{"id":7548,"date":"2022-09-15T08:53:55","date_gmt":"2022-09-15T07:53:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7548"},"modified":"2022-10-19T07:42:15","modified_gmt":"2022-10-19T06:42:15","slug":"the-times-has-come-coline-casse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/the-times-has-come-coline-casse\/","title":{"rendered":"The times has come, Coline Casse."},"content":{"rendered":"<p><em>The time has come<br \/>\nTo pay the rent<br \/>\nTo pay our share<\/em><\/p>\n<p>Midnight Oil<\/p>\n<p>Si globalement les conditions de vie de l\u2019humanit\u00e9 se sont objectivement am\u00e9lior\u00e9es au cours des si\u00e8cles derniers (1)  \u00e0 la faveur d\u2019une augmentation g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019esp\u00e9rance de vie, d\u2019une baisse de la mortalit\u00e9 infantile, d\u2019une r\u00e9duction notable des violences civiles, des conflits, des \u00e9pid\u00e9mies et des famines \u2014 notamment dans le monde occidental dit \u00ab d\u00e9velopp\u00e9 \u00bb et d\u00e9mocratique. Si le projet que formulait Descartes de voir l\u2019homme se constituer \u00ab ma\u00eetre et possesseur de la nature (2) \u00bb  et le progr\u00e8s des sciences modernes pouvaient laisser envisager une croissance du confort de vie individuel et collectif et un d\u00e9veloppement propice \u00e0 donner au Jardin d\u2019Eden une r\u00e9alit\u00e9 terrestre.<!--more--> Si, face au \u00ab c\u2019\u00e9tait mieux avant (3) \u00bb  par lequel on est parfois tent\u00e9 de r\u00e9pondre au d\u00e9sarroi pr\u00e9sent Michel Serre rappelle non sans ironie ce qui caract\u00e9risait factuellement ce temps d\u2019avant dont pour une part au moins il a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin et que l\u2019on voudrait regretter : En vrac : esclavagisme, travail g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des enfants, quasi absence de droits sociaux, des cong\u00e9s pay\u00e9s, de la s\u00e9curit\u00e9 sociale, du vote des femmes, nazisme, fascisme, guerre froide, guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u2026<br \/>\nLa g\u00e9n\u00e9ration X \u00e0 laquelle Coline Casse (n\u00e9e en 1985), comme moi-m\u00eame appartenons, faute d\u2019avoir plus que superficiellement \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e (4)  par le progr\u00e8s technique comme Moulinex en avait fait son slogan publicitaire, se reconnait profond\u00e9ment d\u00e9senchant\u00e9e.<br \/>\nA ceux qui nous opposent que nous n\u2019avons pas connu la guerre ni les conditions de vie de ceux qui parmi parents et grands-parents n\u2019avaient que rarement acc\u00e8s aux rudiments du confort moderne dont l\u2019eau courante, le frigidaire, la t\u00e9l\u00e9vision ou les cong\u00e9s sont les manifestations adventices, nous n\u2019avons pour r\u00e9pondre que le sentiment d\u2019une perte de foi dans le progr\u00e8s, dans l\u2019avenir comme dans nombre d\u2019objets qui avaient jusqu\u2019ici servi de phares, de guides, de moteurs. Une grande d\u00e9sillusion. La m\u00e9daille a fini par d\u00e9voiler son revers et c\u2019est notre profil qu\u2019on y reconnait grav\u00e9.<br \/>\nQuant au grand r\u00eave humaniste dont les Lumi\u00e8res semblaient avoir d\u00e9gag\u00e9 la fen\u00eatre, Bernard No\u00ebl ou Michel Surya, \u00e0 l\u2019exemple de nombreux de ses plus fervents d\u00e9fenseurs et ouvriers, en avouaient dans un livre d\u2019entretiens au titre \u00e9vocateur (5) paru r\u00e9cemment, la faillite. Le grand jour tant attendu, tant appel\u00e9, n\u2019\u00e9tait pas venu. Il nous revenait d\u2019en d\u00e9sesp\u00e9rer.<\/p>\n<p>En mars 2015 un pilote de 28 ans se suicidait en pr\u00e9cipitant l\u2019Airbus A320 dans le cockpit duquel il s\u2019\u00e9tait enferm\u00e9, \u00e0 plus de 700km\/h sur la montagne des T\u00eates, dans les Alpes, en emportant avec lui 149 passagers. Geste dont on n\u2019avait pas de mal \u00e0 regarder comme une m\u00e9taphore de notre propre situation.