Capri

L’immobilité dans le mouvement, lettre à Blandine.


Tu regardes depuis ton balcon « un arbre aux verts tendres s’agiter dans la cour. » « Ce mouvement de l’arbre dans le vent, dis-tu, sous cette légère pluie d’avril, rejoint celui des vagues, celui du sang, l’idée que l’on s’en fait.» Lire la suite →

Pierre Bergounioux L'empreinte

L’empreinte, géologies, lundi, enfantillages, métamorphoses et autres récits


« Je savais, obscurément »
P. Bergounioux

Dans un même mouvement, l’écriture adresse à qui lira un récit qui instaure un partage, travaille à communiquer une expérience à qui ne l’a pas faite et alors l’imagine, et simultanément s’apparente à une voix intérieure qui tente de verbaliser et d’ordonner pour soi-même ce qu’il nous a semblé vivre et dont cette forme de recul rétrospectif pourrait éclairer, objectiver la réalité. Expliquant pour les autres on se fait récit, s’explicite à soi-même. Lire la suite →

laurent_proux

Laurent Proux, Soft Grass


Je m’imagine quelques fois dans mes errances — je ne pense pas être le seul— un peu collectionneur et détaché de tout soucis d’argent, me glissant sans façon sous le bras ou les disposant sur des murs aux dimensions élastiques les œuvres qui me retiennent pour composer une sorte de musée idéal ou un portrait subjectif et sélectif de l’art de mon époque. Lire la suite →

Buraglio

Armand Dupuy – Van Gogh, Buraglio, mon père et les autres.


L’aurais-je donc inventé, le pinceau du couchant
sur la toile rugueuse de la terre,
l’huile dorée du soir sur les prairies et sur le bois?

C’était pourtant comme la lampe sur la table avec le pain.
Philippe Jaccottet

Dans chacune des choses dont nous nous représentons le développé, la séquence, logent tout à la fois des mots, des histoires racontées, des bribes d’images. Et de ces associations, comme à les convoquer depuis notre présent, des perspectives qu’on leur imprime, des fantasmes qui les drapent, leur donne corps presque, de tout le travail inconscient de polissage qui se fait à chaque fois qu’on les appelle ou les rencontre se font ce que l’on nomme hâtivement souvenirs et qui sont déjà des fictions, c’est-à-dire des tentatives de cartographies subjectives, des arrangements, dans les deux sens du terme. Lire la suite →

Capture d’écran 2021-03-30 à 10.13.16

25 photographies de Chris Marker – Jacques Sicard


Avec ses quatre dromadaires
Don Pedro d’Alfaroubeira
Courut le monde et l’admira.
Il fit ce que je voudrais faire
si j’avais quatre dromadaires…
Guillaume Apollinaire

25 photographies. 25 proses brèves qui égrainent ou ponctuent la nuit pour la clore sur elle-même ou la sceller. C’est aussi bien un film qu’un livre : la traversée d’une unité de temps et comment celle-ci lève au paysage de ce temps des images. Lire la suite →

selfie

Selfie lent


« Quant aux choses, elles fuient dans un éloignement que nulle pensée ne franchit »
Maurice Merleau-Ponty

« Il faudrait faire la consigne de chaque chose et l’affoler »
Armand Dupuy

Sans doute quelque chose en nous aime la pureté comme on place haut l’évidence du cristal, la façon dans la géométrie qu’à le nom de répondre à la chose. Lire la suite →

bon

Où finit la ville


François Bon écrit. Et il fait aussi des livres. Même si ces derniers temps on l’écoute les parler, mettre en scène sa parole avec gestes et mimiques et filmer aussi ce qui la fait se mettre en marche, sinuer, ricocher.
Il fait des livres-sites et puis des livres-films, comme toujours entrouverts et de plus en plus portés par le déséquilibre qui les sollicite. Lire la suite →

sur la corniche

Témoigner de ce qui ne se laisse pas dire


On arrive sur le parking, se range sur la place encore libre près de l’entrée et bientôt par un furtif jeu de miroir mental on s’aperçoit être déjà dans ses gestes de chaque jour. On s’éveille à soi-même par le milieu. Le trajet, on l’a fait sans savoir. Lire la suite →

bustamante

Grandes vacances et traces de traces


Il ne s’agit pas de peindre les choses, note Mallarmé (comme si elles n’étaient rien pour nous et que nous étions nous-mêmes rendus à une objectivité mécanique monstrueuse), mais l’effet ou les effets qu’elles produisent sur notre propre sensibilité. Ce qu’elles émeuvent, irritent ou caressent en traversant l’espace psychique et comme vibratile dont nos sens ont creusé le tunnel. Lire la suite →

Nicholas

indiscrétions de Nicholas Anthony Mancini


Quand tu me regardais
tes yeux venaient graver ta grâce en moi
c’est pourquoi tu m’aimais
et les miens méritaient
d’adorer ce qu’en toi ils voyaient.
St Jean de la Croix

Virginia Woolf dit la nécessité, afin d’engager ce dialogue intime et silencieux en lequel peut s’élaborer une œuvre, se formuler une pensée, d’une certaine indépendance matérielle : « quelque argent et une chambre à soi ». Si l’expérience se fait dans l’action, dans l’espace des gestes, des paroles échangées sur la crête du présent, les œuvres et les récits, la conscience dont ils sont des formes associées ont lieu à contretemps, dans un mouvement d’écart. En vérité, il s’agit de revenir, après l’oubli de soi, vers ce qui, d’être trop près, confondu aux mouvements, nous apparait comme une absence, une lacune, quelque chose dont on a été distrait. Aussi, comme l’écrivait Paul Klee, « l’art ne reproduit pas le visible, il le rend visible », ou tangible, ou intelligible parfois. Il restitue sous des modes particuliers susceptibles d’être développés, dépliés, poursuivis selon les cartographies que l’on veut, ce qui tire sa matière d’un mouvement d’éclipse, d’un sentiment, d’une intuition vague semblable à ce qui se laisse apercevoir furtivement dans la périphérie du champ visuel. Lire la suite →