{"id":7375,"date":"2021-09-11T09:01:15","date_gmt":"2021-09-11T08:01:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7375"},"modified":"2021-09-11T09:07:59","modified_gmt":"2021-09-11T08:07:59","slug":"fin-du-monde-et-fin-de-mois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/fin-du-monde-et-fin-de-mois\/","title":{"rendered":"Fin du monde et fin de mois."},"content":{"rendered":"<p><em>Pousse ton genou, j&rsquo;passe la troisi\u00e8me<br \/>\n\u00c7a fait jamais qu&rsquo;une borne que tu m&rsquo;aimes<br \/>\nJe sais pas si je veux te conna\u00eetre plus loin<br \/>\nArr\u00eate de me dire que je vais pas bien<br \/>\nC&rsquo;est comment qu&rsquo;on freine<br \/>\nJe voudrais descendre de l\u00e0<br \/>\nC&rsquo;est comment qu&rsquo;on freine<br \/>\nCascadeur sous Ponce-Pilate<br \/>\nJ&rsquo;cherche un circuit pour que j&rsquo;m&rsquo;\u00e9clate<br \/>\nL&rsquo;allume-cigare je peux contr\u00f4ler<br \/>\nLes vitesses c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 plus cal\u00e9<br \/>\nC&rsquo;est comment qu&rsquo;on freine<br \/>\nTous ces cosaques me rayent le canon<br \/>\nJe nage dans le goulag je r\u00eave d&rsquo;\u00e9vasion<br \/>\nCaract\u00e9riel je sais pas dire oui<br \/>\nDans ma pauvre cervelle carton bouilli<br \/>\nC&rsquo;est comment qu&rsquo;on freine<br \/>\nJe m&rsquo;acolyte trop avec moi-m\u00eame<br \/>\nJe me colle au pare-brise \u00e7a me g\u00eane<br \/>\n\u00c7a sent le cram\u00e9 sous les projos<br \/>\nRegarde o\u00f9 j&rsquo;en suis je tringle aux rideaux<br \/>\nC&rsquo;est qu&rsquo;on freine<br \/>\nJe voudrais descendre de l\u00e0<\/em><\/p>\n<p>(Gainsbourg\/Baschung)<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>De m\u00eame que l\u2019on observe entre 1780 et 2020 un mouvement historique vers l\u2019\u00e9galit\u00e9 tant au niveau du statut, de la propri\u00e9t\u00e9, du revenu que du genre et de la race observable dans la plupart des r\u00e9gions et soci\u00e9t\u00e9 de la plan\u00e8te (ce qui ne veut pas dire loin s\u2019en faut que l\u2019\u00e9galit\u00e9 id\u00e9ale ait \u00e9t\u00e9 atteinte), le niveau de vie en occident a globalement augment\u00e9 de mani\u00e8re significative au cours de ces 200 derni\u00e8res ann\u00e9es. Tout d\u2019abord en ce qui concerne l\u2019hygi\u00e8ne, la sant\u00e9, l\u2019acc\u00e8s au soin, \u00e0 l\u2019eau et \u00e0 la nourriture, \u00e0 l\u2019information ou \u00e0 la culture, la s\u00e9curit\u00e9 ; mais aussi dans le domaine du confort et des divertissements.<br \/>\nAinsi parlera-t-on alors de \u00ab progr\u00e8s \u00bb (m\u00eame si celui-ci, comme la m\u00e9daille, a toujours un revers). Nous vivons en meilleure sant\u00e9, plus longtemps et avons acc\u00e8s \u00e0 des choses impensable du temps seulement de nos grands-parents.<br \/>\nEt nous en sommes tous ou presque b\u00e9n\u00e9ficiaires. Tous, nous ne b\u00e9n\u00e9ficions pas \u00e9galement de ces progr\u00e8s, mais seule une minorit\u00e9 de la population en est radicalement \u00e9loign\u00e9e.<br \/>\nUne vie o\u00f9 nous serions \u00e0 la merci des saisons, d\u00e9pendant de la chasse et de la cueillette, de la lumi\u00e8re du soleil, limit\u00e9s dans nos d\u00e9placements par nos jambes, l\u2019absence de routes s\u00fbres, \u00e0 la merci du brigandage, des b\u00eates sauvages. Une vie sans r\u00e9pits ni vacances, ni repos, ni commodit\u00e9s, ni contraception, ni m\u00e9decine moderne et s\u00e9curit\u00e9 sociale, libert\u00e9 de culte ; sans restaurants, supermarch\u00e9s, frigos, sans eau courante, sans t\u00e9l\u00e9 ni t\u00e9l\u00e9phone ni ordinateur ou tablette, console de jeu, sans voiture ni train et je ne sais encore combien de ces petites choses qui font notre vie courante nous parait inconcevable, \u00e0 proprement parler invivable. Mais, comment nous vivions avant, nous l\u2019avons oubli\u00e9 ou l\u2019ignorons largement. Que l\u2019on puisse mourir de faim quelque part dans le monde nous r\u00e9volte l\u00e9gitimement, qu\u2019un enfant meure \u00e0 la naissance ou dans ses premi\u00e8res ann\u00e9es de vie nous est un drame incommensurable et on oublie qu\u2019il y a quatre g\u00e9n\u00e9rations dans nos pays \u00ab d\u00e9velopp\u00e9s \u00bb c\u2019\u00e9tait encore largement r\u00e9pandu.