{"id":7360,"date":"2021-09-01T09:35:08","date_gmt":"2021-09-01T08:35:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7360"},"modified":"2021-09-04T22:35:05","modified_gmt":"2021-09-04T21:35:05","slug":"arnaud-maisetti-saint-just-des-poussieres-jean-dytar-jaccuse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/arnaud-maisetti-saint-just-des-poussieres-jean-dytar-jaccuse\/","title":{"rendered":"Arnaud Ma\u00efsetti, Saint-Just &#038; des poussi\u00e8res &#8211; Jean Dytar, #J&rsquo;accuse"},"content":{"rendered":"<p>En cette fin de mois d\u2019ao\u00fbt, pour accompagner cette rentr\u00e9e de septembre, paraissent deux livres \u00e9crits par deux compagnons de route qui, si dissemblables par le ton, le sujet ou la forme qu\u2019ils soient, se saisissent tout deux d\u2019un moment de l\u2019histoire, d\u2019un nom, pour sugg\u00e9rer une lecture critique de notre propre pr\u00e9sent et incidemment questionner les rapports que nous avons aux images.<br \/>\nA Arnaud Ma\u00efsetti on doit le fi\u00e9vreux <em>Saint-Just &amp; des poussi\u00e8res<\/em>, plongeant dans le corps convulsif de la R\u00e9volution. Portrait fauve d\u2019un homme comme d\u2019une p\u00e9riode, des d\u00e9sirs et de l\u2019insoumission, fougueux comme un chant, lyrique comme une Ode. A Jean Dytar, <em>#J\u2019accuse<\/em>, roman graphique cisel\u00e9 et fouill\u00e9 qui m\u00eale les temps pour nous faire revivre le d\u00e9bat m\u00e9diatique sur fond d\u2019antis\u00e9mitisme qui a pris ce que l\u2019on a appel\u00e9 l\u2019affaire Dreyfus et auquel n\u2019ont rien \u00e0 envier nos actuels r\u00e9seaux sociaux et les pol\u00e9mistes les plus \u00e9c\u0153urants. <!--more--><\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>D\u2019Arnaud Ma\u00efsetti, cela fait plus de quinze ans qu\u2019on lit le journal, les notes, les nuits dans les Carnets et sur son blog Contretemps. Son travail sur le th\u00e9\u00e2tre, la ville et la nuit. Un premier r\u00e9cit publi\u00e9 au Seuil en 2008, suivi par un premier essai sur Kolt\u00e8s chez Publie.net et ce petit livre que l\u2019on a fait ensemble \u00e0 partir d\u2019un trajet en train, <em>La Mancha<\/em> chez Nuit Myrtide. Derni\u00e8rement un tr\u00e8s beau r\u00e9cit en regard des photographies d\u2019Ulrich Lebeuf, <em>Dakar nuit<\/em>, aux \u00e9ditions Charlotte Sometimes et une biographie de Kolt\u00e8s aux \u00e9ditions de Minuit, parue en 2018.<\/p>\n<p>Vivre ressemble \u00e0 une d\u00e9rive, \u00e0 la travers\u00e9e confuse d\u2019une nuit o\u00f9 l\u2019on ne sait plus bien ce qui rel\u00e8ve de l\u2019observation concr\u00e8te et ce qui tient du r\u00eave ou du d\u00e9lire. On s\u2019accroche \u00e0 des mots re\u00e7us comme en \u00e9cho de ses propres pens\u00e9es ou sensations, on caresse les paysages du visible, tout parcourus de signes, on rage aussi de ce qui nous gouverne, des injustices, des bassesses, de la d\u00e9solation comme fatal contrepoids aux beaut\u00e9s, \u00e0 la po\u00e9sie, aux \u00e9piphanies. Toute l\u2019\u0153uvre d\u2019Arnaud Ma\u00efsetti semble travers\u00e9e par ce mouvement physique d\u2019insoumission farouche travers\u00e9 de tendresses, d\u2019\u00e9lans et de vertiges que prend en charge une voix, c\u2019est-\u00e0-dire une parole en forme de geste.<br \/>\nDans ce r\u00e9cit, \u00e0 travers la figure de Saint-Just, \u00e9loquent, jeune et radical, dont il retrace la g\u00e9n\u00e9alogie, la trajectoire de com\u00e8te, c\u2019est l\u2019histoire qu\u2019il questionne. C\u2019est ce faisceau de forces contradictoires, de grands \u00e9lans et de petites man\u0153uvres qui animent cet espace commun que l\u2019on nomme politique, \u00e0 la fois organisation de la vie commune et pratique du pouvoir. Et ce \u00e0 quoi nous sommes redevables aujourd\u2019hui ou ce dont nous payons le prix, \u00ab puisque ceux qui ont tranch\u00e9 le corps de Saint-Just nous gouvernent encore aujourd\u2019hui \u00bb.