{"id":8082,"date":"2024-09-17T12:51:58","date_gmt":"2024-09-17T11:51:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=8082"},"modified":"2024-09-18T21:07:17","modified_gmt":"2024-09-18T20:07:17","slug":"peindre-aujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/peindre-aujourdhui\/","title":{"rendered":"Peindre aujourd&rsquo;hui"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab A Vizille, dans les salles vides du mus\u00e9e, il pouvait rester de longues minutes devant deux grands tableaux d\u2019un certain Debelle, qui n\u2019est pas rest\u00e9 aussi c\u00e9l\u00e8bre que Delacroix car il avait deux si\u00e8cles de retard et peignait \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle comme on peignait au d\u00e9but du XVIIIe, mais de cela Auguste se fichait \u00e9perdument ; de son propre aveu, le style, la mani\u00e8re, toutes ces finesses, \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas pour lui. \u00bb<\/em><br \/>\nEmmanuel Ruben<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 des jeunes gens qui s\u2019inscrivaient aux Beaux-Arts au tout d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 \u2013 mais l\u2019observation vaut sans doute pour la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019avant ou pour la suivante \u2013 avaient dans l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils y apprendraient \u00e0 dessiner, \u00e0 peindre, \u00e0 sculpter ; \u00e0 graver peut-\u00eatre ou tirer des photographies. Pour certains c\u2019\u00e9tait dans la fascination de reproductions vues de tableaux ou de fresques de Rapha\u00ebl, de Leonard ou de Michel-Ange. Pour d\u2019autre sous l\u2019effet d\u2019un souvenir onirique de Moreau, de Chagall, de Frida Kahlo, de Van Gogh, de Dali ou de Magritte. Quelques-uns sans doute s\u2019y voyaient destin\u00e9s par un coup de crayon que leur entourage jugeait prometteur ou par un temp\u00e9rament inventif et r\u00eaveur qui convenait mal \u00e0 ce que l\u2019on savait des m\u00e9tiers dits \u00ab normaux \u00bb. Les G\u00e9r\u00f4me et G\u00e9ricault, les Caillebotte reproduits dans les ouvrages scolaires donnaient mati\u00e8re \u00e0 \u00ab\u00a0chalenger\u00a0\u00bb les plus habiles fantasmant des acad\u00e9mies o\u00f9 ils s\u2019exerceraient sur l\u2019antique ou sur mod\u00e8les vivants. Les modernes laissaient penser aux autres qu\u2019une voie \u00e9tait possible pour qui avait le go\u00fbt. A ceux-ci faut-il encore ajouter ceux et celles qui n\u2019avaient pour r\u00e9f\u00e9rence que les peintres r\u00e9gionalistes officiant sur les march\u00e9s, dans les cours du soir, l\u2019atelier municipal ou bien l\u2019art populaire des mangas et autres illustr\u00e9s.<br \/>\nJe fus \u00e0 vrai dire l\u2019un d\u2019eux, abonn\u00e9 \u00e0 un magazine livrant chaque mois quelques pages sur un grand peintre de l\u2019histoire dont \u00e9taient analys\u00e9s les \u0153uvres, prenant le mercredi apr\u00e8s-midi un cours de dessin en copiant maladroitement David ou Delacroix, d\u00e9sireux d\u2019\u00eatre initi\u00e9 aux secrets du beau geste et de la proportion, au dessin de Botticelli, \u00e0 la minutie de Vermeer, aux nuances des paysages de Monet ou de Turner et prenant pour mod\u00e8les les acad\u00e9mies et les peintres de pittoresque, champs de lavandes ou barques de p\u00e9cheurs.