{"id":7954,"date":"2024-03-11T12:08:53","date_gmt":"2024-03-11T11:08:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=7954"},"modified":"2024-03-12T08:21:55","modified_gmt":"2024-03-12T07:21:55","slug":"sabandonner-a-ses-associations-didees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/sabandonner-a-ses-associations-didees\/","title":{"rendered":"S\u2019abandonner \u00e0 ses associations d\u2019id\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab Que l\u2019on compare la toile sur laquelle se d\u00e9roule le film \u00e0 la toile du tableau ; l\u2019image sur la premi\u00e8re se transforme, mais non l\u2019image sur la seconde. Cette derni\u00e8re invite le spectateur \u00e0 la contemplation. Devant elle, il peut s\u2019abandonner \u00e0 ses associations. Il ne le peut devant une prise de vue. \u00c0 peine son \u0153il l\u2019a-t-elle saisi que d\u00e9j\u00e0 elle s\u2019est m\u00e9tamorphos\u00e9e. Elle ne saurait \u00eatre fix\u00e9e. \u00bb<\/em><br \/>\nWalter Benjamin<\/p>\n<p>Pourtant il faudrait dire comment le tableau, la photographie, ne sont immobiles qu\u2019en apparence. Que dans le regard l\u2019intranquillit\u00e9 se projette. Qu\u2019il suffit de peu pour que le monde ordinaire vacille, se double d\u2019une inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Ce \u00e0 quoi il pense quand il peint, ce qu\u2019il cherche par la peinture, ce qui le met en mouvement, qui porte ses pas quand il se dirige vers l\u2019atelier. Ces paquets de nuit qu\u2019il traverse, pinceau en main, ou les lueurs auxquelles il met le feu. Les images qu\u2019il coudoie, celles qu\u2019il chasse, qu\u2019il repousse, celles qui reviennent sans cesse sous une apparence semblable ou chang\u00e9e. Les fa\u00e7ons qu\u2019on a tous de nous contorsionner pour nous d\u00e9faire de la camisole ou du sac. Le go\u00fbt qu\u2019on pourra lui reconna\u00eetre pour telles teintes, tels effets, telle mani\u00e8re d\u2019arranger les choses. Ce qu\u2019il ne fait jamais qu\u2019entrevoir et ce sur quoi il sait pouvoir compter. Ce qui le rend intranquille ou heureux ; les fulgurances, les bourbiers dont il a le souvenir ou l\u2019habitude. Les moments suaves ou \u00e2pres. Tout ce qui fait la singularit\u00e9 irr\u00e9ductible de l\u2019exp\u00e9rience du peintre, de l\u2019homme, restera invisible, inabordable. \u00c7a se passe derri\u00e8re des jeux de cloison sans t\u00e9moins.<br \/>\nSinon \u00e0 l\u2019entrevoir dans une posture, une intonation de voix, un temps, l\u2019esquisse d\u2019un geste, alors m\u00eame qu\u2019il parle de tout autre chose. Dans une absence. Un \u0153il lev\u00e9 au ciel.<br \/>\nChaque artiste est \u00e0 lui-m\u00eame sa propre falaise. Des remuements invisibles chuchotent \u00e0 ses chevilles et l\u2019air, dans la transparence du silence, passe sur ses \u00e9paules avec des cris d\u2019oiseaux marins.<br \/>\nSait-il lui-m\u00eame le grand geste qui le prend et quels dieux mauvais le poussent entre les r\u00e9cifs et les c\u00f4tes en inventant des \u00e9preuves \u00e0 l\u2019approche de chaque gr\u00e8ve ? Quel type d\u2019exil\u00e9, de juif errant il est ? Sait-il ce qu\u2019il laisse entendre de ses conversations int\u00e9rieures, des r\u00eaves qu\u2019il se rem\u00e9more ? Des terreurs qu\u2019il ne sait pas porter, le brillant de m\u00e9tal ? Quels visages cachent ses masques ? Sait-on, nous, les recevoir, dans notre nuit int\u00e9rieure, alors que tout se m\u00eale \u00e0 nos propres bruissements ?