<br \/>\nLa m\u00eame ann\u00e9e, Bernard Stiegler rapportait les propos de Florian (6) , adolescent de quinze ans dont il faisait le porte-parole de cette g\u00e9n\u00e9ration qui, \u00e0 vingt ans ou presque, n\u2019a plus ce r\u00eave de fonder une famille, d\u2019avoir des enfants, un m\u00e9tier, des id\u00e9aux, comme l\u2019avaient leurs parents ; convaincus qu\u2019ils sont \u00ab la derni\u00e8re ou une des derni\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations avant la fin \u00bb.<br \/>\nIl serait long et hors de propos ici d\u2019analyser comme \u00ab la croissance du d\u00e9sert nihiliste \u00bb dont Stiegler emprunte la formule \u00e0 Nietzsche laisse les humains du XXIe si\u00e8cle sans autre perspective que la rencontre prochaine, annonc\u00e9e, des limites de l\u2019Anthropoc\u00e8ne. C\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 devoir mesurer l\u2019impasse vers laquelle les a pr\u00e9cipit\u00e9 la politique capitaliste envisag\u00e9e comme loi naturelle face \u00e0 laquelle il n\u2019y avait pas d\u2019alternative (7)  et dont ils se d\u00e9couvrent \u00eatre les h\u00e9ritiers, les victimes et les pourvoyeurs, engag\u00e9s \u00e0 leur insu dans une sorte de servitude volontaire (8). Mais il nous faut consid\u00e9rer avant toute chose qu\u2019une artiste comme Coline Casse installe sa conscience, et avec elle les modalit\u00e9s m\u00eame de ses propres conditions d\u2019existence et tout ce qui est susceptible de la mouvoir comme de l\u2019\u00e9mouvoir, dans ce monde dont elle est \u00e0 la fois un produit et d\u00e9sormais, entant que citoyenne, entant que voix (dans tous les sens du terme), une des actrices. Son travail, en ce qu\u2019il est t\u00e9moignage d\u2019une situation v\u00e9cue et expression de ce que celle-ci anime dans l\u2019\u00e9chafaudage complexe de sa psychologie, s\u2019il s\u2019en fait parfois l\u2019illustration, est plus profond\u00e9ment encore, physiquement ou mat\u00e9riellement model\u00e9 par cette alternance ou cette m\u00eal\u00e9e de r\u00e9volte et de d\u00e9sespoir, de panique et de sid\u00e9ration, de rage sourde et d\u2019accablement, d\u2019\u00e9lans et de m\u00e9lancolie.  <\/p>\n<p>En 1987, le groupe australien Midnight Oil (9) demandait dans un tube qui deviendra plan\u00e9taire : \u00ab How can we dance when our beds are burning? How can we dance when our earth is turning? How do we sleep while our beds are burning? \u00bb<br \/>\nToutes les figures que Coline Casse met en sc\u00e8ne dans ses peintures r\u00e9centes semblent saisies dans la litanie de ce lancinant, de ce taraudant refrain. Comment danser ? Comment dormir ? Comment aimer, comment vivre ? Ou, comme le demandait Adorno, comment \u00e9crire encore un po\u00e8me apr\u00e8s la Shoa ? Comment avoir foi encore dans une aventure sous-titr\u00e9e par ce constat par lequel Freud devait conclure un livre (10) \u00e9crit d\u2019un jet, en 1929 : \u00ab La question d\u00e9cisive pour le destin de l\u2019esp\u00e8ce humaine me semble \u00eatre de savoir si et dans quelle mesure son d\u00e9veloppement culturel r\u00e9ussira \u00e0 se rendre ma\u00eetre de la perturbation apport\u00e9e \u00e0 la vie en commun par l\u2019humaine pulsion d\u2019agression et d\u2019auto-an\u00e9antissement \u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire, si l\u2019instinct de vie l\u2019emportera encore sur l\u2019instinct de mort.<br \/>\nLes hommes en ce si\u00e8cle, notait-il, sont maintenant dans la possibilit\u00e9 de mettre fin en un geste \u00e0 la vie de l\u2019esp\u00e8ce, et peut-\u00eatre \u00e0 la vie tout court. De l\u00e0 vient une bonne part de leur inqui\u00e9tude, de leur malheur, de leur angoisse.