{"id":7318,"date":"2021-03-30T09:16:23","date_gmt":"2021-03-30T08:16:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7318"},"modified":"2021-03-31T10:17:11","modified_gmt":"2021-03-31T09:17:11","slug":"25-photographies-de-chris-marker-jacques-sicard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/25-photographies-de-chris-marker-jacques-sicard\/","title":{"rendered":"25 photographies de Chris Marker &#8211; Jacques Sicard"},"content":{"rendered":"<p><em>Avec ses quatre dromadaires<br \/>\nDon Pedro d&rsquo;Alfaroubeira<br \/>\nCourut le monde et l&rsquo;admira.<br \/>\nIl fit ce que je voudrais faire<br \/>\nsi j&rsquo;avais quatre dromadaires&#8230;<\/em><br \/>\nGuillaume Apollinaire<\/p>\n<p>25 photographies. 25 proses br\u00e8ves qui \u00e9grainent ou ponctuent la nuit pour la clore sur elle-m\u00eame ou la sceller. C\u2019est aussi bien un film qu\u2019un livre : la travers\u00e9e d\u2019une unit\u00e9 de temps et comment celle-ci l\u00e8ve au paysage de ce temps des images.<!--more--><br \/>\nVingt-cinq photographies de Chris Marker, pr\u00e9lev\u00e9es parmi les 800 qui le composent, de son film Si j\u2019avais quatre dromadaires\u2026<br \/>\n25 textes ou fragments, 25 notes qui y r\u00e9pondent, ou y r\u00e9agissent, ou les regardent, ou les disent dans ce qu\u2019elles suscitent en l\u2019auteur \u00e0 partir de leur apparition et par leur installation dans l\u2019attention. 25 saisies br\u00e8ves, 25 \u00e9chos, aussi bien pens\u00e9es ou po\u00e8mes. 25 pour 24 heures. 0,03 pourcents retenus sur 800 images. La part des anges.<br \/>\nCes images, on les pose devant soi, ou on se pose devant elles. On leur fait prendre la pose. Elles invitent \u00e0 ouvrir chacune la porte qu\u2019elles retournent en soi.<br \/>\nLa question \u00e9tait de savoir s\u2019y me fallait d\u2019abord revisionner le film de Marker dont je n\u2019avais qu\u2019un souvenir vague et brouill\u00e9 pour lire le livre de Jacques Sicard, et le suivre. Ou bien \u00ac\u2014ce que j\u2019ai finalement fait\u2014 le livre fabriquait-il une travers\u00e9e ind\u00e9pendante relativement, levant ses propres images, dont le film de Chris Marker sugg\u00e9rait le mouvement libre, proche de cette d\u00e9rive qu\u2019embrass\u00e8rent les surr\u00e9alistes et qu\u2019on imagine d\u00e9j\u00e0 chez Baudelaire parcourant Paris, chez Rousseau ou Nietzsche pensant-marchant ; et le souvenir, aussi lacunaire soit-il suffisait.<br \/>\n\u00ab La connaissance des villes est li\u00e9e au d\u00e9chiffrement de leurs images prof\u00e9r\u00e9es comme dans un r\u00eave \u00bb, \u00e9crit Siegfried Kracauer.<br \/>\nLe cin\u00e9ma de Marker, comme celui de Godard est \u00e0 la fois narratif en le sens qu\u2019une voix y tend un fil qui coud en une s\u00e9quence continue des fragments, images et citations disjoints et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Ainsi l\u2019auteur est celui qui, par le montage, donne sens au chaos, dans les deux sens du terme : l\u2019oriente et le met au service d\u2019une signification.  Celui qui trace un chemin. Et, dirait-on, plastique, dans le sens que l\u2019image est consid\u00e9r\u00e9e comme mati\u00e8re. Non seulement surface ou repr\u00e9sentation, mais corps, chimie, ph\u00e9nom\u00e8ne. Marker dans un de ces films (peut-\u00eatre Sans soleil ?) dira : \u00ab elles se donnent pour ce qu\u2019elles sont : des images. Pas la forme transportable et compacte d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 inaccessible \u00bb. En ceci participent-elles d\u00e9j\u00e0 d\u2019une forme de r\u00eave ou de digestion digressive du r\u00e9el.