{"id":7174,"date":"2019-12-15T22:45:05","date_gmt":"2019-12-15T21:45:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7174"},"modified":"2019-12-15T22:45:05","modified_gmt":"2019-12-15T21:45:05","slug":"el-greco","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/el-greco\/","title":{"rendered":"El Greco"},"content":{"rendered":"<p>On ne voit jamais bien d\u2019o\u00f9 sortent les singuliers et par quel mouvement, pas de c\u00f4t\u00e9, par quel geste ils s\u2019extraient, s\u2019affranchissent d\u2019une certaine mani\u00e8re de penser, de sentir ou d\u2019agir qui fait le monde de leurs contemporains pour en susciter une alternative. Ce qu\u2019il aura fallu qu\u2019ils vivent ou qu\u2019ils ignorent, ce \u00e0 quoi ils auront d\u00fb se frotter, ce qu\u2019ils auront d\u00fb fr\u00e9quenter, entretenir, et la volont\u00e9 alors qu\u2019ils avaient \u00e0 c\u0153ur contre l\u2019\u00e9vidence, contre la norme, contre le nombre, d\u2019exercer, port\u00e9s par une foi, un d\u00e9sir, une vision, un horizon qu\u2019ils avaient \u00e0 d\u00e9finir. A moins que ce soit inconsciemment, sans latitude, par une tournure involontaire, une n\u00e9cessit\u00e9 presque m\u00e9canique, et malgr\u00e9 eux ou sans savoir. En souffrance parfois.<!--more--><br \/>\nLes cellules qui font notre mati\u00e8re ainsi dans leurs copies connaissent des erreurs, des mutations productives, heureuses ou malheureuses qui font la diversit\u00e9 du vivant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des esp\u00e8ces, son adaptabilit\u00e9, son buissonnement, ses formes. Le croisement des sources, leurs interpr\u00e9tations, les errances et les erreurs font ainsi la richesse de la vie \u2013 sa richesse croissante \u00e0 la faveur exponentielle des interactions possibles. Et dans ce jeu hasardeux, fruit de n\u00e9cessit\u00e9s qui nous \u00e9chappent : des \u00e9mergences ou des singularit\u00e9s, viables ou \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. <\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, celle du Greco est le fruit de plusieurs mouvements personnels et historiques. Son exil de Gr\u00e8ce o\u00f9 il d\u00e9bute peintre d\u2019ic\u00f4nes, sa formation italienne, l\u2019opportunit\u00e9 espagnole qu\u2019offre l\u2019essor de Madrid et Tol\u00e8de. Les soutiens providentiels, et cette foi intransigeante qui le guide comme celle qui guidera Van Gogh en sa singularit\u00e9 aussi, vers sa tragique solitude et l\u2019incompr\u00e9hension, la gr\u00e2ce aussi. La philosophie et la mystique de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019humanisme renaissant s\u2019ouvre \u00e0 ce que l\u2019on a vu plus tard comme une d\u00e9cadence mani\u00e9riste puis \u00e0 une expression baroque, expressive, lyrique dont il sera un des h\u00e9rauts. Un temp\u00e9rament sans doute et une \u00e9conomie particuli\u00e8re qui induisent ce que l\u2019on peut interpr\u00e9ter tout \u00e0 la fois comme l\u2019exploitation de motifs, th\u00e8mes et compositions ou leur exploration selon une conception moderne. Avec enfin cette outrance des couleurs et effets lumineux, des postures et des \u00e9lans qui s\u2019affirment progressivement, cette fa\u00e7on preste, voire d\u00e9sinvolte si proche de ce qu\u2019explorera pr\u00e8s de 300 ans plus tard la modernit\u00e9 europ\u00e9enne naissante qu\u2019on appelle encore romantisme et qui choquera alors la sensibilit\u00e9 dominante, froissera les go\u00fbts et les jugements, offrira \u00e0 certains une lumi\u00e8re, un \u00e9lan.