En plus de se torturer tout seul en se
donnant des ambitions incroyables alors que personne ne nous à rien demandé et
qu’on n’est pas certains d’arriver à quoi que ce soit (ou peut-être sûr de
n’arriver jamais à rien et comme l’ambitionnait Beckett seulement « rater,
rater encore, rater mieux »…). En plus d’aller toujours fouiner au plus
profond de soi là où rien n’est clair, tout se contredit et se mêle, et où on
se risque, on s’expose au regard des autres, à leur jugement ou leur critique –
Inconscients que nous sommes ! Et sur ce dernier point, l’Internet est
impitoyable, sans inhibition, sans complexe. Un travail difficile et patient
que vous montrez après en être venu à bout peut y être démonté en deux phrases.
Du tac au tac, sans sourciller.
donnant des ambitions incroyables alors que personne ne nous à rien demandé et
qu’on n’est pas certains d’arriver à quoi que ce soit (ou peut-être sûr de
n’arriver jamais à rien et comme l’ambitionnait Beckett seulement « rater,
rater encore, rater mieux »…). En plus d’aller toujours fouiner au plus
profond de soi là où rien n’est clair, tout se contredit et se mêle, et où on
se risque, on s’expose au regard des autres, à leur jugement ou leur critique –
Inconscients que nous sommes ! Et sur ce dernier point, l’Internet est
impitoyable, sans inhibition, sans complexe. Un travail difficile et patient
que vous montrez après en être venu à bout peut y être démonté en deux phrases.
Du tac au tac, sans sourciller.
Tout à l’heure je tombais au hasard de
pérégrinations sur la toile sur un article où j’étais cité. Et puis je
m’arrêtais sur un commentaire : « Liron
a son agreg d’arts plastiques, il a compris tous les trucs de la peinture
(coulures, décadrages, grand format, repentirs, work in progress,
non-fini/inachevé…), mais il n’a rien à dire. Rien qui ne vienne des tripes.
C’est du scolaire. Il peut pondre ces immeubles et ces platanes au kilomètre.
Ca n’y changera rien. On s’emmerde. » Ça m’a rappelé un article récent,
plutôt ambigu, mais assez acerbe lui aussi. Il y était question d’ « immeubles sans grâce,
construits dans les années 50-60 », « Un univers géométrique triste,
à mi-chemin entre le vide savant d’un Giorgio Morandi et le réalisme froid d’un
Edward Hopper. Un monde désincarné fait d’habitations collectives désertées ;
de petites végétations revêches ». Tout le long on ne sait si l’auteur
parle des architectures qui ont servi de modèle ou des peintures elles-mêmes.
Sauf que l’article se conclu sur un ultime coup de dent : « Le jeune Jérémy qui a grandi
dans le Var est aujourd’hui bardé de diplômes. Derrière ses petites lunettes
d’intellectuel aux aguets, l’artiste est devenu professeur, critique,
essayiste, citant volontiers Nietzsche, André Breton, Rembrandt ou Sean
Scully… » Là encore on
dirait que ma peinture (et on a tout à fait le droit de ne pas l’apprécier)
devient intolérable du fait de quelques écarts de conduite qui m’ont fait
pousser un peu des études théoriques là où un peintre se devait de rester
sauvage ou vierge ou naïf (ne dit-on pas « bête comme un vrai
peintre » ?). Que là où la peinture encore n’aurait causé qu’ennui,
la personne (moi) invite à l’aigreur. Le fait d’être agrégé, de connaitre
quelques bouquins que je préfère citer plutôt que plagier, rendant par là à
leur auteur ce qui leur est du, que je m’intéresse au travail des autres et
écrive dessus, me met immédiatement du côté du fourbe, du calculateur sournois,
machiavélique, opportuniste s’il le peut. Heureusement que je ne suis pas juif,
qu’aurait-on dit encore? Somme toute, il n’y a pas grande raison d’être retenu
par ma culture ou mes diplômes la première n’étant certainement par remarquable
et tout à fait semblable, sinon inférieure, à d’autres de mes amis et confrères,
les seconds ne me mettant pas non plus hors normes (sinon, dit-on, ce concours
d’enseignant obtenu un peu par hasard alors que je cherchais un moyen de gagner
ma vie).
pérégrinations sur la toile sur un article où j’étais cité. Et puis je
m’arrêtais sur un commentaire : « Liron
a son agreg d’arts plastiques, il a compris tous les trucs de la peinture
(coulures, décadrages, grand format, repentirs, work in progress,
non-fini/inachevé…), mais il n’a rien à dire. Rien qui ne vienne des tripes.
C’est du scolaire. Il peut pondre ces immeubles et ces platanes au kilomètre.
