{"id":7577,"date":"2022-10-09T19:04:53","date_gmt":"2022-10-09T18:04:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7577"},"modified":"2022-10-10T07:25:29","modified_gmt":"2022-10-10T06:25:29","slug":"les-aventures-de-la-caverne-les-images-dans-la-cabane","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/les-aventures-de-la-caverne-les-images-dans-la-cabane\/","title":{"rendered":"les aventures de la caverne, les images dans la cabane"},"content":{"rendered":"<p>Je comprends ceux et celles qui se composent une forme de caverne, de labyrinthe, un cabinet de curiosit\u00e9, une collection, et meublent ainsi leur int\u00e9rieur, leur bureau, leur chambre, leurs \u00e9tag\u00e8res, leur bureau d\u2019ordinateur, leurs pens\u00e9es, leurs r\u00eaves, leurs siestes, leurs conversations, leurs vacances, leurs escapades, leur courrier en cours, leur trieur, leurs chemins de traverse et chemins buissonniers, leur patio, leurs plages et leurs cabanes dans l\u2019arbre, de livres et de mots, de souvenirs, d\u2019images, de bibelots, de gravures anciennes, de dessins, d\u2019\u0153uvres, de standard de jazz, de papiers d\u00e9chir\u00e9s, de pi\u00e8ces arch\u00e9ologiques, de fanzines d\u00e9sormais introuvables, de plaquettes de po\u00e9sies, de plantes exotiques et ordinaires, d\u2019albums de photographies anciennes ou r\u00e9centes, de trouvailles, d\u2019\u00e9tranget\u00e9s, de jeux de mots, de fortunes de mer, de terrains vagues et de friches, de bo\u00eetes aux lettres, de cartes postales, de stylos sans mine, secs ou muets, de trombones et de papiers pli\u00e9s au fond des poches.<!--more--><br \/>\nJ\u2019ai moi-m\u00eame suspendu autour de la t\u00eate une certaine quantit\u00e9 d\u2019objets et d\u2019images, de bribes de phrases, de sonorit\u00e9s, de m\u00e9lodies, de sensations et d\u2019odeurs auxquelles j\u2019aime me rendre, dont j\u2019appr\u00e9cie les invites et les distractions. A vrai dire, j\u2019ai convenu avec eux, avec elles, de cette vie m\u00eal\u00e9e, de glissements, de papillonnages, de lignes bris\u00e9es et de bifurcations. Ainsi je ne lis jamais qu\u2019un livre \u00e0 la fois et m\u2019entoure de ces petites tentes canadiennes, camp\u00e9es sur toutes les surfaces planes qui peuvent les accueillir, tablettes, \u00e9tag\u00e8res, table basse, bureau, table de nuit, o\u00f9 je sais que continuellement toutes sortes d\u2019aventures intellectuelles me veillent avec des signaux de fum\u00e9e. Je fais des piles autour de moi de livres entam\u00e9s par des tickets de bus, des tickets de caisse, des billets de train, des billets d\u2019entr\u00e9e, des photos, des cartons d\u2019invitation, des crayons. Une tour de Babel recompos\u00e9e en quartier avec ses tours hlm.<br \/>\nOn ne sait pas bien quelles influences ont sur nos gestes, nos \u00e9tats d\u2019\u00e2me, les images que l\u2019on longe tous les jours sans quelques fois m\u00eame les voir, qui font n\u00e9anmoins partie de votre champ visuel comme d\u2019autres forment votre mobilier mental. On ne sait pas quel parfum se m\u00eale \u00e0 l\u2019air que vous respirez de ce vous tenez dans vos tiroirs ou dans vos dossiers, \u00e9pingl\u00e9 sur votre bureau, en arri\u00e8re-plan de vos taches, comme des post-it sur un frigo.<br \/>\nJ\u2019ai l\u2019illusion parfois, glissant une image ici, que je pourrais en faire quelque chose, alors que bien entendu je r\u00e9ponds d\u2019un regard muet qui entend plut\u00f4t faire quelque chose de moi. Et il se fait que ces entit\u00e9s sont dot\u00e9es d\u2019une patience invraisemblable qui fait qu\u2019elles peuvent, des mois ou des ann\u00e9es durant, se tenir au silence dans les parages de votre attention sans paraitre s\u2019\u00e9mouvoir ou s\u2019impatienter le moins du monde. Au fond elles savent. Il n\u2019y a que vous qui ne vous avouez pas que d\u00e8s la premi\u00e8re rencontre vous \u00e9tiez d\u00e9j\u00e0 inconsciemment au travail, engag\u00e9 malgr\u00e9 vous dans une forme de sondage ou de fouille dont il est difficile de dire s\u2019il concerne la chose, l\u2019image, le bibelot, l\u2019accroche sonore de deux mots, son potentiel d\u2019incandescence, d\u2019insinuation, ou cet abyme composite et obscur en quoi consiste votre individualit\u00e9 subjective.