<br \/>\nEt on se souvient que Michelet r\u00e9digeait son volume sur la Terreur en 1853 \u00ab dans une vieille maison transparente que per\u00e7ait les pluies \u00bb, pr\u00e8s de Nantes, sur les m\u00eames mois correspondant \u00e0 la Terreur. Ainsi plongeait-il avec son sujet \u00ab dans la nuit et dans l\u2019hiver \u00bb.<br \/>\nQue doit ce r\u00e9cit enfi\u00e9vr\u00e9 aux man\u0153uvres, \u00e0 la confusion d\u2019aujourd\u2019hui, \u00e0 ce sentiment qu\u2019une r\u00e9volution manqu\u00e9e patine depuis ces nuits o\u00f9 l\u2019on venait debout sur les places pour se tenir ensemble, \u00e9cho \u00e0 ces jours o\u00f9 des peuples se tenaient partout sur ces places comme dans la roue de l\u2019ancien monde ?<br \/>\n\u00ab Nous avons de l\u2019histoire une id\u00e9e vague et d\u00e9faite. Nous savons qu\u2019elle a eu lieu. Nous supposons les hommes et les dates. Nous supposons les mots, nous imaginons les foules en armes, le sang crach\u00e9 et tomb\u00e9 \u00e0 cause des mots. Nous pensons en \u00eatre issus. \u00bb<br \/>\nAlors, plut\u00f4t que d\u00e9daigner les ombres ou les fuir, il faut y aller voir, y plonger, travailler \u00e0 en retrouver le corps dans la confusion, le trouble, les \u00e9chauffements de ses mouvements.<\/p>\n<p>On ne sait pas bien ce qu\u2019est l\u2019histoire ou ce dont elle a la charge : un m\u00e9lange de ce qui, de gestes et de paroles, a s\u00e9diment\u00e9 sur son sol ; de fantasmes, de malentendus ; des noms jet\u00e9s en pleine lumi\u00e8re ou escamot\u00e9s dans des tomb\u00e9es obscures (ce qui revient souvent au m\u00eame) dont on s\u2019est donn\u00e9 pour but de lire aux plis, aux traces, aux lacunes m\u00eames. On y cueille pourtant le sentiment que s\u2019y tiennent serr\u00e9s les germes de notre pr\u00e9sent le plus opaque. Quand bien m\u00eame celui-ci se manifesterait dans quelque chose d\u2019aussi ind\u00e9chiffrable qu\u2019un visage encrisp\u00e9 dans le marbre d\u2019un buste ou dans les fines hachures d\u2019une gravure.<br \/>\nA l\u2019aube du XVIIIe si\u00e8cle a ainsi lev\u00e9 de la terre une forme qui se cherchait dans la convergence de dizaines de foyers allum\u00e9s ici et l\u00e0 et qui avaient d\u00fb se reconna\u00eetre un horizon commun que localisait vaguement le mot justice ou celui de bonheur pour amorcer ce mouvement d\u00e9cisif que l\u2019on dit r\u00e9volutionnaire. L\u2019un d\u2019eux a pris pour nom Saint-Just. L\u2019a incarn\u00e9 dans un verbe ac\u00e9r\u00e9, aussi net, aussi aigu et bref qu\u2019une lame. Il en a \u00e9t\u00e9 une des lignes de cr\u00eate. On ne le connait souvent que comme l\u2019un des onze. Arnaud Ma\u00efsetti nous restitue l\u2019homme intransigeant dont le souvenir encore fait trembler, ses phrases d\u00e9finitives, sans concessions, comment le th\u00e9\u00e2tre leur donne corps et port\u00e9e ; et aussi le front, les actions tr\u00e8s concr\u00e8tes, les nuits r\u00e9duites \u00e0 un suspend. L\u2019invraisemblable bourbier qu\u2019il faut provoquer pour le retourner sur lui-m\u00eame. \u00ab\u00a0\u00a0\u00bbLes circonstances ne sont difficiles que pour ceux qui reculent devant le tombeau\u00a0\u00bb et Saint-Just avance vers lui \u00e0 pas press\u00e9, non comme un suicid\u00e9, mais pour enjamber son ombre &#8211; et chercher l&rsquo;histoire.\u00a0\u00bb<br \/>\nOn lit port\u00e9 par cette mer agit\u00e9e comme on se retourne en sueur tout le long d\u2019une m\u00eame nuit, \u00e9puis\u00e9 par un r\u00eave hallucin\u00e9.