<br \/>\nMarker comme Godard (aussi bien dans sa Lettre \u00e0 Freddy Buach que dans son\/ses Histoire(s) du cin\u00e9ma) comme ici Jacques Sicard, fouillent du regard, de la pens\u00e9e, du texte ou de la langue dans ce mat\u00e9riau de traces semblable \u00e0 un corps disloqu\u00e9, \u00e0 des vestiges de l\u2019aventure humaine, tout autant compos\u00e9s de gestes, de mouvements, de regards que de r\u00eaves et de symboles. Ils en font quelque chose comme une cartographie, science comme on le sait \u00e9quivoque o\u00f9 l\u2019objectivit\u00e9 se m\u00eale \u00e0 diverses projections (le corps dans le territoire et le territoire comme corps).<br \/>\nAlors, cette m\u00e9lancolie qu\u2019on dit propre \u00e0 la photo, en ce qu\u2019elle est l\u2019objet de la r\u00e9surgence du pass\u00e9 comme de la mise au pass\u00e9 de chaque instant qu\u2019elle vise, embrasse tout le cin\u00e9ma de Marker et peut-\u00eatre aussi le livre de Sicard. C\u2019est comme de parcourir un vieil album, un livre d\u2019histoire, un livre d\u2019instants \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, d\u2019\u00e9checs, de disparitions et d\u2019ombres port\u00e9es. On y lit tout autant les m\u00e9caniques \u00e0 l\u2019\u0153uvre que mettent en lumi\u00e8re les sciences sociales que l\u2019inconfort de la sensibilit\u00e9 vis-\u00e0-vis de ces m\u00e9caniques ou sch\u00e9matisations qu\u2019un part indicible exc\u00e8de et d\u00e9place et qui tient au double fond du langage.<br \/>\nJe parle d\u2019ombres port\u00e9es, car le pr\u00e9sent est pr\u00e9cis\u00e9ment le lieu, le rivage o\u00f9 meurent \u00e0 nos pieds et sur nous les luttes et les d\u00e9faites d\u2019hier, comme leurs illusions, leurs propres lignes de perspective. Il fait de nous les d\u00e9positaires de r\u00e9cits qu\u2019il faudra peut-\u00eatre d\u2019abord patiemment d\u00e9monter, d\u00e9construire avant de les remonter et cela semble-t-il sans fin.<br \/>\nCette histoire, au centre du cin\u00e9ma de Marker, de ce que l\u2019on pourrait appeler des essais visuels o\u00f9 le politique prend cette forme nuanc\u00e9e, complexe, que la po\u00e9sie lui conf\u00e8re, elle hante aussi le livre de Jacques Sicard. L\u2019engagement de Marker s\u2019avoue souvent sentimentaliste et r\u00e9clame r\u00e9guli\u00e8rement un peu d\u2019innocence. Alors Sicard peut dire que les photographies de marker sont \u00ab une fiction dessill\u00e9e \u00bb ; qu\u2019elles prennent en charge la col\u00e8re de ceux qui se tiennent face \u00e0 l\u2019objectif, us\u00e9s mais fiers, \u00ab du fond de leur conscience d\u2019avoir un couteau plant\u00e9 dans le dos \u00bb. Le livre, comme le film sont \u00ab un regard \u00bb.<br \/>\nEt ce mot de conscience est, il me semble central. Tant dans ce livre dont chaque fragment, \u00e0 la fois sommaire, sobre et extr\u00eamement riche de sens est comme une explicitation, que dans ses pr\u00e9c\u00e9dents \u2014 notamment Godard, ou Chorus, en dialogue avec Philippe Blanchon\u2014 ou dans ce que le cin\u00e9ma de Marker tout comme celui de Godard met au travail. Je repense alors au film Le camion de Duras :<br \/>\nMD :<br \/>\n<em>Elle dit les mots : prol\u00e9tariat\u2026classe ouvri\u00e8re\u2026<br \/>\nElle dit : maintenant ils savent nommer leurs exploitants\u2026 leurs oppresseurs\u2026 lire\u2026 \u00e9crire\u2026<\/em><br \/>\nGD :<br \/>\n<em>Avant, ils ne savaient ni lire ni \u00e9crire. Maintenant, ils savent lire et \u00e9crire. Leurs connaissances, quant \u00e0 leur sort, sont consid\u00e9rables.<\/em><\/p>\n<p>Jacques Sicard, <em>vingt-cinq photographies de Chris Marker<\/em>, \u00e9ditions La Barque 2021.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec ses quatre dromadaires Don Pedro d&rsquo;Alfaroubeira Courut le monde et l&rsquo;admira. Il fit ce que je voudrais faire si j&rsquo;avais quatre dromadaires&#8230; Guillaume Apollinaire 25 photographies. 25 proses br\u00e8ves qui \u00e9grainent ou ponctuent la nuit pour la clore sur elle-m\u00eame ou la sceller. 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