{"id":7209,"date":"2020-03-24T23:09:19","date_gmt":"2020-03-24T22:09:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7209"},"modified":"2020-03-24T23:09:19","modified_gmt":"2020-03-24T22:09:19","slug":"le-temps-du-regard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/le-temps-du-regard\/","title":{"rendered":"le temps du regard"},"content":{"rendered":"<p>On a beau \u00eatre l\u00e0, les yeux ouverts face au paysage, regarder un mur de pierre dress\u00e9 comme en travers du temps, tenir dans l\u2019espace de la vue un large pan d\u2019horizon, et du ciel, l\u2019image que l\u2019on s\u2019en fait au-dedans n\u2019a rien d\u2019imm\u00e9diat, d\u2019instantan\u00e9.<!--more--> Monet, comme C\u00e9zanne, battant la campagne, sait qu\u2019une toile, quand bien m\u00eame elle ne serait d\u00e9finitivement plus pour lui \u2014pour eux\u2014 cette \u00ab cosa mentale \u00bb \u00e0 laquelle la soumettait Vinci, est plus qu\u2019une vue, quand bien m\u00eame l\u2019aventure en laquelle ils se sont engag\u00e9s est un mouvement de d\u00e9gagement des codes et conventions historiques, des \u00e9laborations savantes de l\u2019art intellectuel et r\u00e9f\u00e9renc\u00e9. Non, il n\u2019y a pas qu\u2019\u00e0 ouvrir les yeux comme on ouvre une \u00e9cluse et laisser s\u2019engouffrer ce qui se trouve devant. Il n\u2019y a pas qu\u2019\u00e0 saisir ce qui passerait n\u00e9gligemment l\u00e0 devant ces deux billes qui percent du visage comme des vigies ou des sentinelles. Le regard, comme la toile, notera plus tard Gilles Deleuze, est d\u00e9j\u00e0 encombr\u00e9e de clich\u00e9s, peut-\u00eatre d\u2019habitudes ou de r\u00e9flexes, de principes qui, si l\u2019on n\u2019en prend pas garde, si l\u2019on ne garde pas l\u2019\u0153il, peuvent s\u2019abattre sur vous et ravaler le travail dans ce purgatoire o\u00f9 mac\u00e8rent les \u0153uvres mineures et les seconds couteaux. Par l\u00e0 on n\u2019existerait qu\u2019\u00e0 peine. Le danger est autant au-dehors (les conventions sociales) qu\u2019au-dedans (celles que l\u2019on a int\u00e9gr\u00e9, ses propres limites). Et il faut \u00eatre vigilent, redoubler d\u2019effort pour inventer sa propre mani\u00e8re, pour se d\u00e9gager soi-m\u00eame, ou, comme disent les philosophes, pour devenir ce que l\u2019on est. C\u2019est un travail critique, une vigilance de chaque instant, une exigence aussi. Combien de motifs laiss\u00e9s par-derri\u00e8re l\u2019\u00e9paule, d\u2019image entr\u2019aper\u00e7ues, abandonn\u00e9es \u00e0 la recherche d\u2019autre chose ? Combien de toiles g\u00e2ch\u00e9es d\u2019un manque de fermet\u00e9 ou d\u2019abandon ? Combien de scrupules ? Sortir au plein air \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une tangente, une mani\u00e8re de rompre la cha\u00eene, de d\u00e9tourner l\u2019h\u00e9ritage de tous ces peintres d\u2019atelier, des dogmes, de la pompe, mais il fallait encore s\u2019ouvrir grand les yeux, s\u2019ouvrir grand le c\u0153ur pour y laisser rentrer un peu d\u2019inconnu, apprendre \u00e0 reconnaitre la br\u00e8che pour s\u2019y jeter ; avide, comme l\u2019\u00e9crivait Baudelaire, d\u2019y trouver du nouveau. Tout cela n\u00e9cessite un travail sur soi et de l\u2019opini\u00e2tret\u00e9, une certaine ind\u00e9pendance et force de caract\u00e8re, des strat\u00e9gies parfois. Parfois on s\u2019arr\u00eate sur un sentiment. Le regard est comme une inspiration profonde, mais retenue. Rien n\u2019est encore jou\u00e9. On entrevoit simplement une ouverture dans un fourr\u00e9. Le d\u00e9sir a jet\u00e9 son grappin. La seconde partie du travail commence, sans quoi tout ne fait jamais que s\u2019\u00e9vanouir, le d\u00e9sir s\u2019\u00e9tiolant emportant dans son reflux les certitudes, les promesses, le d\u00e9but