{"id":7404,"date":"2021-10-30T09:18:16","date_gmt":"2021-10-30T08:18:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7404"},"modified":"2021-11-07T22:31:30","modified_gmt":"2021-11-07T21:31:30","slug":"les-territoires-de-nathanaelle-herbelin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/les-territoires-de-nathanaelle-herbelin\/","title":{"rendered":"Les territoires de Nathanaelle Herbelin"},"content":{"rendered":"<p><em>La peinture de Nathana\u00eblle Herbelin tient au pass\u00e9 par ce qu\u2019il a de meilleur : l\u2019art de nous donner des \u00e9quivalents du monde qui ne sont pas que des images, mais des images qui empruntent au monde un peu de sa mati\u00e8re pour nous en livrer aussi le go\u00fbt, et nous permettre l\u2019abandon \u00e0 cette sorte de r\u00eaverie sensible et sensuelle \u00e0 quoi seule la drogue dure que sont les dessins et les tableaux peut nous entra\u00eener.<\/em><!--more--><br \/>\nDidier Semin<\/p>\n<p>\nA dire vrai, contempler intrigu\u00e9 les figures emm\u00eal\u00e9es se d\u00e9tachant en bribes convulsives d\u2019un fond sombre dans la grande composition de <em>Guernica<\/em> n\u2019a jamais lev\u00e9 en moi aucune consid\u00e9ration sur le fascisme et les violences de la guerre. Soit &#8211; mon avis sur la question \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9tabli avant de me familiariser avec l\u2019\u0153uvre ou d\u2019en recevoir la charge. Mais encore. Je ne crois pas qu\u2019une seule de mes prises de conscience sociale me soit venue d\u2019une \u0153uvre, quoi qu\u2019un certain nombre d\u2019entre elles revendiquent ou se voient qualifi\u00e9es d\u2019engag\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire se con\u00e7oivent et ambitionnent d\u2019\u00eatre des gestes politiques.<br \/>\nTout au plus accompagnent-elles parfois quelques d\u00e9bats ; comme illustrations.<br \/>\nSouvent, dois-je avouer, j\u2019ai trouv\u00e9 qu\u2019elles p\u00eachaient par na\u00efvet\u00e9 ou simplification, ou pire, jouaient de r\u00e9cup\u00e9rations et exploitations, jusqu\u2019aux plus grossiers contre-sens, aux plus perverses incoh\u00e9rences. Et c\u2019est sans m\u00eame la touchante franchise d\u2019une innocence, d\u2019un cri d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 que l\u2019on voit ici et l\u00e0, demandant l&rsquo;attention, les t\u00e9moignages de fiers enfonceurs de portes ouvertes, ou inventeurs d\u2019eau ti\u00e8de dont les efforts narcissiques me rappellent douloureusement mes propres tentatives hasardeuses et leurs insuffisances.<br \/>\nA l\u2019envers, le caract\u00e8re brutal, \u00e9gocentr\u00e9, machiste ou ogresque de Picasso n\u2019intervient jamais que comme un bruit p\u00e9riph\u00e9rique lorsque mon attention s\u2019attarde \u00e0 une de ses \u0153uvres et que je tente d\u2019entrer dans son mouvement. Mon regard part devant, nu ou presque, comme par une attraction physique, une curiosit\u00e9 sensuelle, de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019oreille est attrap\u00e9e par un bruit, le nez par une odeur.<br \/>\nL\u2019\u0153uvre dans son existence plastique, son ph\u00e9nom\u00e8ne et sa r\u00e9sonnance sensible, quoi qu\u2019elle soit n\u00e9cessairement le fruit d\u2019une \u00e9poque, d\u2019une personnalit\u00e9, d\u2019une culture et d\u2019interpr\u00e9tations contextuelles me semble toujours un peu d\u00e9gag\u00e9e des faits et des gestes qu\u2019elle accompagne ou auxquels elle r\u00e9pond. Elle est un objet erratique.<br \/>\nAu milieu des conversations, elle conserve un air r\u00eaveur, une distraction qui font que tout \u00e7a n\u2019a que peu de prises sur sa nature profonde, ne la concerne que de loin ou tr\u00e8s superficiellement.