Ca n’y changera rien. On s’emmerde. » Ça m’a rappelé un article récent,
plutôt ambigu, mais assez acerbe lui aussi. Il y était question d’ « immeubles sans grâce,
construits dans les années 50-60 », « Un univers géométrique triste,
à mi-chemin entre le vide savant d’un Giorgio Morandi et le réalisme froid d’un
Edward Hopper. Un monde désincarné fait d’habitations collectives désertées ;
de petites végétations revêches ». Tout le long on ne sait si l’auteur
parle des architectures qui ont servi de modèle ou des peintures elles-mêmes.
Sauf que l’article se conclu sur un ultime coup de dent : « Le jeune Jérémy qui a grandi
dans le Var est aujourd’hui bardé de diplômes. Derrière ses petites lunettes
d’intellectuel aux aguets, l’artiste est devenu professeur, critique,
essayiste, citant volontiers Nietzsche, André Breton, Rembrandt ou Sean
Scully… » Là encore on
dirait que ma peinture (et on a tout à fait le droit de ne pas l’apprécier)
devient intolérable du fait de quelques écarts de conduite qui m’ont fait
pousser un peu des études théoriques là où un peintre se devait de rester
sauvage ou vierge ou naïf (ne dit-on pas « bête comme un vrai
peintre » ?). Que là où la peinture encore n’aurait causé qu’ennui,
la personne (moi) invite à l’aigreur. Le fait d’être agrégé, de connaitre
quelques bouquins que je préfère citer plutôt que plagier, rendant par là à
leur auteur ce qui leur est du, que je m’intéresse au travail des autres et
écrive dessus, me met immédiatement du côté du fourbe, du calculateur sournois,
machiavélique, opportuniste s’il le peut. Heureusement que je ne suis pas juif,
qu’aurait-on dit encore? Somme toute, il n’y a pas grande raison d’être retenu
par ma culture ou mes diplômes la première n’étant certainement par remarquable
et tout à fait semblable, sinon inférieure, à d’autres de mes amis et confrères,
les seconds ne me mettant pas non plus hors normes (sinon, dit-on, ce concours
d’enseignant obtenu un peu par hasard alors que je cherchais un moyen de gagner
ma vie).
C’est revenu souvent le fait de me
qualifier de peintre intellectuel (dans un sens parfois péjoratif), théoricien
ou littéraire, s’appuyant sur le fait que j’ai passé l’agrégation (quelle
idée !) ou que je me mêle d’écriture (chacun sa place !). En vérité,
je ne me crois pas peindre en intellectuel. Bien sûr, un arrière-fond culturel
ou théorique fait que les gestes que je fais ne sont pas toujours innocents (en
cela ce que je fais ne relève pas de l’art brut). Je sais parfois qu’une
bordure va lever des questions sur l’image, qu’un plan rabattu va évoquer un
lointain débat. Mais justement, tout ça n’est que lointain, second. La
réflexion et les références viennent après le geste, ou au mieux
l’accompagnent, mais jamais ne le précèdent. Et donc, à ce moment du geste, il
n’y a pas grand-chose de plus qu’une volonté d’arranger les choses ensemble ou
de donner du corps. Et pour ça un diplôme est de peu de secours. C’est très
intuitif. Tout ça se théorise ensuite, dès qu’on pose des mots comme je le
fais à l’instant. Et c’est comme un appétit de comprendre ce qui se
jouait justement à part soi lorsque l’on peignait sans rien n’y voir, comme
perdu dans les formes et les gestes uns à uns, les centaines de possibilités et
le manque d’issue. Jamais un tableau ne se détermine comme on pose le sujet
d’un mémoire (et j’ai toujours été incapable de me donner un programme).
Seulement, il se trouve que je suis le premier spectateur du tableau et même
celui qui le voit se faire, et autant le tableau dans ce qu’il impose de
présence que le mouvement qui y mène me posent question. Suis-je différent
alors de n’importe quel amateur d’art ?
qualifier de peintre intellectuel (dans un sens parfois péjoratif), théoricien
ou littéraire, s’appuyant sur le fait que j’ai passé l’agrégation (quelle
idée !) ou que je me mêle d’écriture (chacun sa place !). En vérité,
je ne me crois pas peindre en intellectuel. Bien sûr, un arrière-fond culturel
ou théorique fait que les gestes que je fais ne sont pas toujours innocents (en
cela ce que je fais ne relève pas de l’art brut). Je sais parfois qu’une
bordure va lever des questions sur l’image, qu’un plan rabattu va évoquer un
lointain débat. Mais justement, tout ça n’est que lointain, second. La
réflexion et les références viennent après le geste, ou au mieux
l’accompagnent, mais jamais ne le précèdent. Et donc, à ce moment du geste, il
n’y a pas grand-chose de plus qu’une volonté d’arranger les choses ensemble ou
de donner du corps. Et pour ça un diplôme est de peu de secours. C’est très
intuitif. Tout ça se théorise ensuite, dès qu’on pose des mots comme je le
fais à l’instant. Et c’est comme un appétit de comprendre ce qui se
jouait justement à part soi lorsque l’on peignait sans rien n’y voir, comme
perdu dans les formes et les gestes uns à uns, les centaines de possibilités et
le manque d’issue. Jamais un tableau ne se détermine comme on pose le sujet
d’un mémoire (et j’ai toujours été incapable de me donner un programme).