<br \/>\nTout n\u2019est pas parfait, les in\u00e9galit\u00e9s sont encore criantes, la pauvret\u00e9 (particuli\u00e8rement dans un pays riche, par contraste) intol\u00e9rable ; mais on vient de loin.<br \/>\nEt contre l\u2019intuition courante, une \u00e9tude sociologique a m\u00eame fait le constat que les foyers les plus modestes sont ceux o\u00f9 l\u2019on trouve le plus d\u2019\u00e9crans et \u00e9quipements hi-fi par habitants, qui sont paradoxalement non pas des produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 mais de confort voire de luxe. Assign\u00e9s consommateurs, pris dans un commerce des d\u00e9sirs, certains contracteront les d\u00e9penses li\u00e9es \u00e0 la sant\u00e9 et \u00e0 la nourriture pour acheter des produits technologiques \u00e0 obsolescence programm\u00e9e, des v\u00eatements de marque dont ils sont convaincus qu\u2019ils leur sont plus n\u00e9cessaires encore.<br \/>\nEn r\u00e9alit\u00e9s, avec le progr\u00e8s technique et le d\u00e9veloppement de l\u2019industrialisation puis de la consommation de masse, nos d\u00e9sirs, nos exigences ont augment\u00e9. Nous nous sommes gliss\u00e9s assez complaisamment dans le r\u00f4le de ces consommateurs sur lesquels le commerce mondial fonde et exerce son empire. Les classes moyennes en Europe aujourd\u2019hui sont plus d\u00e9licates que l\u2019\u00e9taient au XVIIeme si\u00e8cle les nobles qui se baignaient au mieux une fois par semaine. Entant que \u00ab consommateurs \u00bb, massivement nous nous sommes laiss\u00e9s aller \u00e0 nos d\u00e9sirs les plus d\u00e9brid\u00e9s comme si, nous souvenant des mill\u00e9naires de faim, de peur et de froid, nous faisions le plein de tout ce qu\u2019il \u00e9tait possible de prendre. L\u2019autolimitation \u00e9tant, apprend-on des recherches actuelles en neurosciences, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 nos instincts profonds. En un mot, on en a profit\u00e9 et on en profite encore. Et cela ne concerne plus uniquement les quelques pourcents les plus riches. On ne sait m\u00eame plus comment nous en passer. Sans trop nous embarrasser de soucis \u00e9thiques ou \u00e9cologiques, ni du long terme, nous avions deux cr\u00e9dos : libert\u00e9 et abondance, sournoisement intriqu\u00e9s.<br \/>\nProgr\u00e8s, modernit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 et sont encore consid\u00e9r\u00e9s comme la dynamique port\u00e9e par l\u2019essor de l\u2019industrie pour dominer la nature et d\u00e9passer notre condition premi\u00e8re. Un mouvement d\u2019affranchissement et m\u00eame de r\u00e9alisation et cela d\u00e8s le n\u00e9olithique, l\u2019agriculture, l\u2019\u00e9levage et les premi\u00e8res soci\u00e9t\u00e9s s\u00e9dentaires, la division du travail.<br \/>\nLe r\u00eave des classes moyennes : une maison \u00e0 soi avec son carr\u00e9 de pelouse, une voiture, une t\u00e9l\u00e9, de l\u2019\u00e9lectrom\u00e9nager, des divertissements et des vacances en Tha\u00eflande ou \u00e0 d\u00e9faut, sur la c\u00f4te d\u2019Azur, aux Bal\u00e9ares. Au pire, en camping \u00e0 la Grande Motte.<br \/>\nL\u2019industrie qui est, il faut le rappeler, une invention \u00e9conomique ancestrale en germe dans les premiers artisanats, a accompagn\u00e9 et amplifi\u00e9 dans un contexte lib\u00e9ral la course au progr\u00e8s que tous appelaient. \u00c9conomie naturelle, biologique qui se fonde dans un monde de pr\u00e9dation soumis \u00e0 l\u2019entropie, elle se caract\u00e9rise par une devise : chercher toujours \u00e0 maximiser les b\u00e9n\u00e9fices, c\u2019est-\u00e0-dire en avoir le plus possible avec le moins possible de d\u00e9pense. Ainsi le rapace plane et utilise les courants d\u2019air chaud, ainsi l\u2019homme utilise la force motrice animale, d\u00e9veloppe l\u2019agriculture, standardise son artisanat, l\u2019engage dans la r\u00e9volution industrielle\u2026 va chercher le pain en trottinette \u00e9lectrique.