<br \/>\n\u00c9tait-ce diff\u00e9rent \u00e0 Paris, \u00e9cole plus lib\u00e9rale ? \u00e0 peu pr\u00e8s partout il semble, il se disait que l\u2019art d\u2019aujourd\u2019hui avait chang\u00e9 de celui dont on se faisait na\u00efvement l\u2019image ; que nos d\u00e9sirs en somme \u00e9taient anachroniques. Peindre, si cela d\u00e9finitivement nous requ\u00e9rait, ne se faisait plus, ne pouvait plus se faire sur une toile avec un pinceau en copiant un sujet, quand bien m\u00eame vous visiez une mani\u00e8re plus expressive, ayant eu connaissance de Soutine, de Modigliani. On vous indiquait la possibilit\u00e9 d\u2019user de spots d\u2019\u00e9clairage et de g\u00e9latines de couleur, de d\u00e9couper dans des magazines, d\u2019exploiter de mani\u00e8re exp\u00e9rimentale le grain de la vid\u00e9o ou pourquoi pas d\u2019utiliser son propre corps dans des performances, des happenings pour questionner les traces, le mouvement et l\u2019espace. Ou encore :  investir dans de la peinture \u00e0 carrosserie que l\u2019on ferait couler sur des amas de pl\u00e2tre, des assemblages d\u2019objets ? Hector Obalk l\u2019a r\u00e9sum\u00e9, lapidaire \u00e0 l\u2019or\u00e9e du XXIe si\u00e8cle : \u00ab Un peintre peint une pomme sur une toile. S&rsquo;il supprime la pomme de sa toile, il fait de la peinture abstraite. S&rsquo;il supprime la toile et pas la pomme, il fait de l&rsquo;art conceptuel (exposer la pomme, \u00e9crire le mot pomme, etc.) Et s&rsquo;il continue de peindre des pommes sur sa toile, il a toutes les chances de faire de la mauvaise peinture&#8230; \u00bb<br \/>\nIl est vrai qu\u2019un monde s\u2019ouvrait, qui laissait vaguement interloqu\u00e9, quand on d\u00e9couvrait les formes que l\u2019art pouvait prendre et la place bien souvent massive du discours. On exp\u00e9rimentait joyeusement avec le sentiment parfois d\u2019\u00eatre arriv\u00e9 un peu tard puisque tout semblait avoir d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait, nous interdisant, sous peine de redite ou de marcher \u00e0 l\u2019envers de suivre nos penchants premiers. Et il \u00e9tait vrai que nous \u00e9tions na\u00effs, peu inform\u00e9s, assez romantiques. A dix-huit ans Picasso n\u2019avait pour moi d\u2019int\u00e9r\u00eat que pour sa p\u00e9riode rose et Dubuffet me faisait pouffer de rire \u2013 j\u2019apprendrais \u00e0 les appr\u00e9cier un peu plus tard.<br \/>\nL\u2019histoire qui s\u2019enseignait \u00e9tait r\u00e9solument t\u00e9l\u00e9ologique. L\u2019\u00e9poque moderne avait invent\u00e9 les couleurs vives, antinaturalistes, le fauvisme, le cubisme, puis l\u2019abstraction et enfin les ready made. Tout menait vers une dislocation des formes, une fusion de l\u2019art et de la vie ou de l\u2019art et de la philosophie menant \u00e0 des r\u00e9ductions conceptuelles de diverses tonalit\u00e9s. Nos enseignants \u00e9taient issus des mouvances Fluxus ou Support\/surface, Marcel Duchamp \u00e9tait leur Saint Patron, Buren un funambule.<br \/>\nL\u2019histoire \u00e9tait \u00e9crite \u00e0 l\u2019aune des avant-gardes. Par d\u00e9passements ou d\u00e9marcations successives. Cela tenait de l\u2019\u00e9volution naturelle.<br \/>\nChacun a ses anecdotes. Tel membre de jury devant un candidat pr\u00e9sentant des tableaux relevant de l\u2019abstraction g\u00e9om\u00e9trique ironisant de l\u2019anachronisme de sa proposition. Rien \u00e0 garder. Circulez il n\u2019y a rien \u00e0 voir. Un prof qui vous demande comme vous vous escrimez malgr\u00e9 tout \u00e0 peindre si vous venez \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00e0 cheval. Un autre qui se pince le nez \u00e0 l\u2019odeur de la t\u00e9r\u00e9benthine ou demandant s\u2019il on a exhum\u00e9 dans les parages un vieil alchimiste. Que cherchiez-vous \u00e0 dire, o\u00f9 envisagiez-vous d\u2019aller avec \u00e7a ? Peindre \u00e9tait un ent\u00eatement qui menait dans une impasse ou un manque de jugement. Les chevalets \u00e9taient fait pour les mus\u00e9es. Il n\u2019\u00e9tait pas rare de juger r\u00e9actionnaire, sinon ringard, ou nul et non advenu tout travail qui empruntait \u00e0 la tradition la toile et la peinture, acad\u00e9mique celui ou celle qui osait user d\u2019un certain r\u00e9alisme. On craignait l\u2019anecdote. Il \u00e9tait sans doute incompr\u00e9hensible apr\u00e8s les efforts des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes qui n\u2019avaient cess\u00e9 d\u2019\u00eatre raill\u00e9s, interdits, condamn\u00e9s pour leurs libert\u00e9 prises, nous d\u00e9cidions devant les portes ouvertes de retourner \u00e0 des formes canoniques et bourgeoises, confortables et \u00e9prouv\u00e9es.