<br \/>\nIl y a dans l\u2019intention une foule. Pris dans un mouvement large, des dizaines de singularit\u00e9s divergentes, de t\u00e2tonnements, d\u2019h\u00e9sitations. La conscience est pareille \u00e0 une constellation de m\u00e9duses d\u00e9rivant entre deux eaux. Et puis il y a ce qui nous travaille dans l\u2019invisible sans m\u00eame qu\u2019on sache en d\u00e9couper la silhouette. M\u00eame quand on croit d\u00e9cider, c\u2019est sur quels points de d\u00e9tail ? <\/p>\n<p>Il n\u2019y aura que le geste arr\u00eat\u00e9, les d\u00e9sirs satisfaits ou simplement las que les toiles adossent aux murs. Cette sorte de coagulation ou de pelliculage. Les figures qu\u2019on lit aux taches. La rive o\u00f9 l\u2019on se tient. Ses propres murmures r\u00e9verb\u00e9r\u00e9s par l\u2019espace qui ondule ou se dresse, bifurque d\u2019une \u0153uvre \u00e0 l\u2019autre. L\u2019\u00e9vidence qu\u2019on reconna\u00eet aux r\u00eaves les plus bizarres et qui les rend habitables. Des choses qu\u2019on reconnait, d\u2019autres auxquelles on passe outre.<br \/>\nUn peu de cette silhouette qui, quand on l\u2019aper\u00e7oit, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan des m\u00e9nines, dans l\u2019embrasure d\u2019une porte, cr\u00e9e une br\u00e8che dans la sc\u00e8ne et vous hante. Un peu de cet \u00e9nigmatique moine que Caspar David Friedrich campa sur un bord de plage sous un ciel sombre et vide. Et du regard que vous retourne la Jeune fille \u00e0 la perle. De la baigneuse au livre que Picasso esquissa sur une plage des ann\u00e9es 30. De ces autres qui pr\u00e9figurent Moore, pareilles aux bulles qui montent dans des lampes. D\u2019embrassades cannibales. Et m\u00eame de ces figures d\u2019acrobates, de ces femmes au fauteuil rouge. Un peu de la Serpentine de Matisse. Cet Ange du foyer que Max Ernst tira d\u2019un cauchemar. Ce th\u00e9\u00e2tre convulsif de Bacon. La raie de Chardin\u2026 Analogies surr\u00e9alistes dira-t-on. R\u00e9miniscences hallucin\u00e9es ? Chacun emprunte son propre chemin pour rejoindre de genre d\u2019horizons \u00e9quivoques. Est-ce li\u00e9e \u00e0 ce que Benjamin nomme un \u00ab colportage de l\u2019espace \u00bb ? Une appr\u00e9hension fluide et fluente, susceptible de comp\u00e9n\u00e9trations, d\u2019associations diverses ? Une sorte de r\u00e9enchantement de l\u2019exp\u00e9rience ? Ce fameux \u00ab d\u00e9r\u00e8glement de tous les sens \u00bb ou ces jeux synesth\u00e9siques auxquels engagea Rimbaud ? Cette forme d\u2019hallucination que Benjamin d\u00e9crivit apr\u00e8s une exp\u00e9rience de hachich et qui rejoint l\u2019exp\u00e9rience de la fl\u00e2nerie ? Ces images toutes froiss\u00e9es et souples, d\u00e9rivant \u00e0 la surface d\u2019elles-m\u00eames, ce sont des tableaux d\u00e9j\u00e0 quand le r\u00eaveur est peintre : \u00ab Une structure o\u00f9 seules des figures de cire peuvent habiter. Je peux faire une foule de choses avec, d\u2019un point de vue plastique. Piscator, avec toutes ses productions, peut aller se rhabiller. J\u2019ai la possibilit\u00e9 de modifier tout l\u2019\u00e9clairage en maniant de minuscules leviers. Je peux transformer la maison de Goethe en Op\u00e9ra de Londres. Je peux y lire toute l\u2019histoire du monde. Je vois dans l\u2019espace pourquoi je collectionne des images de colportage. Je peux tout voir dans la pi\u00e8ce ; les fils de Charles III et tout ce que vous voulez \u00bb<br \/>\nOui, ce pourrait \u00eatre \u00e7a. L\u2019artiste est un fl\u00e2neur qui d\u00e9ambule parmi ses propres souvenirs dans le labyrinthe de l\u2019histoire de l\u2019art, des