<br \/>\nDu moins, il me semble qu\u2019au-del\u00e0 de leur existence d\u2019usage et des r\u00f4les qu\u2019on les fait endosser, leur caract\u00e8re \u00e9quivoque ou naturellement toujours plus complexe que ce que l\u2019on peut en dire rend les \u0153uvres positivement insondables, ind\u00e9nouables, inachevables, insaisissables. Aussi ind\u00e9pendantes peut-\u00eatre que le scribe Bartelby r\u00e9p\u00e9tant son fameux \u00ab I prefer not to \u00bb.<br \/>\nLes recherches esth\u00e9tiques m\u2019int\u00e9ressent moins, je crois, que l\u2019inqui\u00e9tude fondamentale qu\u2019elles surmod\u00e8lent. Et leur valeur \u00e0 mes yeux vient non pas de leur originalit\u00e9, de leur caract\u00e8re avant-gardiste ou disruptif, mais dans ce qu\u2019elles apportent \u00e0 l\u2019expression. Ce qu\u2019elles viennent tutoyer dans les obscurit\u00e9s de ma propre sensibilit\u00e9, dans mes r\u00eaves ou mes hantises.<br \/>\nJ\u2019ai une tendresse toute rimbaldienne pour les musiques idiotes et les vieux chromos, les ambitions humbles. Et pr\u00e9f\u00e8re les tremblements de l\u2019incertitude, la fragilit\u00e9 aux coups de collier et aux bravades.<br \/>\nA cet aune, des \u0153uvres assez diverses en apparence et de provenances diverses me touchent, accompagnent mes humeurs, \u00e9piques ou m\u00e9lancoliques.<br \/>\nCelle de Nathana\u00eblle Herbelin, par exemple. Qui est tout sauf tonitruante, sensationnelle ou spectaculaire et semble se d\u00e9ployer ou se d\u00e9velopper -suivre son chemin- dans une relative indiff\u00e9rence aux mondanit\u00e9s de l\u2019art, \u00e0 ses manifestations m\u00e9diatiques et gesticulations, aux querelles de chapelles, requise par des choses tr\u00e8s t\u00e9nues.<br \/>\nC\u2019est une \u0153uvre quelque part, quoi que tout \u00e0 fait install\u00e9e dans son temps (elle commence d&rsquo;ailleurs de recevoir une certaine reconnaissance de l apart de ses contemporains) et sans propension conservatrice, assez intempestive et tr\u00e8s personnelle, pour ne pas dire intimiste. Assez \u00e9trang\u00e8re aux discours. Avec laquelle on peut tr\u00e8s sobrement entrer en amiti\u00e9. <\/p>\n<p>Une des premi\u00e8res que j\u2019ai pu d\u00e9couvrir par exemple, consistait en une toile de dimension moyenne et aux teintes brunes, grises, plut\u00f4t pastelles, qui repr\u00e9sentait un int\u00e9rieur. Une pi\u00e8ce modeste, sobrement d\u00e9cor\u00e9e, au sol de laquelle \u00e9taient dispos\u00e9s sur un petit tapis divers objets apparemment sans signification particuli\u00e8re ni jeu de d\u00e9formation, d\u00e9construction, exag\u00e9ration expressionniste ou quelconque signe d\u2019une revendication moderniste. Discr\u00e8te en somme. Et assez classique du point de vue de l&rsquo;histoire de l&rsquo;art europ\u00e9en dans son usage de la repr\u00e9sentation, de la perspective et des couleurs. Elle avait la matit\u00e9 de ton d&rsquo;un moment suspendu, d&rsquo;une vie tr\u00e8s humble qui s\u2019offrait dans sa simple apparence. Je crois que j\u2019avais pens\u00e9 sur le moment \u00e0 un voisinage avec le travail de Morandi, avec certains de ces peintres slaves que je connais mal et dont le r\u00e9alisme \u00e9voque celui qui avait cours en France dans les ann\u00e9es 50 ou 60 dans le sillage de Francis Gruber. A certains paysages d\u2019Arpad Szenes ou de Josef Sima.<br \/>\nAujourd\u2019hui, tentant de rafraichir ma m\u00e9moire je r\u00e9alise, \u00e0 la revoir, que la toile en question est baign\u00e9e par une certaine \u00e9tranget\u00e9. Que les objets en question sont pour la plupart mal identifiables, singuliers. Et qu\u2019un miroir refl\u00e9tant la sc\u00e8ne, comme dans l\u2019<em>Int\u00e9rieur aux aubergines de Matisse<\/em>, contribue \u00e0 perturber la lecture de l\u2019espace. C\u2019est comme si elle demandait \u00e0 ceux dont j\u2019\u00e9tais et qui se posant devant s\u2019en faisaient les t\u00e9moins : \u00ab que faire de \u00e7a ? \u00bb<br \/>\nJ\u2019en d\u00e9couvre aussi le titre : <em>Still life, objets found during the period of service in, the Negev<\/em>. Titre qui renvoi \u00e0 une dimension biographique ou m\u00eame plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 une dimension de l\u2019autobiographie qui en fait comme la consid\u00e9ration distanci\u00e9e de sa propre existence.