<br \/>\nSans doute, oui, fallait-il nous pousser \u00e0 d\u00e9passer nos a priori, \u00e0 explorer en dehors des conventions, \u00e0 remuer le go\u00fbt. Mais il faut distinguer l\u2019ouverture \u00e0 toutes sortes de possibles, le go\u00fbt du d\u00e9passement et de l\u2019exploration, voire de l\u2019exp\u00e9rimentation et une mani\u00e8re de canaliser et d\u2019interdire. On en avait l\u2019intuition malgr\u00e9 tout : ce n\u2019\u00e9tait pas le m\u00e9dium qui faisait l\u2019actualit\u00e9. Des installations et des vid\u00e9os pouvaient tout aussi bien ressasser des questions et des sensibilit\u00e9s dat\u00e9es qu\u2019un dessin au charbon se trouvait d\u00e9tourer les contours du pr\u00e9sent. <\/p>\n<p>A l\u2019issue de cinq ann\u00e9es de Beaux-Arts, si nous \u00e9tions tous plasticiens, certains \u00e9taient marqu\u00e9s par un int\u00e9r\u00eat pour une expression multim\u00e9dia, d\u2019autres pour la sculpture ou la photographie, le dessin\u2026 Cela d\u2019ailleurs pouvait changer par p\u00e9riode, selon les projets.<br \/>\nJe crois que les graveurs, taille-douciers, lithographes \u00e9taient jug\u00e9s les plus d\u00e9mod\u00e9s, les mains dans l\u2019encre \u00e0 gratter au burin ou manier les acides comme de vieux alchimistes.<br \/>\nLes peintres venaient juste apr\u00e8s mais se distinguaient entre ceux qui d\u00e9construisaient ou m\u00e9tissaient dans le sillage de Sigmar Polke ou d\u2019Albert Ohelen ou m\u00eame de Martin Barr\u00e9 ou Jean-Marc Bustamante et ceux qui \u00e0 l\u2019instar de Pat Andrea ou Boisrond, sans parler de Vladimir Veli\u010dkovi\u0107 ou James Bloed\u00e9 s\u2019attachaient \u00e0 la figure, \u00e0 la narration, au vieux m\u00e9tier avec romantisme ou fricottaient du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019illustration et de l\u2019anecdote.<br \/>\nPeindre \u00e9tait un truc dangereux, borderline, cern\u00e9 par divers pr\u00e9cipices, comme le romantisme, l\u2019illustration, l\u2019acad\u00e9misme, la croute, l\u2019amateur peintre du dimanche, l\u2019aquarelle de retrait\u00e9, l\u2019heroic fantaisy de l\u2019ado amateur de Tolkien et de jeux de plateau, la redite, le plagiat\u2026 Mais est-ce vraiment sp\u00e9cifique au m\u00e9dium, sous pr\u00e9texte que son histoire est longue et que des g\u00e9nies ind\u00e9passables en minent le chemin ?<br \/>\nLes lieux les plus branch\u00e9s dans l\u2019art contemporain l\u2019\u00e9vitaient soigneusement.<br \/>\nSurtout lorsqu\u2019elle \u00e9tait locale, fran\u00e7aise. Car en Angleterre et en Allemagne (naissait alors l\u2019\u00e9cole de Leipzig) o\u00f9 le march\u00e9 s\u2019organise diff\u00e9remment, de nouvelles g\u00e9n\u00e9rations \u00e9taient port\u00e9es par un \u00e9cosyst\u00e8me de lieux, de galeries, de critiques et de collectionneurs.<br \/>\nRares \u00e9taient les r\u00e9sidences d\u2019artistes \u00e0 accueillir les peintres. Les seuls prix qui les autorisaient \u00e0 concourir semblaient relever de l\u2019acad\u00e9mie et de la tradition. Quelques galeries en montraient, mais presque aucun frac. Globalement on regardait ailleurs. Les grands projets \u00e9taient vou\u00e9s aux expressions plus spectaculaires de Daniel Buren, Claude L\u00e9v\u00eaque ou Loris Gr\u00e9aud. Les lieux alternatifs \u00e0 Sarah Tritz ou Thu Van Tran, Virginie Yassef, St\u00e9phane Thidet ou Bruno Peindao ; des travaux dans la lign\u00e9e de Jessika Stockholder, de Thomas Hirschorn&#8230;<br \/>\nQui aimait \u00e0 la fois l\u2019art contemporain dans sa diversit\u00e9, son d\u00e9braill\u00e9 parfois, <em>et<\/em> la peinture se