<\/p>\n<p>Jean Dytar, nous venions de passer l\u2019agr\u00e9gation en arts, embarqu\u00e9s dans la m\u00eame promotion pour une ann\u00e9e de stages et formations lorsqu\u2019il travaillait au <em>Sourire des marionnettes<\/em> (Delcourt, 2009), conte oriental trait\u00e9 dans la tradition des miniatures persanes. En 2012 ou 13 je l\u2019avais accompagn\u00e9 \u00e0 Venise sur le th\u00e9\u00e2tre de ce qui deviendrait <em>La vision de Bacchus<\/em> (Delcourt, 2014), album pour lequel il avait choisi cette fois le crayonn\u00e9 et les encres pour restituer l\u2019ambiance de 1510 dans l\u2019atelier d\u2019Antonello de Messine. <em>Florida<\/em>, tr\u00e8s remarqu\u00e9, retra\u00e7ait en 2018 l\u2019aventure du dessinateur et cartographe Jacques le Moyne conjointe \u00e0 la conqu\u00eate de la Floride par la France au XVIe si\u00e8cle par de d\u00e9licats lavis d\u2019aquarelle. Aujourd\u2019hui, <em>#J\u2019accuse<\/em> se penche sur le caract\u00e8re m\u00e9diatique de l\u2019affaire Dreyfus par un dessin en noir et blanc, hachur\u00e9, dans la veine des illustrations XIXeme.<\/p>\n<p>Pas plus que le livre d\u2019Arnaud Ma\u00efsetti ne se r\u00e9sume \u00e0 une biographie de Saint-Just ou \u00e0 un ouvrage historique sur la R\u00e9volution, le roman graphique de Jean Dytar n\u2019est un simple documentaire sur l\u2019affaire Dreyfus. Pourtant, le parti pris de l\u2019auteur a \u00e9t\u00e9 de s\u2019en tenir scrupuleusement aux sources des archives de l\u2019\u00e9poque. Chaque texte, chaque dialogue qu\u2019il donne \u00e0 lire est un copi\u00e9-coll\u00e9 des r\u00e9actions, des proc\u00e8s-verbaux, des articles de presse qui ont nourri un proc\u00e8s sans \u00e9quivalent sur pr\u00e8s de dix ans jusqu\u2019\u00e0 en devenir un fait social historique. \u00ab De 1894 \u00e0 1906, l\u2019affaire Dreyfus d\u00e9fraie la chronique. L\u2019auteur en d\u00e9cortique les m\u00e9canismes et nous la fait vivre comme si elle se d\u00e9roulait aujourd\u2019hui, avec nos moyens de communication. Cette mise en sc\u00e8ne de l\u2019espace m\u00e9diatique met en \u00e9vidence les dynamiques qui peuvent conduire \u00e0 la polarisation de la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 partir d\u2019un \u00e9v\u00e9nement initial devenu pr\u00e9texte d\u2019un grand conflit de valeurs\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Jean Dytar livre ainsi un objet hybride qui m\u00eale l\u2019esth\u00e9tique de la presse du XIXeme si\u00e8cle, la bande dessin\u00e9e et les m\u00e9dias modernes, de la t\u00e9l\u00e9vision aux r\u00e9seaux sociaux pour explorer les dynamiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans ces espaces de polarisation des positions et de violence des \u00e9changes. \u00ab Repr\u00e9senter l\u2019affaire Dreyfus \u00e0 travers les dispositifs m\u00e9diatiques contemporains, ce choix, dit-il, me paraissait une fa\u00e7on int\u00e9ressante de mettre en perspective le pass\u00e9 depuis le pr\u00e9sent, mais aussi en miroir le pr\u00e9sent depuis le pass\u00e9.