{"id":7224,"date":"2020-04-27T09:28:19","date_gmt":"2020-04-27T08:28:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7224"},"modified":"2020-04-27T09:29:03","modified_gmt":"2020-04-27T08:29:03","slug":"lombre-de-lombre-avec-sorolla","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/lombre-de-lombre-avec-sorolla\/","title":{"rendered":"l&rsquo;ombre de l&rsquo;ombre (avec Sorolla)"},"content":{"rendered":"<p>Sorolla nait 20 ans apr\u00e8s Monet, sous des latitudes plus m\u00e9diterran\u00e9ennes, et ce sont les plages de Valence et Biarritz dont il signe la l\u00e9gende. Si sa naissance espagnole incite un peu facilement \u00e0 le dire h\u00e9riter de Goya et de Velasquez, la libert\u00e9 et la virtuosit\u00e9 de sa touche t\u00e9moignent de la filiation et le rapprochent d\u2019\u00c9douard Manet et de Berthe Morisot dont il semble poursuivre l\u2019embard\u00e9e, de John Singer Sargent dont il est contemporain.<!--more--> Ses toiles les plus libres comme le balcon du <em>Patio des Artistes du caf\u00e9 Novedades<\/em> (1915), <em>la Sieste<\/em> (1911), <em>Bacante<\/em> (1886) ou des <em>Ramendeuses \u00e0 Valence<\/em> tiennent de la jubilation picturale la plus d\u00e9brid\u00e9e, la mati\u00e8re et la touche jouant \u00e0 \u00e9gal du sujet, pour ne pas dire davantage, dans la saveur de l\u2019image. Si les toiles de Monet conservent pour la plupart quelque chose de pos\u00e9 qui pr\u00e9serve l\u2019id\u00e9e classique de paysage, les toiles de Sorolla \u00e9voquent assez souvent les cadrages photographiques modernes, certains \u00e9l\u00e9ments d\u2019arri\u00e8re-plan semblant avoir \u00e9t\u00e9 saisis accidentellement. Et c\u2019est assez incr\u00e9dule que j\u2019ai pass\u00e9 longuement de ces photographies o\u00f9 on le voit travailler sur le motif de grands formats dans des conditions parfois \u00e9quilibristes aux reproductions de toiles pleines de vies au rendu des lumi\u00e8res et reflets impeccables, presque photographiques, \u00e0 ces instants saisis sur le vif qui \u00e9voquent tellement les vieux albums de familles quand ils donnent la s\u00e9quence d\u2019un \u00e9t\u00e9, des premiers ch\u00e2teaux de sable entre cousins et des rires, la parenth\u00e8se se fermant par des jeux sur la plage dans le soleil couchant d\u2019une fin de vacances. Certainement, et les reproche qu\u2019on lui fait parfois en t\u00e9moignent, il peignait tr\u00e8s vite. Mais quand bien m\u00eame ; un enfant court plus vite que le plus rapide des peintres ne peint, les vagues qui fluent et refluent continuellement sur le sable ne sont jamais que semblables les unes aux autres sans r\u00e9p\u00e9ter le m\u00eame mouvement et un cheval ne peut prendre \u00e9ternellement la pose. La m\u00e9moire la plus fid\u00e8le en outre ne peut retenir tant de nuances de teintes et toutes les subtilit\u00e9s des reflets dont les toiles t\u00e9moignent. Je ne sais quel fut exactement son usage de la photographie, mais Clotilde Garcia del Castillo avec qui il se marie ne 1888 est fille d\u2019un photographe, Antonio Garc\u00eda Peris, et il la repr\u00e9sentera en 1906 sur la plage tenant dans les mains un appareil photo compact dans une toile incidemment titr\u00e9e <em>L\u2019instantan\u00e9<\/em>. Toile signifiante par laquelle le peintre d\u00e9clare sans doute sa dette \u00e0 la photographie en ce qu\u2019elle informa son regard et lui permis de saisir mieux que ne l\u2019aurait permis un croquis des sc\u00e8nes de vie ordinaires et touchantes. Le mot renvoi aussi \u00e0 Monet, tout comme Sorolla br\u00fblant de saisir le mouvement des choses, projet oh ! combien paradoxal, contraint \u00e0 l\u2019urgence et \u00e0 ce proc\u00e9d\u00e9 qu\u2019il mettra au point dans son travail de s\u00e9rie qui consiste \u00e0 affecter pour un m\u00eame sujet une toile \u00e0 chaque moment de la journ\u00e9e, l\u00e2chant que ce qu\u2019il cherche au fond et qui lui donne tant de mal, c\u2019est un instantan\u00e9. Alors que Monet les \u00e9labore laborieusement par cette touche singuli\u00e8re des Impressionnistes, Sorolla semble, virtuose, aller droit au but et dans un geste large. La lumi\u00e8re chez lui simplifie l\u2019espace et le sentiment comme elle le fait quelque fois chez C\u00e9zanne, mais \u00e0 la voie de la g\u00e9om\u00e9trie et de l\u2019immobilit\u00e9 qui pr\u00e9parent le Cubisme chez le peintre d\u2019Aix, il pr\u00e9f\u00e8re celle de la sensualit\u00e9 et du mouvement.<br \/>\nUne toile comme la fameuse <em>Promenade<\/em> tient du ralenti que l\u2019on ferait \u00e0 regarder un vieux film de famille jusqu\u2019\u00e0 un arr\u00eat fascin\u00e9 sur une posture, un visage rendu \u00e0 l\u2019hyst\u00e9rie de la distance et du d\u00e9sir. Ces anonymes dont on re\u00e7oit le regard \u00e0 cinquante ans de distance ou plus alors qu\u2019ils ne sont plus et qu\u2019en plus de cette vitre c\u2019est un ab\u00eeme de temps qui nous remplit la bouche et emp\u00eache nos gestes. C\u2019est de la beaut\u00e9 saisie au vol comme image mais insaisissable dans la vie ordinaire. La r\u00e9alit\u00e9 la plus naturelle et presque na\u00efve ou innocente s\u2019assimile \u00e0 une sorte de r\u00eaverie, de fantasme tendre que la photographie ou la peinture parfois, ou un po\u00e8me, d\u00e9rivent pour marquer leur apparition furtive et quelque peu extraordinaire. Est-ce, comme le condottiere du \u00ab flirt photographique \u00bb, Claude Nori, l\u2019\u00e9noncera plus tard, que \u00ab les d\u00e9sirs sont d\u00e9j\u00e0 des souvenirs \u00bb ? Qu\u2019il y a dans ce mouvement le t\u00e9moignage d\u2019une perte, d\u2019un \u00e9vanouissement que l\u2019image \u00e9clipse. On a l\u00e2ch\u00e9 la proie pour l\u2019ombre. Mais au fond on ne sait plus qui est l\u2019ombre de l\u2019autre. <\/p>\n<p>Image : <em>Joaquin Sorolla, Promenade au bord de la mer, 1909.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sorolla nait 20 ans apr\u00e8s Monet, sous des latitudes plus m\u00e9diterran\u00e9ennes, et ce sont les plages de Valence et Biarritz dont il signe la l\u00e9gende. 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