{"id":8004,"date":"2024-04-23T19:04:56","date_gmt":"2024-04-23T18:04:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=8004"},"modified":"2024-04-24T06:31:56","modified_gmt":"2024-04-24T05:31:56","slug":"decouper-dans-la-matiere-des-images","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/decouper-dans-la-matiere-des-images\/","title":{"rendered":"d\u00e9couper dans la mati\u00e8re des images"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab\u00a0Derri\u00e8re la vie, il y a le th\u00e9\u00e2tre. Et tout au fond du th\u00e9\u00e2tre on retrouve la vie.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nJLG<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui, je lis des livres un peu au hasard, des bons et des mauvais. Parfois le plus mauvais, avec une image, me rend heureux toute une journ\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nDavid Bosc<\/p>\n<p>On peut s\u2019envoyer des images aujourd\u2019hui, comme on le faisait avec les cartes postales, et sans rien \u00e9crire au revers. \u00ab Pens\u00e9 \u00e0 toi en voyant \u00e7a \u00bb ou \u00ab m\u2019a rappel\u00e9 un moment ou une conversation \u00bb, \u00ab r\u00e9f\u00e9rence ou fascination commune \u00bb, on l\u2019entend dans le geste avec cette fa\u00e7on justement qu\u2019ont les pens\u00e9es de s\u2019\u00e9clairer ou de na\u00eetre d\u2019un lien, discr\u00e8tement, comme font les aimants avec le fer. D\u00e9velopper, en plus d\u2019alourdir la connivence et sa malice, serait en trahir le mouvement naturel. Un clin d\u2019\u0153il c\u2019est comme un petit oiseau vif qui passe dans l\u2019espace de la vue &#8211; \u00ab\u00a0la soudainet\u00e9 des plus petits oiseaux\u00a0\u00bb, \u00e9crit David Bosc. Et comme elle m\u2019avait envoy\u00e9 ces captures d\u2019\u00e9cran en lesquelles je reconnaissais quelques plans du <em>M\u00e9pris<\/em>, je me souvenais &#8211; comme elle se souvenait &#8211; de nos conversations sur le cin\u00e9ma de Godard, trajet en camion pour acheminer des toiles en \u00e9voquant les \u00e9missions du <em>Bon plaisir<\/em>. (Mais ce mot de camion automatiquement convoque Duras. Elle lui appara\u00eet tellement sup\u00e9rieure dans leurs entretiens.) Pourtant impossible de chasser le souvenir de plans, la lumi\u00e8re, la musique de Delerue, le g\u00e9n\u00e9rique qui \u00e9voque Sacha Guitry (<em>Le diable boiteux<\/em>), Godard lui-m\u00eame qui joue l&rsquo;assistant du grand Fritz Lang&#8230;<br \/>\nLe hasard a fait que j\u2019ai eu cette journ\u00e9e ou la suivante un temps libre suffisant pour allumer la t\u00e9l\u00e9, ce qui m\u2019arrive rarement, pour visionner le documentaire. J\u2019ai photographi\u00e9 l\u2019\u00e9cran d\u00e9montant le cin\u00e9ma pour en retrouver la mati\u00e8re : une succession d\u2019images fixes. Une fa\u00e7on de ralentir le flux jusqu\u2019\u00e0 une immobilit\u00e9 comme hyst\u00e9ris\u00e9e ou hallucin\u00e9e. Ces plages du sud dans <em>Pierrot le fou<\/em>, certaines sc\u00e8nes ayant \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9es \u00e0 Hy\u00e8res et \u00e0 Toulon, o\u00f9 j\u2019ai grandi. Et les couleurs vives du <em>M\u00e9pris<\/em>, film par-lequel je d\u00e9couvrais, fascin\u00e9, l\u2019architecture de la <em>villa Malaparte<\/em> sur son \u00e9peron rocheux, \u00e0 Capri. Sur l\u2019\u00e9cran, le format 35mm donne l\u2019image panoramique superpos\u00e9e de larges bandes noires. Les bandes participent de l\u2019image autant qu\u2019elles la cadrent. Je ne peux m\u2019emp\u00eacher de les verser \u00e0 cette longue histoire de la fen\u00eatre en peinture ou de la peinture comme fen\u00eatre. Il me semble parfois que je regarde comme \u00e0 travers la fente de tir d\u2019un blockhaus, ceux-l\u00e0 qu\u2019on visitait enfant sur nos plages, tapis dans leur obscurit\u00e9, sur le seuil qui met en regard deux espaces ; l\u2019un int\u00e9rieur, intime, retir\u00e9, mental et l\u2019autre celui du d\u00e9ploiement, de l\u2019espace, de la lumi\u00e8re et des gestes amples, des grandes inspirations. Une dialectique se fait entre dedans et dehors, intellection et monde sensible, mais aussi statisme, immobilit\u00e9 et mouvement, les oppos\u00e9s se r\u00e9v\u00e9lant mutuellement. Entre la frontalit\u00e9 de l\u2019aplat, jouant comme un repoussoir dans le m\u00eame temps qu\u2019il accuse la surface et la perspective qui th\u00e9\u00e2tralise la fen\u00eatre centrale bord\u00e9e par ces deux paupi\u00e8res semblables \u00e0 un rideau de sc\u00e8ne bascul\u00e9. Ce jeu de limites, d\u2019espaces, je le poursuivrais souvent par le travail du cadre et par la fa\u00e7on qu\u2019ont les diptyques par exemple d\u2019int\u00e9grer dans l\u2019\u00e9quation la surface du mur, autre mani\u00e8re de retrouver la physique du film, la pellicule la s\u00e9quence, le rythme et les lacunes, le hors champ qui le d\u00e9coupe (je resterais fascin\u00e9 par l&rsquo;espace qui se fait entre deux images, bard\u00e9 de lien et d\u00e9croch\u00e9).