{"id":8360,"date":"2026-02-28T20:29:22","date_gmt":"2026-02-28T19:29:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=8360"},"modified":"2026-02-28T20:29:22","modified_gmt":"2026-02-28T19:29:22","slug":"visage-de-peinture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/visage-de-peinture\/","title":{"rendered":"Visage de peinture"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab\u00a0la langue justement dans laquelle il m\u2019aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 non seulement d\u2019\u00e9crire mais aussi de penser n\u2019est ni la latine, ni l\u2019anglaise ni l\u2019italienne ni l\u2019espagnole, mais une langue dont aucun des mots ne m\u2019est connu, une langue dans laquelle les choses muettes me parlent et dans laquelle j\u2019aurai peut-\u00eatre un jour \u00e0 rendre des comptes au tombeau, devant un juge inconnu.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nHugo Von Hofmannsthal <\/p>\n<p>Un visage. Sa pr\u00e9sence irradiante, lumineuse. Astrale. L\u2019affleurement contenu de ses \u00e9tats d\u2019\u00e2me. Sa calme concentration. Le silencieux bruissement de son int\u00e9riorit\u00e9. Son immensit\u00e9 contenue. Ce sont des d\u00e9veloppements qui vous viennent \u00e0 vous tenir l\u00e0 dans son attraction. Et il vous semble qu\u2019\u00e0 demeurer longuement dans son voisinage vous deviendraient audibles les murmures t\u00e9nus qui se tiennent sous la voussure de son front. Des voix comme en \u00e9cho, lointaines, plaintes, conversations confuses, confessions, pri\u00e8res, lambeaux scell\u00e9s l\u00e0. Son ovale est une insondable chambre d\u2019\u00e9cho d\u2019o\u00f9 filtrent tous les drames du si\u00e8cle. Vous regardez encore ; lui trouvez le laiton ou le cuivre frott\u00e9 d\u2019une lampe \u00e9tant \u00e0 elle-m\u00eame son propre g\u00e9ni. La densit\u00e9 m\u00e9morielle de l\u2019eau sur laquelle scintille la lune au fond d\u2019un puits. Tous les \u00e2ges confondus.<br \/>\nOui, vous dites des choses comme \u00e7a.<br \/>\nEt regardez encore. Fascin\u00e9. \u00c9mu.<br \/>\nEt dans le m\u00eame temps vous savez que tout cela n\u2019est qu\u2019histoires et projections, d\u00e9lires de votre propre imagination, ventriloquerie. Il n\u2019y a l\u00e0 visage et vie que par tromperie, d\u00e9bilit\u00e9 de votre perception qui voit du volume dans la surface, de la vie dans l\u2019inerte et donne des voix au silence. La peinture dans ses jeux sensuels est faiseuse d\u2019illusions, suggestive. Et tandis qu\u2019elle s\u2019\u00e9tale, badigeonne, nappe et contorsionne dans la nuit de son propre r\u00eave comme fait une flamme dansant sur les braises, elle vous chante une berceuse ancienne, sacr\u00e9e. Elle vous fait parler \u00e0 l\u2019int\u00e9rieure de vous-m\u00eame. Produit une sorte d\u2019\u00e9panchement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de votre propre m\u00e9moire. Vous voyez par son charme. C\u00e9dez \u00e0 son invite. C\u2019est comme une main pos\u00e9e sur votre \u00e9paule et qui vous dit \u00ab je sais \u00bb s\u2019adressant \u00e0 une part ignor\u00e9e de vous. Elle vous dit \u00ab tu peux pleurer \u00bb. Et vos larmes lavent une tristesse ancestrale. Vous vous agenouillez.<br \/>\nC\u2019est \u00e9trange chose. Silencieusement, dans la boue chang\u00e9e en or, comme disait le po\u00e8te, dans ce virtuose jeu de traces faisant signe, une \u00e2me a pos\u00e9 son font contre le v\u00f4tre. Vous aviez les yeux ferm\u00e9s. Vous regardiez la peinture en dedans de vous-m\u00eame. Vous n\u2019\u00e9tiez plus tout \u00e0 fait seul. Ou, pour le dire un peu mieux, vous \u00e9tiez seul \u00e0 plusieurs.<br \/>\nSorcellerie. Douce sorcellerie. <\/p>\n<p>Image : Karine Hoffman<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0la langue justement dans laquelle il m\u2019aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 non seulement d\u2019\u00e9crire mais aussi de penser n\u2019est ni la latine, ni l\u2019anglaise ni l\u2019italienne ni l\u2019espagnole, mais une langue dont aucun des mots ne m\u2019est connu, une langue dans laquelle les choses muettes me parlent et dans laquelle j\u2019aurai peut-\u00eatre un jour \u00e0 rendre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":8361,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-8360","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8360","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8360"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8360\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8362,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8360\/revisions\/8362"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8361"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8360"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8360"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8360"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}