trouvait le cul entre deux chaises. Vous \u00e9tiez artiste ? Vous faisiez des tableaux ? On avait un ami artiste aussi, mais plus dans l\u2019art contemporain\u2026 <\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui dit-on on assiste \u00e0 un \u00ab retour \u00bb de la peinture. Est-ce \u00e0 dire qu\u2019on la voit d&rsquo;avantage ? Qu\u2019on la voit mieux ? Ou que d\u2019avantage de plasticiens se revendiquent peintres ? Que la presse et les mus\u00e9es s\u2019y int\u00e9ressent \u00e0 nouveau apr\u00e8s l\u2019avoir un peu boud\u00e9e ? Sans doute un mouvement qui remonte \u00e0 quelques ann\u00e9es et s\u2019est affermi \u00e0 force de pers\u00e9v\u00e9rance, le fait de quelques adoubements (Claire Tabouret&#8230;), a \u00e0 la fois attir\u00e9 l\u2019attention sur une sc\u00e8ne dispers\u00e9e et suscit\u00e9 des vocations. Est-ce d\u00fb par ailleurs \u00e0 une lassitude ressentie pour certaines formes plus aust\u00e8res ou au contraire plus spectaculaires ? Le fait d\u2019un mouvement cyclique ? Participe d\u2019une \u00e9volution globale et de la crise des valeurs capitalistes ? D\u2019un retour aux m\u00e9tiers manuels parall\u00e8le \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des \u00e9crans et du num\u00e9rique ? Au low tech ? Un mouvement similaire \u00e0 celui qu\u2019a connu il y a quelques ann\u00e9es la c\u00e9ramique ou le dessin ? Doit-on y trouver des liens avec les pr\u00e9occupations sur le genre et sa d\u00e9construction ou avec l\u2019\u00e9cologie ? Des personnalit\u00e9s, des m\u00e9dias, des lieux qui y \u00e9taient ouvertement hostiles il y a peu n\u2019h\u00e9sitent plus \u00e0 la mettre en avant. Revirement sinc\u00e8re ou opportuniste ? L\u2019histoire, l\u2019analyse, la critique restent \u00e0 faire. Pour l\u2019heure il s\u2019agit de prendre acte. De consid\u00e9rer ce qui se donne \u00e0 voir dans sa diversit\u00e9 et ses sp\u00e9cificit\u00e9s. Comme on fait une photo de classe.<br \/>\nOn sait d\u00e9sormais que les mouvements ne font pas que succ\u00e9der les uns aux autres, que l\u2019anachronisme est une r\u00e9alit\u00e9 de la contemporan\u00e9it\u00e9, sinon une de ses paradoxales manifestations. Que les choses sont plus complexes, plus bariol\u00e9es, plus m\u00eal\u00e9es. Partons de l\u00e0 : des jeunes peintres n\u2019ont plus peur d\u2019affirmer leur peinture, ni de se frotter \u00e0 des mani\u00e8res, des sujets jug\u00e9s anachroniques ou un peu b\u00eates. Ils entendent faire ce qu\u2019ils font, malgr\u00e9 tout.<br \/>\nIl \u00e9tait de bon ton dans certains discours d\u2019opposer art contemporain et peinture, tant d\u2019un c\u00f4t\u00e9 que de l\u2019autre. Certains revendiquant de travailler des formes qui se distinguant le plus radicalement possible de celles du pass\u00e9 se voulaient un laboratoire d\u2019avant-garde. Les autres pour renvoyer dos \u00e0 dos la tradition, le m\u00e9tier, le bien fait et le beau et ce qu\u2019ils jugeaient d\u00e9cadent, conceptuel, snob. Or on peut avoir le go\u00fbt de la peinture, se p\u00e2mer devant Velasquez ou Fra Angelico et admirer l\u2019\u0153uvre de Louise Bourgeois, de Pedro Cabrita Reis ou Oscar Tuazon ; trembler devant un Morandi et devant une installation de Pierre Huyghe. On s\u2019affirme peintre de corps m\u00e9lancoliques peut-\u00eatre pour \u00e7a : l\u2019Iphone dans la main \u00e0 partager des m\u00e8mes en scrollant sur Instagram, Spotify dans les oreilles et \u00e9mus par une aquarelle de Marie Laurencin. Un peu futuristes un peu vintages.<br \/>\nPeinture, c\u00e9ramique et dessin, dans leurs formes les plus canoniques comme dans leur m\u00e9tissage sont des expressions contemporaines ou pour mieux dire atemporelles. Les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations ne s\u2019interdisent rien. Il faut dire que les m\u00e9diats uniformisent tout et sur un \u00e9cran, dans une base de donn\u00e9es, La Joconde et les portraits de Marilyn ou d\u2019American gothic, Van Gogh et son oreille band\u00e9e ou Frida et son mono-sourcil deviennent strictement contemporains. C\u2019est le propre de la culture populaire.