<br \/>\nBient\u00f4t, avec le d\u00e9veloppement du digital, c\u2019est le fantasme de commander au doigt et \u00e0 l\u2019\u0153il. R\u00e9duire l\u2019effort physique au minimum d\u2019une pression tactile (En oubliant naturellement la chaine dans ses aspects les plus triviaux qui veut que pour que ce mode de vie advienne ici il faut qu\u2019ailleurs des forces, des corps soient mis \u00e0 contribution dans l\u2019ombre d\u2019un esclavagisme moderne.).<br \/>\nLorsque les consommateurs risquaient d\u2019\u00eatre combl\u00e9s dans leurs besoins et m\u00eame dans ce suppl\u00e9ment qui diff\u00e9rencie vivre de survivre, les organes de recherche et d\u00e9veloppement des entreprises ne tardaient pas \u00e0 anticiper des besoins que chacun se reconnaitrait finalement avoir en proposant de nouveaux outils dont chacun \u00e9tait disait-on alors une r\u00e9volution \u00e0 ne pas manquer. Oui, soit que l\u2019on soit devenus des enfants g\u00e2t\u00e9s, insatiables, soit que nous nous laissions trop facilement convaincre que nos vies devaient \u00eatre am\u00e9lior\u00e9es \u00e0 coup de cr\u00e9dits et d\u2019accumulations, par les puissances du marketing, de la publicit\u00e9, la mode, c\u2019est-\u00e0-dire du symbolique, nous avons globalement consenti \u00e0 ce qui \u00e9tait \u00e0 la fois un gain, un progr\u00e8s et une forme sournoise de servitude que chaque jour nous nourrissions. Psychologiquement, socialement nous avions finalement besoin chaque jour d\u2019un peu plus ou d\u2019autre chose. Difficile de trouver quelqu\u2019un qui n\u2019ait jamais jou\u00e9 le jeu. Et le plaisir de cet accroissement du confort a encore une fois globalement agit comme un isolant, emp\u00eachant opportun\u00e9ment de questionner les chaines de production, l\u2019exploitation des ressources naturelles et de la main d\u2019\u0153uvre humaine. Et quand on nous apprenait finalement les diff\u00e9rences de niveau de vie, de d\u00e9veloppement sur les diff\u00e9rents continents, c\u2019\u00e9tait avec le poids d\u2019une fatalit\u00e9 qui ne nous concernait pas vraiment que nous figurions les gens, des enfants cueillir le coton de nos t-shirts, se br\u00fbler la peau dans des bains de teinture, coudre des baskets qu\u2019ils ne porteraient jamais. Les mouvements \u00e9cologiques et sociaux sont soumis \u00e0 une incroyable inertie.<br \/>\nChaque ville a ses noms d\u2019inventeurs, d\u2019industriels, de malins ayant eu le nez creux qui ont r\u00e9ussi, on fait fortune. Ils ont laiss\u00e9 ici et l\u00e0 de belles maisons, des marques dont le titre b\u00e9n\u00e9ficie aujourd\u2019hui d\u2019un \u00ab since 1835 \u00bb qui les inscrit au patrimoine. En r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agissait rarement de cambriolages ou de casses de banques ; simplement de commerce. Nous y avons tous contribu\u00e9 entant qu\u2019acheteurs ne regardant qu\u2019aux b\u00e9n\u00e9fices, \u00e0 nos b\u00e9n\u00e9fices pratiques ou affectifs. Et tant que nous en avons b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 naturellement, nous n\u2019y avons pas trouv\u00e9 \u00e0 redire. Tant que d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, la plan\u00e8te, confi\u00e9e \u00e0 des interm\u00e9diaires aux mains sales y pourvoit, tout va pour le mieux dans le meilleur de mondes possibles. On redira aujourd\u2019hui en se faisant livrer un repas \u00e0 domicile parce qu\u2019il est tard ou qu\u2019il pleut que d\u2019accord c\u2019est pas un super m\u00e9tier, livreur Deliveroo ou Huber, mais c\u2019est au moins un m\u00e9tier.