<br \/>\nD\u00e9formations, maladresses ou gaucheries, sensualit\u00e9 ou lascivit\u00e9 excessives des corps masculins en particulier qui ont fait envisager \u00e0 quelques commentateurs une homosexualit\u00e9 ou une bisexualit\u00e9 au moins latente, effets de collage ou m\u00eame de montage, aberrations, spatialisation flottante qui en font des sortes de visions ou de d\u00e9lires promptement bross\u00e9s dans le frais avec une certaine \u00e9conomie de moyens, non sans similitudes avec les productions automatiques des artistes surr\u00e9alistes du d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle en font sous certains aspects un artiste plus proche d\u2019un Fauve ou d\u2019un expressionniste que de l\u2019art de la Renaissance.<br \/>\nDepuis notre pr\u00e9sent, \u00e0 rebours, une ligne se dessine qui rencontre les \u0153uvres de Delacroix, de C\u00e9zanne ou de Manet, de Van Gogh aussi, par sa mani\u00e8re de transfigurer chaque chose dans son vocabulaire propre en dramatisant la volum\u00e9trie par la couleur et la touche. Et Soutine pour cette fa\u00e7on de vertige bross\u00e9 avec vigueur voire emportement qui plonge qui regarde dans les houles de l\u2019image. Et le risque est grand d\u2019y lire la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00e9volution t\u00e9l\u00e9ologique de l\u2019art. Un mouvement continu, une ligne, presque une fatalit\u00e9. Bien s\u00fbr le Greco que nous admirons et qui nous fascine par sa modernit\u00e9 est une invention contemporaine, une d\u00e9formation perspective. On le r\u00e9duit \u00e0 ce que nous en retenons pour nous, non sans nous \u00e9tonner de ce qu\u2019il ait pu, dans cette sorte d\u2019anachronisme stylistique, exister socialement \u00e0 l\u2019\u00e9poque qui a \u00e9t\u00e9 la sienne. Au fond c\u2019est un usage courant : le pr\u00e9sent regarde dans le pass\u00e9 ce qui le confirme et lui offre la possibilit\u00e9 de s\u2019\u00e9lancer par cette m\u00eame perspective. Mais le Greco d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre qu\u2019\u00e0 peine lisible aux yeux des contemporains de celui qui sous ce nom peignit \u00e0 Madrid et Tol\u00e8de des portraits et des tableaux d\u2019autel.<\/p>\n<p>Les subtilit\u00e9s conceptuelles de la peinture renaissante, la mise \u00e0 distance de la sc\u00e8ne perspective en une image \u00e9difiante et la structuration aristot\u00e9licienne de la storia sont, \u00e0 la fin du XVIeme si\u00e8cle remplac\u00e9es par une dynamique plus vertigineuse, plus volontaire, d\u00e9gag\u00e9e de la mesure, de la stabilit\u00e9 orthogonale de son horizon pour multiplier en des collages complexes les points de vue, combinant plong\u00e9e et contre-plong\u00e9e comme chez Le Caravage et abandonnant la trame \u00e0 la faveur d\u2019un jeu de plis et d\u2019extases. Il s\u2019agit d\u2019\u00eatre happ\u00e9. Chez le Greco, plus encore que chez le Bernin, les corps s\u2019insoumettent \u00e0 la pesanteur naturelle pour, dans l\u2019ignorance de Newton, flotter vaguement, onduler et se d\u00e9former, ductiles, \u00e0 la faveur de forces occultes, un peu comme le laisse imaginer la th\u00e9orie de la Relativit\u00e9, l\u2019espace se courbant, se comprimant, se froissant par l\u2019influence des masses.