Cécile Bart



Suspens, au frac bourgogne du 13 juin au 29 novembre 2009 – Dijon.

On pourrait être déçu de finalement ne trouver « que ça » dans ce vaste espace d’exposition du frac Bourgogne si l’installation ne se déployait avec autant de justesse, si ne s’en dégageait avec tant d’évidence, et ne s’imposait finalement dans un silence et un calme métaphysiques sa mathématique parfaite. C’est que l’équilibre, cette musique savante*, c’est quelque chose que l’on sent plus que l’on explique, c’est un phénomène ténu quelque soit la complexité dans laquelle il opère. En peu de mots : il est, voilà tout. Ce que l’on croit voir sous la verrière du frac c’est un déploiement dans l’espace de surfaces lumineuses, de transparences colorées, un peu comme l’image arrêtée d’un jeu de carte que l’on aurait jeté devant soi. Chaque carte multipliant l’autre dans son vol et matérialisant en un bouquet les diverses apparences d’une seule, inclinée de toute sorte de manières. On pense à l’expérience que proposait Hans Bellmer dans sa petite anatomie de l’image, invitant à se saisir d’un morceau de bois rongé par les vers : « on coule du plomb dans le creux, ensuite on dissout le bois : il reste le panorama immobile de son mouvement, la multiplication du ver. » Voisinent alors dans nos têtes l’image d’un bouquet de fleur et la décomposition du vol d’un oiseau dans les chronophotographies d’Etienne-Jules Marey. S’invite aussi le souvenir de quelques compositions de Joel Shapiro faisant la synthèse géométrique des mouvements figés d’un Carpaux. Multiplication, développement et mouvement se confondent en une seule image suspendue. Image en laquelle on reconnait quelque chose de la beauté classique du Laocoon avec ses affections contenues : la complexité, l’effort même, s’effacent à la faveur d’une forme comme située hors l’espace et le temps, suspendue dans un mouvement céleste.

*(reviendra souvent cette jolie idée de Platon : la musique des sphères)

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