<\/p>\n<p>Si le point de bascule ou d\u2019inqui\u00e9tude dans lequel Antonello de Messine saisit la Vierge dans sa somptueuse Annonciation de 1476 (11) nimbe la r\u00e9v\u00e9lation d\u2019une gravit\u00e9 heureuse, ou du moins sereine et solaire, les figures solitaires que Coline Casse met en sc\u00e8ne se tiennent au bord de davantage de nuit. A proximit\u00e9 d\u2019une piscine d\u2019un turquoise au charme artificiel (12), une jeune femme \u00e9touffe un cri de terreur qui ne veut m\u00eame pas sortir, tandis qu\u2019une nuit \u00e9quivoque bouche l\u2019horizon de nu\u00e9es qu\u2019habitent les images de ces incendies qui ravag\u00e8rent successivement des hectares de for\u00eats en Australie, en Amazonie et en Californie ; celles du 11 septembre, de Lubrizol, du D\u00e9sert rouge d\u2019Antonioni. L\u2019homme (13) qui se tient assis sur un fauteuil vert, presque nu lui aussi, comme en \u00e9cho au conte d\u2019Andersen (14), l\u2019air grave, le visage ferm\u00e9, accul\u00e9 par les flammes d\u2019un int\u00e9rieur rouge bien moins paisible que celui de Matisse (15), \u00e9voque ces sc\u00e8nes que Bacon (16), comme Goya, tira de ses cauchemars. On se prend \u00e0 lui donner pour bande-son le discours devenu fameux que pronon\u00e7a Jacques Chirac \u00e0 Johannesburg en 2002 lors du 4eme Sommet de la Terre : \u00ab La maison br\u00fble et nous regardons ailleurs.  La nature, mutil\u00e9e, surexploit\u00e9e, ne parvient plus \u00e0 se reconstituer, et nous refusons de l&rsquo;admettre. L&rsquo;humanit\u00e9 souffre. Elle souffre de mal-d\u00e9veloppement, au Nord comme au Sud, et nous sommes indiff\u00e9rents. La Terre et l&rsquo;humanit\u00e9 sont en p\u00e9ril, et nous en sommes tous responsables. \u00bb D\u00e9ni ou cynisme, nous ne pouvons pas dire : \u00ab nous ne savions pas \u00bb.<br \/>\nLes petits pavillons de lotissement \u2014 maison cr\u00e8me, maison rose (17) \u00ac\u2014 que l\u2019artiste peint sous un ciel de nuages lourds, presque inqui\u00e9tants, donnent l\u2019image des aspirations mesquines des classes moyennes pour lesquelles le salut tient \u00e0 une petite maison \u00e0 soi, comme un r\u00eave publicitaire, dans le confort desquelles pourraient s\u2019oublier, s\u2019\u00e9touffer le tumulte du monde. Sur les pancartes de promoteurs, sous-titrant un photomontage idyllique o\u00f9 tout n\u2019est que sourires, calme et ti\u00e9deur, on peut si souvent voir ses d\u00e9sirs ventriloqu\u00e9s : Tout le monde a droit au bonheur. Pi\u00e8ce \u00e0 verser au portrait \u00e0 charge.<br \/>\nUne autre toile aux accents caravagiens (18) pose un homme en tailleur sur le sol, dans la posture des m\u00e9lancoliques, retenant sa t\u00eate lourde de pens\u00e9es qui ne semblent pas vouloir se r\u00e9soudre. Le drame est tout entier aval\u00e9 par lui-m\u00eame. Il n\u2019est plus besoin de prononcer aucun mot. L\u00e0 encore c\u2019est la sid\u00e9ration qui cloue le corps. Tout comme c\u2019est le cas de cette femme qui, en peignoir, comme pr\u00e9cipit\u00e9e soudainement hors de chez elle par le vertige d\u2019un mur dress\u00e9 devant elle ou le visage de la folie surgit tr\u00e8s proche, se retrouve assise dans les escaliers d\u2019un immeuble dont on imagine les surfaces tout aussi patin\u00e9es que les espoirs de ceux qui y logent, \u00e0 consid\u00e9rer le vide.