du cerne par lequel le sentiment premier devait se d\u00e9finir, parvenir sinon au dicible, \u00e0 cette forme que certains tableaux, certaines images, certaines \u0153uvres conservent vif et exhalent autour d\u2019elles, comme font les fleurs, et qui feront que cent ans apr\u00e8s des gens d\u00e9tournent leur chemin en traversant les salles d\u2019un mus\u00e9e pour aller se coller devant sans l\u2019avoir d\u00e9cid\u00e9. Dans l\u2019\u0153il les choses s\u2019agr\u00e8gent par cette respiration dont la sensibilit\u00e9 devient le t\u00e9moin. Les masses, les couleurs, les lumi\u00e8res deviennent lisibles. Le travail de la main aide \u00e0 cela, suivant ce qui fouille \u00e0 l\u2019instinct par l\u2019\u0153il ou par le ventre, le pr\u00e9c\u00e9dant parfois quand tout va et que l\u2019artiste ressent cette f\u00e9licit\u00e9 euphorisante que connaissent ceux qui pratiquent l\u2019improvisation musicale ou dans\u00e9e, ceux qui \u00e0 la faveur d\u2019une vague ou sous le vent ressentent la d\u00e9tente du surf ou du planning. L\u2019\u0153il boit la sensation tandis que la main touille la p\u00e2te, presque autonome, comme on dit que le sont les tentacules d\u2019une pieuvre, vient sur la toile guider le geste, y retourne se confirmer, emportant dans une m\u00e9moire fugace, comme celle d\u2019un contact, ce qu\u2019il a vu et qui s\u2019estompe d\u00e9j\u00e0. \u00ab Le bord commence \u00e0 bleuir ; le bleu \u00e0 son tour, progressant vers l\u2019int\u00e9rieur chasse le pourpre. L\u2019image s\u2019efface peu \u00e0 peu, devenant \u00e0 la fois plus faible et plus petite \u00bb, notera Goethe de cette m\u00e9moire physique, r\u00e9tinienne. Combien de fois en une heure de temps alors que le poignet continuera de tourner, de piquer ici et l\u00e0 sur la palette pour se tendre \u00e0 nouveau, attentif au coup que portera le pinceau sur la toile, \u00e0 toutes ces modulations possibles qui animeront les touches de couleur ? L\u2019impr\u00e9gnation, et la r\u00e9sorbation, semblable \u00e0 ces traces sur le sable que les vagues boivent en s\u2019\u00e9tirant, avant qu\u2019un d\u00e9tail \u00e0 nouveau s\u2019empreinte sur le fond de la r\u00e9tine. Comme une cloche courte qu\u2019il faut choquer cent fois pour qu\u2019elle tienne la note.  Rien d\u2019imm\u00e9diat ni de continu dans la naissance d\u2019une image, dans son invention. Schelling, l\u2019aura not\u00e9 : \u00ab nous ne vivons pas dans la contemplation ; notre savoir est fragmentaire, ce qui veut dire qu\u2019il doit \u00eatre constitu\u00e9 par fragments, et cela \u00e0 force de divisions et de sectionnements \u00bb. Si le cadre que se donne le tableau en est un des premiers mouvements, le duo de la main et du regard pr\u00e9l\u00e8ve encore par portions. Et dans ce qu\u2019il ignore ou occulte et ce qu\u2019il accuse, ce qu\u2019il distord ou traduit, le peintre tisse subjectivement son image \u00e0 partir d\u2019intuition, de volont\u00e9, d\u2019occasions et de lacunes. \u00ab Dans la nature, nous voyons tous plus ou moins les m\u00eames choses, mais tous ne sont pas capables d\u2019exprimer de qu\u2019ils voient. Chaque chose, avant de parvenir \u00e0 son \u00e9tat achev\u00e9, parcourt certains moments, une suite de processus dont chaque processus nouveau p\u00e9n\u00e8tre le pr\u00e9c\u00e9dent et le conduit \u00e0 sa maturit\u00e9 \u00bb. Une vis\u00e9e purement sensible \u00e0 laquelle tout ne parvient que sous la forme d\u2019un agr\u00e9gat de formes color\u00e9es diversement ombrag\u00e9es alterne \u00e0 une vis\u00e9e instruite plus conceptuelle accrochant chaque perception ou sensation \u00e0 un objet identifi\u00e9. Des souvenirs et d\u2019autres images, comme en surimposition, s\u2019y m\u00ealent en un mouvement continu de flux et de reflux compliqu\u00e9s de tourbillons comme on en voit en mer autour des rochers, dans les reliefs des c\u00f4tes. Ce sont des jeux d\u2019\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 et d\u2019infiltrations, des strates, un feuilletage qui parfois, \u00e0 la mani\u00e8re quantique devient le th\u00e9\u00e2tre d\u2019accord ou d\u2019accouplements, de liaisons invisibles.