{"id":7736,"date":"2023-03-22T12:10:22","date_gmt":"2023-03-22T11:10:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7736"},"modified":"2023-04-29T11:05:54","modified_gmt":"2023-04-29T10:05:54","slug":"fabien-boitard-jouissif","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/fabien-boitard-jouissif\/","title":{"rendered":"Fabien Boitard jouissif."},"content":{"rendered":"<p><em><br \/>\n\u00ab Elle est retrouv\u00e9e. Quoi ? \u2013 L&rsquo;\u00c9ternit\u00e9. C&rsquo;est la mer all\u00e9e. Avec le soleil. \u00bb<\/em><br \/>\nRimbaud<\/p>\n<p><em>\u00ab Les lourdes voitures massives, esp\u00e8ces de carrosses \u00e0 la Louis XIV, dor\u00e9s et agr\u00e9ment\u00e9s par le caprice oriental, d\u2019o\u00f9 jaillissent quelquefois des regards curieusement f\u00e9minins, dans le strict intervalle que laissent aux yeux les bandes de mousseline coll\u00e9es sur le visage ; les danses fr\u00e9n\u00e9tiques des baladins du troisi\u00e8me sexe (jamais l\u2019expression de Balzac ne fut plus applicable que dans le cas pr\u00e9sent, car, sous la palpitation de ces lueurs tremblantes, sous l\u2019agitation de ces amples v\u00eatements, sous cet ardent maquillage des joues, des yeux et des sourcils, dans ces gestes hyst\u00e9riques et convulsif, dans ces longues chevelures flottant sur les reins, il vous serait difficile, pour ne pas dire impossible, de deviner la virilit\u00e9). \u00bb<\/em><br \/>\nBaudelaire<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il s\u2019esveilloit entre huyt et neuf heures, feust jour ou non. [\u2026] Puis se guambayoit, penadoit et paillardoit parmy le lict quelque temps pour mieulx esbaudir ses esperitz animaulx ; et se habiloit selon la saison. [\u2026] Puis fiantoit, pissoyt, rendoyt sa gorge, rottoit, pettoyt, baisloyt, crachoyt, toussoyt, sangloutoyt, esternuoit et se morvoyt en archidiacre, et desjeunoyt pour abatre la rouz\u00e9e et maulvais aer : belles tripes frites, belles charbonnades, beaulx jambons, belles cabirotades et forces soupes de prime. \u00ab\u00a0<\/em><br \/>\nRabelais<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Il est des registres esth\u00e9tiques, des gestes en peinture, comme dans les activit\u00e9s de la vie courante. Ainsi, murmurer un po\u00e8me du bout des l\u00e8vres en regardant le lointain, arranger un bouquet de fleurs, participent d\u2019activit\u00e9s contigu\u00ebs, lesquelles contrastent avec sortir les poubelles, hurler sur un arbitre, sur un automobiliste qui vous grille la priorit\u00e9, se racler la gorge ou d\u00e9f\u00e9quer.<br \/>\nIl est entendu pour les repr\u00e9sentants d\u2019une m\u00eame culture ou d\u2019une m\u00eame classe sociale, que certaines activit\u00e9s et certaines mani\u00e8res d\u2019\u00eatre ou de se comporter appartiennent \u00e0 la sph\u00e8re publique quand d\u2019autres appartiennent \u00e0 l\u2019espace domestique ou intime. Certaines sont nobles, d\u2019autres triviales ou grossi\u00e8res. De m\u00eame qu\u2019il y a des choses qui se font et d\u2019autres non. Des choses qui se disent et d\u2019autres non.<br \/>\nIl est question de maturit\u00e9, de maitrise de soi, de politesse ou d\u2019\u00e9l\u00e9gance, des commerces du moi et du surmoi, de retenue et de savoir-vivre, d\u2019\u00e9ducation, de distinction.