<br \/>\nChaque toile est une image de la catastrophe, non pas dans l\u2019\u00e9pisode violent que l\u2019on y associe ordinairement, mais dans ce que son \u00e9tymologie m\u00eame d\u00e9crit : la fin de la strophe, sa chute, l\u2019endroit du retournement, de la sortie, du d\u00e9nouement, de la r\u00e9sorption. Quelque chose que le terme cin\u00e9matographique de \u00ab fade out \u00bb, dans son lent gliss\u00e9 au noir, pourrait traduire : l\u2019eau monterait doucement, la terre deviendrait de plus en plus s\u00e8che, le feu finirait de consommer tout ce qu\u2019il avait rejoint, l\u2019air serait de moins en moins respirable, le jour tomberait sur tout le sang bu&#8230;<\/p>\n<p>La pens\u00e9e qui s\u2019accorde de comparaisons, d\u2019\u00e9chos et de filiations possibles, assez naturellement convoque dans les parages de celle de Coline Casse l\u2019\u0153uvre d\u2019Edward Hopper. Cet am\u00e9ricain, issu de l\u2019illustration, qui devait cristalliser parall\u00e8lement aux recherches de Charles Demuth ou de Charles Sheeler h\u00e9rit\u00e9es du Cubisme et du Purisme, alors que les avant-gardes europ\u00e9ennes fourbissent cubisme synth\u00e9tique, fauvisme, surr\u00e9alisme, dada\u00efsme, futurisme, abstractions lyrique ou g\u00e9om\u00e9trique et bient\u00f4t nouveau r\u00e9alisme et pop art, le visage de la soci\u00e9t\u00e9 des ann\u00e9es 40 et 50. Et ce sont Eleven AM (1926), Automat (1927), Hotel room (1931), New York Movie (1939), Excursion into Philosophy (1959), Intermission (1963) qui, en autant de stations, se font l\u2019\u00e9cho de ce que l\u2019on n\u2019appelait pas encore l\u2019entre-deux guerres, de l\u2019embrasement de la seconde guerre mondiale sous l\u2019impulsion du nazisme ou de l\u2019av\u00e8nement de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation qui lui succ\u00e9da. Un monde suspendu.<br \/>\nDans une touche et une esth\u00e9tique diff\u00e9rente, qui tient malgr\u00e9 tout \u00e0 une forme d\u2019abstraction dans le rapport du sujet \u00e0 son environnement alors r\u00e9duit \u00e0 un d\u00e9cor de cin\u00e9ma, c\u2019est le portrait ou la g\u00e9n\u00e9alogie de la sensibilit\u00e9 moderne qui se dessine, entre m\u00e9lancolie, sid\u00e9ration, catatonie, attentisme et flottement incertain face \u00e0 une inqui\u00e9tude sourde qu\u2019insinuent ces espaces infinis auxquels s\u2019effrayait Pascal (19). Et si dans nombre des toiles de Hopper cet impalpable qui flotte dans l\u2019air et infuse la lumi\u00e8re semble hant\u00e9 par le spectre de la menace atomique, quelques cinquante ann\u00e9es plus tard, \u00e0 la bascule du si\u00e8cle, dans les toiles de Coline Casse, la bouche d\u2019ombre s\u2019ouvre de plus pr\u00e8s encore, plus concr\u00e8te, laissant voir dans les structures de sa m\u00e2choire sa nature d\u2019hydre ou de cancer. C\u2019est un ordre banalis\u00e9 de violences tant physiques que symboliques, de pr\u00e9dations sauvages, de corruptions, de m\u00e9caniques suicidaires hant\u00e9 par les menaces d\u2019\u00e9pid\u00e9mie et d\u2019accidents nucl\u00e9aires (20) qui tient la caisse de cet \u00e9ternel spectacle.<br \/>\nTout \u00e0 proximit\u00e9 encore s\u2019accrochent les solitudes animales peintes par Gilles Aillaud, qui dans leurs enclos se r\u00e9fl\u00e9chissent en nous. Quelques photographies de Dolores Marat, quelques plans du cin\u00e9ma d\u2019Antonioni ou toiles de Thomas L\u00e9vy-Lasne.<br \/>\nLa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 n\u2019est plus celle de l\u2019\u00e9lan que les po\u00e8tes tentaient de saisir dans la doublure de gestes simples comme dans les parages d\u2019un monde flottant, mais ce suspend comme irr\u00e9el d\u2019avant la chute ou ce par quoi la chute pr\u00e9c\u00e8de le retour au r\u00e9el de l\u2019impact (21).<\/p>\n<p>Un changement de syst\u00e8me technique engendre toujours d\u2019abord un d\u00e9sajustement entre ce syst\u00e8me technique et les syst\u00e8mes sociaux qui \u00e9taient ajust\u00e9s au syst\u00e8me technique pr\u00e9c\u00e9dent et qui formaient avec lui une \u00e9poque, rappelle Bernard Stiegler (22). C\u2019est l\u2019\u00e9tat de sid\u00e9ration ou de t\u00e9tanisation produit par cette acc\u00e9l\u00e9ration strat\u00e9gique qui fait en quelque sorte d\u00e9railler ou patiner la pens\u00e9e qui caract\u00e9rise ou \u00ab symptomatise \u00bb la disruption.