<br \/>\nLa premi\u00e8re fois que j\u2019ai peint <em>la villa Malaparte<\/em>, c\u2019est sur un format carr\u00e9 de 120cm, en 2007. Je m\u2019\u00e9tais inspir\u00e9 d\u2019un plan de grue plongeant sur les escaliers qui se donnent alors comme un motif ray\u00e9 horizontal troublant l\u2019interpr\u00e9tation. Souvent on se demandait en plissant les yeux qu\u2019est-ce qu\u2019il y avait \u00e0 voir dans ce d\u00e9sordre de touches et de lignes rouges et blanches. Plus de dix ans apr\u00e8s, en 2018, j\u2019ai peint un diptyque du toit-terrasse qui int\u00e8gre les bandes noires en une indication plus directe de la source filmique. Horizontales tranch\u00e9es au centre par l\u2019espace qui s\u00e9pare les tableaux comme le nez fait de l\u2019\u0153il droit et de l\u2019\u0153il gauche. Silhouettes des cypr\u00e8s sombres cernant de part et d\u2019autre, mais avec une l\u00e9g\u00e8re dissym\u00e9trie qui sugg\u00e8re un mouvement de traveling au c\u0153ur de cette frontalit\u00e9 minimaliste en m\u00eame temps qu\u2019elles sugg\u00e8rent la lecture perspective de ce qui, sinon confinait \u00e0 l\u2019abstrait. Quelques mois avant, cet autre diptyque grand format qui donne \u00e0 voir dans des teintes vertes, en contrejour, le paysage des \u00eeles \u00e0 travers une fen\u00eatre. Les bandes noires ont disparues mais c\u2019est le cin\u00e9ma qui est point\u00e9 encore depuis la salle obscure la lumi\u00e8re que diffuse la fen\u00eatre mimant celle d\u2019un \u00e9cran. Matisse avait jou\u00e9 pareil de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 entre le tableau et la fen\u00eatre multipliant les pi\u00e8ges dans l\u2019<em>Int\u00e9rieur aux aubergines<\/em>, la <em>desserte rouge<\/em> et d\u2019autres toiles. Je peins encore la villa, ses murs rouges, son toit terrasse et ses escaliers. En 2019, 2020, 2021 et apr\u00e8s. D\u2019autres petits et moyens formats tournant autour et essayant diverses compositions, lumi\u00e8res, sensations. C\u2019\u00e9tait un peu comme ces objets qu\u2019on tient sur son bureau, qu\u2019on tourne dans la main parfois et sur lesquels on m\u00e9dite. Une \u00e9mergence. Plusieurs fois en composant par bandes. Pens\u00e9es vers les toiles de Sean Scully. Superposition de bandes. Ruptures obliques. Une fois barbouillant des nuages un peu b\u00eates sur la toile prise horizontale comme une palette.<br \/>\nOn est en avril 2024 et j\u2019y reviens. J&rsquo;ai imprim\u00e9 cette capture d&rsquo;\u00e9cran et l&rsquo;ai punais\u00e9e au mur de l&rsquo;atelier. Elle me regarde derri\u00e8re les branches pendante d&rsquo;un Potos. J&rsquo;attrape une toile. J\u2019efface Piccoli et Bardot. Je d\u00e9coupe verticalement une tranche du plan jouant \u00e0 superposer les bandes : ciel, mer, toit-terrasse rose et cette bande noire h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne \u00e0 l\u2019espace narratif pr\u00e9lev\u00e9 l\u00e0 encore \u00e0 la mati\u00e8re du film \u2013 du film comme mati\u00e8re. Je voulais peindre l\u2019espace, le pur espace. La vibration de la lumi\u00e8re. Un temps suspendu. Seule la silhouette de l\u2019\u00eelot, esquiss\u00e9e dans le frais et les reflets sur l\u2019eau, impressionnistes, peints avec le souvenir de cette marine que Delacroix peint \u00e0 F\u00e9camp, fait basculer dans l\u2019anecdote. Ce ne serait sinon que fa\u00e7on de partitionner une surface avec un carr\u00e9, comme dans nos vieux polaro\u00efds, et bande de saisie que l\u2019on pince en secouant. En peignant j\u2019anticipais le cadre gris qui viendrait surligner la chose ajouter aux champs color\u00e9s un \u00e9l\u00e9ment graphique. Ce liser\u00e9, clin d\u2019\u0153il ou influence des photographies de Cartier-Bresson, sa fa\u00e7on d\u2019\u00e9crire par la composition, \u00e0 m\u00eame le visible.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Derri\u00e8re la vie, il y a le th\u00e9\u00e2tre. Et tout au fond du th\u00e9\u00e2tre on retrouve la vie.\u00a0\u00bb JLG \u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui, je lis des livres un peu au hasard, des bons et des mauvais. 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