<br \/>\nCes cloisonnements sont pourtant moins \u00e9tanches qu\u2019on ne pourrait le croire. Et la lecture de Rabelais comme les fantaisies de Bosch, les marginalia des copistes comme les grotesques gliss\u00e9s \u00e7a et l\u00e0 aux fa\u00e7ades des \u00e9glises, dans la mod\u00e9nature des cath\u00e9drales, l\u2019art imm\u00e9morial de la caricature, sugg\u00e8rent des m\u00e9tissages, des conversations anciennes, de loin ant\u00e9rieures au d\u00e9braill\u00e9 de la modernit\u00e9, aux provocations de Incoh\u00e9rents ou des dada\u00efstes. Et, quand on consid\u00e8re avec les collages de Hannah H\u00f6ch, de Max Ernst, de Dali, les gueules de Soutine, d\u2019Artaud, l\u2019irruption de griffonnages dans l\u2019abstraction am\u00e9ricaine dans l\u2019\u0153uvre de Rauschenberg, de De Kooning ou de Cy Twombly, le potache de Dubuffet, la red\u00e9couverte du dessin d\u2019enfant chez Picasso, reviennent en t\u00eate le tableau de Caroto du mus\u00e9e de V\u00e9rone, \u00ab Portrait d\u2019un enfant montrant un dessin \u00bb, et la fameuse histoire \u00e0 propos du peintre Apelle : \u00ab dont on dit que, peignant un cheval, et voulant repr\u00e9senter l\u2019\u00e9cume de cet animal, cela lui r\u00e9ussit si mal, que d\u00e9sesp\u00e9rant de son entreprise, il jeta contre son tableau l\u2019\u00e9ponge, dont il se servait pour nettoyer ses pinceaux : il arriva, dit-on, que cette \u00e9ponge, ayant atteint le cheval, en repr\u00e9senta fort bien l\u2019\u00e9cume. \u00bb On se souvient d\u2019avoir rit adolescent du portrait cubiste d\u2019une femme dont le visage semblait avoir \u00e9t\u00e9 froiss\u00e9 ou malax\u00e9 dans de la p\u00e2te \u00e0 modeler, le nez poussant sur la joue, les yeux d\u00e9saccord\u00e9s, bigleux, les fesses au niveau du ventre, les membres tordus. D\u2019un buste de Franz Messerschmidt, cousin de petits autoportraits grav\u00e9s de Rembrandt, m\u00ealant \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique Empire l\u2019incongru d\u2019une grimace. De ces martyrs dans des tableaux Renaissance portant, qui sa peau comme une pelisse, qui ses yeux dans une boite, qui le regard absent, les mains en pri\u00e8re, semblant ignorer une hache lui fendant le cr\u00e2ne. Ou de ce moine (\u00ab Le Bienheureux Ranieri Rasini d\u00e9livre les pauvres d\u2019une prison de Florence \u00bb, par Stefano Sassetta) comme \u00e9quip\u00e9 d\u2019un r\u00e9acteur \u00e0 la place de jambes, traversant la sc\u00e8ne \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019Astro, le robot humano\u00efde d\u2019Osamu Tezuka.<br \/>\nEn revanche, j\u2019avais jug\u00e9 bizarre mais f\u00e9cond je crois ces sculptures de Brancusi confrontant le poli chrom\u00e9 de formes \u00e9lanc\u00e9es et rondes, parfaites, au brutalisme primitif de socles taill\u00e9s dans des troncs, des sections de poutres assembl\u00e9es. \u00c7a grin\u00e7ait, mais l\u2019\u00e9pure y gagnait par contraste. M\u2019avait \u00e9chapp\u00e9 le portrait phallique de \u00ab La princesse X \u00bb.<br \/>\nLe comique ou l\u2019\u00e9tonnement, ce qui choquait notre conservatisme dans les gueules cass\u00e9es, mont\u00e9es \u00e0 l\u2019envers, de Picasso ou de Dubuffet, dans les disproportions, dans les convulsions du geste, \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment ce sentiment de mariages contrenatures, de discordances entre le noble et l\u2019enfantin, le s\u00e9rieux et la blague. Que, dans le salon de De Vinci et de Michel-Ange, s\u2019installent comme si de rien les silhouettes gauches, d\u00e9gingand\u00e9es ou nerveuses de Kirchner, de Goncharova ou Matisse. Comme nous jugions ridicule qu\u2019un prof s\u2019approprie nos expressions ou notre vocabulaire de cour d\u2019\u00e9cole depuis son estrade, derri\u00e8re son bureau, dans sa bouche d\u2019adulte.