<br \/>\nC\u2019est un exemple que l\u2019on met parfois en \u0153uvre en classe, invitant tous les \u00e9l\u00e8ves, assis depuis leur place, \u00e0 viser avec une boule de papier une corbeille pos\u00e9e devant le tableau, en promettant une bonne note \u00e0 qui mettrait le premier panier. Ceux qui sont devant, les plus favoris\u00e9s, s\u2019engagent dans le jeu avec fougue, bien content sans le dire de leur avantage et il n\u2019y a que ceux du fond qui se plaignent de ce qu\u2019alors ils distinguent alors comme la diff\u00e9rence entre \u00e9galit\u00e9 et \u00e9quit\u00e9.<br \/>\nRare sont ceux qui mettent en critique en raison d\u2019un id\u00e9al d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de justice un syst\u00e8me qui leur b\u00e9n\u00e9ficie. La conscience \u00e9cologique patine depuis quarante ou cinquante ans. Parce qu\u2019\u00e0 l\u2019inqui\u00e9tude et \u00e0 la contrainte nous pr\u00e9f\u00e9rons notre pouvoir d\u2019achat. Et il n\u2019est pas vrai que nous n\u2019achetons que raisonnablement et pour nos besoins essentiels. Sinon 50% des articles resteraient en rayon.<br \/>\nEncore une fois, nous avons appel\u00e9 des objets, adopt\u00e9 des usages, exig\u00e9 des services, des possibilit\u00e9s. La plupart n\u2019\u00e9taient pas des besoins vitaux, essentiels, mais ils nous semblaient \u00e9tendre nos vies, les servir. Ils nous ont permis de conqu\u00e9rir le temps et dans m\u00eame geste, l\u2019espace. D\u2019\u00e9tendre et enrichir notre monde sensible. Aspirateur, micro-ondes, zones commerciales, TGV, avion mettant Madrid \u00e0 1H de Lyon, GPS, t\u00e9l\u00e9phone puis smartphone bourr\u00e9 d\u2019applications, plateformes commerciales, sites discount, fast-food, brosses \u00e0 dent \u00e9lectriques, distributeurs de canettes, de barres de chocolat, d\u2019argent, boites mail, r\u00e9seaux sociaux, wifi, huber, livreurs Deliveroo\u2026<br \/>\nEt on mesure chaque jour les contraintes que cela fait d\u2019utiliser le moins possible sa voiture, de s\u00e9lectionner les produits locaux, de saison, produits de mani\u00e8re biologique ou raisonn\u00e9e, de r\u00e9duire les emballages et les d\u00e9chets, de pr\u00e9f\u00e9rer l\u2019occasion au neuf, la r\u00e9paration au remplacement, d\u2019\u00e9viter le scrolling sur les r\u00e9seaux sociaux, les sites de vid\u00e9o en ligne\u2026<br \/>\nNous avons d\u00e9laiss\u00e9 les fruits et l\u00e9gumes les moins photog\u00e9niques, leur pr\u00e9f\u00e9rant ceux que l\u2019agro-industrie se mettait alors \u00e0 calibrer. Nous avons \u00e9tendu le principe d\u2019assurance \u00e0 tous les aspects de nos vies. Et aujourd\u2019hui encore, une boite de conserve d\u00e9form\u00e9e pendant le transport, poqu\u00e9e par une chute, quand bien m\u00eame elle renfermerait de la sauce tomate sera boud\u00e9e par le consommateur et bien souvent jet\u00e9e.<br \/>\nEt si je dis \u00ab nous \u00bb, c\u2019est en n\u00e9gligeant sciemment l\u2019\u00e9troite classe sociale qui bricole avec ses contradictions \u00e0 laquelle je fais partie, parce qu\u2019elle n\u2019est ni pr\u00e9serv\u00e9e des efforts, ni pure et en tout \u00e9tat de cause, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle o\u00f9 l\u2019on se place, num\u00e9riquement n\u00e9gligeable.<br \/>\nC\u2019est trop facile de pointer toujours du doigt les riches, les bourgeois, les patrons, les grosses boites en oublions que nous les nourrissons et profitons des services ou des biens qu\u2019ils commercialisent. De s\u2019extraire de l\u2019\u00e9quation \u00e0 la faveur d\u2019une lecture binaire et manich\u00e9enne.<br \/>\nOn a peine \u00e0 imaginer que nos parents ou nos grands parents aient pu se passer de la plupart de ces services, de ces technologies qui nous sont vitaux, se soient montr\u00e9s moins exigeants, moins difficiles que nous le sommes.