possibilit\u00e9s de la peinture, de la sensibilit\u00e9, de l\u2019expression. Les possibles passent devant comme des nu\u00e9es d\u2019oiseaux. L\u2019atelier, le tableau, sont les lieux d\u2019une conscience hallucin\u00e9e. Ainsi vient la dimension tactile, corporelle des \u0153uvres. Notre besoin, pour les appr\u00e9hender, non plus seulement de les sonder, mais de tourner autour, voire de les parcourir. De s\u2019engager dans leur monde. \u00ab Toujours quelque chose est en train de sourdre des figures peintes, mais est-ce de la pr\u00e9sence ou bien est-ce le ressac myst\u00e9rieux du toucher pensif en quoi elles changent la vue ? \u00bb demande Bernard No\u00ebl. <\/p>\n<p>Le souvenir du cuir du fauteuil qui vous vient dans la main qui pend contre votre cuisse passe par le toucher amoureux du regard. Celui de la bonne gironde \u00e0 la gorge de laquelle on buvait le lait doux. De contrejours \u00e9quivoques, favorables aux r\u00eaves, et de lustres vieillis. Les vitrines des mus\u00e9es, les pages d\u2019un livre. Des croupes hasardeuses et cette fille aux bas bleude Picasso encore ; pastel de 1903. Saurait-on d\u00e9plier la mati\u00e8re des impressions, lister ce qui la compose ? \u00e7a ferait assur\u00e9ment un dr\u00f4le de po\u00e8me. <\/p>\n<p>On ne sait pas ce que c\u2019est, la peinture. Il y a la d\u00e9finition que donne Maurice Denis : des couleurs sur une surface.<br \/>\nAndr\u00e9 F\u00e9libien, qui laissa un br\u00e8ve Origine de la peinture, l\u2019assujettie \u00e0 sa foi : \u00ab ces lumi\u00e8res et ces jours que l\u2019art sait trouver par le moyen du m\u00e9lange des couleurs \u00bb nous donnent \u00e0 percevoir \u00ab ce qu\u2019il y a de beau en Dieu et dedans ses cr\u00e9atures \u00bb.  Car il n\u2019y a rien dit-il, sinon la peinture, \u00ab o\u00f9 l\u2019homme imite davantage la toute-puissance de Dieu, qui de rien a form\u00e9 cet univers, qu\u2019en repr\u00e9sentant avec un peu de couleurs toutes les choses qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9es \u00bb.<br \/>\nIl y a cette d\u00e9finition que l\u2019on devine dans les photographies de Saul Leiter, de Thibaut Cuisset de Sarah Moon ou Dolores Marat. Celle du marin qui pose sa main sur l\u2019horizon, des p\u00e2leurs dans l\u2019\u00e2me. Celle de C\u00e9line se souvenant du front. Celle de Monet, celle de Miro. Celle de Daumier ou de Degas. Du Caravage. De Paula Modersohn Becker. De Bonnard. De Kippenberger, d\u2019Eug\u00e8ne Leroy, de Shirley Jaffe\u2026<br \/>\nAutant de d\u00e9finitions que de regards, que de corps, que d\u2019exp\u00e9riences.<br \/>\nIl y a les jeux qu\u2019on aime lui voir jouer, les moirures, les vernis et les soies, le velours, l\u2019\u00e9tain d\u2019une timbale. La v\u00e9nust\u00e9 d\u2019une peau sur laquelle glisse un linge, le mouill\u00e9 d\u2019un sourire ou d\u2019une aurore. L\u2019\u00e9paisseur charnelle de Rembrandt. Le classicisme de Poussin.<br \/>\nIl y a les rondeurs, les torsions que l\u2019on touche du regard, ces transparences que l\u2019on croit traverser. Ce plaisir sp\u00e9cial que l\u2019on doit \u00e0 la chose peinte, aux textures, \u00e0 l\u2019aventure de la mati\u00e8re dans ses d\u00e9clinaisons, des transparences aux opacit\u00e9s, du fluide au r\u00eache, au p\u00e2teux, du rehaut \u00e0 la coulure, passant par le frott\u00e9. Cette pes\u00e9e qu\u2019on ressent alors m\u00eame que le regard glisse \u00e0 la surface en caressant la fleur de la toile, les couches qui passent les unes sur les autres.