à longer la nuit


A longer la forêt qui derrière la barrière autoroute fait une masse sombre et humide, à glisser en continu le long de cette frontière, mais aussi à sentir le regard s’y absorber et s’y perdre et comme tâter du fond de son aveuglement une présence ancienne, j’ai pensé : une lointaine nuit nous aborde, on est comme à longer le bord de la nuit. Et cette hypnose du paysage, de la route : le monde avance et nous disparait en lui. Et au fond on porte ce désir double de reculer le menton et de voir mieux, de discerner et de dire ou discerner par le dire, et de rejoindre une certaine confusion où l’on ne serait plus encombré de soi-même. Distingué un peu encore au début par un esprit curieux du dehors, par une pulsion d’individualité, avant de se fondre tout à fait, de s’abandonner complètement à la nuit initiale que l’on avait quitté. Plus personne pour dire cet inconnu : dans cette dégénérescence s’est perdu le langage.

3 Commentaires

  1. Anonymous

    Drôle de lire cette note. Mercredi dernier, en rentrant de Lyon, me manquait 10 centimes pour prendre le bus qui aurait pu me déposer devant chez moi. Me suis fait les 6 bornes à pied dans la campagne, plutôt râleur d’abord, puis, la nuit tombant… progressivement « comme tâter du fond de son aveuglement une présence ancienne ». Alors s’abandonner, ralentir le pas, se sentir comme un privilégié en voyant toute les bagnoles qui filent trop vite, qui frôlent parfois. Rentrer chez soi, mais s’enfoncer le temps d’un trajet sans temps, s’enfoncer, respirer, toucher.

  2. Aurel

    Superbes tableaux sur les murs!

  3. pop

    merci. Je vais réexposer celui sur socle (la villa Malaparte) en mars à Angers…
    Et probablement les autres à Paris en mai…