Ecrire

Souvent, c’est parce que j’y suis comme lancé contre par un besoin de poser, d’étendre, de déplier ce qui tourne en tête que j’écris. Comme on se lave du jour. De souffle court, je triture les mots, les phrases – une heure. Je reprends au mieux mais toujours à la hâte, comme si le plâtre devait prendre, et jette ça au loin sans bien savoir si quelque chose a été atteint. En mettant en ligne, je me débarrasse, je désencombre le bureau. Je peux oublier. Ainsi, l’écriture a quelque chose de sanitaire. La forme que cela prend, quelquefois obscure ou tortueuse et qui parfois rebute est celle des trajets de la pensée, ou des convulsions, des contorsions qui la font, des conduits tordus par lesquels se frayent les mots, s’associent les idées. J’y tiens comme à une vérité, ne pouvant concevoir de pensée hors de sa forme ou soumise à une meilleure lisibilité, à une seule fonction. Je ne peux m’empêcher d’aborder à l’écrit comme à la peinture, par leur plastique. Dans le reflux de la journée, je me jette en écriture, soumis à l’instant passager, à une pression confuse à apaiser. Et puis il y a la fatigue. Se passer la tête sous l’eau, reposer le dos et les yeux. Dans le début de la nuit quand le cerveau est échauffé par un espèce de mouvement des phrases lèvent encore, toujours plus évidentes, comme des méduses dans l’eau noire. Parfois je me relève et je note. Souvent je regarde passer, ça se perd.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


9 − deux =