<br \/>\nEt si Picasso \u00e9voque l\u2019influence d\u00e9terminante d\u2019Ingres et de son sensuel Bain Turc dans l\u2019\u00e9laboration des Demoiselles d\u2019Avignon, ouverture de l\u2019\u00e9poque \u00e0 ce que l\u2019on appellera bient\u00f4t le Cubisme, son \u00e9crasement spatial fait de la continuit\u00e9 ou de la confusion des plans entre fond, rideaux et corps est peut-\u00eatre davantage redevable \u00e0 certaines toiles du Greco. Greco qui \u00e9rotise les corps peut-\u00eatre davantage encore qu\u2019Ingres, celui du Christ particuli\u00e8rement, les rendant tant\u00f4t souples, tant\u00f4t convulsifs, semblables aux lascives hyst\u00e9riques \u00e9rotomanes de la Salp\u00eatri\u00e8re de Charcot, aux figures de Bacon. Tourment\u00e9s semblablement par la r\u00e9alit\u00e9 et les aspirations, le d\u00e9sir et le d\u00e9gout, l\u2019espoir et la folie.<br \/>\nCar son art emporte, aspire, \u00e9meut dans le sens premier du terme. Ces ciels fi\u00e9vreux se trouent, un siphon se forme dans les nuages, les corps longilignes ne connaissent plus le sol ; et nous par adh\u00e9sion avec eux. C\u2019est une peinture du spectaculaire, de l\u2019effet, \u00e0 l\u2019inverse de recueillement monacal. Non pas d\u2019un th\u00e9oricien de la libert\u00e9 moderne en avance sur son temps, mais d\u2019un fervent ouvrier de la foi chr\u00e9tienne dans ses aspirations id\u00e9ales. <\/p>\n<p>Ses compositions sont dramatiques, ses couleurs outr\u00e9es et contrast\u00e9es. Et ce qui nous est si moderne, dans le tumulte, c\u2019est l\u2019apparition de la peinture entant que telle, couleurs, formes, mati\u00e8res, touche, insoumis au r\u00e9alisme, \u00e0 la rigueur anatomique, visible, outrageusement d\u00e9sinvolte parfois et m\u00eame, quand on y regarde de pr\u00e8s, gauche quelquefois, maladroite, comme emport\u00e9e par une imp\u00e9tuosit\u00e9 qui emp\u00eache de se retourner, de reprendre patiemment et dans les r\u00e8gles de l\u2019art, de mani\u00e9rer aussi, se contenant d\u2019indiquer, d\u2019une impression d\u2019ensemble, comme Matisse en ses dessins cursifs. Il n\u2019est plus n\u00e9cessairement question de belle peinture alors (encore qu\u2019on lui connaisse au moins deux mani\u00e8res bien distinctes). Puisqu\u2019\u00e0 la radicale diff\u00e9rence d\u2019avec les modernes dont il est peut-\u00eatre sans le cherche un inspirateur, la peinture entant que telle n\u2019est pas son horizon, elle n\u2019est qu\u2019un moyen, un vecteur. Et incidemment ce qui les oppose par un aspect les rapproche par un autre.<br \/>\nIl voisinerait volontiers pour les couleurs avec Veron\u00e8se ou Pontormo si les model\u00e9s \u00e9taient plus d\u00e9licats, mais c\u2019est au Monet des Nymph\u00e9as que l\u2019on pense pour la touche, l\u2019indication d\u2019une lumi\u00e8re, pos\u00e9e comme sur une \u00e9bauche, une moirure un peu acide, sans soucis de lier, un badigeon pour rehausser, casser un volume ; cette d\u00e9sinvolture encore, si l\u2019on entend les railleries qui accueillirent Impression, soleil levant, place autrement qu\u2019avant les enjeux, vise un autre point, intuitivement, et s\u2019y tient. Ce n\u2019est pas n\u00e9gligence mais \u00e9quilibrage autre, reconfiguration des moyens en vue de fins r\u00e9vis\u00e9es.<br \/>\nDe fait, ce n\u2019est que tr\u00e8s occasionnellement qu\u2019apparait la virtuosit\u00e9 mesur\u00e9e d\u2019un V\u00e9lasquez ou d\u2019un Rembrandt. Et on chercherait en vain le dessin de Michel-Ange, les \u00e9tudes de drap\u00e9s de Vinci. Du cheval blanc un peu mi\u00e8vre de son  Saint Martin, bross\u00e9 \u00e0 grande \u00e9conomie de moyens, dans le frais, pend un \u00e9trier peint avec la gaucherie un peu lourde d\u2019une main na\u00efve (intervention d\u2019un \u00e9l\u00e8ve ou mani\u00e8re qui participe de l\u2019expressivit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale ?). L\u2019armure est du m\u00eame ordre, ouvrag\u00e9e laborieusement, laissant envisager sous le col et la fraise un coup d\u00e9mesur\u00e9ment long pour cette t\u00eate bringuebalante. Le pauvre, lui d\u2019une d\u00e9marche aussi peu naturelle que possible, toute ambigu\u00eb frotte son long corps contre le tissu satin\u00e9, microc\u00e9phale. L\u00e0-bas la ville s\u2019esquisse, floue comme vue \u00e0 travers un verre de cristal surmont\u00e9e d\u2019un ciel lard\u00e9 de blancheurs. Et la Pieta de 1592, le collage de la grande Odalisque d\u2019Ingres, malgr\u00e9 ses aberrations, saute moins aux yeux que ce corps sans bassin auquel les jambes sont mal joint\u00e9es. Une main ici est toute froiss\u00e9e, un orteil l\u00e0 oubli\u00e9. Ici des chiffons froiss\u00e9s sont coll\u00e9s sur des corps p\u00e2les et \u00e9tir\u00e9s, sans soucis de la musculature sur laquelle ils sont sens\u00e9s s\u2019appuyer. On penserait \u00e0 Paul Rebeyrolle. Il faut que nous le regardions avec les yeux d\u2019un moderne pour que ce qui \u00e9tait le canon et l\u2019exigence de l\u2019\u00e9poque ne nous choque pas. Il faut aussi qu\u2019il ait r\u00e9ussi sa phrase pour qu\u2019on le suive dans l\u2019esth\u00e9tique qu\u2019il cr\u00e9e, pour ce de quoi il nous d\u00e9tourne.<br \/>\nJe me souviens encore, \u00e2g\u00e9 de quinze ou seize ans, ma d\u00e9couverte de sa vue de Tol\u00e8de (Metropilitan de New-York), un ciel comme chez Dali, des blancs et des verts \u00e9lectriques, satur\u00e9s, outr\u00e9s, une vision hallucinatoire, presque le pape de Bacon, hyst\u00e9ris\u00e9. Les corps entrelac\u00e9s de la R\u00e9surrection, l\u2019espace convulsif du Bapt\u00eame du Christ qui n\u2019avait de rapport avec notre monde terrestre qu\u2019allusif, approximatif, d\u00e9chirant ce monde-l\u00e0 pour n\u2019en laisser pas seulement entrevoir mais proprement jaillir un autre, vertigineux, enti\u00e8rement fait de mouvements ; apoth\u00e9ose, gloire, symphonie. Le St Sebastien du Prado sans plus rien d\u2019un homme r\u00e9el, tout model\u00e9 et fuyant dans un ciel o\u00f9 les nuages n\u2019\u00e9taient jamais filant \u00e0 l\u2019horizontal mais draps d\u00e9chir\u00e9s, vortex, les fl\u00e8ches collages. Je ne voyais d\u2019ailleurs, feuilletant le livre qui lui \u00e9tait consacr\u00e9, qu\u2019une parent\u00e9 vague entre ces toiles d\u2019une fureur lascive, dionysiaque, Le cinqui\u00e8me Sceau de l\u2019Apocalypse que je croyais de Garouste pour exemple et La trinit\u00e9 douloureuse ou Saint Louis, plus temp\u00e9r\u00e9s, plus ternes, plus paus\u00e9s, plus apolliniennes, \u00e0 reprendre la terminologie nietzsch\u00e9enne. Tout cela devait nourrir ma compr\u00e9hension de l\u2019art et de ses possibilit\u00e9s ou ce \u00e0 quoi je pouvais m\u2019autoriser. Je comprenais que ce que j\u2019avais sous les yeux c\u2019\u00e9tait et ce n\u2019\u00e9tait pas un homme, un portrait, un cheval, un paysage, mais un \u00eatre hybride, illusion de peinture, r\u00e9alit\u00e9 alternative tout \u00e0 la fois lisible et r\u00e9pondant pour partie \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 qui \u00e9tait la mienne et dont l\u2019art \u00e9tait comme un reflet mais ne la mimant en apparence que pour mieux s\u2019en affranchir, ouvrant \u00e0 d\u2019autres n\u00e9cessit\u00e9s, l\u2019inqui\u00e9tant d\u2019une certaine mani\u00e8re.