<br \/>\nC\u2019est dire l\u2019int\u00e9gration tacite de cette discrimination ; quoique la vie contemporaine ne cesse de tout confondre \u00e0 la faveur de logiques d\u2019 \u00ab entertainment \u00bb et de r\u00e9cup\u00e9rations ou appropriations diverses. De Val\u00e9ry Giscard-D\u2019Estaing, homme de lettres chenu, au parl\u00e9 d\u2019acad\u00e9micien, on est pass\u00e9 au nerveux Sarkozy, jet-setter patent\u00e9 connaissant son Bernard Tapie et donnant du \u00ab casse toi pov\u2019 con \u00bb. On appelait \u00e7a la repr\u00e9sentation nationale, l&rsquo;\u00e9lite.<br \/>\nUne partie de l\u2019art contemporain, que certains disent post-moderne, a trouv\u00e9 issue dans l\u2019int\u00e9gration de formes, de gestes, de mat\u00e9riaux, d\u2019esth\u00e9tiques exotiques : arts premiers, dessins d\u2019enfants ou d\u2019ali\u00e9n\u00e9s, art na\u00eff et populaire, esth\u00e9tique industrielle, scientifique, m\u00e9caniste, ou ce que l\u2019on appellera encore \u00ab bien fait\/mal fait \u00bb \u00e0 la suite du \u00ab peu fini \u00bb adopt\u00e9 par les Impressionnistes depuis D\u2019Aubigny. Le d\u00e9but du si\u00e8cle avec les \u00e9v\u00e9nements que furent l\u2019expression cubiste et surr\u00e9aliste, le collage, l\u2019automatisme, marque probablement une rupture. Et il serait vain de tenter une liste exhaustive des artistes ayant \u0153uvr\u00e9 dans ces logiques de m\u00e9tissage, tant celui-ci semble avoir infus\u00e9, infiltr\u00e9 sous des formes diverses, l\u2019esth\u00e9tique g\u00e9n\u00e9rale.<br \/>\nJe m\u2019arr\u00eaterais seulement sur quelques \u0153uvres contemporaines de Fabien Boitard qui jouent de mani\u00e8re exemplaire d\u2019une dialectique franche et jouissive.<br \/>\nLa peinture est aujourd\u2019hui comme un r\u00eave agit\u00e9 qui se retourne continuellement sur lui-m\u00eame, se cherche une position, une posture pour en changer dix fois, consid\u00e9rant un appui, une crampe. C\u2019est un chat qui h\u00e9site entre dix d\u00e9sirs contradictoires, le geste aristocratique ou hautain, la sieste sur un coussin, un poste de vigie, l\u2019oubli complet, la gamelle, la caresse, les chemins buissonniers ou la chasse, la toilette &#8211; la langue ou la griffe. Celle qu\u2019on dit figurative ainsi cherche souvent apr\u00e8s l\u2019image et ses s\u00e9ductions, dans le m\u00eame temps qu\u2019elle insiste sur sa dimension mat\u00e9rielle, jouant de l\u2019illusion perspective tout en affirmant le plan dans la lign\u00e9e des Nabis. Elle a le go\u00fbt de la touche, du model\u00e9, de l\u2019\u00e9l\u00e9gance ou m\u00eame temps que celui du d\u00e9braill\u00e9, de l\u2019\u00e9bauche ou de l\u2019esquisse, de l\u2019intellectuel et du sensuel, de l\u2019artisanat et de l\u2019iconoclasme. Que l\u2019on pense par exemple au travail de Nicole Einsenman, et comme il s\u2019apparente \u00e0 une bille de flipper qui va cogner tant\u00f4t Matisse, tant\u00f4t la fresque d\u2019histoire, tant\u00f4t Hockney, tant\u00f4t Picasso et Monticelli, tant\u00f4t le cartoon, tant\u00f4t l\u2019imagerie surr\u00e9aliste.<br \/>\nUne partie de la peinture actuelle travaille justement sur ses tiraillements, son inconfort, son app\u00e9tit de brassage, sa fluidit\u00e9 de genre, ses r\u00e9ticences \u00e0 se laisser assigner. Instable, demi-folle, ou adepte des badinages, partisane des infid\u00e9lit\u00e9s.