<br \/>\nLa lumi\u00e8re a chang\u00e9, et avec elle le visage des choses. Le peintre empoigne une autre toile, la fixe devant lui sur le chevalet de campagne, ajuste sa palette, se relance sur la piste de cette nouvelle image qui dans le cadre de la premi\u00e8re a pris sa place. Dans une heure, relevant les yeux sur le paysage apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 une nuance, rajout\u00e9 du jaune ou du bleu de Prusse, il ne reconnaitra pas ce \u00e0 quoi il \u0153uvrait. Du rouge s\u2019est infiltr\u00e9, soit qu\u2019il soit apparu par en dessous du bleu pendant qu\u2019il faisait ses m\u00e9langes, soit qu\u2019\u00e0 force d\u2019acclimatation, par un travail de dissolution des couches successives du r\u00e9el, l\u2019\u0153il s\u2019y soit rendu sensible ne voyant \u00e0 force d\u2019insistance plus que lui. Il faudra une toile de plus. Laisser venir cette musique nouvelle, s\u2019en impr\u00e9gner. Relancer l\u2019\u0153il et la main sans effrayer les oiseaux. Sans tarder, mais calmement, le sang froid. Se glisser dans l\u2019instant. \u00ab La v\u00e9rit\u00e9, \u00e9crivait Hegel un demi-si\u00e8cle avant que le peintre cale son atelier sur le motif, n\u2019est pas une monnaie frapp\u00e9e qui peut \u00eatre fournie toute faite et que l\u2019on peut empocher comme \u00e7a \u00bb. Seul le fantasme est fig\u00e9. La r\u00e9alit\u00e9, m\u00eame la plus immobile est toujours changeante. C\u2019est par une configuration nouvelle du regard que ces changements subtils de tons qui donnent de loin son relief \u00e0 l\u2019\u00e9tendue rid\u00e9e de l\u2019eau n\u2019\u00e9taient plus des teintes secondaires venant nuancer le bleu vrai de la mer mais le relief premier, fait de mottes de peinture, qui, ponctuant cette \u00e9tendue, se r\u00e9v\u00e9lait en \u00eatre le sujet m\u00eame, tout en avant des mots : un festonnage de rose p\u00e2le m\u00eal\u00e9 de jaune. Ce qu\u2019il avait sous les yeux n\u2019\u00e9tait plus un seul objet continu, simplement anim\u00e9 de nuances, et que l\u2019on pouvait nommer mer, mais un agr\u00e9gat confus, illisible, singulier, de couleurs juxtapos\u00e9es. Il fallait habituer les yeux \u00e0 ne pas reconna\u00eetre ce qu\u2019ils voyaient. Il fallait les envoyer nus pour qu\u2019ils voient enfin \u00e0 nouveau. Cette innocence cherch\u00e9e, John Ruskin, en ferait presque la d\u00e9finition de la peinture moderne. Une peinture se manifestant sous la forme d\u2019un \u00ab d\u00e9sir d\u2019effacer tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de, dans l\u2019espoir d\u2019atteindre enfin un point que l\u2019on pourrait appeler le vrai pr\u00e9sent \u00bb. Comme un aveugle \u00e0 qui la vue serait subitement rendue. Pour la peindre, il faudrait ne plus savoir ce que c\u2019est qu\u2019une c\u00f4te, une falaise, le ciel, la mer. Une forme blanche pos\u00e9e dynamiquement l\u00e0-dessus.