \u00e9loign\u00e9e du spectaculaire et de l\u2019emphase des \u0153uvres du premier. Une plus grande singularit\u00e9 de sensibilit\u00e9. Je n\u2019ai crois\u00e9 qu\u2019une fois Jean Rustin dans un vernissage avant sa mort. D\u00e9j\u00e0 \u00e2g\u00e9, en fauteuil. J\u2019\u00e9tais encore \u00e9tudiant. N\u2019ai \u00e9chang\u00e9 qu\u2019un bonsoir ou un bonjour timide. Je ne sais pas ce que c\u2019\u00e9tait pour lui que de s\u2019engager de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e dans le travail du portrait, donnant l\u2019impression de ne plus peindre inlassablement que le m\u00eame et unique tableau. <\/p>\n<p>Image : Vladimir Velickovic, paysage. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Confession : \u00e0 part une courte p\u00e9riode, lyc\u00e9en peut-\u00eatre, un peu avant ou un peu apr\u00e8s, sensibilit\u00e9 adolescente, romantisme, attrait pour les virtuosit\u00e9s graphiques, je suis toujours pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des grandes toiles sombres de Velickovic, dessins vigoureux \u00e0 la plume ou au pinceau, pleins de tensions et de torsions, familiers de cette beaut\u00e9 convulsive [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":7149,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-7148","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7148","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7148"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7148\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7150,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7148\/revisions\/7150"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7149"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7148"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7148"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7148"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}