<br \/>\nRevers de la m\u00e9daille, outre cette d\u00e9pendance, les capitaux et les pouvoirs ont continu\u00e9 de se concentrer, l\u2019attrait du gain a \u00e9mouss\u00e9 s\u00e9rieusement le souci de l\u2019autre, de son bien \u00eatre comme de sa sant\u00e9 puisqu\u2019il fallait collectivement verser son tribut \u00e0 cette nouvelle divinit\u00e9 bic\u00e9phale de production et de consommation comme jadis on donnait ses bras, ses enfants \u00e0 la patrie, les ressources se sont \u00e9rod\u00e9es, la pollution a augment\u00e9 et les interd\u00e9pendances sont devenues inextricables. Mais la recette marchait : les consommateurs en redemandaient encore, travaillaient, s\u2019endettaient pour rejoindre l\u2019id\u00e9al bourgeois que lorgnent tout autant les classes moyennes que d\u00e9favoris\u00e9es. Des biens, du confort, des divertissements. Nos soci\u00e9t\u00e9s ont accueilli et nourri l\u2019id\u00e9ologie et la machine capitaliste. Et donc les in\u00e9galit\u00e9s sociales qu\u2019elles induisaient. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 est c\u2019est toujours le moteur de leur d\u00e9veloppement.<br \/>\nClasses moyennes hautes et basses emm\u00e8nent les enfants \u00e0 la f\u00eate foraine. Les enfants des presque riches et les enfants des presque pauvres lorgnerons les m\u00eames gadgets en plastique fabriqu\u00e9s en Chine \u00e0 bas co\u00fbt et import\u00e9s par containers. Certains parents sont comme les enfants aimant\u00e9s par ce qui brille. D\u2019autres, plus critiques, l\u00e2chent la bride pour le plaisir des petits et parce que \u00ab pour une fois \u00bb. Le forain en tirera b\u00e9n\u00e9fice, vendant du r\u00eave avec ses boniments. Les importateurs auront fait leur marge. Les uns, \u00e0 fort pouvoir d\u2019achat auront fait une d\u00e9pense n\u00e9gligeable ; les autres auront rogn\u00e9 sur la sant\u00e9 et la qualit\u00e9 des aliments. Tout au bout de la chaine des anonymes rempla\u00e7ables vou\u00e9es \u00e0 des vies de mis\u00e8re extrairont les ressources, se courberont sur une chaine de production 15 heures par jour. Au tir \u00e0 la carabine de jeunes adultes miseront une semaine de l\u2019argent du foyer pour esp\u00e9rer remporter une console de jeu, un baladeur MP3 ou une mini moto, un sac de contrefa\u00e7on. Ce qu\u2019on vient observer une fois par an dans les drogues du bruit et des lumi\u00e8res semble donner une image assez proche du jeu somnambulique que nous jouons quotidiennement.<br \/>\nEn occident encore, nous avons v\u00e9cu \u00e0 cr\u00e9dit d\u2019un tiers de l\u2019humanit\u00e9 au moins. Si nous pouvions manger des bananes ou des avocats, des sushis et des hamburgers, des \u00e9pices, du chocolat et du caf\u00e9 tout au long de l\u2019ann\u00e9e, nous meubler \u00e0 chaque rentr\u00e9e chez Ikea de ces meubles jetables, partir en vacances avec Easyjet pour pas cher \u00e0 l\u2019autre bout du monde, avoir une ou deux voitures par foyer, des t\u00e9l\u00e9phones et des ordinateurs, du chauffage en hiver et de la clim en \u00e9t\u00e9, rouler en trottinettes \u00e9lectriques, c\u2019\u00e9tait parce que nous \u00e9tions privil\u00e9gi\u00e9s. Lointains b\u00e9n\u00e9ficiaires d\u2019une histoire coloniale et capitalistique. Et, nous le savions, nous le disions, si tous les chinois ou tous les indiens, tous les africains se mettaient \u00e0 consommer comme nous, \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier des m\u00eames salaires et donc des m\u00eames protections sociales qu\u2019Europe et \u00c9tats-Unis, il n\u2019y aurait pas assez de bien, pas assez de ressources (certains avaient calcul\u00e9 qu\u2019il faudrait exploiter 6 plan\u00e8tes comme la n\u00f4tre), ce serait la catastrophe. Une mani\u00e8re d\u2019avouer \u00e0 demi-mot que \u00e7a arrangeait tout le monde que les pays restent encore un certain temps \u00ab en voie \u00bb de d\u00e9veloppement. Qu\u2019il fallait des pauvres pour que nous puissions \u00eatre ais\u00e9s.