deux ans

Quelques jours avant mon départ, je posais la moto près du canal saint martin en regardant déjà comme des souvenirs les quais somnolents, la silhouette de la bastille, les derniers étages brûlés par le soleil en contre jour. La veille au soir, j’avais profité de la dernière séance pour voir Persepolis de Marjane Satrapi au cinéma, j’avais pensé à Maya retournée à Ramallah, la physionomie semblable de sa vie, l’absence de nouvelles, le bon vieux rock qu’on était allé écouter ensemble pour son départ autour d’une bière à St Michel (Neil Young, Murray Head, Dylan …) et le canal saint martin, un peu plus loin. Et cette soirée où il y avait Clotilde aussi. Vers le pont des Arts cette fois, le pari qu’elle avait fait avec Yann, qu’il n’oserait pas se baigner dans la Seine, cent euros. Il avait sauté. Et depuis, le chèque conservé au mur et qui pâli entre quatre épingles dans une chambre de bonne du 7ème. Et juste après Bastille, Assaf, sa bibliothèque qui brassait anglais, israélien et français, et ce que ça doit être d’apprendre le français par Ponge ou Michaux. Cette soirée de shooting avec Yann. C’est un peu en repoussant tout ça encore dans « les brumes qui absorbent les côtes lointaines » que j’ai visité la Maison Rouge, Van Caeckenbergh que j’avais loupé à l’époque où ça m’aurait plus intéressé à Nîmes. Il y a des moments pour aborder des choses.

Remonter par la rue de la Huchette, passer le minuscule théâtre où l’on joue Ionesco depuis plus de 40 ans dans les effluves et les bris de vaisselle des restaurants grecs, croiser la rue Gît-le-cœur que je connaissais avant d’arriver sur Paris par Crével ou Nezval et qui ne serait peut-être sans lui qu’un minuscule tronçon étroit et vide où l’on ne parvient même pas à se perdre. Gibert, où je trouvais pour 1€20 Eluard ou Breton en occasion, à peine plus pour Louis René des Forêts, d’autres. Une crêpe rue Saint André des Arts que l’on mange en se brûlant les doigts et la bouche avec cette sensation de liberté spéciale, cinématographique.

Le lendemain ou presque, je descends la colline de la Croix Rousse à Lyon, traverse le parc de la tête d’or pour visiter le moca, Erwin Wurm, les one minute sculptures et le reste, le réussi freak show, pose à coté de la terre promise de Slimane Raïs.

Hier, je traversais les salles de quelques expositions où, à la différence de Breton, je ne glissais pas comme un fou. L’hôtel des Arts à Toulon où les toiles de Günther Förg comme l’écrit Gilles Altieri citant Alexandre dans Le Sacrifice de Tarkovski, font état d’ « une délicatesse remarquable… une innocence enfantine… à la fois la profondeur et l’innocence… comme une prière… ». Sur la petite place Puget, à la façade d’un vieil immeuble, presque effacée l’inscription hôtel des voyageurs. J’achète à la librairie de la Nerthe un livre d’écrits d’Alain Tanner, quelques inédits de Breton.

Aujourd’hui ce blog/journal à deux ans. Il me semble que nous aussi avons connu des déplacements ; et un peu pâli entre nos quatre épingles.

à la petite julie qui aujourd’hui fête également ses deux ans

3 Commentaires

  1. Adrien

    À chaque fois que je passe par ce blog c’est une évasion, une rupture avec la masse d’infos. que j’absorbe jour après jour sur mon ordi. Et en ce moment même où je te lis, tu cites Neil Young, tandis que mon frère cadet joue au piano the Needle & the dammage done.. Bon.. mais ne soit pas si nostalgique, Paris et Lyon ne sont pas si loin ! Adrien alias artsunchained (les « artsdéchaînés », c’est bien moi 🙂

  2. pop corn

    c’est une drôle d’impression de quitter la ville mythique à la fois souple comme un village, accueillante indifféremment comme une mégalopole, électrisée et sage, pleine de rêves et d’histoires. il y a quelque chose magrès tout d’un assagissement, comme une défaite, une rémission, monter sur la capitale se frotter à ses charmes et redescendre vers plus calme, vieillir un peu déjà.

  3. cigalll

    t’inquiétes, tu quittes pas vraiment paris, c’est moi qui prends un petit bout de lyon…
    héhé
    21
    (dans mon nouveau jeux vidéo ce sont des chiffres qui rient..)
    bon anniv en tout cas bibiche
    Yann