<br \/>\nUn peu moins d\u2019un si\u00e8cle plus tard \u2014une paille, si l\u2019on consid\u00e8re l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration sans pr\u00e9c\u00e9dent de ce si\u00e8cle\u00ac\u2014 c\u2019est cette volont\u00e9 d\u2019atteindre un art du pr\u00e9sent qui fonde celui d\u2019Andy Warhol. Pour ce jeune homme intelligent et ambitieux, avide de reconnaissance, de gloire et de fortune, mais mal \u00e0 l\u2019aise avec les autres comme avec ses propres sentiments qu\u2019il s\u2019obstine d\u2019anesth\u00e9sier, ce qu\u2019il appelle et aime dans la modernit\u00e9 c\u2019est sa superficialit\u00e9. En somme qu\u2019elle soit tout enti\u00e8rement surface, na\u00efvement, intens\u00e9ment et avec ce quelque chose de rassurant que \u00e7a induit : un monde sans arri\u00e8re fond, sans caves, sans m\u00e9moire, presque fig\u00e9 hors du temps, transparent \u00e0 lui-m\u00eame. Cette exp\u00e9rience ph\u00e9nom\u00e9nologique dont il t\u00e9moigne, Monet en son temps sur le motif ne l\u2019a-t-elle pas v\u00e9cue ou appel\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ne plus vouloir qu\u2019\u00eatre cet \u0153il auquel on avait pu le r\u00e9duire (\u00ab qu\u2019un \u0153il, mais quel \u0153il ! \u00bb) : \u00ab je me suis rendu compte, si vous regardez quelque chose assez longtemps, toute signification disparait \u00bb. Le regard se lib\u00e8re du pi\u00e8ge de l\u2019interpr\u00e9tation sans fin qu\u2019installe le d\u00e9sir de signification et l\u2019espoir d\u2019une transcendance, d\u2019un au-del\u00e0, comme l\u2019\u00e9crit M\u00e9riam Korichi. Cette absence de pathos qui distingue l\u2019art impressionniste du Romantisme et m\u00eame d\u2019un certain r\u00e9alisme social et du Symbolisme se retrouve d\u2019une mani\u00e8re assum\u00e9e chez Andy Warhol, d\u00e9pourvu de tout discours critique ou sociologique, de tout lyrisme, ce dernier assurant aimer les choses ordinaires, tout simplement : \u00ab Quand je les peins, je n\u2019essaie jamais de les rendre extraordinaires. Je veux seulement les peindre ordinaires-ordinaires. \u00bb Bernard-Marie Kolt\u00e8s aurait pu poursuivre : \u00ab Pour ma part, j\u2019ai seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un d\u00e9sir, une \u00e9motion, un lieu, de la lumi\u00e8re et des bruits, n\u2019importe qui qui soit un bout de notre propre monde et qui appartienne \u00e0 tous \u00bb.<br \/>\nSi l\u2019Impressionnisme d\u2019une certaine mani\u00e8re poursuit et prolonge le R\u00e9alisme, le Nouveau r\u00e9alisme qui s\u2019appellera bient\u00f4t aux \u00c9tats-Unis \u00ab Pop art \u00bb, prolonge dans un ultra-modernisme quelque chose du mouvement impressionniste. Non pas seulement de mani\u00e8re anecdotique dans la mise en avant de la physionomie m\u00eame de la modernit\u00e9, \u00e0 travers le trivial d\u2019un pont, d\u2019une gare, d\u2019un r\u00e9frig\u00e9rateur ou d\u2019une bouteille de Coca, mais dans la conqu\u00eate de ce \u00ab vrai pr\u00e9sent \u00bb qu\u2019\u00e9voque Ruskin et de sa surface d\u2019inscription. Un tableau, pour Monet comme une image pour Warhol, ne renvoi plus alors qu\u2019\u00e0 lui-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 ses qualit\u00e9s esth\u00e9tiques ou sensorielles. Tandis que d\u2019autres cherchent philosophiquement le monde en soi, dit Monet, lui \u00ab exerce simplement son effort sur un maximum d\u2019apparences \u00bb. Ce qui sera aussi, pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9pure la plus extr\u00eame, le projet des artistes minimalistes am\u00e9ricains, une \u0153uvre dans une ultime transparence se r\u00e9sumant \u00e0 ce que l\u2019\u0153il pouvait en saisir : \u00ab what you see is what you see \u00bb, selon la c\u00e9l\u00e8bre formule de Frank Stella. Monet et Warhol partagent en somme cette m\u00eame ing\u00e9nuit\u00e9 cultiv\u00e9e, revendiqu\u00e9e, et, si l\u2019on entend l\u2019accueil critiques qui leur \u00e9tait fait, conquise \u00e2prement et tenue ferme.