<br \/>\nTout \u00e7a est une histoire de traces. Une fa\u00e7on de t\u00e9moigner dans la distance par la m\u00e9diation de reliques et \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un bilan, d\u2019une rem\u00e9moration, apr\u00e8s l\u2019\u00e9v\u00e8nement lui-m\u00eame. Une fa\u00e7on de peindre non la chose, mais ses parages, son \u00e9cho, son souvenir, la saveur qu\u2019elle a laiss\u00e9.<br \/>\nJe pense \u00e0 quelques photographies de Sophie Riestelhueber qui t\u00e9moignent des traces et cicatrices qu\u2019ont laiss\u00e9 les conflits dans le paysage ou sur sa peau, poignantes d\u2019aborder le bruit et la fureur depuis le silence et l\u2019immobilit\u00e9 qui leur succ\u00e8dent. Mais qu\u2019est-ce que c\u2019est de disposer au sol de son appartement d\u2019\u00e9tudiant les reliques d\u2019une p\u00e9riode, d\u2019un paysage, d&rsquo;un passage, comme d\u2019une vie pass\u00e9e ou d&rsquo;un moment, de les consid\u00e9rer dans leur famili\u00e8re \u00e9tranget\u00e9 et de les peindre ?<br \/>\nParfois une chambre est un \u00e9tat des lieux, parfois c\u2019est un portrait n\u00e9gatif : \u00ab dis-moi ce que tu poss\u00e8des, o\u00f9 tu vis, ce que tu manges et je te dirais qui tu es\u2026 \u00bb.  \u00c7a marche aussi avec son propre visage quand on se demande qui on est et que son seul reflet dans le miroir ne suffit pas \u00e0 hasarder une r\u00e9ponse.<br \/>\nEt les objets qui conservent au moins affectivement un peu du temps, de l\u2019humeur, du pays dont ils ont \u00e9t\u00e9 extraits ont quelque chose des photographies qui, quand on rouvre d\u2019anciens albums, ench\u00e2ssent un temps dans un autre, un lieu dans un autre. <\/p>\n<p>Une autre toile qui m\u2019avait intrigu\u00e9 lorsque je l\u2019avais d\u00e9couvert et qui me semblait intimement apparent\u00e9e \u00e0 ces familles d\u2019arlequins, acrobates et jongleurs qui peuplent la p\u00e9riode dite rose de Picasso s\u2019intitule <em>El\u00e9n\u00e9<\/em>. Sans doute le leggin aux motifs \u00e0 damiers m\u2019incita-t-il \u00e0 faire ce rapprochement, autant que la pose \u00e9tendue, \u00e9lanc\u00e9e, la simplification de la mise en sc\u00e8ne, l\u2019extr\u00eame franchise du regard, son caract\u00e8re hypnotique m\u00eame, aussi familier qu\u2019inatteignable, et cet emploi de gris color\u00e9s, de teintes rabattues, presque essuy\u00e9es qu\u2019on assimile \u00e0 une certaine tristesse ou pauvret\u00e9 et qui caract\u00e9risent ce moment de la vie de l&rsquo;artiste catalan.<br \/>\nMe revenaient <em>la Femme nue aux jambes crois\u00e9es<\/em> avec son bas bleu, de 1904, <em>La vie<\/em>, de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente et <em>L\u2019acteur, La famille d\u2019acrobates avec singe, Le joueur d\u2019orgue, L\u2019acrobate \u00e0 la boule<\/em> en leur imaginaire de boh\u00e8me. (<em>Grandpa Ari\u00e9 during quarantine<\/em>, 2020, m\u2019\u00e9voque irr\u00e9sistiblement un de ces athl\u00e8tes de cirque croqu\u00e9 par Picasso ou Toulouse-Laurec).<br \/>\nL\u00e0 encore, je me demandais de quoi ce tableau \u00e9tait-il l\u2019image ? Quel sentiment l\u2019avait appel\u00e9 ou avait-il nourri ? Un portrait c\u2019est tout autant l\u2019image d\u2019une personne que d\u2019une relation.<br \/>\nDes tables en perspective \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan rejouent le motif du losange. Une forme blanche, \u00e9nigmatique \u00e9voque une enveloppe ouverte. Et au milieu du vertige, ce regard comme deux clous. Un corps, une pr\u00e9sence. Un trouble.