Seulement, il se trouve que je suis le premier spectateur du tableau et même
celui qui le voit se faire, et autant le tableau dans ce qu’il impose de
présence que le mouvement qui y mène me posent question. Suis-je différent
alors de n’importe quel amateur d’art ?

Suis-je différent alors de n’importe quel amateur d’art ? interrogez ou vous interrogez-vous. Quand vous regardez votre propre travail, forcément suis-je tentée de vous répondre. Quant aux critiques, mais c’est que vous existez, mais oui, un nouveau sur la place ! De quoi rendre jaloux, non ? Courage et travail, encore et encore… ne dit-on pas des peintres, allez je risque le cliché ! qu’ils se bonifient avec le temps ?
« Tout ce qu’on saura jamais d’une peinture, c’est combien on l’aime. » (Beckett, encore une fois, dans son célèbre pamphlet)
Laissez-donc les petits vents nauséabonds tenter d’éteindre la flamme qui vous anime M. Liron, vous avez mieux à faire. (S’cuzez-moi, mais le « on s’emmerde » est aussi lapidaire que gratuit)
Bonjour Jérémy, vous avez à l’amateur d’art, même fortement éclairé, la valeur ajoutée de quelqu’un qui connait la pratique du « faire ». Quant au reste, si des fâcheux sont jaloux ou désagréables, qui voudrait de leurs frustrations d’éternels passifs?
J’ai utilisé le verbe faire, car je crois sincèrement que le regardant doit aussi savoir créer.
Si vous étiez juif? Est-on jamais sûr de ses origines raciales? Et puis que diable, nous sommes en 2011, il y a t-il encore des antidreyfusards?
j’aurais voulu te dire autre chose qu’un message de soutien, mais à travers les recherches permanentes que tu mènes, avec la matière, de la couleur et des phrase, te dire seulement que je te lis et te « regarde », peut-être cela dit le soutien et le partage ; alors, tout le reste — j’ai envie de dire peu importe, mais je sais bien comme cela peut blesser — : oui, juste te dire : que c’est combat, tout cela, et que sa solitude n’empêche pas qu’il est partagé, aussi.
Que ce combat est digne d’être mené, oui, malgré tout, et que devant la tâche qui est celle-là (la tienne), on ne manque jamais d’armes, et de mots, et d’appuis. La sauvagerie, on l’obtient aussi dans le savoir, comme l’ignorance. Et l’art en avant de tout cela serait seulement une manière de mettre en œuvre le combat, peut-être.
Soutien.
Il y a deux axes dans ce dont vous parlez ici :
d’abord il y a cette question du jugement, c’est à dire (en dehors du jugement sur l’oeuvre elle-même), le jugement sur l’homme qu’on imagine la peignant, cette image imaginaire.
C’est toujours très intéressant, parce qu’en filigrane, on devine bien vite l’homme que voudrait être ou l’homme que refuse d’être, ou craint d’être celui qui « juge ». C’est à dire que c’est une question identitaire qui est exposée, dans sa version un peu redoutable : l’exécration du différent ou imaginé comme tel. Mais bien entendu, ça nous arrive à tous et peut-être en avons-nous(eu) besoin pour nous contruire.
Se voir ainsi mis en cause pour de si mauvaises et étrangères raisons ne peut qu’être douloureux, mais finalement, vous le reprenez très utilement dans cette interrogation personnelle sur les liens entre la création et sa théorisation, ses modèles.
Est-ce qu’on ne peut pas dire aussi que, parfois, lire et réfléchir, théoriser, relance l’énergie et le désir de ce qui est avant tout regard(s) et geste(s), et lui ouvre de nouvelles directions ?
Merci des soutiens et de ceux que j’ai reçu par email. Ce n’est pas chose très grave, ces articles un peu méchants et le travail passe outre. Et dans un certain sens, c’est prétexte à réveiller des questions. Comme je répondais tout à l’heure : Enfin, ce n’est pas chose grave; et ça fait même parti du jeu : il faut accepter autant que certains soient touchés que d’autres ne le soient pas et dans les deux sens les jugements peuvent être hâtifs ou fondés. Bien sûr, Internet nous offre souvent des propos de la première façon. Mais au fond on va comme on peut et malgré tout ça : ça n’y change rien.
Un travail intéressant, je vais faire de mon mieux pour suivre tout au long de ce blog