<br \/>\nAujourd\u2019hui les in\u00e9galit\u00e9s g\u00e9ographiques restent criantes, et pourtant le barrage craque. La population mondiale augmente trop, nous continuons de trop consommer et de trop polluer. L\u2019\u00e9quation r\u00e9v\u00e8le ses approximations, nos incons\u00e9quences. Notre \u00e9conomie, nos retraites, notre niveau de vie est bas\u00e9 sur le principe de la croissance infinie. C\u2019est une fuite en avant.<br \/>\nConsentirions-nous collectivement \u00e0 r\u00e9duire notre consommation, \u00e0 changer nos comportements, \u00e0 \u00eatre d\u00e9croissants, sobres autant que possible ? A arr\u00eater les vir\u00e9es en week-end, les s\u00e9ries Netflix, le surf sur Youtube ou Instagram ? Et cela sans que ce nous soit impos\u00e9 ? Non. Nous savons que nous devrions nous passer d\u2019un certain confort, de certaines habitudes mais \u00e7a nous est individuellement impossible. Et d\u2019autant que si nous \u00e9tions seuls \u00e0 nous contraindre cela n\u2019aurait aucun effet sur le d\u00e9r\u00e8glement que nous abordons. Nous attendons de voir qui fera quoi le premier pour suivre, un peu, \u00e9ventuellement.<br \/>\nFreud remarque : \u00ab Dans la fureur la plus aveugle de la destructivit\u00e9, nous ne pouvons manquer de reconna\u00eetre que la satisfaction de l\u2019instinct s\u2019accompagne d\u2019un degr\u00e9 extraordinairement \u00e9lev\u00e9 de jouissance narcissique. \u00bb<br \/>\nLe plaisir est plus fort que la raison. Un smicard peut \u00eatre convaincu qu\u2019il a besoin d\u2019un \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9 plus plat et plus grand. Un cadre, qu\u2019il a besoin de faire installer des commandes \u00e9lectriques sur ses volets et son portail.<br \/>\nNous l\u2019entrevoyons alors, si l\u2019on veut \u00e9viter la catastrophe, une d\u00e9cision politique ferme et contraignante est n\u00e9cessaire. Si les lois ont pour but de guider les comportements, d\u2019entraver ceux qui sont collectivement n\u00e9fastes pour garantir une perp\u00e9tuation de la vie et de ses conditions essentielles, certaines sont \u00e0 inventer pour nous contraindre collectivement et pour notre bien \u00e0 trier nos d\u00e9chets, r\u00e9duire notre consommation de biens comme de services, de bande passante, de gaz, carburants ou \u00e9lectricit\u00e9, et nos d\u00e9placements, tout comme la vitesse est limit\u00e9e sur les routes et le crime puni.<br \/>\nUne telle intrusion avec ses outils de contr\u00f4le et \u00e9ventuellement ses sanctions serait aujourd\u2019hui per\u00e7ue comme autoritaire et antid\u00e9mocratique. Il est pr\u00e9visible qu\u2019elle serait combattue au titre des libert\u00e9s et par le refus des contraintes et de l\u2019autorit\u00e9 tout comme par celui de perdre le confort acquis et jug\u00e9 l\u00e9gitime, disons m\u00eame naturel, comme le fit l\u2019aristocratie \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la R\u00e9volution. Chacun veut pouvoir d\u00e9cider de toutes les parcelles de sa vie individuellement. Parce que l\u2019individu et la subjectivit\u00e9, l\u2019opinion sont devenues des valeurs cardinales de nos soci\u00e9t\u00e9s et parce que nous aurons toujours l\u2019impression que l\u2019effort ne sera pas partag\u00e9 \u00e9quitablement. Certains demanderont de se serrer la ceinture quand ils b\u00e9n\u00e9ficieront de passe-droit. On a peur d\u2019\u00eatre les dindons de la farce.<br \/>\nMais aussi, plus profond\u00e9ment parce que nos soci\u00e9t\u00e9s modernes, nos modes de vie sont en r\u00e9alit\u00e9 fond\u00e9s sur un pacte tacite entre d\u00e9mocratie et croissance. C\u2019est ce que l\u2019on nous avait promis, ce que l\u2019on s\u2019\u00e9tait promis, ce que l\u2019on attend en tout \u00e9tat de cause de ces vies plus laborieuses qu\u2019on le voudrait. Et que l\u2019inverse est per\u00e7u comme une r\u00e9gression, une rupture de contrat.