<br \/>\nUne partie des paysages que peint Fabien Boitard fait l\u2019effet d\u2019un dialogue d\u2019ivrogne avec Millet, Monet, Courbet. De quelqu\u2019un qui d\u00e9sesp\u00e8re d\u2019\u00eatre arriv\u00e9 apr\u00e8s eux et vitup\u00e8re contre ces ma\u00eetres qu\u2019il admire et d\u00e9teste, avec lesquels il se d\u00e9bat, comme se d\u00e9battent les figures antiques de la trag\u00e9die. Le kitch, le d\u00e9risoire, l\u2019ironie gueulent \u00e0 la fen\u00eatre du virtuose, l\u2019exhortent \u00e0 s\u2019expliquer. Le pinceau tourne en l\u2019air comme un fleuret minable. Et \u00e7a peint, malgr\u00e9 tout. Plein d\u2019arri\u00e8re-pens\u00e9es, de scrupules, d\u2019emp\u00eachements, mais plein de d\u00e9sirs qui entendent passer outre. Avec brio, m\u00e9tier et tout tout \u00e0 la fois contre. Cyclothymique, maniaco-d\u00e9pressif. Il revendique la \u00ab\u00a0polyfacture\u00a0\u00bb, puisque, l\u00e0 o\u00f9 nous en sommes arriv\u00e9s, tout est possible en somme. Et qu&rsquo;il faut prendre acte de l&rsquo;\u00e9poque, de ce qui en elle, par elle vous s\u00e9pare des perspectives du XIXe si\u00e8cle. Le peintre dira, apr\u00e8s le temps de la modernit\u00e9, du progr\u00e8s, de la croissance productiviste et extractiviste, apr\u00e8s le Romantisme, celui de la d\u00e9sillusion et de l&rsquo;angoisse, celui de l&rsquo;effondrement, de la chute. L&rsquo;avenir, il faut en convenir, n&rsquo;a pour les enfants de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne et de la solastagie plus vraiment le profil d\u00e9coup\u00e9 d&rsquo;un athl\u00e8te grec, ni d&rsquo;un portrait Harcourt.<br \/>\nLes Branches en fleurs touchent l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 nippone dans son nouage de la retenue et m\u00eame du sublime, de la po\u00e9sie et de la d\u00e9bauche ou du kitch, du recueillement m\u00e9ditatif et de l\u2019infantile. Le vaporeux, l\u2019\u00e9th\u00e9r\u00e9, le fluide et le flou rencontrent la p\u00e2te et m\u00eame l\u2019emp\u00e2tement le plus trivial et grima\u00e7ant. Les fleurs \u2013 d\u00e9licatesse printani\u00e8re &#8211; se font dans des taches \u00e9paisses comme on se cure le nez ou crache un mollard. Et au final on y regarde sans savoir d\u00e9cider si c\u2019est une blague ou un hommage aux Nymph\u00e9as et \u00e0 Van Gogh m\u00eal\u00e9s. Le cerveau \u00e9lectris\u00e9 par ce suppl\u00e9ment de malice qui d\u00e9double l\u2019exp\u00e9rience, d\u00e9colle la chose d\u2019elle-m\u00eame pour en faire \u00e0 la fois un acte et un discours. Reste que c&rsquo;est tr\u00e8s beau, a\u00e9rien et blagueur, pour ne pas dire un brin provoc&rsquo;.<br \/>\nLes portraits dit \u00ab Grimaces \u00bb vont ainsi sur un mode similaire, m\u00e9lange de r\u00e9alisme flou et d\u2019emp\u00e2tement potaches vers les graffitis de salle de classe et l\u2019iconoclasme \u00e9lectoral. H\u00e9ritiers de Dada et d\u2019LHOOQ, Joconde moustachue de Marcel Duchamp. L\u2019artiste les dit en r\u00e9action au mandat d\u2019Emmanuel Macron, aux violences polici\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Gilets Jaunes. Mais il me semble qu\u2019ils \u00e9chappent \u00e0 cette anecdote politique qui n&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;un pr\u00e9texte ou une justification. Ils n\u2019ont rien d\u2019illustrations, et je leur trouve une irr\u00e9v\u00e9rence plus proche du carnaval que de la Nouvelle objectivit\u00e9 d\u2019Otto Dix ou Georg Groz. Ils chahutent de plus loin, et