<br \/>\nCharles Baudelaire, entendant celui qu\u2019avait, dans un \u00e9clat de conscience, dans la lame de la lucidit\u00e9, accueilli Pascal dans ce si\u00e8cle qui abandonnait l\u2019espace aristot\u00e9licien qui avait jusque-l\u00e0 constitu\u00e9 le cadre de l\u2019humanisme pour les vertiges de la pens\u00e9e baroque, en fit un po\u00e8me (23)  qui pourrait accompagner le travail de Coline Casse. Un po\u00e8me au titre \u00e9vocateur : le gouffre.<\/p>\n<p>Pascal avait son gouffre, avec lui se mouvant.<br \/>\n&#8211; H\u00e9las ! tout est ab\u00eeme, &#8211; action, d\u00e9sir, r\u00eave,<br \/>\nParole ! Et sur mon poil qui tout droit se rel\u00e8ve<br \/>\nMaintes fois de la Peur je sens passer le vent.<br \/>\nEn haut, en bas, partout, la profondeur, la gr\u00e8ve,<br \/>\nLe silence, l&rsquo;espace affreux et captivant&#8230;<br \/>\nSur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant<br \/>\nDessine un cauchemar multiforme et sans tr\u00eave.<br \/>\nJ&rsquo;ai peur du sommeil comme on a peur d&rsquo;un grand trou,<br \/>\nTout plein de vague horreur, menant on ne sait o\u00f9 ;<br \/>\nJe ne vois qu&rsquo;infini par toutes les fen\u00eatres,<br \/>\nEt mon esprit, toujours du vertige hant\u00e9,<br \/>\nJalouse du n\u00e9ant l&rsquo;insensibilit\u00e9.<br \/>\nAh ! ne jamais sortir des Nombres et des \u00catres !<\/p>\n<p>Notes :<br \/>\n 1. On peut se reporter pour ces questions au livre Homo Deus, Une br\u00e8ve histoire du futur, de Yuval Noah Harari, Albin Michel, 2015 pour l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise.<br \/>\n 2. Ren\u00e9 Descartes, Discours de la m\u00e9thode, 1637.<br \/>\n 3. Michel Serre, C\u2019\u00e9tait mieux avant ! \u00c9ditions Le pommier, 2017.<br \/>\n 4. R\u00e9f\u00e9rence au fameux slogan de 1962, \u00ab Moulinex lib\u00e8re la femme \u00bb, qui accompagne l\u2019\u00e9mergence de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation et des Trente glorieuses.<br \/>\n 5. Sur le peu de r\u00e9volution, Bernard No\u00ebl et Michel Surya, \u00e9ditions La Nerthe, 2020.<br \/>\n 6. Le propos de Florian a fait l\u2019objet du s\u00e9minaire du printemps 2015 de pharmakon.fr. Il a \u00e9t\u00e9 repris par Bernard Stiegler dans son livre La disruption, Comment ne pas devenir fou ? aux \u00e9ditions Les liens qui lib\u00e8rent en 2016.<br \/>\n 7. \u00ab There is no alternative \u00bb, slogan politique couramment attribu\u00e9 \u00e0 Margaret Thatcher lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait Premi\u00e8re ministre du Royaume-Uni.<br \/>\n 8.  Comment ne pas s\u2019\u00e9tonner aujourd\u2019hui encore que les observations que faisait La Bo\u00e9tie en 1574 et 1576 dans son Discours de la servitude volontaire s\u2019accordent \u00e0 notre r\u00e9alit\u00e9 contemporaine.<br \/>\n 9. L\u2019\u00e9t\u00e9 86, le groupe avait \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 jouer pour un mois dans le bush australien aupr\u00e8s de populations aborig\u00e8nes. Les paroles de Petter Garrett t\u00e9moignent de leur engagement pour leur cause.<br \/>\n 10. Malaise dans la culture, 1929. R\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1930, la conclusion en est l\u00e9g\u00e8rement assombrie. L\u2019 \u00ab \u00c9ros \u00e9ternel \u00bb et rassembleur pourrait ne pas triompher de son sombre pendant : \u00ab qui peut pr\u00e9sumer du succ\u00e8s et de l\u2019issue ? \u00bb.<br \/>\n  11. Vierge de l\u2019Annonciation, tableau d\u2019Antonello de Messine, (1474-76) conserv\u00e9 \u00e0 la galerie r\u00e9gionale de Sicile, Palais Abatellis, \u00e0 Palerme.<br \/>\n  12. Sans titre, 2020.