Ça a commencé comme ça, moi qui suis entré à la littérature il y a peu et ça faisait l’effet à l’ouverture d’une porte de découvrir un espace intérieur plus grand qu’il n’y paraissait du dehors et dedans lequel le dehors lui même s’inscrivait. Par un séminaire de littérature que devait animer un certain Bergounioux et le nom sonne drôlement le patois des campagnes aux frontons parisiens. J’avais par curiosité quand même acheté son dernier sur Faulkner en me souvenant avoir déjà lu de lui il y a quelque temps une colonne dans le magasine littéraire, c’était le premier mot. La franchise un peu professorale du propos, sa certitude me repoussaient un peu tandis que la clarté nouvelle que ça jetait sur des choses âpres de la pensée n’était pas sans attraits. Donc ça commençait comme ça et bien évidemment beaucoup de noms furent dits durant ces quelques mois avec des phrases qui semblaient se lancer à l’aventure pleines de mots choisis pour se développer et se clore. Et ça déjà c’était inhabituel et même un peu magique. L’homme qui parlait de livres parlait comme un livre. Des noms que je n’avais pas tous déjà entendus ou que je lisais tout juste avec cette impression désastreuse qu’à peine est-on familier d’un que d’autres suivent à toujours relativiser les ares du terrain conquis. Bien sur je l’ai lu lui et avec un intérêt croissant quand bien même chaque livre ne serait qu’un léger décalage du précédent, mais je lu d’autres dont j’apprenais les noms ou les réalités qui se cachaient derrière. Comme chaque fois lorsque l’espace se dilate à la faveur de découvertes, l’euphorie se mêle d’un accablement. Je suivais d’autres cours et séminaires qui avaient aussi leurs noms qui étaient comme les clefs d’un discours qui sinon demeurait assez obscur et tout ça faisait un tas prodigieux de noms à attaquer pour comprendre un peu de quoi ça parlait. Sans ça vous vous sentiez loin. Il y a eu un moment cette histoire de François Bon qui, semblait-il, parlait un peu de ville et d’hommes, était conseillé Rolling Stones, une biographie. Comme son épaisseur m’effrayait je commençais par d’autres et remontais en quelque temps tout l’œuvre. (j’ai d’ailleurs jusqu’ici évité ce volume sans maintenant savoir pourquoi) L’année qui allait suivre c’est lui, François Bon, qui allait assurer cette option littérature, débutant avec une drolatique lecture de Rabelais dans un amphi bondé à écouter par terre par la porte ouverte. Ça faisait quatre ans que je lisais et je retrouvais dans les jalons qu’il lançait des moments de lecture, Perec, Ponge ou Michaux. Mais de plus en plus serré dans mon planning qui pour deux ans que durait l’atelier ne me laissait que peu d’occasions d’assister aux réflexions. Alors je suivais de loin demandant aux copains ce qui s’était dit. Je m’inscrivais en fac le cul sur une chaise et là encore on me donnait des noms à savoir et beaucoup de livres à maîtriser. Je lisais bien pour moi, à coté des lectures qu’imposait un programme, et puis je suivais via son blog les démarches de l’écrivain. On s’est croisé, trouvé quelques chevauchements dans nos terrains. Projeté de questionner ensemble. Là les détails je les saute et vais une année plus loin. Un colloque lui est consacré pour deux jours à St-Etienne et je décide de réserver un jour. Comme sur la table il dépose le programme de la nouvelle collection qu’il dirige au Seuil, je repère des choses : Béatrice Rilos dont j’avais écouté une lecture/performance pendant les portes ouvertes aux Beaux-arts, Arnaud Maïsetti dont le livre ne sortira que l’année prochaine et dans la présentation duquel je sens quelques affinités. D’autres. J’ai lu un peu Koltes et y retrouve cette théâtralisation de la ville et cette errance urbaine que j’ai pas mal pratiquée. En fait ça commence comme ça la découverte de Maïsetti. Une voix qui n’épuise pas la nuit et en double le vertige par ce peuplement qu’elle ajoute.
a lire donc ces prochains jours: « où que je sois encore… d’arnaud maïsetti, Déplacements Seuil.

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