<br \/>\nSans aucun doute un chef-d\u2019\u0153uvre.<br \/>\n<em>El\u00e9n\u00e9<\/em>, ce pr\u00e9nom reviendra dans une composition en plong\u00e9e \u00e9voquant <em>Marthe dans la baignoire<\/em> par Bonnard, l\u2019effusion color\u00e9e ayant \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par une blancheur mate presqu\u2019oppressante. \u2014A quelle distance est-on de la m\u00e9taphore ?\u2014 Peut-\u00eatre sera-t-elle encore le mod\u00e8le de <em>La pince \u00e0 \u00e9piler<\/em>, poursuivant cette attention \u00e0 la dimension sculpturale d\u2019une gestuelle quotidienne li\u00e9e \u00e0 l\u2019hygi\u00e8ne qu\u2019\u00e9voquait <em>The shower<\/em> ? S\u2019y retrouvent auscult\u00e9s des moments suspendus, calmes, blancs. L\u2019artiste a-t-elle pens\u00e9 \u00e0 l\u2019antique <em>Tireur d\u2019\u00e9pine<\/em>, \u00e0 ce pastel sur toile de Picasso, <em>Femme sur la plage<\/em> s\u2019essuyant le pied qui me fascine tant ?<br \/>\nDe toile en toile se laisse lire comme une histoire personnelle d\u00e9coup\u00e9e \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un album photographique avec fragments de vie, d\u00e9tails affectifs, choses vues, amiti\u00e9s, amours, inventaire des chambres et des objets.<br \/>\nL\u2019esprit qui n\u2019en finit pas de faire des rapprochements, de tenter de cerner par accolements ce qui lui \u00e9chappe me fait penser alors au travail de Marie-Claire Mitout sur <em>Les plus belles heures<\/em> et qui consiste en une longue suite, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de sa vie, de petites sc\u00e8nes narratives r\u00e9interpr\u00e9tant des moments v\u00e9cus, non sans quelques analogies avec les s\u00e9quences de la chapelle Scrovegni \u00e0 Padoue ou l\u2019art de la miniature. <\/p>\n<p>Est-ce parce que j\u2019\u00e9cris moi-m\u00eame ce texte dans une chambre d\u2019h\u00f4tel alors que par la fen\u00eatre la ville allume ses lumi\u00e8res dans le soir qui tombe ? Les images que je fais d\u00e9filer renvoient \u00e0 ces moments o\u00f9, comme en marge de la vie, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019errances solitaires ou de longues contemplations m\u00e9lancoliques je glisse sur les choses \u2014  un halo de lumi\u00e8re sur un banc vide, un couple d\u2019amoureux en contrejour qui cherche l\u2019\u00e9ternit\u00e9 d\u2019un instant blottis sur une table ronde \u2014 un regard attendri et r\u00eaveur, collectant les images comme on fait un bouquet.<br \/>\nIncidemment le familier le partage \u00e0 l\u2019exotique. Certaines couleurs, lumi\u00e8res, sc\u00e8nes ne sont pas d\u2019ici (cet ici d\u2019o\u00f9 je parle). Et s\u2019insinue encore ce vague vertige que l\u2019on peut ressentir \u00e0 fr\u00f4ler des vies parall\u00e8les, comme \u00e0 longer les fen\u00eatres d\u2019appartements \u00e9clair\u00e9s dans la nuit. C\u2019est presque un reportage sociologique sur la jeunesse isra\u00e9lienne, sur les flottements que produit une double culture, une perp\u00e9tuelle nostalgie de quelqu\u2019un qui n\u2019est jamais nulle part compl\u00e8tement chez lui \u2014 chez elle. Au d\u00e9tour de moments tendres, plane l\u2019ombre du service militaire, cette esp\u00e8ce de rituel de passage qu\u2019il incarne, la menace des conflits, les checkpoints, les bunkers. Et c\u2019est \u00e0 \u00e7a aussi que son confront\u00e9s les jeunes couples qui semblent toujours sur le point d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9s.