<br \/>\n  13. Sans titre, 2020.<br \/>\n  14. \u00ab Le roi est nu \u00bb est une traduction fr\u00e9quente du conte d\u2019Andersen, Les habits neufs de l\u2019empereur.<br \/>\n  15. Henri Matisse, La desserte, harmonie rouge, huile sur toile, 1908. Mus\u00e9e de l\u2019Ermitage, Saint P\u00e9tersbourg.<br \/>\n  16. Je pense en particulier \u00e0 ses Trois \u00e9tudes pour des figures \u00e0 la base d\u2019une crucifixion de 1944. Collection de la Tate Gallery, Londres.<br \/>\n  17. Il s\u2019agit de deux toiles de 2020 : La maison cr\u00e8me et le nuage gris et La maison rose et le ciel impatient.<br \/>\n  18. Sans titre, 2018-2020.<br \/>\n19. Blaise Pascal, Les pens\u00e9es. \u00ab Quand je consid\u00e8re la petite dur\u00e9e de ma vie absorb\u00e9e dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dente et suivante, [\u2026] le petit espace que je remplis et m\u00eame que je vois ab\u00eem\u00e9 dans l\u2019infinie immensit\u00e9 des espaces que j\u2019ignore et qui m\u2019ignorent, je m\u2019effraie et m\u2019\u00e9tonne de me voir ici plut\u00f4t que l\u00e0, car il n\u2019y a point de raison pourquoi ici plut\u00f4t que l\u00e0, pourquoi \u00e0 pr\u00e9sent plut\u00f4t que lors. Qui m\u2019y a mis ? Par l\u2019ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps a-t-il \u00e9t\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 moi ? \u00bb<br \/>\n[\u2026] \u00ab\u00a0Je ne sais qui m\u2019a mis au monde, ni ce que c\u2019est que le monde, ni que moi-m\u00eame. Je suis dans une ignorance terrible de toutes choses.\u00a0\u00bb (Mis\u00e8re 17)<br \/>\n  20. On peut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 ce propos au livre de Bernard Stiegler, Qu\u2019appelle-t-on panser ? paru cette ann\u00e9e 2020 aux \u00e9ditions Les liens qui lib\u00e8rent.<br \/>\n  21. Jacques Lacan, dans une conf\u00e9rence au Massachussetts Institute d\u00e9clarait en 1975 :<br \/>\n\u00ab Il n\u2019y a pas d\u2019autre d\u00e9finition possible du r\u00e9el que : c\u2019est l\u2019impossible quand quelque chose se trouve caract\u00e9ris\u00e9 de l\u2019impossible, c\u2019est l\u00e0 seulement le r\u00e9el ; quand on se cogne, le r\u00e9el, c\u2019est l\u2019impossible \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer. \u00bb<br \/>\n  22. Cf. Dans la disruption, op. cit.<br \/>\n  23. Charles Baudelaire, Le gouffre in Les fleurs du mal, 1857.<\/p>\n<p>Image : Coline Casse, <em>Sans titre (La piscine)<\/em>, 2020.<br \/>\nTexte \u00e9crit pour le catalogue <em>Coline Casse, Basses lumi\u00e8res<\/em>, \u00e9dit\u00e9 par Shakers, 2021.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>The time has come To pay the rent To pay our share Midnight Oil Si globalement les conditions de vie de l\u2019humanit\u00e9 se sont objectivement am\u00e9lior\u00e9es au cours des si\u00e8cles derniers (1) \u00e0 la faveur d\u2019une augmentation g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019esp\u00e9rance de vie, d\u2019une baisse de la mortalit\u00e9 infantile, d\u2019une r\u00e9duction notable des violences civiles, des [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":7549,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-7548","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7548","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7548"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7548\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7604,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7548\/revisions\/7604"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7549"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7548"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7548"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7548"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}