{"id":7417,"date":"2021-11-24T23:30:32","date_gmt":"2021-11-24T22:30:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7417"},"modified":"2021-11-24T23:30:32","modified_gmt":"2021-11-24T22:30:32","slug":"paul-vergier-berlin-on-wood","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/paul-vergier-berlin-on-wood\/","title":{"rendered":"Paul Vergier : Berlin on wood."},"content":{"rendered":"<p>On pourrait faire, en marge de l\u2019histoire des chefs-d\u2019\u0153uvres par lesquels les \u00e9poques et les cultures se parcourent \u00e0 grands pas, d\u2019une \u00e9mergence \u00e0 l\u2019autre, celle des \u0153uvres humbles qui en ont fait dans l\u2019ombre la mati\u00e8re, laborieuses ou l\u00e9g\u00e8res, et qui de ne rien demander sont renvoy\u00e9es \u00e0 une foule indistincte, anonyme, floue de contours.<br \/>\nIl y aurait l\u00e0 des choses juste crois\u00e9es, images de salle d\u2019attente, pochades d\u2019un ami, d\u2019un parent donnant du pinceau ou du crayon \u00e0 ses heures. Des illustrations et des dessins d\u2019enfants. Des \u0153uvres de jeunesse, des pochades sans pr\u00e9tention. Des souvenirs. <!--more--><br \/>\nLes petites peintures sur bois que Paul Vergier r\u00e9alisa, dit-il, lorsqu\u2019il habitait Berlin en 2002, glanant le motif sur son v\u00e9lo, sont pour moi de celles-ci. Rien d\u2019h\u00e9ro\u00efque chez elles, ni dans le format, ni dans le geste, ni dans une recherche qui participerait d\u2019une quelconque avant-garde ou d\u2019une d\u00e9marche cherchant la singularit\u00e9. De simples t\u00e9moignages, un \u00e9tat des lieux, des vues comme son pr\u00eates \u00e0 en accueillir les surfaces rectangulaires que l\u2019on se place entre les mains alors que l\u2019on regarde. Des fa\u00e7ons d\u2019accompagner les heures contemplatives qu\u2019il nous arrive de conna\u00eetre.<br \/>\nChantiers, terrains vagues, morceaux de ville\u2026 chaque tableautin est le t\u00e9moin d\u2019un regard pos\u00e9 sur l\u2019ordinaire urbain, ses menus \u00e9v\u00e9nements, les enchev\u00eatrements qu\u2019il fabrique pour ralentir l\u2019attention comme traverser une friche ou des branchages ralenti le pas. On y reconnait quelque chose d\u2019un mouvement m\u00e9lancolique qui se fait en soi \u00e0 consid\u00e9rer le d\u00e9veloppement des activit\u00e9s humaines en regard de l\u2019espace dont il constitue une sorte de tremblement, de frisson. Presque seulement la main passe, effleure, prend connaissance \u00e0 sa fa\u00e7on des reliefs.<br \/>\nQuelque chose est au bord de s\u2019\u00e9noncer, mais las, renonce. Nulle le\u00e7on, nulle grande phrase ni sentence. Aucune v\u00e9rit\u00e9, sinon celle qu\u2019on reconnait dans un hochement de t\u00eate, la peau que l\u2019on fronce au front pour dire \u00ab vois \u00bb, comme Nietzsche disait \u00ab ecce homo \u00bb.<br \/>\nLe paysage classique a sa d\u00e9finition. Les choses du monde y sont r\u00e9parties harmonieusement. Ses vallonnements mettent les actions des hommes dans la perspective de l\u2019\u00e9tendue qui bleuit les lointains. Ceux dont t\u00e9moigne Paul Vergier sont plus chaotiques, plus bancales, moins \u00e9loquents. A la fois sommaires et compliqu\u00e9s. Ils nous laissent comme l\u2019on serait \u00e0 tenter de donner une d\u00e9finition valable de la vie, alors que ses aspects nous en donnent une image compliqu\u00e9e, pleine de causalit\u00e9s et de ramifications au milieu m\u00eame de la simplicit\u00e9, de l\u2019\u00e9vidence par lesquelles elle se donne \u00e0 nous.<br \/>\nTendres je ne dirais pas, ni path\u00e9tiques. Ni porteurs d\u2019aucune critique sociologique ou esth\u00e9tique. Pourtant neutre simplement ne suffirait pas. On pourrait leur trouver mille pr\u00e9c\u00e9dents ou compagnonnages chez Thomas Jones, Corot, Morandi, Maurice Utrillo, Goldstain ou Boisrond, Pomi\u00e9, Rapha\u00eblle Paupert-Born, Jean-Philippe Delhomme, Vincent Bioul\u00e8s. Mais aussi Charles Sheeler ou Hopper outre Atlantique. Et combien d\u2019autres dont personne ou presque n\u2019aura not\u00e9 le nom.<br \/>\nDans leur apparente objectivit\u00e9 ils trahissent quelque chose d\u2019un \u00e9tat d\u2019\u00e2me qui pourrait les rapprocher des romantiques et autre chose encore qu\u2019il me semble avoir rencontr\u00e9 d\u00e9j\u00e0 dans certains plans du cin\u00e9ma d\u2019Antonioni. Ce monde qu\u2019ils regardent et le regard qu\u2019ils posent dessus, en m\u00eame temps que le familier, attrapent le vertige de ces choses que l\u2019on consid\u00e8re \u00e0 distance, qui n\u2019existent que dans cet espace impalpable des images. Il a la consistance de ces films hant\u00e9s par la conscience de ce que tout ce qui se fixe, m\u00eame fugacement, dans le mouvement de nos vies affectives produit dans nos fibres une forme de deuil ou de vestige. Les regardant, nous nous regardons passer. Nous regardons la solitude et le silence dans lesquels les images se forment. Nous regardons ces moments pass\u00e9s au seuil du langage. Ce sentiment de gr\u00e2ce ou de puissante libert\u00e9 qui se fait quand nous oublions \u00e0 peu pr\u00e8s tout et flottons dans notre regard comme dans nos gestes dans la mani\u00e8re dont se font furtivement des petits po\u00e8mes. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On pourrait faire, en marge de l\u2019histoire des chefs-d\u2019\u0153uvres par lesquels les \u00e9poques et les cultures se parcourent \u00e0 grands pas, d\u2019une \u00e9mergence \u00e0 l\u2019autre, celle des \u0153uvres humbles qui en ont fait dans l\u2019ombre la mati\u00e8re, laborieuses ou l\u00e9g\u00e8res, et qui de ne rien demander sont renvoy\u00e9es \u00e0 une foule indistincte, anonyme, floue de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":7418,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-7417","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7417","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7417"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7417\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7419,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7417\/revisions\/7419"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7418"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7417"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7417"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7417"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}