<br \/>\nIl en r\u00e9sulte une proposition que je crois \u00e9trange et esp\u00e8re stimulante, \u00e0 mi-chemin entre la rigueur historienne et la fantaisie anachronique. \u00bb<\/p>\n<p>Nous connaissons tous ou croyons connaitre l\u2019affaire Dreyfus. Nous nous souvenons d\u2019une sorte de fait divers ayant tenu la chronique au cours du XIXe, accusation \u00e0 tort d\u2019un officier port\u00e9e par un antis\u00e9mitisme latent, par l\u2019orgueil militaire et politique qui avait tent\u00e9 d\u2019\u00e9touffer la chose plut\u00f4t que de reconnaitre des irr\u00e9gularit\u00e9s et du fameux J\u2019accuse de Zola qui avait oblig\u00e9 \u00e0 la r\u00e9vision et \u00e0 l\u2019acquittement. Les souvenirs simplifient. Et les histoires que l\u2019on se passe de main en main finissent \u00e0 ressembler \u00e0 de vagues comptes moraux pour enfants. En empoignant ce J\u2019accuse on commence d\u2019abord par rafraichir ses souvenirs. Et puis assez rapidement, connaissant croit-on les grands jalons de l\u2019histoire, on consomme son indignation, tenu pas une intrigue qui pour \u00eatre tr\u00e8s mince, cabre tellement la raison qu\u2019elle acqui\u00e8re en quelques pages le caract\u00e8re ligneux et exasp\u00e9rant des r\u00e9cits de Kafka. On attend avec impatience les trompettes de Zola, comme la survenue d\u2019un h\u00e9ros pour venger les injustices, replier la m\u00e9diocrit\u00e9 et les bassesses sur elles-m\u00eames et sonner le happy end. Mais l\u2019engluement se fait plus lourd, la mauvaise foi, les mesquineries, l\u2019inertie prodigieuse de la raison et de l\u2019appareil politique de plus en plus insupportables. Le monde devient fou sous nos yeux, se vautre et se complet dans une m\u00e9diocrit\u00e9 sinistre attis\u00e9e par un antis\u00e9mitisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Rien n\u2019est plus audible. Il n\u2019y a plus pour loi, contre l\u2019\u00e9vidence de plus en plus manifeste, contre la consid\u00e9ration m\u00eame des faits que celle des plus forts ou celle du nombre. Ceux qui sont le bras militaire, ceux qui crient, qui simplifient \u00e0 leur avantage. Pour la b\u00eatise et la haine. Un peuple de zombies. Les expressions les plus sereines, les plus mesur\u00e9es, les plus prudentes, les plus humaines en un mot sont d\u00e9cr\u00e9dibilis\u00e9es, laissant une sauvagerie affam\u00e9e de sang se d\u00e9complexer largement, couvrir tout le champ. Aller \u00e0 l\u2019encontre de ce qui s\u2019est fait opinion publique devient une sorte de suicide social et presque litt\u00e9ral. Une faute. On s\u2019effraie de ce pouvoir de p\u00e9n\u00e9tration de la haine aveugle \u00e0 l\u2019\u00e9gard des juifs, de sa capacit\u00e9 \u00e0 emporter les foules plus que tout autre raison. De ce consensus. On est devant la d\u00e9finition du bouc \u00e9missaire. Les paroles, les d\u00e9clarations s\u2019affrontent d\u00e9sormais hors sol, en pure rh\u00e9torique, sans que l\u2019argumentation rigoureuse n\u2019ait de poids. N\u2019importe quelle petite pique d\u2019un \u00e9ditorialiste raciste vaut pour accusation. Enfin, et il nous semble tr\u00e8s tard, apr\u00e8s d\u2019autres que l\u2019on ignorait, survient la voie de Zola. Une fois, deux fois. Rien n\u2019y fait. L\u2019affaire a 3 ans. Dreyfus est incarc\u00e9r\u00e9, le monde lui crache au visage. On aimerait le voir fusill\u00e9 et m\u00eame, on sent que le peuple s\u2019en frustrerait. Il faudrait que ce soit plus atroce encore, plus sadique. Comme la peur qu\u2019inspire \u00e0 certains les araign\u00e9es les fait apr\u00e8s les avoir tu\u00e9es les \u00e9crabouiller jusqu\u2019\u00e0 les d\u00e9manteler, les r\u00e9duire, les d\u00e9figurer, les an\u00e9antir. La justice au fond n\u2019a rien \u00e0 voir, on n\u2019en parle presque pas, tout est affaire de d\u00e9signation, de col\u00e8re ou de frustrations \u00e0 purger. Le sort en a d\u00e9cid\u00e9. Tout \u00e7a nous semble en d\u00e9finitive relever d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 immature, archa\u00efque, soumises aux passions les plus basses. Incompatibles avec notre sensibilit\u00e9 moderne. Et pourtant, tout \u00e7a nous est \u00e9trangement familier. Qui oserait dire que