<br \/>\nCe n\u2019est pas une foi commune qui me fit \u00e9lire si t\u00f4t les toiles du Greco parmi ces artistes que je d\u00e9couvrais alors, mais quelque chose de marginal \u00e0 son ambition, accroch\u00e9 \u00e0 la manifestation concr\u00e8te de son art. L\u00e0 encore, ce qui me rejoint, m\u2019\u00e9meut, c\u2019est comme l\u2019\u0153uvre peut r\u00e9pondre \u00e0 ce que j\u2019y investis de moi-m\u00eame, comme elle accompagne ou soutient un mouvement inquiet qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame. Ce qui fait dire \u00e0 Pierre Soulages \u00e9voquant l\u2019art des cavernes que ce qui dans certaines \u0153uvres nous touche, g\u00e9n\u00e8re une dynamique, est \u00ab en dehors des significations que ces peintures pouvaient avoir \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00bb. Ce sont, pour emprunter \u00e0 nouveau au peintre des propos qui rejoignent mes observations personnelles, ces \u00ab qualit\u00e9s concr\u00e8tes de la trace, de la forme, de la t\u00e2che, des contrastes, de la vibration et de la modulation de la couleur \u00bb. Cette pr\u00e9sence concr\u00e8te, sa mise en espace, \u00ab la trace \u00e9lev\u00e9e \u00e0 la dignit\u00e9 de figure \u00bb, la figure n\u2019\u00e9vacuant, n\u2019effa\u00e7ant pas pour autant la trace qui ventriloque \u00e0 travers. Comme l\u2019\u00e9crit l\u2019anthropologue Maurice Godelier \u00e0 propos d\u2019objets conserv\u00e9s au mus\u00e9e des arts premiers, extraits de leur contexte, amput\u00e9s des gestes, des rituels auxquels ils participaient : \u00ab m\u00eame appauvris de sens, l\u2019objet agit sur notre sensibilit\u00e9 \u00bb (le pourquoi, le comment, restent encore \u00e0 expliciter). Alors, malgr\u00e9 la diff\u00e9rence de culture, les si\u00e8cles et le reste, je me sens proche de l\u2019homme, comme d\u2019autres attach\u00e9 sans tout \u00e0 fait n\u00e9cessairement le savoir \u00e0 travers son art et \u00e0 travers le projet qu\u2019il se donne, plus ou moins consciemment, la fonction qu\u2019il lui donne, \u00e0 se mieux d\u00e9finir, \u00e0 porter au-dehors, au-devant de lui, un temp\u00e9rament, une sensibilit\u00e9, \u00e0 les rendre pr\u00e9sents, perceptibles.  Tous nous partageons ce que la figure moderne de l\u2019artiste cristallise et que j\u2019ai lu, si simplement et finement dit par l\u2019\u00e9crivain congolais Sony Labou Tansi : \u00ab Je suis artiste, donc porteur d\u2019une existence mal sue. En fait, j\u2019\u00e9cris (ou je crie) pour qu\u2019il fasse homme en moi \u00bb. <\/p>\n<p>Image : El Greco, le partage de la tunique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On ne voit jamais bien d\u2019o\u00f9 sortent les singuliers et par quel mouvement, pas de c\u00f4t\u00e9, par quel geste ils s\u2019extraient, s\u2019affranchissent d\u2019une certaine mani\u00e8re de penser, de sentir ou d\u2019agir qui fait le monde de leurs contemporains pour en susciter une alternative. Ce qu\u2019il aura fallu qu\u2019ils vivent ou qu\u2019ils ignorent, ce \u00e0 quoi [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":7175,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-7174","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7174","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7174"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7174\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7176,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7174\/revisions\/7176"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7175"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7174"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7174"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7174"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}