se jouent de l&rsquo;Homme et de toutes ses poses. On y retrouve le plaisir infantile du \u00ab pied dans le plat \u00bb, de l\u2019outrage, de la libert\u00e9 de ton, en m\u00eame temps que cette po\u00e9sie d\u00e9statufi\u00e9e dont la beaut\u00e9 s\u2019apparente \u00e0 \u00ab\u00a0la rencontre, \u00e9crivait Lautr\u00e9amont, d\u2019une machine \u00e0 coudre et d\u2019un parapluie sur une table de dissection\u00a0\u00bb. Les choses en sont ainsi d\u00e9sarrim\u00e9es et battent au vent, toutes dents \u00e0 l\u2019air. Insoumises \u00e0 tout discours, flirtant au mieux avec quelque anarchisme.<br \/>\nOn pense aux tableaux de Rafael Grassi, \u00e0 ceux de Manoel Ocampo, de Jean-Xavier Renaud, ou aux montages de G\u00e9r\u00f4me Zonder. Aux Picasso de Mougin qu&rsquo;on qualifiait de vieux fou.<br \/>\nLes premiers tableaux que j\u2019ai vus, appartenant \u00e0 la s\u00e9rie \u00ab\u00a0Les filles\u00a0\u00bb m\u2019avaient s\u00e9duit pour leur fougue lib\u00e9ratrice, l\u2019\u00e9nergie d\u00e9sinvolte, potache, qui en \u00e9manait. Jouissive, amus\u00e9e, sans grand s\u00e9rieux, mais spirituelle en m\u00eame temps, tenant de la contrep\u00e8terie et du bon mot et plein de saveur \u00e0 l\u2019osculation. C\u2019\u00e9tait comme jouer avec un savon dans le bain. Et s&rsquo;ils sont vivants les tableaux, non comme marionnettes, pantins ventriloqu\u00e9s, mais vivant de leur propre vie, c&rsquo;est qu&rsquo;ils jouent. Avec l\u2019histoire de l\u2019art, avec le go\u00fbt, avec celui ou celle qui les regarde. Avec eux-m\u00eames. Ils vous tirent la langue. Marque d&rsquo;auto-d\u00e9rision autant que de bouffonnerie critique.<br \/>\nEt je pense alors \u00e0 cet autoportrait de Rembrandt de 1658, peint alors que, mis en faillite, sa maison, ses biens mobiliers et sa collection d\u2019art sont mis aux ench\u00e8res. C\u2019est le plus grand de ceux &#8211; nombreux &#8211;  qu\u2019il a r\u00e9alis\u00e9s. Il s\u2019y met en sc\u00e8ne sur un fauteuil, en vue frontale, portant un paletot d\u2019or ostentatoire orn\u00e9 d\u2019une \u00e9charpe rouge et d\u2019un ch\u00e2le en brocarts d\u2019or. Il tient dans la main gauche une cane surmont\u00e9e d\u2019une poign\u00e9e d\u2019argent. C&rsquo;est un seigneur dans le th\u00e9\u00e2tre de la peinture. Retournant la fiction du monde sur elle-m\u00eame.<br \/>\nQuatre ans plus tard, il se repr\u00e9sentera en Zeuxis, peintre mythique de l\u2019antiquit\u00e9 grecque dont la l\u00e9gende dit qu\u2019il mourut de rire en peignant le portrait d\u2019une vieille femme au dr\u00f4le de physique. D\u2019ailleurs, la toile laisse entrapercevoir dans l\u2019ombre un profil disgracieux. Difficile de qualifier ce rire double de Rembrandt en son autoportrait, niez et g\u00e2teux, malin aussi, fier, ironique. Il est sculpt\u00e9 \u00e0 m\u00eame la toile dans une mati\u00e8re \u00e9paisse, emp\u00e2t\u00e9e. Comme une farce grave. \u00ab\u00a0Tout est ridicule, Mademoiselle, je le suis, vous l&rsquo;\u00eates, excusez-moi, c&rsquo;est la ran\u00e7on de la condition humaine. Je le suis, vous l&rsquo;\u00eates, nous le sommes tous, et surtout ceux qui ont peur de l&rsquo;\u00eatre.\u00a0\u00bb \u00e9crit Alexandre Vialatte. <\/p>\n<p>Images : Fabien Boitard, <em>Dame nature<\/em>, 115x150cm, 2017. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Elle est retrouv\u00e9e. Quoi ? \u2013 L&rsquo;\u00c9ternit\u00e9. C&rsquo;est la mer all\u00e9e. 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