<br \/>\nCes corps, souvent nus ou presque. Celui-l\u00e0, intitul\u00e9 <em>L\u2019isra\u00e9lien<\/em> \u2014 portrait type ? Une amie m\u2019avait appris le mot de <em>Tzabar<\/em> qui d\u00e9signait \u00e0 la fois le figuier de barbarie et l\u2019homme isra\u00e9lien dont le caract\u00e8re devait \u00e0 cette figure tot\u00e9mique. Wikipedia dit : <em>allusion \u00e0 la douceur du fruit qui se cache derri\u00e8re la plante piquante du d\u00e9sert<\/em>. Et me reviennent par brides les discussions que j\u2019avais pu avoir avec quelques amis isra\u00e9liens \u00e0 propos de ces st\u00e9r\u00e9otypes de genre assez encr\u00e9s dans la culture, crooners un peu machos pr\u00eats \u00e0 montrer du muscle.<br \/>\nCes images alors, elles prennent la charge du fameux portrait que la fille du potier Dibutade tra\u00e7a en relevant dans une lumi\u00e8re tremblante l\u2019ombre du profil de son amant sur le point de partir pour la guerre. Elles partagent la gravit\u00e9 que renvoient les vestiges et l\u2019affection triste des regards et des gestes qui en prennent acte.<br \/>\nUn portrait m\u00e9lancolique d\u2019un jeune homme en tenue de camouflage \u2014visage sombre\u2014 (et je pense, d\u00e9formation encore, \u00e0 certains portraits r\u00e9alis\u00e9s avec la m\u00eame \u00e9conomie de moyens par Elisabeth Peyton) : <em>L\u2019avoir fait<\/em>, 2021.<br \/>\nAssaf me racontait ce que c\u2019\u00e9tait qu\u2019\u00eatre sniper, garder un checkpoint, patrouiller quand t\u2019as dix-huit ans. Cette vie de caserne, de brutalit\u00e9 militaire, de responsabilit\u00e9s et de peur que ceux de ma g\u00e9n\u00e9ration, n\u00e9s en France, ignorent.<\/p>\n<p>Alors la question politique surgit, non pas \u00e0 travers des poncifs, des caricatures, mais sous la forme sensible du v\u00e9cu et des questions qui intranquillisent. Je d\u00e9couvre cette petite gouache et huile sur bois de 28 par 31 cm sur laquelle on voit un chien regardant en notre direction sur le bord d\u2019un chemin (on est loin du spectaculaire d\u2019un tas de gilets de sauvetage fluo d\u00e9pos\u00e9 devant un centre d\u2019art pour \u00ab d\u00e9noncer \u00bb le sort fait aux migrants). Ce pourrait-\u00eatre une ballade dans le maquis, la garrigue, m\u00e9lange de C\u00e9zanne se rendant sur le motif et de <em>La rencontre<\/em> de Courbet et Bruyas. Mais le titre emm\u00e8ne ailleurs : <em>Un chien qui aboie, questions relatives au territoire divis\u00e9<\/em>.<br \/>\nIl n\u2019est peut-\u00eatre pas indiff\u00e9rent que ce regard qui nous appelle vienne du plus vieux et fid\u00e8le compagnon de l\u2019homme depuis son lointain. Un regard comme celui que recevait, lui, Jacques Derrida de son chat et qui lui inspira \u00ab L\u2019animal que donc je suis \u00bb.<br \/>\nLes plus belles oeuvres ont quelque chose d&rsquo;un chien qui aboie au loin sur un chemin. <\/p>\n<p>Image : <em>Un chien qui aboie, questions relatives au territoire divis\u00e9<\/em>, 2021, gouache et huile sur bois 28 x 31,5 cm \u00a9 Nicolas Lafon<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La peinture de Nathana\u00eblle Herbelin tient au pass\u00e9 par ce qu\u2019il a de meilleur : l\u2019art de nous donner des \u00e9quivalents du monde qui ne sont pas que des images, mais des images qui empruntent au monde un peu de sa mati\u00e8re pour nous en livrer aussi le go\u00fbt, et nous permettre l\u2019abandon \u00e0 cette [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":7405,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-7404","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7404","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7404"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7404\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7410,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7404\/revisions\/7410"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7405"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7404"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7404"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7404"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}