<br \/>\nAvec \u00e7a il faudra observer ce que montre la photo de classe. Distinguer peut-\u00eatre des familles, des \u00e9coles. Constater un retour de la figuration et m\u00eame de la figure. Certains assument sans sourciller un go\u00fbt pour le r\u00e9alisme XIXe si\u00e8cle ou des ann\u00e9es 20, d\u2019autres pour une veine na\u00efve m\u00ealant illustration et surr\u00e9alisme, voir fanzine, d\u2019autres explorent les possibilit\u00e9s du d\u00e9coratif ou de la sc\u00e8ne de genre quand plusieurs encore citent les primitifs italiens ou les mani\u00e9ristes flamands. Ils ne sont pas tout, mais c&rsquo;est remarquable. On ne s\u2019interdit plus les effets de transparence, de model\u00e9, de reflets et toutes ces pi\u00e8ces de bravoure qui attestent d\u2019un savoir-faire technique. S\u2019il est des gestes et des sujets qui paraissaient impossibles, trop marqu\u00e9s, trop connot\u00e9s ou \u00e9prouv\u00e9s \u00e0 ceux de ma g\u00e9n\u00e9ration qui ne pouvait sortir d\u2019une approche m\u00e9ta, quelque chose s\u2019est ouvert et d\u00e9complex\u00e9 pour la suivante qui assume parfois sans discours ni justification de ne peindre que ce qui les touche ou ce qu\u2019ils aiment; ce qu\u2019ils ont envie. Un bouquet de fleurs, son amoureux qui lit un livre, le jour qui tombe sur un paysage\u2026 choses qui \u00e9taient il y a peu irrecevables, surtout si elles \u00e9taient trait\u00e9es dans un r\u00e9alisme l\u00e9ch\u00e9 ignorant volontairement les r\u00e9volutions cubiste ou fauve, expressionniste. Philippe Cogn\u00e9e s\u2019\u00e9tait bien fait conna\u00eetre il y plus de vingt ans pour ce portrait m\u00e9lancolique qu\u2019il faisait de notre modernit\u00e9 avec chaises de jardin, machines \u00e0 laver et immeubles ordinaires. Mais sans sa fa\u00e7on de lisser l\u2019encaustique en invitant quelque chose du photographique, sans doute serait-il rest\u00e9 m\u00e9connu. De m\u00eame si Marc Desgrandchamps n\u2019avait pas jou\u00e9 d\u2019un certain d\u00e9litement de l\u2019image et d\u2019une forme d\u2019inqui\u00e9tude hallucin\u00e9e. Aujourd\u2019hui Mireille Blanc met les pieds dans le plat, peint sur de petits formats des g\u00e2teaux d\u2019anniversaire et des jouets de brocante avec ces emp\u00e2tements qu\u2019on dit typiques des cro\u00fbtes.<br \/>\n(\u2026)<\/p>\n<p>19.09.24 Le jour des peintres &#8211; 80 peintres de la sc\u00e8ne fran\u00e7aise au Mus\u00e9e d&rsquo;Orsay. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab A Vizille, dans les salles vides du mus\u00e9e, il pouvait rester de longues minutes devant deux grands tableaux d\u2019un certain Debelle, qui n\u2019est pas rest\u00e9 aussi c\u00e9l\u00e8bre que Delacroix car il avait deux si\u00e8cles de retard et peignait \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle comme on peignait au d\u00e9but du XVIIIe, mais de cela [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":8083,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-8082","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8082","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8082"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8082\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8089,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8082\/revisions\/8089"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8083"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8082"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8082"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8082"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}