<br \/>\nCelui qui regarde, comme l\u2019artiste, se d\u00e9m\u00e8ne avec les mots qu\u2019il a, les pens\u00e9es qui buissonnent en lui, les sensations qui parcourent son corps. Il se fraye un chemin fi\u00e9vreux dans ces bosquets, ou se laisse prendre par l\u2019immobile d\u00e9rive. Il re\u00e7oit des figures comme en remontant une rue des fa\u00e7ades, des passants, des panneaux. On ne garde de ce que l\u2019on traverse que des bribes, des d\u00e9tails. Chaque exp\u00e9rience bricole un monde \u00e0 la mesure de ses perspectives, de ses sens.<br \/>\nIl arrive, quand la pens\u00e9e s\u2019emballe ou quand les images affluent, que la langue bafouille. C\u2019est comme les compressions de C\u00e9sar : des parties manquent, froiss\u00e9es, enfouies, d\u2019autres se trouvent embouties, enchev\u00eatr\u00e9es quand un espace et un d\u00e9veloppement d\u2019ordinaire les s\u00e9parent. Les choses se contorsionnent, se marbrent. Ainsi parfois on mange ses mots, on fabrique des pataqu\u00e8s, des cadavres exquis. Il arrive qu\u2019on joigne dans un regard un pied de chaise et une \u00e9paule, \u00e0 la cascade d\u2019une chevelure. Et tant de choses \u00e0 peine croyables qui nous traversent sans qu\u2019on le sache. \u00ab C\u2019est cela \u0153uvrer en art, percevoir la co\u00efncidence de l\u2019imm\u00e9diat et du lointain, la parent\u00e9 du simple et du complexe, et la chanter. \u00bb<br \/>\nLes toiles, pourrait-on dire, sont des id\u00e9ogrammes. Des assemblages, des embo\u00eetements qui jouent par accolements, rencontres. Des rapports, des contacts, des hybridations. La peinture l\u2019est toujours. C\u2019est un domaine, poursuit Jean H\u00e9lion, \u00ab \u00e0 cheval sur la r\u00e9alit\u00e9 et sur le r\u00eave, \u00e0 cheval sur le fait et sur le songe. \u00bb \u00ab On agresse un \u00eatre qui passe, \u00e0 coups de pinceau, \u00e0 coups de brosse, \u00e0 coups de taches, \u00e0 coups de dessin ; on lui demande ce qu\u2019il est en d\u00e9clarant \u00e0 haute voix ce que l\u2019on est soi-m\u00eame \u00bb. C\u2019est ce qui en fait une matrice mythologique. Les pionniers de l\u2019abstraction y r\u00e9fl\u00e9chirent longuement : une forme, une couleur, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une voix, une dynamique, une personnalit\u00e9, un \u00e9lan. Les termes de ton, de valeur, d\u2019harmonie, de couleur, de rythme valent autant pour les arts visuels que pour la musique. \u00ab Les couleurs claires attirent davantage l&rsquo;\u0153il et le retiennent. Les couleurs claires et chaudes le retiennent plus encore : comme la flamme attire l&rsquo;homme irr\u00e9sistiblement, le vermillon attire et irrite le regard. Le jaune citron vif blesse les yeux. L&rsquo;\u0153il ne peut le soutenir. On dirait une oreille d\u00e9chir\u00e9e par le son aigre de la trompette. Le regard clignote et va se plonger dans les calmes profondeurs du bleu et du vert. \u00bb  (\u2026) Le bleu profond attire l&rsquo;homme vers l&rsquo;infini, il \u00e9veille en lui le d\u00e9sir de puret\u00e9 et une soif de surnaturel. (\u2026) La passivit\u00e9 est le caract\u00e8re dominant du vert absolu. Qu&rsquo;il passe au clair ou au fonc\u00e9, le vert ne perd jamais son caract\u00e8re premier d&rsquo;indiff\u00e9rence et d&rsquo;immobilit\u00e9. \u00bb avan\u00e7a Kandinsky.