<br \/>\nA pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle de distance, ils essuieront les m\u00eames railleries et indignations, accus\u00e9 pour le premier de s\u2019affranchir des r\u00e8gles et du go\u00fbt convenus pour produire des images superficielles, sans fond, sans propos ni fini, pour le second d\u2019opportunisme, de superficialit\u00e9 et d\u2019impersonnalit\u00e9. De Monet, un critique, Louis Leroy, ironisa, en 1874 : ce que nous donnait \u00e0 voir ce jeune homme \u00e9tait une impression, bien s\u00fbr puisque l\u2019on se trouvait, sous son emprise, impressionn\u00e9 ! La toile qu\u2019il avait impudemment propos\u00e9 au public \u00e9tait \u00e0 ses yeux une \u00e9bauche confuse. Th\u00e9ophile Gautier, peu de temps avant avait pareillement jug\u00e9 des toiles de Daubigny qui, \u00e0 l\u2019entendre, se contente d\u2019impressions, aucun de ses travaux ne m\u00e9ritant le statut de tableau, mais seulement celui d\u2019\u00e9bauches, et encore, d\u2019 \u00ab \u00e9bauches peu avanc\u00e9es \u00bb. Quant aux artistes pop dont Warhol devient un des plus rep\u00e9rables repr\u00e9sentants, ils \u00e9taient pour les repr\u00e9sentants de l\u2019Expressionnisme Abstrait la d\u00e9cadence et la vulgarit\u00e9 m\u00eame. Ils avaient en commun avec tout acad\u00e9misme, clamait en 1962 le conservateur du Moma, Peter Selz, \u00ab y compris d\u2019ailleurs l\u2019art nazi et l\u2019art sovi\u00e9tique, une acceptation complaisante des valeurs admises \u00bb, et des plus basses et triviales.<br \/>\nMonet, ignorant que l\u2019ann\u00e9e m\u00eame de sa mort appara\u00eetrait dans un village rural d\u2019Europe centrale, o\u00f9 l\u2019on parle ruth\u00e8ne, un m\u00e9lange d\u2019ukrainien, de slovaque et de hongrois, un jeune homme p\u00e2le et ch\u00e9tif nomm\u00e9 Andrew Warhola, est un peintre poursuivi jusque dans le sommeil par les couleurs comme un souci. Il veut peindre \u00ab l\u2019air dans lequel se trouvent le pont, la maison, le bateau. La beaut\u00e9 de l\u2019air o\u00f9 ils sont. \u00bb, ce qui, il le confesse, n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019impossible. Multipliant les toiles, inventant la s\u00e9rie, il poursuit l\u2019insaisissable, se d\u00e9sesp\u00e9rant parfois de n\u2019\u00eatre capable comme le sont les photographes d\u2019instantan\u00e9s. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 60, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique, r\u00e9alisant 32 peintures de boites de soupe Campbel, comme un catalogue impersonnel des diff\u00e9rentes recettes, Andy Warhol ignore tr\u00e8s certainement tout de ce peintre fran\u00e7ais. Mais cette remarque que fait un critique \u00e0 son propos, \u00e0 changer le nom et le sujet, les rassemble : \u00ab s\u2019il peint vingt fois Marilyn Monroe, c\u2019est parce que c\u2019est telle qu\u2019elle lui appara\u00eet : vingt fois diff\u00e9rentes \u00bb. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On a beau \u00eatre l\u00e0, les yeux ouverts face au paysage, regarder un mur de pierre dress\u00e9 comme en travers du temps, tenir dans l\u2019espace de la vue un large pan d\u2019horizon, et du ciel, l\u2019image que l\u2019on s\u2019en fait au-dedans n\u2019a rien d\u2019imm\u00e9diat, d\u2019instantan\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":7210,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-7209","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7209","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7209"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7209\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7211,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7209\/revisions\/7211"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7210"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7209"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7209"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7209"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}