<br \/>\nUn autre probl\u00e8me, c\u2019est que cette mutation d\u2019un monde de la consommation \u00e0 une monde disons plus sobre mettrait gravement en crise toute la vie \u00e9conomique. Pr\u00e9carisant ou plongeant dans la mis\u00e8re les populations les plus fragiles. On entrevoit un moment probl\u00e9matique entre la mise au rebut de l\u2019ancien syst\u00e8me et la mise en place d\u2019un nouveau.<br \/>\nEt que de nombreux secteurs d\u2019activit\u00e9 sont actuellement enti\u00e8rement d\u00e9pendants de l\u2019extraction, de l\u2019exploitation d\u2019une main d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9, d\u2019un recours aux \u00e9nergies carbon\u00e9es. Bref, sont \u00e0 court terme incompatibles avec les exigences \u00e9thiques et \u00e9cologiques que nous pr\u00f4nons aujourd\u2019hui.<br \/>\nAu niveau des \u00e9tats, on imagine bien qu\u2019\u00e0 court terme, comme dans une course automobile, celui qui freinera le plus tard esp\u00e8rera gagner la seconde qui le placera sur le podium ou lui permettra de prendre le leadership. Peu sont \u00e0 faire le parti que ce mode de vie plus sobre sera vecteur de croissance \u00e9conomique. Parce qu\u2019au fond, les vieux \u00e9talons demeurent : croissance, d\u00e9veloppement, accroissement des \u00e9changes, de leur vitesse.<br \/>\nDes caricaturistes se moquaient de la politique am\u00e9ricaine et de ses interventions militaires au Moyen-Orient en imaginant ce slogan : \u00ab plut\u00f4t mort qu\u2019en panne d\u2019essence ! \u00bb. Il sous-titre parfaitement notre comportement \u00e0 tous, collectivement dans les pays dits d\u00e9velopp\u00e9s en premier lieu mais aussi dans ceux qui sont en voie de d\u00e9veloppement, comprenant mal quand ils sont pour acc\u00e9der au confort moderne, alors m\u00eame que leurs bras et leurs sols ont servi notre niveau de vie et notre consommation, que nous leur fassions des le\u00e7ons de sobri\u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire et d\u2019\u00e9co-responsabilit\u00e9.<br \/>\nAvec \u00e7a donc, nous allons droit dans le mur. Par orgueil, aveuglement, mauvaise foi, \u00e9go\u00efsme, mais aussi parce que nous somme pris dans un syst\u00e8me qui nous d\u00e9passe au niveau individuel comme national et \u00e0 forte inertie. Nous sommes les passagers de la monstrueuse machine que nous avons collectivement nourri et \u00e0 laquelle nous sommes absurdement attach\u00e9s. Syndrome de Stockholm d\u2019autant plus pervers que nous avons mang\u00e9 \u00e0 la m\u00eame table. Les plus optimistes pensent que par notre ing\u00e9niosit\u00e9, notre intelligence, de nouvelles technologies, nous infl\u00e9chirons in extremis la trajectoire. En somme, qu\u2019il n\u2019est pas besoin de changer fondamentalement nos mod\u00e8les, ni brider nos d\u00e9sirs.<br \/>\nDes \u00e9tudiants avec lesquels je discutais il y a quelques ann\u00e9es de leur perception de la crise \u00e9cologique et des enjeux environnementaux me r\u00e9pondaient qu\u2019ils ne croyaient pas \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019une issue, n\u2019avaient parfois pas l\u2019envie m\u00eame d\u2019y croire. Si c\u2019\u00e9tait la fin, ils n\u2019avaient qu\u2019\u00e0 profiter de ce qu\u2019ils pouvaient prendre. Un m\u2019avait dit qu\u2019il se voyait passer la fin du film \u00e0 manger des tacos en jouant \u00e0 la console. Tant qu\u2019\u00e0 faire. Exactement ce que j\u2019avais entendu dans la bouche d\u2019un am\u00e9ricain du Texas dans un reportage \u00e0 propos de l\u2019exploitation probl\u00e9matique du gaz de schiste : tout ce qu\u2019il voyait, lui, balayant les probl\u00e8mes environnementaux et sanitaires auxquels il ne voulait pas m\u00eame penser, c\u2019est que son \u00e9tat \u00e9tait assis sur un paquet de dollars et qu\u2019il fallait les prendre maintenant tant que c\u2019\u00e9tait encore possible. En gros, take the money and run &#8211; prend l\u2019argent et tire-toi. Pas vraiment, l\u2019expression d\u2019un sursaut\u2026<br \/>\nLa plupart de ces arguments, de ces r\u00e9actions, de ces sentiments sont biais\u00e9s et pervers, mais force est de constater qu\u2019ils ont l\u2019inertie lourde.