notre \u00e9poque ignore les violences d\u2019\u00e9tat, les opacit\u00e9s du pouvoir et de certaines organisations, les proc\u00e8s d\u2019opinion, les pol\u00e9mistes populistes ? On sent comme purent l\u2019\u00eatre ceux qui suivaient l\u2019affaire dans la presse \u00e0 l\u2019\u00e9poque que ces guerres d\u2019opinion, excitantes un moment finissent par lasser et on ne veut plus que la coupe franche en ce qu\u2019elle offre du repos, de la clart\u00e9. On ne demande m\u00eame plus justice, mais seulement fin. De toute fa\u00e7on on ne sait plus bien \u00e0 quoi croire, \u00e0 qui se ranger et puis on a cri\u00e9 trop fort dans un sens pour pouvoir se risquer \u00e0 une quelconque r\u00e9vision. C\u2019est la loi du spectacle que de r\u00e9pondre \u00e0 un r\u00e9cit modul\u00e9 avec ses montagnes russes, ses tambours, ses violons et puis le couperet sur lequel vient se surimprimer le g\u00e9n\u00e9rique de fin. Cette affaire ne nous revient-elle pas comme un reflet dans un miroir ?<br \/>\nAlors que je lui livrais ainsi mes sensations \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une premi\u00e8re lecture, l\u2019auteur me confirmait :<br \/>\n\u00ab\u00a0Depuis que je suis dessus, je n&rsquo;arr\u00eate pas d&rsquo;\u00eatre sid\u00e9r\u00e9 par les r\u00e9sonances avec le moment qu&rsquo;on vit. La polarisation permanente, le bavardage permanent, jusqu&rsquo;\u00e0 saturation, l&rsquo;instrumentalisation du moindre fait ou propos, perte de rep\u00e8res, fake news et complotisme en embuscade, le racisme dans la police, les tentations nationalistes et autoritaires, la liste serait trop longue&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9vidence que l&rsquo;on appelle : une justice vrai, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 l\u00e9gitime, la possibilit\u00e9 d&rsquo;une vie meilleure, fraternelle, libre. Mais dans un cas comme dans l&rsquo;autre, l&rsquo;\u00e9vidence et la l\u00e9gitimit\u00e9 ne donnent pas ou pas aussi simplement, aussi directement qu&rsquo;on le voudrait. C&rsquo;est l&rsquo;acharnement, la pers\u00e9v\u00e9rance, le sacrifice des heures qu&rsquo;il faut jeter avec les mots, les discours, les forces dont ils sont porteurs. Ce qui m\u00e8ne de 1788 \u00e0 1794 comme de 1984 \u00e0 1906 est travaill\u00e9 par le m\u00eame enlisement qui excite les nerfs ou accable selon les heures, les m\u00eames retournements, les vocif\u00e9rations, les mises \u00e0 l&rsquo;index, le fant\u00f4me de la mort pour toute r\u00e9ponse. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En cette fin de mois d\u2019ao\u00fbt, pour accompagner cette rentr\u00e9e de septembre, paraissent deux livres \u00e9crits par deux compagnons de route qui, si dissemblables par le ton, le sujet ou la forme qu\u2019ils soient, se saisissent tout deux d\u2019un moment de l\u2019histoire, d\u2019un nom, pour sugg\u00e9rer une lecture critique de notre propre pr\u00e9sent et incidemment [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":7361,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-7360","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7360","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7360"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7360\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7366,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7360\/revisions\/7366"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7361"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7360"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7360"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7360"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}