Comment la dureté des choses

Là, dessus la ville, les reliefs vus de loin, mous. Plissés et montés comme une couche souple posée sur on ne sait quoi. Et des pans qui tombent, ondulés depuis l’échine jusqu’à la ville d’abord éparpillée en quelques maisons isolées puis ramassée toute devant la mer. Il a fallu que l’effet soit saisissant et continu pour que j’en vienne à rêver ces anciennes et laborieuses formations tels de longs et lents mouvements fluide : une liquidité famélique du monde ancien. Extrapolant à la suite l’idée que la dureté des choses est notion relative au temps. Au pied des reliefs, dans l’eau lisse de la grande rade, on a fait du ski nautique, on a rebondit alors à la surface. Et aussi à l’inverse, le bois dur de l’arbre a enveloppé l’angle de la terrasse sans résistance et comme en faisant des ondes molles, des bourrelets. Ce temps propre des arbres qui nous les fait considérer comme de souples élancements à la conquête du ciel, un artiste y a été sensible. Il a noté quelque part comme par une décélération mentale, par empathie, il lui a été donné de rêver dans un temps décuplé l’arbre souple avaler dans ses anneaux sa main pincée. (Giusepe Penone) Mais des scientifiques auront déjà de longue date donné une formule pour dire avec économie comment la dureté des choses est subordonnée à la patience du temps.

Quand à décrocher des blocs à la compacité du monde en quelque geste artistique, Valéry aura dit : « Nous devons donc passionnément attendre, changer d’heure et de jour comme l’on changerait d’outil, – et vouloir, vouloir… Et même, ne pas excessivement vouloir. »

2 Commentaires

  1. ap

    Je suis en train de relire Ecrit timides sur le visible de Gilbert Lascaux. L’extrait qui suit, par associations d’idées, m’a fait repenser à votre post. Celui-ci vient du tout premier chapitre qui précise les arguments de l’auteur de ce livre et qui s’intitule Pour une esthétique dispersée. G.L cite d’abord Dubuffet « j’aime le peu. J’aime aussi l’embryonnaire, le mal façonné, l’imparfait, le mêlé » avant d’ajouter : « Sans aller jusqu’à des positions radicales, la peinture ( à toutes les époques sans dote) refuse de privilégier le lourd au détriment du léger, le dur au détriment du souple, l’incorruptible au détriment du périssable. Les peintres s’intéressent au moins autant aux nuages qu’aux fortifications, aux étoffes qu’aux armures, aux fruits qu’aux marbres. On connait aussi la fascination qu’exerce sur Leonard de Vinci une matière habituellement méprisée, oubliée : la poussière. »…etc