<br \/>\nReste cette dr\u00f4le d\u2019\u00e9quation : que faire de nos d\u00e9sirs d\u2019abondance et de libert\u00e9 si inextricablement li\u00e9s et de ces contraintes qui tomberaient toujours verticales du haut vers le bas et dont il nous semblerait que ceux qui les prononceraient du fait de leur position en seraient assez largement \u00e9pargn\u00e9s nous obligeant a supporter doublement l\u2019effort comme un adulte surveille en surplomb un enfant faisant sa punition.<br \/>\nTout cela est si abstrait encore. Bien s\u00fbr le climat se d\u00e9r\u00e8gle, bien s\u00fbr ces maladies qui s\u2019accrochent \u00e0 nos mouvements pour rejoindre \u00e0 leur mani\u00e8re cette \u00e9conomie globalis\u00e9e. Bien s\u00fbr ces grands feux, des \u00e9t\u00e9s bizarres, des produits en rupture de stock souvent ces derniers temps et ceux qui comme une mauvaise culpabilit\u00e9 passeront les fronti\u00e8res pour venir occuper les recoins des villes, tendre la main, fouiller, t\u00e2ches d\u2019huile sur les trottoirs ou criant certains jours de mauvais alcool.<br \/>\nCabrel chantait \u00ab\u00a0Dieu assis sur le rebord du monde et qui pleure d elle voir tel qu&rsquo;il est\u00a0\u00bb. Je me souviens de Julien Gracq contemplant le paysage qui s&rsquo;\u00e9tend depuis ses fen\u00eatres de Saint-Florent et qui per\u00e7oit le malaise soucieux qui gagne \u00e0 regarder un massif d&rsquo;arbres marqu\u00e9 par une coupe, une b\u00e2tisse famili\u00e8re qu&rsquo;on va d\u00e9molir : \u00ab\u00a0la Terre a perdu sa solidit\u00e9 et son assise, cette colline, aujourd&rsquo;hui, on peut la raser \u00e0 volont\u00e9, ce fleuve l&rsquo;ass\u00e9cher, ces nuages les dissoudre. Le moment approche o\u00f9 l&rsquo;homme n&rsquo;aura plus s\u00e9rieusement en face de lui que lui-m\u00eame, et plus qu&rsquo;un monde enti\u00e8rement refait de sa main \u00e0 son id\u00e9e &#8211; et je doute qu&rsquo;\u00e0 ce moment il puisse se reposer pour jouir de son oeuvre, et juger que cette oeuvre \u00e9tait bonne.\u00a0\u00bb<br \/>\nQuels arrangements inventer pour nous-m\u00eames, pour nos r\u00eaves pour ce m\u00e9lange d\u2019id\u00e9alisme et de pragmatisme, de th\u00e9\u00e2tre et de commerces qu\u2019on nomme politique ?<\/p>\n<p><em>Image : Extrait de <e\/m>L&rsquo;\u00eele aux fleurs<em> (Ilha das flores), Film pamphlet, syst\u00e9matique et grin\u00e7ant, ce court m\u00e9trage br\u00e9silien r\u00e9alis\u00e9 par Jorge Furtado en 1989 d\u00e9nonce la sous-humanit\u00e9 qu&rsquo;entra\u00eene l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pousse ton genou, j&rsquo;passe la troisi\u00e8me \u00c7a fait jamais qu&rsquo;une borne que tu m&rsquo;aimes Je sais pas si je veux te conna\u00eetre plus loin Arr\u00eate de me dire que je vais pas bien C&rsquo;est comment qu&rsquo;on freine Je voudrais descendre de l\u00e0 C&rsquo;est comment qu&rsquo;on freine Cascadeur sous Ponce-Pilate J&rsquo;cherche un circuit pour que j&rsquo;m&rsquo;\u00e9clate [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":7376,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-7375","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7375","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7375"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7375\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7378,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7375\/revisions\/7378"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7376"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7375"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7375"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7375"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}