<br \/>\n Il en faut peu pour que tout \u00e7a rentre en une furieuse bataille, fornique ou chante. Et on sait mal d\u00e9finir ce qui tient de l\u2019objectivit\u00e9 et ce qui vient de ses propres projections, d\u2019hallucinations, de d\u00e9lires. Il y a une \u00e9rotique de l\u2019haptique, de ce toucher \u00e0 distance qui fait de la vue un organe de l\u2019imagination. Renoir disait avec malice \u00ab c\u2019est avec mon pinceau que j\u2019aime \u00bb. (\u2026) \u00ab Moi j\u2019aime les tableaux qui me donnent envie de me balader dedans, lorsque c\u2019est un paysage, ou bien de passer ma main sur un t\u00e9ton ou sur un dos, si c\u2019est une figure de femme\u2026 Corot avait des mots tr\u00e8s crus pour exprimer cela \u00bb. \u00ab\u00a0Tout l&rsquo;arri\u00e8re-pays de l&rsquo;histoire du corps est un secret d\u00e9tenu par la chair : il fait partie de l&rsquo;app\u00e9tit d&rsquo;expression et celui-ci, en peignant, le transporte dans la chair visuelle du tableau.\u00a0\u00bb conclue Bernard No\u00ebl. Le tableau ouvre \u00e0 un espace sensible, des plages de qui\u00e9tude ou d\u2019angoisse, des vallonnements et des circulations. On s\u2019y glisse et s\u2019y faufile mentalement avec le plaisir des explorateurs inventant des sanctuaires, des contr\u00e9es. <\/p>\n<p>Ces v\u00e9rit\u00e9s peuvent se retourner. J\u2019ai visit\u00e9 longuement tout \u00e0 l\u2019heure l\u2019atelier du peintre Filip Mirazovic. Les tableaux nous entouraient pendant que nous discutions de choses et d\u2019autres. Certains \u00e9tablis, s\u2019\u00e9loignant de la main du peintre pour exister par eux-m\u00eames. D\u2019autres \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9bauches ou entre deux, sur lesquels je ne pouvais m\u2019emp\u00eacher de projeter des possibilit\u00e9s. Il y avait des hommes \u00e0 la t\u00eate de buches fendues comme les Lalanne avaient sugg\u00e9r\u00e9 \u00e0 Gainsbourg l\u2019homme \u00e0 la t\u00eate de choux. Des femmes comme des porcelaines dodues, des fauteuils Chesterfield. Des monstruosit\u00e9s qui ici faisaient simplement danser des possibles, devenaient des pr\u00e9textes \u00e0 de beaux morceaux de peinture, comme les armures l\u2019avaient \u00e9t\u00e9. J\u2019ach\u00e8ve seul ma journ\u00e9e dans une chambre d\u2019h\u00f4tel d\u2019une banlieue pluvieuse. J\u2019ai oubli\u00e9 mon livre. Pas envie d\u2019allumer la t\u00e9l\u00e9vision. Je regarde sur la porte de la salle de bain la serviette pendue, son travail de plis, sa texture, l\u2019ombre bizarre qu\u2019elle projette avec celle de la poign\u00e9e de porte, la laque p\u00e2le du mur.  Dans le champ de mon regard, chaque \u00e9l\u00e9ment entre en conversation, esquissant un tableau en demi-teintes. Quelque chose entre les natures mortes hyperr\u00e9alistes du XVIe si\u00e8cle punaisant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un oiseau mort un petit billet pli\u00e9 et une \u00e9pingle \u00e0 cheveux. Et les \u00e9nigmes de Giorgio di Chirico.<br \/>\nCombien tout \u00e7a est li\u00e9, je ne sais pas dire. Et ce que \u00e7a touche des tableaux de Filip, on en d\u00e9cidera. C\u2019est comme une for\u00eat qu\u2019on traverse dans un songe, pr\u00e9cipit\u00e9 par on ne sait quoi, dans un pr\u00e9sent continu, gliss\u00e9. <\/p>\n<p>Image : atelier Filip Mirazovic, mars 2024.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Que l\u2019on compare la toile sur laquelle se d\u00e9roule le film \u00e0 la toile du tableau ; l\u2019image sur la premi\u00e8re se transforme, mais non l\u2019image sur la seconde. Cette derni\u00e8re invite le spectateur \u00e0 la contemplation. Devant elle, il peut s\u2019abandonner \u00e0 ses associations. Il ne le peut devant une prise de vue. 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