<br \/>\nJe ne sais combien de fois j\u2019ai ouvert ce fichier qui longtemps traina presque n\u00e9gligemment sur le bureau de mon ordinateur avant que je le glisse, comme on fait des affaires en cours des piles propres \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre r\u00e9ellement rang\u00e9es, dans un dossier fourre-tout intitul\u00e9 \u00ab images de ref \u00bb. Reproduction d\u2019une \u0153uvre que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 vu dans son atelier et, comme quelques autres, que j\u2019avais fait mine d\u2019oublier sans l\u2019oublier vraiment. \u00ab Atelier mobile 14 FK. \u00bb<br \/>\nJe crois que ce qui m\u2019avait fait un jour l\u2019enregistrer et la poser en \u00e9vidence parmi les choses en cours (combien d\u2019investigations sont ainsi continuellement en cours ?) venait du fait que j\u2019envisageais vaguement en tirer quelques notes \u2014 et peut-\u00eatre un peu plus. Il y avait l\u00e0 un combustible de premi\u00e8re qualit\u00e9 susceptible de me mettre en route, de me faire voyager quelque temps je ne sais trop o\u00f9. Quelque chose qui me concernait.<br \/>\nMais est-ce que je voyais trop o\u00f9 cela voulait m\u2019emmener, ou le chemin me semblait trop tortueux, ou par paresse, j\u2019ai abandonn\u00e9 au vent les quelques notes confi\u00e9es \u00e0 un ticket de bus ou au dos d\u2019une enveloppe. Je n\u2019ai balis\u00e9 aucun chantier. J\u2019ai laiss\u00e9 vivre la chose comme on laisse planer le doute.<br \/>\nQuelques-fois j\u2019entrouvre la porte d\u2019un double clic comme on v\u00e9rifie certains jours entre deux gestes d\u2019un regard panoramique, consid\u00e9rant son int\u00e9rieur, ses \u00e9tag\u00e8res, que chaque chose est bien \u00e0 sa place, j\u2019y plonge mes yeux et je me laisse regarder.<br \/>\nJe me souviens que dans un texte, Roger Caillois \u00e9voque les Inuksuit, ces statues de pierre \u00e0 l\u2019anthropomorphisme approximatif, s\u2019apparentant \u00e0 des cairns, qu\u2019\u00e9rigent les inuit et yupik sur les terres arctiques de l\u2019Am\u00e9rique du Nord. D\u00e9laissant les hypoth\u00e8ses ethnologiques attribuant \u00e0 ces figures une fonction de rep\u00e8res pour la chasse, de limites territoriales ou d\u2019\u00e9pouvantails, il les envisage, dans ces vies pr\u00e9caires et difficiles confront\u00e9es aux grands espaces, comme des pr\u00e9sences grossissant le groupe, lui donnant comme une assise. J\u2019ai lu ce texte il y a longtemps et il est probable que je d\u00e9forme ou d\u00e9tourne son propos, mais c\u2019est \u00e0 ces pr\u00e9sences dress\u00e9es dans l\u2019espace que je pense quand je fais l\u2019inventaire de celles que je place autour de moi \u00e0 la mani\u00e8re de talismans, de rep\u00e8res, de soutiens.<br \/>\nParmi elles, la reproduction de cette petite gouache (huile ?) sur carton ou papier, le paysage qui se fait en elle, en amont d\u2019une baie qui ouvre sur un autre o\u00f9 domine un bleu clair comme celui du ciel. Une forme r\u00eaveuse qui me rappelle \u00e0 d\u2019autres monde possibles, dispos\u00e9s dans les parois de celui qui se veut \u00eatre le seul, croit \u00e0 son illusion, et auquel, non dupes, ces fen\u00eatres sourient de tous leurs yeux comme d\u2019autres regardent de toutes leurs dents. <\/p>\n<p>Image : Fr\u00e9d\u00e9ric Khodja, Atelier mobile, huile sur papier arches 2021.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je comprends ceux et celles qui se composent une forme de caverne, de labyrinthe, un cabinet de curiosit\u00e9, une collection, et meublent ainsi leur int\u00e9rieur, leur bureau, leur chambre, leurs \u00e9tag\u00e8res, leur bureau d\u2019ordinateur, leurs pens\u00e9es, leurs r\u00eaves, leurs siestes, leurs conversations, leurs vacances, leurs escapades, leur courrier en cours, leur trieur, leurs chemins de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":7578,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-7577","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7577","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7577"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7577\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7586,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7577\/revisions\/7586"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7578"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7577"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7577"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7577"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}